“Offres qui ne trouvent pas preneurs” et autres entourloupes médiatiques pour faire des chômeurs les seuls responsables de leur état

L’avenir c’est le verre, et c’est France 2 qui vous le dit. Alors bougez-vous les glandus !

C’est une marotte des Journaux Télévisés : il y a des secteurs qui marchent très fort mais qui ne trouvent pas d’emploi, comment donc expliquer cela ?! Hier encore, France 2 passait de longues minutes à nous parler de l’industrie du verre, qui se porte très bien parce que les entreprises françaises “ont joué la carte de la qualité” pour faire face à la concurrence internationale. Très bien. On y apprend au passage que les salariés ont subi des mesures de “flexibilisation” du temps de travail, pour être plus “souple et adaptable”, façon de dire que les recettes du gouvernement fonctionnent.

Mais alors pourquoi diantre le chômage est-il encore là ? Parce que “le secteur peine à recruter” (un refrain auquel on a droit au moins une fois par semaine, quand ce n’est pas le secteur du verre c’est celui de l’intelligence artificielle ou des portails en fer forgé). Aucun commentaire ne sera fait sur l’enclavement de certains sites de production ou sur le niveau des rémunérations (Et puis encore encore ?!), on ne demandera pas l’avis des syndicats maisons (si tout a été “flexibilisé” façon Pénicaud il ne doit plus y en avoir) car le fin mot de l’histoire sera laissé au patron, qui nous explique que les gens ne sont pas qualifiés pour travailler du verre, et qu’il n’est pas prêt à laisser sa chère machine à n’importe qui.

Certes, on le comprend, mais former les gens en interne, ça se fait non ? Plus maintenant : de nos jours, les employeurs veulent des recrues sur mesure, prêtes à l’emploi, et ne semblent plus vouloir dépenser un centime ou une heure à mettre quelqu’un au niveau de la tâche demandée. Une mentalité bien incohérente, qui semble totalement faire l’impasse sur les responsabilités de l’employeur. Le message, cher au gouvernement, s’adresse aux travailleuses et travailleurs, seuls responsables, désormais, de leur “employabilité” : “formez-vous” “adaptez-vous” : vous étiez coiffeur, devenez souffleur de verre ! Mais pour ça, il va falloir vous démerdez. Car depuis la loi “pour la liberté de choisir son avenir professionnel” (qui confirme le théorème orwellien selon lequel un nom de loi macroniste désigne toujours l’inverse de ce qu’elle produit), les moyens alloués à la formation par les entreprises ont diminué, ainsi que leurs obligations en la matière. La responsabilité est déplacée vers le salarié, qui doit se former lui-même, cotiser pour un “droit à la formation” de plus en plus théorique, qu’il pourra gérer directement depuis son “compte personnel d’activité en euro”, que la ministre du travail décrivait comme un “Trip Advisor de la formation professionnelle”, en espérant anticiper les besoins de l’économie en s’insérant dans la formation miracle et porteuse. Il fut un temps où on pouvait espérer obtenir un “congé individuel de formation” pour ça, mais c’est terminé : la production n’attend pas que vous vous mettiez au niveau, les cocos !

Le patron de ce secteur en pointe explique à France 2 que c’est bien beau tous ces CV de diplômés, mais lui a besoin de quelqu’un qui sache faire fonctionner SA machine.

Se former, s’adapter, ça va donc être de plus en plus galère, merci au gouvernement et au patronat. Mais le pire, c’est que ça ne résoudra pas le problème ! Car quand bien chaque chômeur mettrait toute son énergie à se former au travail du verre, du fer forgé ou du robot qui pleure, il n’y aurait pas assez de place pour tout le monde, et c’est ce que nos JT se gardent bien de préciser durant ce genre de reportage : la dernière enquête de Pôle Emploi sur les emplois vacants estime à 200 000 à 330 000 les offres qui ne trouvent pas de candidats adéquats (ça ne signifie pas que personne ne s’est présenté mais que personne ne convenait), dont 55% seulement concernent des CDI ou des CDD de plus de 6 mois. Il y a donc au mieux 1 emploi non pourvu à attraper pour 20 chômeurs. Et encore, les “offres non pourvues” sont aussi les offres illégales ou délirantes, estimées à 9.3% des offres par pôle emploi et 50% par la CGT.

