L’intelligence des élites et l’incompétence du peuple : un tenace mythe antidémocratique

Face au mouvement des gilets jaunes, et à sa revendication de la possibilité pour le peuple de se prononcer plus régulièrement par référendum, les politiques et les bourgeois reprennent leurs bons  vieux réflexes, vieux de plusieurs siècles : expliquer que le peuple est sympathique mais inculte, et que des décisions “impopulaires mais nécessaires” doivent être prise par une élite “intelligente” et réaliste. Et si vous n’êtes pas convaincu, ils vous diront qu’Hitler est arrivé au pouvoir par les urnes et que la peine de mort serait rétablie si on laissait les gens décider. Deux choses qui sont fausses, mais qui font peur, surtout quand on est dépossédé depuis toujours de sa souveraineté. Retour sur trois mythes justifiant le pouvoir des élites et l’impossibilité d’extension de la démocratie :


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Message des grands bourgeois au peuple : “Prenez l’aumône qu’on vous jette et rentrez chez vous”

Matthieu Kassovitz, “comédien-réalisateur engagé”, est l’un des premiers à avoir sifflé la fin de la récré. S’adressant à l’ex-candidat du NPA, Philippe Poutou, par ailleurs ouvrier d’une usine que ses actionnaires ont décidé de bazarder après avoir touché toutes les aides publiques possibles, il a appelé les gilets jaunes à ne pas demander “2500 balles et une Mercedes”.

Il faut bien avoir en tête que Kassovitz n’est pas seulement un excité du tweet, c’est aussi un grand bourgeois. Ce mec, qui payait certainement l’ISF et a donc reçu, grâce à Macron, des dizaines de milliers d’euros de ristourne, a évolué comme tous ses semblables face aux gilets jaunes : au début tout attendris, les bourgeois ont salué sur le mode paternaliste la mobilisation, tout content qu’une alternative émerge face aux affreux gauchistes qu’ils abhorrent. Ils saluaient la dimension “apolitique” du mouvement, content de pouvoir s’y associer sans se compromettre idéologiquement. On a vu Eric Brunet, l’éditocrate poujadiste de RMC, enfiler son gilet jaune…

… Puis le retirer : les bourgeois ont un cœur, mais ils ont aussi et surtout un portefeuille et des tas de biens d’une grande valeur financière : aussi, voir des Porches brûler dans l’un des plus riches quartier de la capitale – là où ils vont au restau et à l’hôtel, là où leurs potes habitent, là où leur notaire se trouve, là où ils achètent leurs foutues montres à 30 000 balles – ne les a pas du tout amusé, mais alors pas du tout.

Ils se sont alors mis à faire – selon l’expression d’un de nos lecteurs – du “bourgeoisplanning” : je suis très riche, je ne connais rien à ta vie et à tes problèmes, ma dernière manif remonte à mes années collèges, mais je vais quand même t’apprendre comment tu dois lutter, petit gilet jaune. Reste sage, ne “casse” rien car c’est très très mal, soit “constructif”, présente-toi à des élections, qu’on puisse te plumer avec notre système électoral bien verrouillé, et ensuite pouvoir dire que c’est triste mais que tu pèse quedal, petite merde, retourne devant Patrick Sébastien et laisse nous régner sur ton pays s’il te plaît.

C’est ce qu’a fait Matthieu Kassovitz mercredi soir sur le plateau de Taddéi : il a expliqué d’un ton compassionnel qu’il fallait que les gilets jaunes s’arrêtent, parce que “100€ d’augmentation du SMIC c’est très bien”. Et qu’importe qu’on lui dise que ce n’est PAS une augmentation du SMIC mais de la prime d’activité, que ça comprend des baisses de cotisations que les gens paieront avec une sécurité sociale dégradée…. Matthieu s’en balance : lui se fait soigner dans des cliniques privées, il brasse des millions – comme Muriel Pénicaud qui confond, en direct sur France Inter, 500 000€ et 1500€, il a cette pathologie des bourges : il ne maîtrise pas le nombre de zéro, et a un mal fou à se rappeler comment les gueux vivent.

Pour autant, il ouvrira toujours sa gueule pour nous dire quoi faire, comment lutter, comment penser, comment consommer et comment nous taire : comme tous les grands bourgeois, il a été habitué à penser que son avis compte, que son “génie” ou sa “créativité” l’autorise à nous dominer.

