Le “trou de la sécu”, ou comment gouvernement et médias vous accablent de coûter si cher

Comme chaque fin septembre à l’approche de l’examen du budget de la sécurité sociale, les médias sont majoritairement au diapason du cinéma que nous imposent les gouvernements successifs depuis les années 1990 : il faut dépenser moins les cocos, arrêter d’aller aux urgences pour rien les petites natures, mieux prévenir pour ne plus avoir à vous guérir, parce que ça coûte un pognon de dingue et ça ne rapporte pas. “Chaque année, un Français coûte 2977€ à la sécurité sociale”, nous dit LCI. ça coûte cher un Français, bien plus qu’un polonais ou qu’un nord-américain par exemple, et ça déplaît profondément à notre bourgeoisie. Mais ça LCI ne le précise pas, elle préfère décrire comme oeuvre de bon sens un point de vue patronal, comme la plupart des journalistes ses chroniqueurs qui se contentent de rabâcher une chanson apprise par cœur : “il faut combler le trou de la sécu”. Retour sur un mythe à la noix qui, comme les châtaignes, nous tombe dessus chaque automne :

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Frustration n°15 : “les riches nous tuent”

Conçu et réalisé dans la torpeur angoissante d’un été caniculaire, ce numéro assume la virulence de son titre. Jamais le séparatisme social des plus riches n’a été si grand, tout comme leur indifférence environnementale. Un ministre de l’écologie est perpétuellement confronté à des lobbyistes, et les producteurs de plastiques ont intégré le discours moraliste des “petits gestes” du quotidien pour faire porter aux consommateurs la responsabilité des dégâts irréparables qu’eux commettent. 

(Ce numéro a été illustré par Lucas Ferrero !)

 

AU SOMMAIRE DE CE NUMÉRO :

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Les riches nous tuent

Il y a un peu plus de trente ans paraissait « le livre noir du communisme », un ouvrage écrit par un collectif universitaire pour dresser un bilan macabre des régimes au pouvoir en URSS, en Europe de l’Est ou en Chine. Il estimait les victimes du « communisme » à 100 millions, démontrant ainsi qu’une idéologie pouvait tuer – qu’importe si Staline ou Mao n’avaient pas retenu grand-chose de la doctrine originelle – et qu’on pouvait donc se réjouir de vivre dans le monde radieux du capitalisme « pragmatique et réaliste » triomphant.

Trente ans plus tard, les étés caniculaires s’enchaînent et démontrent la blessure que notre économie a infligé à la planète, l’espérance de vie dans les pays les plus riches a pour la première fois baissé, et la victoire sur les méchants « communistes » n’a pas apporté la paix.

Et dans le désenchantement général, les riches n’ont jamais été aussi riches. Ils se portent mieux que jamais ! Et puisque l’appétit vient en mangeant, les entreprises à partir desquelles dégoulinent leurs profits sont toujours plus voraces et désireuses qu’on leur lâche la bride. Moins de droit du travail, moins de contraintes environnementales, plus de libre-échange.

Et nous en crevons. Nous en crevons d’abord parce que notre planète en crève. Les gouvernements et les entreprises ont réussi à faire de l’écologie une morale gentillette et culpabilisante pour nous, écartant la remise en cause d’une économie mondiale qui réclame croissance du trafic aérien et épandage de pesticides.

Le développement d’un environnement de plus en plus malsain s’est accompagné de la dégradation volontaire et méthodique de nos systèmes de santé. Tandis que les protections sociales sont démantelées à petit feu, les riches se sont emparés de la gestion de notre santé, devenue un marché des plus rentables : la montée en puissance de leurs groupes pharmaceutiques est la marque la plus éclatante du pouvoir de nuisance des riches. Depuis 1999 aux États-Unis, la commercialisation massive et matraquée d’antalgiques surpuissants et suraddictifs a entraîné la mort directe de 200 000 personnes.