Les motifs de sortie du chômage selon la dernière enquête de Pôle Emploi

Ces reportages sont donc mensongers et contribuent à décrire des chômeuses et chômeurs comme les vrais responsables de leur condition. Une idée à la mode, colportée par un gouvernement qui intensifie les contrôles des demandeurs d’emploi, pour vérifier qu’ils s’activent comme des beaux diables et se rendent à des rendez-vous mensuels de contrition. Des contrôles qui ne visent en réalité qu’à augmenter le nombre de “sortie administrative” et de radiation, et ainsi pouvoir raconter au monde entier que leurs solutions néolibérales fonctionnent. Alors que pas du tout : selon les derniers chiffres de Pôle Emploi (ceux de janvier dernier) seulement 1 chômeur sur 5 en moins l’est parce qu’il a trouvé un travail. Pour plus de la moitié d’entre eux, la sortie des listes de Pôle Emploi s’est faite par radiation ou “défaut d’actualisation”. Et 10% sont entrés en formation pour devenir les souffleurs de verre, inventeurs de portails et promeneurs de robots-chiens de demain…

Le profil type du « complotiste » ? Un jeune gueux qui ne vote pas pour Macron

Voici l’incroyable conclusion qui ressort du dernier sondage pondu par l’inénarrable Rudy Reichstag, directeur de l’officine pro-gouvernementale de l’observatoire du conspirationnisme, créé en 2007, Conspiracy Watch. Un an après un premier sondage déjà extrêmement perfectible et orienté, voilà qu’ils en remettent une couche en précisant cette fois que, o surprise, les gueux ainsi que les jeunes seraient les plus touchés par le conspirationnisme. C’est dire qu’un tel sondage tombe à point nommé, où les tentatives de-crédibilisations d’un mouvement des gilets jaunes composés de tartufes complotistes à la Maxime Nicolle font bondir les bourgeoisies de droite comme de gauche de leur siège doré.

“Les seniors sont moins concernés. Mais tout ça est corrélé au niveau de diplôme (les diplômés du supérieurs sont moins poreux que ceux qui n’ont pas ou que le Bac), au niveau de vie (plus on fait partie des défavorisés, plus on adhère à ce types de contenus)”, explique ainsi ce cher Rudy Reichstadt sur France inter .

Faire du complotisme une affaire de classe est évidemment une manière de désigner et de dénigrer des imbéciles à remettre dans le droit chemin de la Vérité à coup d’éducation aux médias infantilisant et de fact-checking pour se racheter une crédibilité maintes fois perdues et, par conséquent, à contenir ou retenir toute remise en question de l’ordre économique sociale et politique existant. C’est que le complotisme de l’Elysée, comme le décrit si bien Frédéric Lordon dans son dernier billet , qui consiste à fantasmer sur des gilets jaunes soit disant contrôlés par l’affreuse main russe afin de se déresponsabiliser n’est nullement décrit dans ce sondage, comme celui des anti-complotistes complotistes souvent macronistes. Hélas, l’auto-analyse, ça n’est pas pour tout de suite non plus. Car en effet il ressort également de cette « enquête » une résistance au complotisme chez les Français qui ont voté Emmanuel Macron à la présidentielle de 2017, mais que l’électorat de Jean Luc Mélenchon, de Marine Le Pen ou de Nicolas Dupont Aignan sont d’avantage sensibles aux théories conspis. Diantre !  