Quand le bourgeois flippe, ça veut dire que le peuple tape juste. Quand le bourgeois dit d’arrêter, ça veut dire qu’il faut accélérer. Quand le bourgeois nous méprise, il faut assumer de le haïr.

Pas un “tournant social” mais une accélération du macronisme

Hier soir, l’énarque millionnaire qui nous sert de président est venu faire une série d’annonces que les éditorialistes au poil de brosse à reluire les plus doux ont immédiatement qualifié de “tournant social”. Ces gens se sont dit que puisque les gilets jaunes s’habillaient mal ils allaient pouvoir les embobiner, et profiter de leur mouvement pour faire encore plus de néolibéralisme en appelant ça du “social”.

  • “100€ de plus pour le SMIC” mais payé par vous et nos coupes budgétaires : la réalité c’est qu’il s’agit d’une revalorisation à hauteur de l’inflation (donc neutre pour le pouvoir d’achat des gens) + une augmentation de la prime d’activité, cette prestation sociale destinée aux bas revenus et que nous payons tous. Elle était DÉJÀ prévue, il n’a donc rien annoncé. Et en plus, plutôt que de partager le gâteau des riches, il nous demande de payer les miettes pour les Smicards. Et ça va coûter beaucoup d’argent : un trou d’une dizaine de milliards d’euros dans le budget de l’Etat, à prendre sur nos services publics. Et les chômeurs, les jeunes ? Rien pour eux, circulez.
  • “une prime exceptionnelle de 1000€”, c’est Noël pour les gueux ! Sauf que cette prime défiscalisée et sans cotisations sociales est facultative, ne la verseront que les employeurs qui le veulent. Super pour eux : s’ils avaient déjà prévu d’en verser une, ils le feront mais sans cotisations, la belle affaire. S’ils ne le voulaient pas, aucun problème.
  • “l’annulation de la hausse de la CSG pour les retraités qui gagnent moins de 2000€” : une annulation de hausse, ce n’est pas une baisse hein. Les retraité.e.s ne gagnent rien, ils perdent juste moins que prévu. En revanche, leur pensions de retraites ne vont plus augmenter autant que l’inflation l’année prochaine : ils perdront quand même.
  • “la défiscalisation des heures supplémentaires” qui s’ajoute à leur exonérations de cotisations sociales, votées il y a quelques semaines. Cette mesure a tellement marché sous Sarkozy qu’elle a du être abandonnée : elle coûtait un fric monstre aux finances de l’Etat, elle provoquait une politique d’austérité pour tenir le rythme, et elle détruisait des dizaines de milliers d’emploi chaque année. Le patronat, en revanche, c’était régalé de pouvoir ainsi faire travailler davantage à moindre coût. Normal qu’il en redemande.

Nous n’avons donc rien obtenu. Ce président et sa troupe de technocrates et d’éditocrates cyniques sont suffisamment pervers pour tenter d’enfoncer le clou de leurs réformes néolibérales en faisant passer ça pour un progrès. Sur quoi comptent-ils ? Notre bêtise. Car c’est ce qu’on leur apprend dans leurs écoles : quand vous donnez des miettes aux gueux, ils se ruent dessus sans poser de questions. Nuls en maths, ils ne réalisent pas que ce qu’on leur donne d’une main, on leur reprend de l’autre. Inculte, ils ignorent que ça nourrit la destruction de leur sécu et de leur assurance-chômage.

Dommage pour eux, les choses ne fonctionnent pas comme ça : sur les ronds points, devant les lycées, sur les parking de supermarché, éclairés par les flammes des braseros, les gens se parlent. Ils n’ont sans doute pas fait l’ENA mais ils savent mieux que nos élites ce qu’est l’injustice, ce que sont le partage et la solidarité.

Le 8ème, là où tout ruisselle.

Depuis samedi 1er décembre au soir, les chaînes de télévision tentent de nous affliger des images de “chaos” et de “destructions” qui tournent sur nos écrans, là où habituellement règne le calme, l’opulence et la discrétion d’une grande bourgeoisie toujours au chaud et en sécurité – les manifestations syndicales se déroulant habituellement entre Bastille et Nation, c’est-à-dire à l’opposé de leur doux 8e arrondissement.

