Avec ou sans Benalla, il y a un gros problème avec notre police

De VRAIS policiers faisant leur travail avec éthique et déontologie lors des manifestations contre la loi travail en 2016

L’affaire Benalla devenue affaire Macron éclate à la gueule du “nouveau monde” souriant et méprisant que l’on nous vend depuis plus d’un an. S’en est finit du mythe de la droiture du président, de son “humanisme” et de son sens moral. Macron ne vaut pas mieux que Sarkozy : lui aussi est un petit rejeton de la bourgeoisie avide de pouvoir et obsédé par le fric. La seule différence c’est qu’il a su séduire la bourgeoisie médiatique et culturelle en se la jouant philosophe et ami des arts quand le second scandalisait le petit monde parisien par ses mauvaises manières. Dans le poulailler de nos élites, les plumes volent et cela s’agite en tout sens : leur candidat, leur héros, le porte-flingue de leurs intérêts du moment ne va bientôt plus rien valoir aux yeux du peuple et sa “courageuse action réformatrice” va devoir s’interrompre en attendant le prochain candidat prêt à nous berner le temps de faire passer les bonnes ordonnances.

Mais il y a quelque chose de dérangeant et de choquant dans les propos tenus un peu partout depuis trois jours : Benalla, usurpateur d’identité de la police, “salirait” son image. Les VRAIS policiers eux, font bien leur travail. Voilà ce qu’on lit et entend depuis que le cataclysme a commencé.

Pardon ? Vous pouvez répéter ? “Les policiers se comportent bien” en temps normal ? Dire une chose pareille sans sourciller implique d’avoir hiberné ces dix, vingt ou trente dernières années et d’avoir une interprétation bien étrange de ce qu’il s’est passé le 1er mai.

Car “l’affaire” elle-même en dit long sur le sens de l’éthique de la “déontologie” de notre police. Le nervis de l’Elysée n’a pas profité d’une porte de fourgon mal fermée pour subtiliser un casque. On lui a donné. La hiérarchie policière présente sur place a couvert l’opération menée par Benalla et deux autres sbires de l’Elysée. Elle leur a accordé le droit de partager avec ses hommes le plaisir raffiné de frapper et de traîner au sol des jeunes hommes et des jeunes femmes. Des gradés ont poussé le zèle a fournir ensuite des copies de la vidéosurveillance de la rue ! Pour expliquer une telle situation, un représentant de cette digne profession ose dire « L’Elysée, ça fout la trouille à tout le monde » (Philippe Capon, du syndicat de gardiens de la paix UNSA-Police). Par contre, voir quelqu’un étrangler un manifestant et lui donner un violent coup de pied alors qu’il est à terre et sans défense, ça fout la trouille à qui dans la profession ? Pas grand monde visiblement.

Ensuite, il faut avoir la décence et le réalisme d’affirmer que les VRAIS policiers chargés du “maintien de l’ordre” savent faire aussi bien que leur indigne usurpateur mais s’en est tellement habituel que nos chers “leaders d’opinion” s’y sont visiblement habitué : Quand le jeune militant de la France Insoumise a diffusé sa vidéo le jour du premier mai, ça n’a pas ému grand monde parmi la presse, comme s’il était acquis que la police a “le monopole de la violence gratuite et acharnée légitime”.

Et ce n’est pas la famille Traoré qui dira le contraire, ni celle de Théo. La violence gratuite de la police, les habitants des quartiers populaires y sont habitués. Ils sont aussi habitués à l’indulgence de nos élites de tout bord et de toute rédaction : le combat contre les violences policières passe pour une niche d’extrême-gauche, un dossier lassant dont on se sent obligé de parler un peu quand la mort est au rendez-vous.

Faire le procès de Macron, de son équipe et de ses pratiques oui. Faire le procès de notre police, de ses violences gratuites, de ses accointance avec l’extrême-droite (car même les services de renseignement s’en inquiètent), ce serait aussi le moment. Cessons de croire qu’assurer notre sécurité implique nécessairement de lâcher la bride juridique et morale à toute une profession. On est en droit d’exiger une police qui ne frappe pas des sans raison, qui ne fasse pas de contrôle au faciès, qui permette aux victimes de viols et d’agression de se sentir légitime à porter plainte et qui exerce sa mission sous contrôle citoyen et non sous la coupe d’hommes de main du président.