Et s’il y a bien un naïf pour se laisser berner par ce genre de sondage, c’est le journaliste qui, par un mimétisme navrant, s’embourbe dans la brèche à recracher bêtement des conclusions à peine exagérées. « Le fléau du complotisme en France : une menace pour notre démocratie », titre le quotidien régional La Dépêche, « Sondage sur le complotisme : 4 enseignements à tirer », s’inquiète le JDD. Pourtant, il leur fallait seulement cinq petites minutes afin de questionner par téléphone Rudy Reichstag sur sa méthodologie douteuse : quels sont les échantillons ? Sont-ils réellement représentatifs ? Quel est le degré de réponses « trolls » ? Pourquoi ces catégories ? Les réponses sont-elles suffisamment nuancées ? Certains journalistes, décidément en roue libre, n’hésitent pas à conclure, comme sur France inter : « Une enquête qui montre une nouvelle fois que les Français sont de plus en plus perméables aux théories complotistes et notamment les jeunes adultes » (3).

Ils leur suffisaient également pour certains de dix petites minutes supplémentaires afin d’interroger les nombreux raccourcis surprenants qui sont une nouvelle fois effectués ici, c’est-à-dire mettre au même niveau la croyance en la terre plate et le fait que ministère de la Santé soit de mèche avec l’industrie pharmaceutique pour cacher au grand public la réalité sur la nocivité des vaccins, qui relève plus d’une défiance générale envers les institutions qui mériterait d’être interrogée plutôt que blâmée.

Cette confiance aveugle de ces journalistes envers cette enquête sans l’once d’esprit et de recul critique est, elle aussi, très inquiétante. Le sondage ne mérite aucune contre-expertise, ce qu’ils appellent en rédaction ou en école de journalisme le fameux « contre-pied », imposé une fois sur deux en fonction de leur « idéologie » non assumée, lorsque c’est par exemple trop « militant », mais rarement dans ce genre de cas présent. Vivement les analyses incroyablement fines de spécialistes et de chercheurs/euses en tout genre, de Marie Peltier en passant par Tristan Mendes France, qui étaient étonnement bien silencieux lorsque des journalistes accusaient des gilets jaunes d’avoir foutu le feu à des voitures devant le siège du quotidien Le Parisien.

En parallèle de ce qui semble bien être un véritable naufrage journalistique ridiculement cocasse, le journaliste Vincent Glad explique la raison pour laquelle selon lui les journalistes ont tardé à parler des violences policières lors des manifestations des gilets jaunes : « Au début, je ne voulais pas y croire, je me disais que ce n’était pas possible. Le gouvernement ne pouvait pas sciemment demander à sa police de tirer à coup de lanceur de balle de défense sur la tête des manifestants. J’ai l’impression que j’ai été victime de l’habitus journalistique qui fait qu’on se méfie toujours de toute théorie du complot, qu’on est toujours trop mesuré, trop lent avant de s’indigner. Je me disais « ce n’est pas possible, l’État ne peut pas faire ça, ça ne peut être que des bavures isolées ». Tout est dit.

Pourquoi les médias nous bassinent-ils avec leurs rubriques anti-“fake news” ?

A la traîne d’une tendance qui a débuté il y a quelques années, l’indétrônable JT de France 2 s’y est mis aussi : une nouvelle rubrique “faux et usage de faux” viendra éclairer les foyers français, leur “apprendre à lutter contre les fausses infos qui se multiplient avec les réseaux sociaux etc”. Anne-Sophie Lapix et son journaliste Expert de la Vérité en sont convaincu, comme toute la profession : les fausses infos, c’est terrible, et ça ne cesse de croître “avec les réseaux sociaux”. Car on le sait bien, avant internet, avant le téléphone, avant l’école obligatoire, les Infos que les gens se donnaient étaient ultra fiables. On ne cramait pas des prétendues sorcières sur des simples rumeurs, on ne massacrait pas des gens pour des histoires de religion (dans le genre “fake news” l’Eglise catholique a fait beaucoup, et pourtant il n’y avait pas Facebook!).