Le 8e arrondissement a été dès le début conçu pour assurer aux puissants qui règnent sur ce pays calme et sérénité : pendant l’ancien régime, la noblesse y disposait de ses terrains de chasse et de quelques hôtels particuliers loin de l’agitation et des émeutes. Mais c’est notre grande bourgeoisie, qui émerge au 19e siècle, qui en a fait ce que cet arrondissement est maintenant : le lieu de pouvoir par excellence. A partir de 1860, les grandes rénovations entreprises par le baron Haussmann font du 8e le principal lieu de spéculation et là où s’édifient tous les symboles de la puissance capitaliste : sièges de banques, hôtels de luxe, et tous ces immeubles dits “haussmanien” qui symbolisent la division en classes sociales : tout en haut les domestiques, en bas les gardiens, au milieu les bourgeois avec leurs grands appartements aux grandes fenêtres.

Le 8e est, depuis le 19e siècle, le lieu où toutes les richesses convergent : ça ruisselle fort rue du Faubourg St Honoré, place de la Concorde, avenue des Champs-Elysées… On y trouve des lieux de pouvoirs éminents : le pouvoir politique y a son Palais de l’Elysée et les ambassades des Etats-Unis et du Royaume-Uni. Le pouvoir financier y a le siège d’Axa, mais aussi les clubs mondains comme l’Union Interalliée ou le Club du siècle : toute l’élite s’y retrouve, à l’abris des regards et sûre de son bon droit, pour mener sa vie emprunte de conflits d’intérêts. On y trouve 4 des 7 palaces parisiens et le plus de restaurants étoilés : c’est sans doute parce qu’il passe trop de temps dans le 8e que le ministre Darmanin pense que pour moins de 100€ impossible se faire une bouffe à Paris.

Que l’on se rassure : celles et ceux qui ont vu leurs voitures brûler dans les avenues du 8e sont à l’abri du besoin. Arrondissement le moins densément peuplé de Paris, le 8e ne compte que 1.6% de logements sociaux. Le revenu fiscal médian (la moitié gagne plus, la moitié gagne moins) est de plus de 51 979€, contre 20 150€ pour le reste du pays. 30% des revenus des habitants du 8e sont issus du patrimoine immobilier ou financier (via ce lien vous pouvez vous amuser à comparer les revenus du 8e avec celui de votre commune : attention les yeux).

Les habitants du 8e ont une conscience de classe, ils savent ce qu’ils font. Au premier tour des présidentielles ils ont voté à 50% Fillon, l’homme qui assumait vouloir détruire votre sécurité sociale, et 30% pour Macron, l’homme qui n’assume pas mais le fait quand même.

Ne pleurez pas pour le 8e. Cela fait plus de deux siècles que ses habitants sont la cause de vos larmes.

La dignité retrouvée

 

Des décennies qu’ils détricotent ce que nos anciens ont conquis pour nous. Sécurité sociale, système de santé, assurance-chômage : tout doit disparaître.

Des années qu’ils transfèrent le fruit de notre travail vers leurs profits. Jamais les salaires n’ont aussi peu augmenté depuis dix ans alors que jamais les actionnaires ne se sont aussi enrichis.

Des mois qu’ils soutiennent des lois qui nous oppriment, nous asservissent, et en toute impunité : le secret des affaires pour protéger leurs magouilles, les ordonnances travail pour nous virer sans rendre de compte, la vente à la découpe de nos entreprises publiques, la privatisation de la SNCF…. Leurs dégâts sont considérables et ils ne comptaient pas s’arrêter là.

Des semaines qu’ils nous insultent, qu’ils traitent leurs concitoyens de “beaufs”, d’illettrées, d’abrutis qui refusent d’accepter le cours de leur Histoire et de leur Raison capitaliste. Ils sont allés jusqu’à nous traiter de pollueurs et d’anti-écologistes quand ce sont leurs entreprises, leur productivisme et leurs vols long courriers qui détruisent notre environnement.

Des jours que le président qu’ils nous ont imposé, par soutien financier et médiatique massif puis chantage au FN, reste “droit dans ses bottes” et méprise la colère, se croyant intouchable.

Mais cette fois-ci, aucun Benalla n’a réussi à protéger leurs beaux quartiers : la rue Kleber, l’Avenue Foch, la rue de Rivoli, ces avenues chères du Monopoly, brûlent ! Leurs bagnoles de luxe crâment ! Les bourgeois se terrent dans leurs hôtels particuliers, ils flippent de voir cette foule jaune sans service d’ordre pour les canaliser, sans représentant pour les trahir, sans parti politique pour les faire taire !

Aujourd’hui est le premier jour de la vengeance des classes moyennes et populaires, contre la grande bourgeoisie et la guerre de classes qu’elle mène contre elles depuis des décennies.