L’heure du grand ménage a sonné. Tâchons de ne pas laisser de la poussière dans les coins.

 

FRUSTRATION est un magazine papier trimestriel

Pour nous soutenir, achetez le dernier numéro

Abonnez-vous

 

Le mouvement du Libre contre la start-up nation

Rencontre avec des membres fondateurs de la Maison du Libre et des Communs

 

Dans le langage d’Emmanuel Macron, la France est la Nation des start-ups, écrin de choix dédié au développement de la FrenchTech, label créé pour les entreprises françaises du numérique « innovantes », tant vantée par Macron. C’est sur ces jeunes pousses que reposerait la prospérité économique future du pays selon les gouvernements qui se succèdent depuis six ans. Ce discours est renforcé par notre président et sa clique qui béatifient ces beaux entrepreneurs blancs, jeunes et blonds, logés par le milliardaire Xavier Niel dans son incubateur de la Station F et dont les idées sont considérées comme les nouveaux puits de pétrole du xxie siècle. C’est pour leurs beaux yeux que le président a annoncé début mai dans le magazine américain Forbes qu’il allait supprimer l’ « exit tax », cette imposition des départs de capitaux, qui rapporte tout de même 800 millions d’euros aux finances publiques.

La Suite

Quand les nervis d’En Marche commandaient des armes

Qui aurait eu l’idée de taper “armes” dans le moteur de recherche des “Macron Leaks”, cette fuite de mail de l’équipe de campagne d’En Marche orchestrée par WikiLeaks ? Nous qui travaillions sur ses gros donateurs, nous ne l’avons pas fait. Mais depuis qu’on sait ce qu’ont fait le collaborateur de Macron Alexandre Benalla (le même qui, avant hier, faisait foncer le bus des bleus au milieu de la foule déçue pour ramener la coupe à Macron), et le sbire Vincent Crase, l’image “libérale-progressiste” du mouvement présidentiel, déjà sérieusement écornée depuis la loi Asile et Immigration, explose au profit du profil inquiétant et fascisant de ses membres.

Dans cet échange de mail entre les deux hommes, à l’époque en charge de la sécurité du candidat Macron, on trouve une impressionnante liste de course, clairement inadaptée à la sécurité d’un mouvement politique.

“Faites ce que vous voulez mais votez Macron” titrait Libération pendant l’entre-deux-tours et hurlaient les antifascistes de salon que nous n’avons eu de cesse de dénoncer dans nos colonnes. Comme ils ont eu tort : un président dont l’obsession est de faire passer des “réformes impopulaires” a forcément besoin de s’entourer d’hommes de fer capable de cracher – et à l’occasion frapper – le peuple pour lui faire avaler la potion néolibérale qu’il recrache avec acharnement depuis vingt ans.

Socioscope : Qu’allez-vous décider à la place des astres et des puissants cet été ?

Dans les journaux gratuits ou les magazines féminins, les horoscopes sont des récits inventés par des sous-traitants, avec un angle exclusivement individualiste (votre promotion, votre vie sentimentale, votre budget) et qui se nourrissent des injonctions de la société capitaliste (à la compétition, à la réussite, à l’accumulation). Ça donnerait quoi un horoscope collectif, revendicatif et émancipateur ? Un socioscope !

 

Bélier

 Travail : Vous travaillez trop, n’oubliez pas que la durée hebdomadaire légale est de 35 h et que toute heure supplémentaire doit donner lieu à une rémunération supplémentaire. Si vous êtes cadre, c’est pareil, sauf mise en place d’une convention de forfait-jour, négociable uniquement avec les organisations syndicales.