Bref, c’est très très important et toutes les rédactions s’y sont mises. Les premiers adeptes ont été les journalistes du “Désintox” du Monde, des Gardiens de la Vérité qui ont même fait une petite liste de bonne mœurs, de “Décodex” qui détecte les médias Idéologiques et Biaisés, où l’on apprend par exemple que le Figaro est plus neutre que Fakir. Libération aussi, avec son “Check news”, qui pose des questions du genre “un manifestant a-t-il vraiment été éborgné par la police samedi dernier ?!” – comme si c’était incroyable.

Alors pourquoi cet engouement soudain des journalistes pour la lutte contre les Fausses Infos™ puisque le mensonge et les rumeurs ne datent pas d’hier ? Parce qu’il n’aura échappé à personne que la profession souffre d’un terrible discrédit, qui a sans doute à voir avec le rachat de la quasi intégralité des médias privés par des grands patrons qui s’en foutent totalement de la vérité ou de la fiabilité, le patron de Free (qui possède le Monde, notamment) ayant carrément admis “Quand les journalistes m’emmerdent, je prends une participation dans leur canard et ensuite ils me foutent la paix”. Ou encore de la façon dont tous les éditorialistes ont pris fait et cause pour l’actuel Président de la République, au premier comme au second tour ? Ou bien parce que le premier réflexe de ces gens bourgeois et parisiens face aux débuts des gilets jaunes a été le mépris de classe le plus décomplexé ?

Du coup, pour montrer que l’on sert à autre chose que cirer les bottes de l’ordre établi et prôner des “réformes” néolibérales, se mettre du coté de la Vérité contre le Mensonge constitue une sorte de retour au source pour redorer le blason d’une profession détestée.

Et ça marche ? Pas du tout. Car n’importe quel téléspectateur du JT de 2 se sent bizarre après les quelques lourdes minutes de cette nouvelle leçon de choses : on nous y a raconté hier soir que Noooon, des grenades lacrymogènes n’ont pas été tiré depuis un hélicoptère pendant une manifestation gilets jaunes à Toulouse, mais qu’elles ont été tiré de si loin – “en cloche” – que ça y ressemblait, et que Noooon Gérard Jugnot n’est pas mort. Alors pour Gérard Jugnot, on peut déjà émettre l’idée qu’on n’a pas besoin d’un journaliste pour ça et que pour savoir si quelqu’un est mort, il suffit de lui demander. Ensuite, pour le “désintox” de l’hélico lanceur de grenades, on a envie de dire : Et alors ?! Est-ce plus rassurant de savoir que le bouquet de grenades a été tiré “en cloche” depuis l’autre bout de la place du Capitale, et donc complètement aveuglément (les CRS ne disposant pas d’un système de guidage laser élaboré) et de façon arbitraire ?

Ce n’est pas parce que le journaliste nous donne la Vérité Vraie qu’il n’y a pas de biais dans son analyse et que sa petite rubrique est “neutre”. Car c’est lui qui choisit les questions. Et comme d’habitude, dans les “Désintox” et autre “Vrai du Faux”, c’est toujours au petit peuple qu’on dit “Nooon ce n’est pas la Vérité Vraie”. Derrière cette idée que dans le fond les gens sont débiles et influençables – “surtout à l’heure des réseaux sociaux”- , il y a aussi l’idée que nos élites, elles, disent souvent le Vrai. Et donc on a extrêmement rarement des réponses du genre “Nooooon, le CICE n’a pas crée des tas d’emploi”, ou des questions du genre “Est-il vrai la justice est indépendante ?”

Si chaque média doit créer sa rubrique anti “fake news”, c’est donc d’abord, égoïstement, pour redorer son blason, montrer qu’il recherche vraiment la vérité vraie – c’était pourtant déjà sensée être le cas, mais bon. Ensuite, il s’agit pour les journalistes de chercher à se rendre indispensable en nous rappelant quotidiennement que nous, les gens, le peuple, les-usagers-des-réseaux-sociaux, nous sommes cons et influençables. Et que par conséquent nous avons énormément besoin du JT de France 2, de Libé et du Monde. Enfin, il s’agit rappeler au passage que même si on déteste Macron et qu’on a envie d’envoyer Nathalie Saint-Cricq dans une rizière – payée au SMIC, il nous faut garder à l’esprit que la belle démocratie qu’on veut est drôlement risquée vue comme la moindre vidéo youtube peut buzzer même si elle dit le Faux. Vous voulez vraiment faire un référendum d’initiative populaire après le nombre de Fake News que le Monde et France 2 ont débusqué pour vous ?!