Qu’on se le dise, même si les dégâts sont considérables et cinématographiques, ils ne sont rien comparés à ce que les grands bourgeois et leurs partis ont fait à la vie des ouvriers, au dos des employés, au psychisme des cadres, à la faim des sans abris et à l’angoisse des retraités.

Ces violences matérielles ne sont RIEN comparé au mal que les habitants de l’avenue Kleber – ces banquiers, actionnaires, politiciens, PDG – font tous les jours au reste de l’humanité ! Mais elles marquent un jour où les Français renouent avec leur dignité.

Pourquoi vous ne savez presque rien du clitoris ou de l’endométriose ?

Corps médical vs corps des femmes

 

Quel est ce corps caverneux, mesurant entre 11 et 15 centimètres au repos, uniquement dédié au plaisir, composé de plus de 8 000 terminaisons nerveuses, de la forme d’un papillon ou d’un poulpe, capable de produire plusieurs orgasmes consécutifs ? Le clitoris. Ce grand machin, enserrant le vagin et l’urètre, qui a souvent été limité, dans les manuels scolaires et les cours d’anatomie, à sa partie externe, petite, et ne rendant pas du tout compte de sa taille ni de sa fonction dans le plaisir des femmes.

Vous ne le saviez pas ? Ne vous inquiétez pas, plus de 90 % des jeunes filles ne le savent pas non plus, une fille sur quatre de 16 ans ignore qu’elle a un clitoris.

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Tout le monde déteste BFM TV

Des journalistes de BFM TV se sont fait poursuivre par la foule à Toulouse samedi. En protestation, nombre de médias locaux ont décidé de boycotter la couverture médiatique du mouvement des gilets jaunes. Parce que désormais, pour apparaître dans les actualités il faudra être gentil avec les journalistes. Un lynchage, c’est violent, choquant, humiliant. Mais la violence, le goût du choc et l’humiliation que génère au quotidien BFM TV, on en parle ?

BFM TV, c’est la chaîne qui est capable de passer la journée de samedi à camper aux Champs-Elysée pour tenir ses images de violence pour ensuite prendre des airs affligés en plateaux avec les invités et répéter toutes les deux phrases “c’est inacceptable”. Limite si ses journalistes n’allaient pas tendre les pavés aux manifestants pour avoir ses images et ensuite pouvoir dire en retour plateau “regardez ces barbares !”. C’est cette chaîne cynique et schizophrène dont on entendait la présentatrice oser dire, sans rire “il ne faut pas oublier que dans tous les autres endroits à Paris et en France la mobilisation se passe dans le calme”… Sans en montrer la moindre image.

BFM TV, cette chaîne qui, on s’en souvient tous, est allé jusqu’à mettre la vie des otages de l’hypercasher en danger pour continuer à faire son beurre sur l’angoisse liée au terrorisme. BFM TV, la chaîne qui fait le plein d’audience et de frics de ses annonceurs quand le pays est en deuil.

BFM TV, “Télé Macron” : Tout le monde se souvient du check entre Ruth Elkrief et Macron. Ces liens sont avérés, et loin du “complotisme” dont les journalistes affublent systématiquement les Français:  En octobre 2016, on apprenait l’entrée dans son équipe de campagne de Bernard Mourad, banquier d’affaires à l’ascension fulgurante, conseiller de Patrick Drahi, propriétaire de BFM TV. Deux ans plus tôt, Macron, donnait le feu vert au rachat de Numéricable par SFR, propriété de Patrick Drahi, un mois après son arrivée à Bercy en août 2014 alors que son prédécesseur, Arnaud Montebourg, freinait cette opération en raison des pratiques d’évasion fiscale de Drahi (qui réside en Suisse, a une holding au Luxembourg et des actions à Guernesey). D’où le renvoi d’ascenseur : Drahi envoie son fidèle lieutenant Mourad assister leur « ami commun » (Challenges, octobre 2016) en tant que conseiller spécial « en charge des questions et relations avec les sphères économiques. Cet ancien banquier d’affaires devrait également apporter une aide précieuse, grâce à ses réseaux, dans la recherche de financements pour la campagne présidentielle ». Alors, on fantasme ?

BFM TV c’est cette chaîne qui ne compte sur son plateau que des éditorialistes, des patrons et des universitaires (généralement hommes et blancs ), chargés de distribuer bons et mauvais points entre les smicards gilets jaunes, les syndicalistes, les usagers et les “casseurs”, au chaud dans leur costard. Et à la fin, c’est toujours Macron qui gagne.