Ce bilan macabre n’est pas isolé : partout où un service public – la santé, le logement, les infrastructures – est confié à la rapacité d’un groupe capitaliste « en pleine expansion », la mort plane. En juin 2017, la tour de Grenfell, un immeuble de logements sociaux à Londres, brûlait en un temps record, emportant 79 vies. En cause, la pingrerie des gestionnaires privés et des entreprises de construction, ayant ravalé la façade avec des matériaux inflammables. En août dernier, c’est un pont autoroutier italien qui précipitait dans le vide et tuait 39 personnes à cause de l’incurie de la société privée qui en avait la charge.

Et que dire de la production marchande, où sont broyées des milliers de vies pour faire baisser indéfiniment le coût de production des t-shirt et des maillots de foot ? En avril 2013, une usine-atelier de confection de vêtements pour des grandes marques européennes s’effondraient dans la banlieue de Dacca au Bangladesh, entraînant la mort de 1 135 femmes et hommes.

À quand le livre noir du capitalisme mondialisé ? À quand le procès des riches qui alimentent et perfectionnent sans cesse ce système profondément meurtrier ? Car on aura beau consommer équitable, acheter bio, fermer le robinet, prendre le vélo, faire du mieux qu’on peut pour sauver ce qu’il reste, on le sait désormais avec certitude : on ne se sauvera pas nous tant qu’on ne les condamnera pas eux.

 

Ce texte est l’édito du numéro 15 de Frustration, en kiosque depuis le 21 septembre

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Le fasciste Zemmour a ses collabos

A chaque fois qu’Eric Zemmour revient sur un plateau, dit une connerie suprématiste et nationaliste, ensuite reprise, commentée et au final rediffusée par toutes les autres chaînes, on se demande toujours : « mais pourquoi a-t-il été invité au juste ?! ». Parce qu’il a écrit un bouquin truffé de mensonges sur l’histoire de France ? Parce qu’il représente quelque chose dans la société française ? Parce qu’il peut « enrichir le débat » ?

Malin, le type sait jouer avec les limites légales pour rester sur la corde, et fait progresser de polémique en polémique la diffusion du fascisme – car ça s’appelle comme ça – en France. Par conséquent, celles et ceux qui l’invitent ou acceptent de faire mumuse avec lui sur un plateau TV sont complices. Leur comportement peut s’expliquer d’au moins trois façons :

1 – Ce sont des cyniques uniquement intéressés par leur audience et le fric dégagé pour les annonceurs et les actionnaires : Zemmour est un « bon client », et quelle que soit la dégueulasserie politique et morale de ce qu’il raconte, rien de tel qu’un bon buzz pour faire parler de leurs émissions nulles à chier – un plateau avec Ardisson, Franz-Olivier Gisbert, Natacha Polony, Raquel Garrido (ex-insoumise dont on se demande au juste ce qu’elle fait encore là après ce qu’il s’est passé), et quelques autres personnes dont on ne sait jamais trop ce qu’elles ont fait dans la vie, à part squatter notre télé.

2 – Ce sont des gens qui, à force de jouer leur rôle, ont perdu tout sens moral et notions élémentaires de responsabilité. Ils masquent leur absence totale de conviction derrière une tolérance sélective à la noix qui implique d’inviter un fasciste parce qu’il faut « parler avec tout le monde ». Un type comme Ardisson, on imagine bien que c’est ce genre de bourgeois parisien arrogant qui traite mal son personnel, dit « la province » ou « en banlieue » avec un rictus de mépris, ne doit plus avoir de conviction politique ou de sens moral depuis des décennies.

3 – Ce sont des stratèges qui pensent que quand Macron chute dans les sondages et devient pour le peuple « le président des riches » et que Mélenchon monte en parlant de redistribution des richesses et de taxation des hauts revenus tandis que la question sociale revient au premier plan, il devient sage de sortir l’épouvantail de l’extrême-droite. Or, une dose régulière de Zemmour peut ranimer un Rassemblement National actuellement bien trop moribond pour jouer son rôle de faire-valoir des candidats moisis de la bourgeoisie, c’est un bon traitement.