 Relationnel : Célibataire, n’oubliez pas que c’est au travail que l’on rencontre le plus souvent son conjoint ou sa conjointe. Mais ne pas compter ses heures n’est pas une solution : passés 40 ans, les heures supplémentaires réduisent votre espérance de vie et donc la possibilité de profiter de votre amour.

 Argent : Si vous avez le droit à des allocations ou des minima sociaux, n’oubliez pas d’en faire la demande. Selon une étude du Secours catholique, 40 % des gens éligibles au RSA n’en ont pas fait la demande, ainsi que 29 % de ceux qui sont éligibles aux allocations familiales. Or, il s’agit d’un droit chèrement acquis dont on ne doit éprouver nulle honte.

 

Gémeaux

 Travail : Si votre entreprise ou association compte 11 salariés et salariées ou plus, votre employeur doit organiser des élections professionnelles. S’il ne le fait pas c’est un délit d’entrave, sanctionné par 7 500 € d’amende (avant la loi Macron de 2015, cela pouvait donner lieu à une peine d’emprisonnement). N’hésitez pas à vous présenter pour défendre les droits de vos collègues. Si vous êtes élu, vous serez protégé : votre employeur devra obtenir l’accord de l’Inspection du travail pour vous licencier.

 Relationnel : Une panne d’érection est plus souvent liée à un stress d’origine professionnelle qu’à une profonde baisse du désir.

 Argent : Si vous gagnez plus de 3 200 € nets par mois, vous faites partie des 10 % de Français les mieux payés. Ne dites donc pas que vous faites partie de « la classe moyenne », cela fausse tout.

La Suite

L’esprit coursier contre le capitalisme : Quand les livreurs à vélo défient l’uberisation du travail

On les croit souvent en concurrence, isolés les uns des autres, endormis par des entreprises qui leur promettaient le rêve de liberté des entrepreneurs tout en les rendant plus exploitables que les moins protégés des salariés. Dans les grandes villes de France, on peut les voir filer à toute vitesse, énorme sac cubique sur le dos, pour tenir leur temps de livraison. On peut parfois en voir cinq ou six affalés sur un banc, le vélo posé non loin d’eux, le smartphone à la main, en train de recharger leur batterie ou d’attendre un nouveau trajet. Les coursiers à vélo, auto-entrepreneurs et fiers de l’être, n’avaient sans doute pas l’air à la pointe du combat contre le libéralisme. Après tout, ce n’était pas eux qui débattaient à Nuit Debout et qui tenaient tête au pouvoir dans les cortèges des manifestations contre la loi Travail. Eh bien on se trompait. On avait sous-estimé leur (conscience de) classe et leur débrouillardise, et surtout leur sens de la solidarité. Pour l’été, nous voulons vous raconter une histoire qui vous donnera foi en vos collègues et vos concitoyens et courage pour vos combats futurs : elle raconte la victoire de l’esprit coursier contre les combines du capitalisme 2.0. Réalisée en 2016, cette enquête a été mise à jour à partir des évolutions récentes d’un combat qui se poursuit.

La Suite

CHÔMAGE PARTIEL POUR LES OUVRIERS DE FIAT, 30 MILLIONS PAR AN POUR RONALDO

Un syndicat d’ouvriers de l’usine automobile Fiat de Melfi (Italie du sud) a prévu de se mettre en grève du 15 juillet au soir au 17 juillet au matin, lors de la présentation de la star portugaise Cristiano Ronaldo dans son nouveau club de foot de la Juventus Turin. Celui-ci arrive du Real Madrid contre 112 millions d’euros et percevra un salaire de 30 millions d’euros.

Loin de nous l’idée de critiquer des « millionnaires qui tapent dans un ballon », ce serait bien trop facile alors que les médias ne critiquent pas d’autres millionnaires qui apportent un divertissement jugé plus noble (les acteurs) ou les fortunes des grandes familles actionnaires rentières qui font encore beaucoup moins pour le bien commun. Mais force est de constater que Ronaldo n’est pas non plus un exemple puisqu’il a récemment accepté de verser 18,8 millions d’euros au fisc espagnol afin d’échapper à une peine de prison pour plusieurs délits fiscaux pour lesquels il a plaidé coupable. Après ça c’est facile d’avoir un engagement humanitaire pour lustrer son image. Avec ce transfert, il pensait être tranquille loin de l’Espagne. C’était sans compter l’action des ouvriers de Fiat écœurés par les inégalités de traitement entre salariés d’un même patron.