BFM TV c’est Macron s’il était une chaîne de télé : l’élément de l’époque qui concentre le pire de la logique capitaliste, le pire de la collusion entre les élites, le pire du mépris du peuple, le pire de la violence sociale.

 

C’est aux révérences de leurs larbins que l’on distingue les puissants

Nos larbins de médias nous surprendront toujours. Depuis hier se succèdent les articles dégoulinant d’empathie pour l’ex-PDG de Renault et Nissan. Rendez-vous compte, il a été cueilli par la police “dans son jet privé”, il est en garde à vue et ne dispose que de “trois bols de riz” par jour. C’est bien rare que nos élites s’intéressent aux conditions de vie des détenus, ni même que nos médias nous disent ce qu’il se passe derrière les murs des prisons.

C’est vraiment dans de ce genre de moment qu’on sent ce qu’est une caste au pouvoir. Une coterie d’intérêts liés, d’amis et de parents de longue d’attente, dont l’empathie n’est dirigée que les uns vers les autres. Le reste du monde ? Il peut crever. Jamais ces gens se se sont émus de la façon dont les citoyens lambda sont cueillis par la police (brutalement), des lieux où ils sont entassés, de l’humiliation et de la mort sociale et économique qu’ils subissent du fait de l’incarcération.

Mais eux, les DSK et les Carlos Ghosn, c’est différent. Ce sont des héros de leur monde, des “monstres sacrés” comme dit le Figaro, qui ont un bilan glorieux à leur actif. Avoir été l’artisan du virage à droite de la sociale-démocratie française pour l’un, et le “cost killer” de Renault-Nissan pour l’autre. 21 000 salariés sur le carreau pour Ghosn, ça vaut bien un peu de “gratitude” non ? C’est en tout cas ce que pense l’économiste libéral Elie Cohen.

C’est ça un puissant : quelqu’un pour qui les règles ordinaires ne s’appliquent pas. Quelqu’un qui, comme Nicolas Sarkozy, a le droit de revenir dormir chez lui quand il est en garde à vue. Quelqu’un qui a le droit de frauder, de mentir, de blesser sans en avoir à payer le prix.

 

Gilets jaunes : le mépris puant de la bourgeoisie

Depuis samedi le pays est agité par un mouvement d’une forme inédite et d’une intensité rare. Parce que les journalistes sont attirés par la nouveauté comme les pies le sont par tout ce qui brille, la couverture médiatique est très importante. Tout comme les commentaires, surtout pour le pire. On voit donc se succéder les moqueries des “twittos” issus de la bourgeoisie culturelle sur les “chenilles” qui sont menées durant les blocages (essayez de tenir un point de blocage en bord de route dans le froid en restant droit comme un piquet pour voir) aux “analyses” de la bourgeoisie éditorialistes qui ne s’interdit pas de qualifier les plus de 300 000 personnes mobilisées de “cons” et de “beaufs”, voir, comme le fait le Monde dans un dessin bien pourave,”d’abrutis”  (une insulte qui, adressée aux journalistes, provoque l’union de toutes les rédactions, mais sur des français anonymes on a bien le droit).

Cette France “provinciale”, des salariés du privé et des artisans, provoque le dégoût de classe des classes supérieures, qui ne s’embarrasse pas de convenance pour l’exprimer. Pour elles, “défendre la bagnole” est une hérésie et ses membres sont infoutus de comprendre que plus personne ne vit dans les centre-villes qu’ils ont colonisés par leur gentrification, leurs bars concepts et leurs foutus “pieds à terre”. Ou plutôt ils s’en foutent, car ce qui caractérisent de plus en plus nos “commentateurs” c’est leur indifférence criante et revendiquée à l’égard des conditions de vie de leurs concitoyens.

Les salaires baissent, stagnant sous le niveau de l’inflation, et les impôts ont globalement augmenté, pour le bonheur des plus riches qui en payent moins. C’est ça la réalité de ce que vivent les gens. Et si nos bourgeois sont capables de gober le prétexte de la transition écologique pour ce qui n’est qu’un greenwashing du rééquilibrage fiscal en faveur des riches –  et ce alors même que le très peu gauchiste Nicolas Hulot a affirmé que toute réunion portant sur l’état de la planète accueillait à l’Elysée le lobbyiste de la branche concernée – c’est parce que cette classe a toujours nimbée son exploitation d’autrui de prétexte vertueux : Avant-hier le mépris du travailleur était enrobé de religiosité, hier de “mérite” éclatant, aujourd’hui d’écologie et de bon goût : sus au “beauf” qui fait la chenille pendant les mariages et qui roule au diesel. Vive nous les riches qui avons bon goût pendant les mariages et prenons notre vélo (entre deux vols long courrier).