Les riches n’ont aucun mérite

Dans l’imaginaire libéral, il y a des winners et des losers. Des gens « qui réussissent » et d’autres « qui ne sont rien ». Les inégalités, aussi profondes soient-elles, ne sont pas réellement remises en cause car elles sont présentées comme le résultat d’efforts individuels justement récompensés. Ce prétendu mérite repose pour l’essentiel sur la réussite scolaire, avec l’idée que ceux qui ont les meilleures places les ont obtenues par un labeur harassant sur les bancs de l’école et que ceux qui sont en bas de l’échelle sociale, qui subissent le chômage, la précarité, les bas salaires et les conditions de travail les plus usantes ne reçoivent que la monnaie de leur pièce puisqu’il leur aurait suffi de mieux travailler à l’école.

Or, en réalité, il ne suffit pas de faire des efforts. La réussite scolaire dépend fortement de l’origine sociale ; les enfants de cadres réussissent en moyenne bien mieux à l’école que les enfants d’ouvriers et il n’y a pas grand mérite à obtenir des diplômes quand on vient d’une famille riche. Les inégalités de réussite s’expliquent en grande partie par la transmission de ce que les sociologues appellent le capital culturel : les enfants dont les parents sont diplômés acquièrent des dispositions grâce auxquelles ils ont davantage de familiarité avec ce qui est attendu à l’école et donc de meilleures chances de réussite. Par exemple, entendre parler dès le berceau la langue dite soutenue, celle qui est attendue dans les copies d’examen, ou encore fréquenter les musées et les théâtres offre des facilités que n’ont pas ceux qui ne doivent compter que sur l’école pour tout apprendre.

Tout cela est bien connu et cette question a largement été explorée par la sociologie de l’éducation à la suite des travaux de Pierre Bourdieu. Mais il ne faut pas pour autant négliger le rôle joué par le capital économique. En effet, la réussite scolaire tient aussi aux conditions matérielles d’existence, dont on aurait tort de sous-estimer les effets, en particulier dans un monde où les rapports marchands gagnent du terrain. Grandir dans une famille aisée permet d’étudier plus sereinement, dans un plus grand confort, avec un logement plus spacieux, des loisirs et des vacances plus variées, sans devoir travailler trop tôt, etc.

Et surtout, à de nombreuses étapes d’une scolarité, avoir de l’argent peut faire la différence en permettant l’accès à tout un éventail de services marchands, scolaires et parascolaires, qui permettent d’accroître les chances de réussite des enfants de ceux qui peuvent les payer.

La Suite

Oui, l’avis de “jojo” vaut mieux que celui d’un ministre de Macron

Ce qui est bien avec Macron, c’est que plus il parle et plus on comprend pourquoi on le déteste autant. Et il a le mérite d’être explicite : il dit tout haut ce que tous les bourgeois comme lui pensent tout bas. Ainsi, se confiant à des journalistes du Figaro et de Paris Match la semaine dernière, il pestait contre les chaînes d’infos en continu où “Jojo avec un gilet jaune a le même statut qu’un ministre ou un député !”. Et ça, ce n’est quand même pas possible.

On notera d’abord l’emploi du surnom “jojo”, qui renvoie à un imaginaire parisien bourgeois du “beauf” avec son ricard et sa moto qui s’appelle forcément “jojo” ou “jacky”. Evidemment “jojo” c’est aussi un petit surnom ridicule, histoire d’insister sur le fait que jojo, face à Monsieur le Ministre et Monsieur le Député, il ferait mieux de la fermer.