Car qu’est-ce qui pose problème au syndicat USB au juste ? Ils ont les mêmes actionnaires majoritaires que le club de football piémontais, la famille Agnelli. Pendant qu’eux subiront des périodes de carence imposées jusqu’en 2022, la famille Agnelli consent des dépenses faramineuses. Autrement dit leurs sacrifices servent in fine à engraisser Ronaldo.

Voici leur communiqué :
« Il est inacceptable que l’on dépense des centaines de millions d’euros pour l’achat d’un joueur alors que l’on demande dans le même temps à nous, travailleurs, des sacrifices.
On nous dit que les temps sont difficiles, qu’il faut recourir à des plans sociaux en attendant le lancement de nouveaux modèles qui n’arrivent jamais.
Alors que les salariés et leurs familles se serrent de plus en plus la ceinture, l’entreprise décide d’investir énormément d’argent sur un seul homme.
Est-ce juste ? Est-ce normal qu’un seul individu gagne des millions et que des milliers de familles n’arrivent pas à terminer le mois ?
Nous dépendons tous du même patron et ce traitement inégal ne peut être toléré.
Les salariés ont fait la fortune des propriétaires depuis trois générations, et en retour, ils n’ont reçu qu’une vie de misère[…] »

———————-

SI VOUS AVEZ AIMÉ CE TEXTE, SOUTENEZ FRUSTRATION, MAGAZINE TRIMESTRIEL DE CRITIQUE SOCIALE

▶️ ABONNEZ-VOUS :
https://www.frustrationlarevue.fr/sabonner-a-frustration/

OFFRE PROMO D’ÉTÉ À 15 EUROS (1 AN, 4 NUMÉROS) JUSQU’AU 15 JUILLET AVEC LE CODE “CAVAMANU”

▶️ COMMANDEZ LE DERNIER NUMERO SUR INTERNET : https://www.frustrationlarevue.fr/boutique/

Versailles, ses jardins, sa galerie des glaces et les milliers de morts de sa construction, symbole du mépris historique de nos élites envers le peuple

A Versailles, les riches s’amusent comme des fous pendant que les pauvres crèvent dans leur taudis. Mais QU’EST-CE QUE C’EST JOLI !
Macron reçoit cette après-midi les députés et sénateurs à Versailles, il va leur faire un beau discours puis se tirer, et eux pourront en débattre entre eux. Imaginez la scène : un pote vous fait venir dans sa grosse baraque avec héliport et jacuzzi, il vous dit que vous coûtez un pognon de dingue et que vous êtes tous une bande de fainéants, et se tire dans sa limousine, vous laissant en discuter avec les autres invités. C’est un peu ce qui va arriver aux députés et sénateurs, et on ne va pas pleurer sur le sort de ces masos qui acceptent de se faire traîner dans le Palais des oppresseurs de la France pendant des siècles sous prétexte de respecter une disposition de la Constitution mise en place sous le règne du mafieux notoire Sarkozy.
 
Oppresser le peuple depuis Versailles est un sport national pour nos délites, et ce depuis le début du XVIIe siècle : à cette époque que les gens de droite estiment être “l’âge d’or de la Fraaaance” (notamment parce que ses armateurs partait en Afrique charger à ras bord des navires d’esclaves enchaînés à même le sol puis les amener en Amérique dont les habitants étaient méthodiquement exterminés), un petit roi paranoïaque et fébrile nommé Louis XIV décidait d’entamer un chantier pharaonique, mobilisant plus de 30 000 ouvriers, et ayant provoqué des milliers de morts, jusqu’à 10 000 selon les sources.
 