Ces hypothèses ne s’excluent pas, car notre bourgeoisie médiatique n’a plus une très grande diversité, et les financiers aux dents longues sont sur le dos de l’essentiel des chaînes. Cyniques, irresponsables ou stratèges, celles et ceux qui invitent Zemmour et se nourrissent de leur buzz – par leur audience et leurs indignations factices – sont les collabos de notre époque, et il faut les nommer ainsi.

 

FRUSTRATION est un magazine trimestriel de critique sociale pour le grand public

Son numéro 15 sort le vendredi 21 septembre

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L’industrie pharmaceutique a-t-elle intérêt à nous soigner ? Enquête sur le premier marché mondial

« Alors, je vais vous mettre cinq jours de Doliprane, à prendre le matin et le soir si les douleurs persistent, ça c’est pour la gorge, pas plus d’une pulvérisation toutes les deux heures, et pour le mal de ventre du Gaviscon ». Votre médecin remplit la sacro-sainte ordonnance, de son écriture le plus souvent illisible, et vous patientez en parcourant du regard son bureau encombré. Une règle Sanofi par-ci, un presse-livre Novartis par-là, mais une fois votre Carte Vitale validée, vous ne craignez plus rien. Après être passé à la pharmacie de votre quartier, qui ressemble décidément de plus en plus à un supermarché, avec ses présentoirs colorés et ses alignements de produits de beauté, vous prendrez votre traitement en partie remboursé, en jetant un coup d’œil discret aux notices pléthoriques et aux caractères microscopiques qui accompagnent vos gélules, sachets et comprimés. Vous êtes, comme tous vos compatriotes, un client de l’industrie pharmaceutique. Vous savez, car vous écoutez la radio et regardez la télé, que cette industrie fait partie des secteurs les plus rentables de l’économie mondiale. Peut-être savez-vous aussi qu’il s’agit du premier marché économique du monde en termes de chiffre d’affaires. Vous connaissez quelques scandales dans lesquels cette industrie s’est tristement illustrée : le Dépakine, le Mediator, le Lévothyrox… Et vous savez certainement qu’avec ses visiteurs médicaux et ses lobbyistes, ce secteur a un pouvoir d’influence considérable sur les professionnels de santé et les politiques. Mais comme beaucoup de gens, cette situation vous dépasse. Les médecines alternatives sont là mais quelle efficacité réelle face à des médicaments ? On ne peut en effet pas se passer de médicaments, mais on peut se passer d’industrie pharmaceutique. Voici plusieurs arguments pour défendre la nationalisation de la recherche et de la production de médicament.

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Les classes populaires à Sciences Po, « social washing » dans l’école des élites ?

C’est bientôt la rentrée universitaire et avec elle les reportages plein de bons sentiments sur telle lycéenne “de banlieue” (un terme qui a du sens pour un journaliste parisien mais pas pour grand-monde, c’est comme “province”) qui entre à Sciences Po grâce à sa célèbre Convention d’Education Prioritaire. Une façon de redorer chaque année le blason d’une école qui est associée – à juste titre – à la reproduction sociale et la revendication par les élites de leur supériorité morale et intellectuelle. Ces reportages ne disent pas grand chose de la réalité. Car elle est la suivante : la convention n’est qu’une nouvelle façon pour les enfants de bourgeois d’entrer à Sciences Po, comme le raconte cette enquête inédite sur le web, publiée initialement dans le numéro 14 de Frustration (été 2018) :