“Beaufs”, “abrutis”, “cons” sont autant de manifestations d’un dégoût de classe à peine masqué ou totalement assumé par des gens qui ne vivent qu’entre eux et qui, le soir venu, après avoir déversé leur venin sur les citoyens moins riches qu’eux, n’en croiseront pas dans leurs quartiers gentrifiées, leurs rues privées, leurs boulevards pavés de bonne conscience. Il y aurait pourtant beaucoup à dire sur ce mouvement – loin d’être parfait, loin d’être magique, où l’on trouve la colère du peuple mais aussi des expressions d’homophobies, de racisme et d’islamophobie. Mais rien à attendre des “analyses” foireuses d’une élite autoproclamée qui squatte nos télés depuis plus de trente ans pour nous vendre la merde néolibérale de leur classe sociale.

Dégagez les blaireaux déconnectés. Allez vous enfermer dans votre Île de Ré, on bloquera le pont derrière vous.

Raphaël Glucksmann, la gauche à visage bourgeois

“C’est l’illibéralisme à visage humain”, vient de raconter un chroniqueur du Figaro sur le plateau de “C à vous”. Raphaël, tout le monde se l’arrache. Enfin “tout le monde”, “tous les journalistes” hein, pour qui le monde se résume à eux-mêmes et à une centaine de gens sur Twitter. En quelques jours, la couverture presse du bonhomme est impressionnante et produit ce mécanisme moutonnier-satisfait si rigolo dans le monde médiatique : “puisque tout le monde parle du même mec, il faut tous qu’on parle du même mec puisque tout le monde parle de ce même mec”. Tout tourne donc en rond autour de Raphaël Gluscksmann, nouvel espoir “de la gauche”.

Consensuel comme tout, poli, parisien, qui se sent plus chez lui “à Londres ou à New York qu’en Picardie” – c’est ce qu’on apprend à Science Po, la mondialisation heureuse d’un coté, les ploucs de province de l’autre – Glucksmann est le fils du philosophe du même nom, qui a marqué (ou pas) son époque par ses envolées lyriques floues et consensuelles.

Il est le candidat idéal des journalistes, car plein de bonnes intentions, de belles idées, de certitudes pas dérangeantes du tout et qui ne préconise aucune mesure qui mette quiconque en danger – ni les sous de quiconque en danger, évidement. Il veut donc “sauver la démocratie libérale” contre “les populismes”, il veut “lutter contre les inégalités sociales qui menacent nos démocraties” sans parler de riches, de classes sociales ou de mouvement social : Les bourgeois respirent, personne n’est montré du doigt.

Glucksmann est l’énième figure permettant à nos élites de frissonner un peu au son des slogans et des grandes idées mais sans devoir mettre les pieds dans une manifestation (le bruit, la foule, brrr quel cauchemar) ni s’engager à faire quoi que ce soit ou à changer un iota de leur mode de vie. Mais offre le privilège de pouvoir répéter toute la journée que “l’écologie c’est très TRÈS important”, “les inégalités sociales c’est GRAVE olala” et puis “la montée des populismes m’inquiète ÉNORMÉMENT” .

Et tout ce beau monde ira voter Macron ou n’importe quel candidat de la finance quand il leur faudra choisir entre leur portefeuille et leurs belles idées – celles-ci n’engageant de toute façon à rien en terme de fiscalité, de restriction des vols Paris-New York (“j’ai plein d’amis là-bas”) et de changement institutionnel (“on a quand même besoin d’une élite politique”). Entre temps, Raphaël leur aura donné de bons petits moments de politiques “de gauche”, comme l’avait fait Benoît avant lui, de bons petits “débats avec des intellectuels”, de bonnes petites pétitions bien tournées, de belles photos avec un regard mi-taquin mi tournée vers l’Espoir.

De quoi se tenir chaud dans sa bonne conscience et sa résidence secondaire en Corse.

 

Frustration est un magazine trimestrielle, réalisé par des gens qui se sentent plus chez eux en Picardie qu’à New York, qui cible des responsables aux inégalités sociales et qui défend un changement radical de société. 

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