Des milliers de morts pour kiffer la vibe avec sa famille et une horde de nobles venus de toute la France pour accepter de jouer les pots de fleurs à tout moment de la journée du monarque. ça le vaut non ?
 
Hélas, ce chantier à 10 000 morts n’aura pas suffit à protéger Louis XVI de la foule venu le chercher, lui et sa famille, en 1789. Si une foule de bigot nostalgique fête depuis ce décès officiel de la monarchie, Versailles est resté, monarchie ou pas, le symbole du pouvoir et de la hargne anti-peuple des gens qui règnent sur nous depuis. Napoléon, qui a perpétué la tradition de la boucherie sur peuple, y a fait quelques bricoles, puis la bourgeoisie régnante y a fuit en 1871 quand le peuple de Paris a voulu prendre son destin en main. C’est depuis Versailles que le premier ministre Adolphe Thiers, dont nombre de nos rues et boulevard portent le nom, a déclenché une invasion militaire contre sa propre capitale. Rue par rue depuis le sud-ouest Paris fut repris depuis Versailles, tandis que les anciens ennemis prussiens assiégeaient le coté Nord-Est (C’est beau l’amitié entre Nation quand il s’agit de canarder le peuple). Et le mouvement ouvrier fut exterminé ou exilé pour 10 ans.
 
Pendant le vingtième siècle, le peuple a pu un peu domestiquer sa bourgeoisie, bien que celle-ci ait reconduit la tradition tribale de la boucherie populaire en 14-18. Versailles est devenu un musée, où on n’apprend cependant guère le prix humain de sa “magnificence”. D’illustres énarques y sont nommés et touchent un salaire mirobolant tandis que des grandes entreprises comme Vinci subventionnent tel ou tel rénovation de tel allégorie de Louis XIV jouant de la harpe d’or, pour redorer leur blason et toucher la petite réduction d’impôt qui va bien.
 
Avec les résistances populaires qui s’effilochent, le triomphe du néolibéralisme contre les peuples et les succès des forces de droite ou de gauche-de droite puis “ni gauche ni gauche, de droite”, pas étonnant que les présidents et leurs fidèles se remettent à baver sur Versailles. Comme tous les enfants mégalomanes de riches, ils pensent qu’un “destin exceptionnel” les attend, et donc tout ce qu’a touché un Louis XIV ou un Napoléon leur donne la trique. Est-ce pour cela que Sarkozy a modifié en 2008 la constitution pour avoir le droit d’y faire une apparition régulière devant le parlement ? Est-ce pour cela que Macron y rassemble aujourd’hui un public dévoué alors qu’il n’a rien de spécial à dire ?
 
Ce qui est sûr, c’est qu’en ce début de siècle où notre grande bourgeoisie a repris tout le poil de la bête après quelques décennies compliquées, Versailles est redevenu le meilleur endroit depuis lequel les puissants peuvent nous regarder et nous dire combien ils nous méprisent. De notre coté, ça reste le meilleur endroit pour aller les cueillir et leur rappeler que si la France semble être toujours le pays des mégalos puérils, elle doit toujours un peu être celui d’un peuple rebelle et qu’il ne faut pas pousser dans les retranchements de sa dignité.

Pourquoi le remplacement de “sécurité sociale” par “protection sociale” dans la Constitution est le coup de semonce précédent la bataille contre notre modèle social

L’amendement qui dissout la sécurité sociale
C’est un petit amendement d’apparence inoffensive qui est venu, lors de l’examen à l’Assemblée du projet de loi de révision constitutionnelle, révéler les pires intentions des macronistes pour la sécurité sociale : jusqu’à présent, notre Constitution mentionnait la sécurité sociale, désormais elle mentionnera la « protection sociale ». Voici pourquoi ce changement ouvre la porte à la dilution puis la liquidation de la sécurité sociale.