Ensuite, voilà qui est intéressant dans la conception de la démocratie selon Macron : On voit vraiment que pour un gars comme lui, le peuple est juste là pour voter sagement tous les 5 ans et la fermer le reste du temps. Et même s’il ne vote pas, ce n’est pas bien grave : élus avec à peine 50% du corps électoral, et donc représentant au mieux 25% des électrices et électeurs quand ils gagnent, nos députés seraient plus légitime. Et les ministres encore plus : eux ne sont pas élus, ils viennent parfois directement du lobbying pour Danone, comme Emmanuelle Wargon, la secrétaire d’Etat à l’écologie (Danone, Ecologie, Danone, Ecologie).

Bref, c’est une conception bien particulière de la souveraineté populaire qu’il nous a exposé hier. On y a appris aussi qu’il est ouvert aux référendums, sur “tous les sujets” sauuuuuf le retour de l’ISF. Bah oui les beaufs, écharpez-vous sur l’immigration, la PMA et la lutte contre “l’assistanat”, et laissez les histoires de fiscalité des riches à leurs copains.

Une chose est sûre : actuellement dans ce pays, tous les jojos ont un avis beaucoup plus fiable sur ce qu’il convient de faire pour le peuple et la planète qu’une ex-lobbyiste de Danone (Wargon), un ex-banquier d’affaire plein aux as (Macron), une ex-DRH licencieuse de chez Danone également (Pénicaud) ou des médecins et hauts cadres du privé qui squattent l’Assemblée Nationale.

Et qu’est-ce que ça a fait du bien de voir débarquer sur les plateaux télés les jojos et les jojottes, avec leurs gilets jaunes, pour contredire les ministres bien peignés et les députés bouffis d’orgueil !

Comme d’habitude, Manu, tu as tout faux.

Les équations bidons du petit Macron

Sous prétexte de “Grand Débat”, nos télés diffusent en continu la Grande Propagande : un président qui parle des heures à des maires – avec respect – et à des citoyens – avec condescendance – pour dérouler une série de fausses alternatives, d’équations issues de l’imagination rabougrie de sa tête de banquier énarque. Toutes ces équations sont fausses, destinées à réduire le champ des possibles politiques qui s’offrent à nous

“POUR FINANCER CECI, IL FAUT RÉDUIRE CELA” :

Dans l’absolu c’est vrai, sauf que Macron exclut systématiquement de l’équation tout l’argent que lui et ses prédécesseurs ont donné aux riches, aux patrons et aux actionnaires. Comme dans le questionnaire bidon du grand débat, il nous demande de choisir entre tailler dans l’éducation, la santé ou la solidarité. Avoir plus de droits ou plus d’impôts. C’est oublier que nos richesses ont été captées par une minorité. Chaque année, nos impôts financent 20 milliards qui vont aux entreprises, sous forme d’exonérations d’impôts (jusqu’en 2019) et d’exonérations de cotisations sociales compensées par l’Etat (à partir de 2019). Désormais, nos services publics vont devoir fonctionner sans les milliards de l’ISF. Et la flat tax, et l’évasion fiscale ? Des dizaines de milliards peuvent être réinvestis dans notre modèle social et nos services publics sans que notre solidarité soit réduite pour autant.