En 2016, plus de 40 % des élèves admis par la filière « convention d’éducation prioritaire » (CEP) de Sciences Po Paris étaient issus de familles CSP+ – pour catégories socio-professionnelles supérieures – selon une étude parue dans Libération en 2017. « Depuis quelques années, il y a à la fois des lycées qui ne sont pas du tout des lieux de mixité sociale qui ont été conventionnés CEP par Sciences Po, type certains lycées ruraux, qui sont tout ce qu’il y a de plus lambda, avec leur lot de bourgeoisie rurale et des gens aisés qui mettent leurs gamins juste pour le lycée, voire juste pour la terminale, dans des lycées conventionnés CEP », précise Garance*, une apprentie journaliste à Sciences Po de 23 ans, non bénéficiaire de cette convention. Un constat terrible alors que ce dispositif, vieux de 17 ans désormais, s’était donné pour objectif de diversifier les profils sociologiques de cette Grande école française, bien connue de nos élites dirigeantes. Une filière parallèle au Bac qui est à l’origine disponible dans sept lycées conventionnés ZEP (zone d’éducation prioritaire), et désormais dans plus d’une centaine éparpillés dans toute la France. Et c’est à se demander si ce dispositif, issu de la « discrimination positive », n’est pas équivalent aux pratiques d’entreprises qui font du « green washing » ou du « pink washing », afin de dissimuler leurs pratiques salariales derrière un écologisme superficiel ou la promotion toute théorique des droits des minorités. Avec cette convention, Sciences Po ne pratique-t-il pas le « social washing », cachant la forêt de l’élitisme et de la reproduction sociale derrière l’arbre d’une ouverture affichée aux classes populaires ?

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Revenu universel d’activité : la mesure anti-pauvres par excellence

Hier après-midi, BFM TV a fait venir une experte pour décrypter le discours de Macron et que disait-elle ? Qu’avec son revenu universel d’activité, Macron “fait un pas important vers les plus modestes” et que c’est un “virage à gauche”. Pardon ?? A gauche du FN c’est ça ?! Le revenu universel d’activité est LA mesure régressive de l’année, voici pourquoi :

1 – Concrètement, elle va mettre sous condition de recherche d’emploi, comme pour les allocations chômage, nombre de prestations qui étaient attribuées selon une autre logique, comme les APL. L’allocataire devra signer un contrat et faire la preuve de sa recherche, et ne pourra pas refuser deux offres d’emploi. Pour continuer à toucher des prestations et ne pas crever de faim il sera fliqué en permanence et devra accepter le premier boulot de merde venu. Comme l’a dit Buzyn sur France Inter ce matin, il s’agit “d’aider les gens à s’en sortir par eux-mêmes”, et non de les aider tout court. Ce faisant, le gouvernement se situe dans la droite ligne de Sarkozy lorsqu’il a transformé le RMI et RSA : bougez-vous les pauvres !

2 – Bien entendu, ce revenu se contente de fusionner des prestations déjà existantes, il n’ajoute aucun nouveau revenu pour les 9 millions de pauvres. Il y aura d’ailleurs des perdants, comme l’explique le rapport de France Stratégie commandé par le gouvernement pour anticiper les différents scénarios de fusion. Comme on harmonisera des critères d’attributions de prestations très différentes, le rapport nous apprend que les chômeurs en fin de mois perdront de l’argent, ainsi que les personnes seuls. ça suffit les cassos !

3 – Ce qui est génial quand on fusionne des trucs, c’est qu’on peut tout raboter au passage l’air de rien. Puisqu’on ne sait rien des modalités de cette fusion, on peut supposer qu’il s’agit là d’un potentiel plan d’économie pour le gouvernement, qui adore couper les vivres aux pauvres. Un virage à gauche vous dites ?

En appelant sa fusion “revenu universel”, Macron a été malin : il a face à lui pléthore de journalistes débordés et complètement incultes politiquement, qui gobent ses détournements orwelliens sans trop broncher. Le plan de com’ pour cette rentrée c’est d’avoir l’air “social”, et il peut compter sur BFM TV pour affirmer sans rire, face caméra, qu’une fusion de prestation potentiellement rabotée et désormais conditionnée à la recherche frénétique et surveillée de n’importe quel emploi, pour éviter l’oisiveté des pauvres, est une mesure “de gauche”.

Mais nous tous, on nous la fera pas.