 

  • Alors que « sécurité sociale » faisait référence à un système d’assurance collective face aux risques de la vie (santé, vieillesse, famille, accident du travail…) qui fonctionne par la cotisation et est gérée par les travailleurs pour l’ensemble de la population, « protection sociale » est le terme générique qui désigne toutes les institutions d’assurances : la sécu oui, mais aussi les assurances-privées, les mutuelles, les complémentaires…. Autrement dit, la Constitution modifiée par les macronistes permettra au gouvernement et au parlement de légiférer sur nos droits à la protection et à la santé au sein d’un champ plus vaste que la seule sécurité sociale. Les assurances-privées deviendront une option constitutionnellement viable.

 

 

  • A cause de ces plans d’austérité, la France est passée de meilleure système de santé du monde en 2000 à un pays où des gens meurent aux urgences faute de prise en charge rapide et où nos anciens sont maltraités dans des EHPAD par des personnels sous pression. Les macronistes ont poursuivi ce mouvement en votant fin 2017 le plus important plan d’économie sur la sécurité sociale depuis les années 1990 : 4,2 milliards sur l’assurance-maladie.

 

  • Les quelques évolutions qu’ils décident, comme un meilleur remboursement des prothèses dentaires et des lunettes, repose entièrement sur les mutuelles complémentaires. L’idée est bien, pour s’assurer collectivement, de ne plus passer par la sécu mais par le privé. Et comme ils n’ont eu de cesse de briser la sécu, tous ceux qui en ont les moyens seront bien content de pouvoir un jour rendre une Carte Vitale qui ne vaut plus rien. Une sécurité sociale pourrie pour les pauvres, des assurances-privées pour les autres : c’est ce à quoi conduit la politique macroniste, rendue désormais acceptable du point de vue de notre constitution avec cet amendement scélérat.

 

Il est possible de s’opposer à cette ultime crasse qui révèle l’ampleur antisociale du projet macroniste. L’amendement n’a été votée qu’en commission et, avec une mobilisation suffisamment grande, pourrait passer à la trappe d’un gouvernement qui se sait de plus en plus haï. Cette crasse macroniste doit aussi nous redonner des ambitions populaires : le projet des fondateurs de la Sécurité Sociale était qu’à terme, elle soit l’unique système d’assurance face aux risques de la vie. Finies les complémentaires, finies les assurances privées, finie le reste à charge pour les assurés sociaux : dans un pays aussi riche et productif que le nôtre, le système qui consiste à dire “à chacun selon ses besoins, à chacun selon ses besoins” peut assurer la protection de toutes et tous. Et éradiquer le mutualisme dévoyé, l’assurance-privé coûteuse et la dépense individuelle dispendieuse et inégalitaire.

 

FRUSTRATION EST UN MAGAZINE PAPIER TRIMESTRIEL ET INDEPENDANT
POUR NOUS SOUTENIR ET NOUS PERMETTRE DE CONTINUER A TEMPÊTER ET DÉNONCER, ABONNEZ-VOUS, ABONNEZ AUTOUR DE VOUS;

Geoffroy Roux de Bézieux, grand bourgeois banal et chiant, est le nouveau porte-flingue de la grande bourgeoisie

Un bon vieux capitaliste bien de chez nous.

Cet homme dont le nom reflète la classe sociale a été élu nouveau président du MEDEF. On pensait toucher le fond aristocratique avec Pierre Gattaz, qui était le fils d’Yvon Gattaz, ancien président du CNPF (ancien nom du MEDEF), mais non : Geoffroy Roux de Bézieux est l’héritier d’une famille de banquiers lyonnais (depuis au moins Louis XV) croisée avec une famille aristocratique au 19e siècle : c’est cette subtile alliance de nobles et de bourgeois qui a formé la grande bourgeoisie française qui règne toujours et plus que jamais sur nos vies.

Geoffroy Roux de Bézieux (on dira « GRDB » pour ne pas postillonner notre conscience de classe) est un cliché social vivant, une preuve à balancer à tous ceux qui sont encore capables de dire « maaais la bourgeoisie ça n’existe plus enfiiiin ! » : établissement privé catholique à Neuilly, prestigieuse école de commerce, haut cadre de l’Oréal puis associé d’un fond d’investissement dans le numérique, il est – naturellement « père comblé de 4 enfants » et passionné de rubgy (il a acheté son propre club). Catholique pratiquant comme les Mulliez (Auchan) ou de Castries (Axa), il était contre le mariage pour tous. Mais avant tout, GRDB est très peiné que les Français aient des a priori sur des patrons et c’est pourquoi il a publié en 2007 un bouquin, tellement c’est triste. Persuadé que les patrons sont les vrais martyrs de notre époque, il est allé jusqu’à inventer de toute pièce le fait qu’un patron de PME se suiciderait tous les deux jours.

En 2008, GRDB pensait que la solution à la crise était plus de capitalisme, et c’est donc en toute logique qu’il est plus macroniste que Macron. En octobre, face aux manifestants contre les ordonnances travail il l’enjoignait à « ne pas céder » car « Ceux qui manifestent sont obnubilés par l’égalitarisme », le péché suprême pour les grands bourgeois.

Comme tout grand bourgeois qui se respecte, GRDB estime que notre dette publique est colossale, et que la priorité qu’il veut faire porter par le MEDEF est – très original – la baisse des dépenses publiques. Naturellement ce mec se fout des services publics, et comme Macron il doit penser qu’on met un « pognon de dingues » dans nos minima sociaux. Mais votre vie, il arrive à peine à s’y intéresser : interrogé le 29 juin sur le montant du SMIC, il s’est trompé de 110€. Alors vous pensez bien que vos 5€ d’APL, il n’en a rien à carrer, bande d’égalitaristes.

Geoffroy Roux de Bézieux, grand bourgeois banal et chiant, mais éminent ennemi du peuple.

 

Frustration est un magazine papier, animé par une équipe de bénévoles 

LE NOUVEAU FRUSTRATION EST SORTI

Pour nous soutenir, abonnez-vous, abonnez autour de vous !

 

Ce qu’il nous a déjà pris : Les prises de guerre (des classes) de Macron – an I

On parle souvent, notamment ici dans les colonnes de Frustration, du CNR (Conseil national de la Résistance) pour évoquer les grandes conquêtes sociales encore en vigueur de nos jours, quoique largement affaiblies. Son action ne fut pas aussi unitaire qu’il y paraît : il n’eut pas d’existence institutionnelle – il n’y a pas eu de gouvernement du CNR – mais la réunion des mouvements de Résistance sous l’égide de Jean Moulin en 1943 aboutit à un « plan d’action immédiate » de libération ainsi qu’à un programme socio-économique intitulé « Les Jours heureux », paru en mars 1944, qui rassemblait derrière lui les diverses tendances politiques participant à la Résistance, et grandement nourri par le Parti communiste, seul parti entré en résistance, et qui allait inspirer les gouvernements de l’immédiat après-guerre (Voir le documentaire de Gilles Perret, Les Jours heureux, qui donne la parole à des membres du CNR qui expliquent le sens quasi révolutionnaire que ce programme politique allait donner à une Résistance menée en grande partie par des militants communistes et socialistes).

Résister, pour quoi ? Ce programme donnait un sens quasi révolutionnaire à la Résistance :  il comprenait des mesures pour rétablir des mécanismes démocratiques (suffrage universel, indépendance de la presse vis-à-vis des capitaux de l’industrie) et aller vers une économie plus progressiste et sociale « impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie » (la nationalisation des grandes entreprises exploitées par l’Allemagne nazie, le renouveau de la représentation syndicale), « un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’État » (assurance contre la maladie maladie, retraites pour tous les salariés). Un programme articulant épuration et partage des pouvoirs et des richesses, dans la lignée des avancées sociales créées par le Front populaire avant guerre. C’est ce qui donna naissance au « modèle social » français, un compromis entre capitalisme et socialisation. Un compromis fragile que Macron et ses prédécesseurs s’emploient à briser dans le sens des intérêts de la bourgeoisie.

La Suite

Le nouveau numéro de Frustration est sorti ! Pour vous le procurer, abonnez-vous ou commandez-le en ligne via la boutique du site ! Ignorer