Plan pauvreté : derrière le pathos de Macron, une approche bourgeoise et paternaliste

 

“Faire plus pour ceux qui ont moins”, est, sans rire, le slogan du discours de Macron sur la pauvreté, qui se tient ce jeudi matin. Après avoir faire tout pour ceux qui ont tout, le président se penche la larme à l’œil sur “les pauvres”. Comme d’habitude, la presse a repris complaisamment les éléments de communication du président, et l’a accompagné dans sa volonté de montrer un “visage social” aux Français qui désormais le détestent très majoritairement.  Ainsi entends-on parler d’un “virage social” du gouvernement. Après avoir gavé les riches, est venu le moment de donner quelques miettes aux pauvres, et les bourgeois ont la larme à l’œil devant tant de bonté. Pourtant, à y regarder de près, le plan pauvreté du gouvernement n’a absolument rien d’un cadeau aux “pauvres”. Voici pourquoi :

  • Le leitmotiv du gouvernement est “l’accompagnement”. Des allocataires du RSA, des demandeurs d’emploi, etc. Plutôt que d’augmenter le niveau des prestations, l’objectif est de fliquer tout le monde, pour vérifier que chacun prend la route de l’emploi (de merde et mal payé de préférence).
  • A l’anglo-saxonne, le gouvernement se concentre sur “les plus en difficulté”. Après avoir dégradé l’assurance-maladie pour tout le monde, il propose d’étendre un peu la CMU-C, cette complémentaire santé à bas coût pour les bas revenus. Après avoir précarisé l’ensemble des salariés, dont les salaires n’augmentent plus, il fait tout pour donner n’importe quel emploi aux gens. Après avoir fermé les portes de l’université à tous les jeunes de milieux populaires, il va faire quelques mesurettes pour aider les plus pauvres d’entre eux à ne pas décrocher à l’école.
  • Macron a introduit son discours en définissant la pauvreté comme, on cite “le résultat d’accident de la vie, de batailles perdues…”. Ce faisant, il fait de la pauvreté un coup de malchance, un accident de parcours individuel bien triste mais qui ne remet en aucun cas en cause le système. Avec Macron et son “plan pauvreté”, il n’y a plus d’exploitation, d’aliénation, de mépris de classe et de mauvaise répartition des richesses : il n’y a que des petits accidents bien tristes et des individus qu’il faut “accompagner” de façon paternaliste.
  • La philosophie de tout ça c’est que le modèle social doit être destiné, de façon très fliquée, aux “plus en difficulté”, qu’on considère de haut et avec la plus bourgeoise des compassions. Là où le combat ouvrier avait permis la mise en place d’un système de solidarité globale ponctionnant les revenus du capital, les libéraux rêvent d’un modèle où seuls les “nécessiteux” bénéficient d’un petit transfert de richesses. Et encore pas vraiment, puisque la plupart des dispositifs reposent sur des ressources de l’Etat, collectée par l’impôt de tout le monde, et non sur les cotisations, qui ponctionnent les richesses produites par l’économie capitaliste.
  • D’ailleurs, Macron a bien rappelé que pour aider les “derniers de cordée”, il fallait des “premiers de cordée”, et que notre système productif actuel est indispensable pour sauver les pauvres, alors que c’est précisément l’inverse qui se passe. Bref, le salut des pauvres, ce sont les riches : il fallait oser.

Bref, il n’y aucun “virage social” dans ce plan pauvreté. Il se situe en grande cohérence avec l’action de torpillage de notre modèle social issu du combat de classe à la Libération. A travers les miettes qu’il nous donne, Macron continue de voler ce qu’on a.

Polluer plus pour gagner plus : Ce n’est pas à vous de culpabiliser sur l’état de la planète, c’est aux riches !

Plus on est riche, plus on pollue. C’est ce que l’ONG britannique Oxfam a démontré dans un rapport intitulé « Inégalités extrêmes et émissions de CO2 » en 2015. Pourtant, à l’heure où le gratin international multiplie les déclarations de bonnes intentions environnementales et les confessions larmoyantes, les gouvernements occidentaux, à commencer par le gouvernement français, s’entêtent à répéter qu’il est question de prise de conscience individuelle. Et tant que l’on continue de dénoncer la paille dans l’œil du voisin, on ne regarde pas la poutre dans le sien. Habile. Mais les « petits gestes pour la planète » ne suffiront pas. C’est le pouvoir des très riches qu’il faut réduire. Et la neutralisation de leur pouvoir de nuire commence par comprendre comment ils nous enfoncent dans la crise écologique. Décryptage.

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Macron, le dernier fusible des riches, va sauter

En 2006, le président Chirac vieillissant cédait face à une mobilisation d’ampleur de la jeunesse et des syndicats contre le CPE, un contrat précaire destiné aux jeunes, selon l’équation miracle à l’époque presque nouvelle : “il faut flexibiliser le travail pour faire baisser le chômage”. Une catastrophe de plus pour la bourgeoisie française, après le “Non” au référendum sur le traité européen, le bas peuple inculte n’ayant pas saisi le bonheur du libre-échange et de la concurrence généralisée. Le MEDEF fulminait, les intellectuels médiatiques tapaient du pied : y’en a marre des gauchistes et des syndicats qui appartiennent au passé !

Toute la bourgeoisie porta alors aux nues le ministre Sarkozy, homme de droite aux accents populaires, passé maître dans l’art de dresser les smicards contre les allocataires du RSA. Après une année faste passée à réduire les impôts des riches, limiter le droit de grève et criminaliser les pauvres, une crise financière mondiale s’abattit sur le pays, tandis que les délires narcissiques et égotiques du président le faisait passer pour le mafieux qu’il est. Déception chez les bourgeois : 5 ans de sarkozysme n’étaient pas venu à bout du modèle social tant detesté. Des coups sérieux avaient été portés, mais les Français possédaient encore une carte Vitale et pouvaient mettre leur employeur devant les Prud’hommes.

5 ans de “social-libéralisme” incarné par la bouille inoffensive de François Hollande produisirent de meilleurs effets, mais non durables. La loi El Khomri réformant le Code du travail passa à coup de répression policière et de propagande transpartisane, mais Hollande devint très  vite aussi détesté que son prédécesseur.

Toute la bourgeoisie porta alors aux nues le ministre Macron, homme “ni de gauche ni de droite” donc de droite, jeune riche aux accents marketing, passé maître dans l’art de dresser les précaires contre les CDI, suffisamment bien entouré pour labeliser cela “le nouveau monde”. Après une année faste passée à supprimer les impôts des riches, restreindre le pouvoir des syndicats et taxer les retraités, le vent de l’impopularité l’emporte désormais, notament parce que derrière sa tronche de gendre idéal se cachait en fait un homme imbus de lui-même, aux pulsions despotiques, et singulièrement lâche (“venez me chercher!” quand on a l’immunité : quel courage !). Stupéfaction chez les riches : tout était si bien parti ! La sécurité sociale et l’assurance-chômage était sur le point d’être des souvenirs. Le droit du travail était liquidé. Les retraites allaient être démantelées.

Tristesse chez les riches : Peu après le début de l’affaire Benalla Le Point titrait en Une “La déception Macron”. Car Macron était leur dernier fusible. Le dernier monarque républicain en stock. Le dernier produit marketing encore disponible, après trente ans à tester de nouvelles formules : le monarque de droite mais qui aime disneyland, le monarque de gauche mais qui détruit le droit du travail, le monarque ni gauche ni droite mais super de droite … Qui sauvera désormais leur profits des appétits égalitaires du peuple ? Qui fera diversion de leur colère ? Qui débitera le discours consistant à raconter que la crise écologique, la précarité, le chômage seront miraculeusement résolu en donnant plus à ceux qui ont plus ?

Il n’y a plus grand monde en stock. Pour faire passer leur prochain candidat pourri au second tour ou pour empêcher une alternative d’émerger, il ne va rester aux bourgeois que Le Pen.

Comme au bon vieux temps.

 

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