“ON NE VIVAIT PAS MIEUX AVEC L’ISF, IL N’Y AVAIT PAS MOINS DE SDF”,

répète Macron en boucle, trop fier de sa punchline. Eh si champion ! (on se permet d’être familier, lui nous appelle “les enfants”) le nombre de pauvres augmente dans ce pays à mesure que la fiscalité des riches s’est allégée. Depuis la crise de 2008, causée par la stupidité et l’irresponsabilité des financiers, une partie de la population s’appauvrit. Et dans le même temps, les gouvernements successifs et surtout le sien ont réduit la fiscalité des riches et des entreprises et la font peser sur les ménages sous forme d’augmentation d’impôts (la CSG pour les retraités…) et de coupes dans la sécurité sociale et les services publiques. On vivrait mieux avec un gros ISF : on pourrait sortir les urgences du chaos, on pourrait bâtir des centres d’accueils, les communes arrêteraient d’être saignées, on ne baisserait pas les APL et on ne gèlerait pas le RSA pour permettre aux riches de prospérer. Si la part de rémunération des actionnaires n’avait pas augmenté dans toute l’économie, au détriment des salaires, ces derniers ne stagneraient pas. Comme il le dit lui-même, “on ne peut pas financer ceci sans réduire cela”, on ne peut pas donner aux riches sans prendre aux pauvres.

“JE N’AI PAS FAIT DE CADEAUX”

“Ben si”, a répondu l’Assemblée citoyenne devant lequel Macron a déclaré cette ineptie. Et elle a raison ! Distribuer de l’argent aux riches et aux entreprises plutôt qu’aux ménages moyens et populaires, c’est un cadeau, dans la mesure où ça ne s’explique pas autrement que par l’affection et la profonde solidarité qu’entretient le président, son gouvernement et sa majorité envers ceux à qui ce transfert bénéficie. Cet amour, qui est idéologique et social, “a ses raisons que la raison ignore”, comme dit le proverbe. Car Macron et ses sbires sont bien incapables d’expliquer clairement quels effets vertueux et rationnels une telle dépense budgétaire (20 milliards de transformation du CICE en baisse de cotisations + 7 milliards d’ISF, sans compter la flat tax) va produire. Ils nous demandent d’attendre de voir. Sauf que les effets sont déjà là : les riches ne sont plus incités à investir dans l’économie réelle (car c’était un des objectifs de l’ISF, empêcher l’argent de dormir ou de s’en aller, car quand un riche investissait dans une PME, il avait une réduction de son ISF) et ne sont plus incités à être solidaires : les dons aux associations se sont effondrés en 2018, à cause de la suppression de l’ISF : l’ISF était une carotte pour les forcer à donner. Ils ne sont plus incités fiscalement à le faire et voilà le résultat, bébé Macron, il y aura de plus en plus de SDF car les associations ne vont plus avoir les moyens de les aider.

Toutes les équations du petit Manu sont fausses, en plus de se contredire les unes par rapport aux autres : Oui, la suppression de l’ISF et moins d’efforts demandés aux riches, aux actionnaires et aux patrons, aggravent la pauvreté. Car oui, ce n’est pas open bar, et donner d’un coté pousse à réduire de l’autre, et c’est ce que Macron en offrant des cadeaux. De vrais cadeaux, pour ceux qu’il aime, ceux pour qui il bosse, car oui, son passage à Rothschild a laissé des traces profondes chez ce monsieur, et rien à voir avec des “relents” antisémites, comme il l’a laissé entendre pendant son one man show miteux d’hier, mais parce que cette banque d’affaire est un formidable créateur de réseaux entre riches et politiciens.

Nouveau décès d’un livreur à vélo : pour le confort superflu de quelques uns, beaucoup risquent leur vie

Frank Page, jeune livreur de 18 ans, travaillait pour Uber Eats. Il a été renversé par un camion la semaine dernière, à coté de Bordeaux. Il fait partie de ces milliers de gens qui font ce métier épuisant, dangereux et pourtant considéré non pas comme du salariat mais comme une “auto-entreprise”.

Cette aberration, personne ne l’ignore. Pas d’accident du travail, une indemnisation maladie privée (Uber Eats propose à ses coursiers une assurance Axa), aucune formation et… aucune responsabilité de l’employeur en cas d’accident ou de décès.

Nous en parlons depuis les débuts de Frustration : l’ubérisation c’est le rêve du MEDEF pour des entreprises irresponsables vis à vis des travailleurs.

Et le consommateur est encouragé à faire preuve de cette même irresponsabilité : En ce moment, les transports franciliens accueillent une nouvelle campagne publicitaire pour Uber Eats : on y voit des cadres jeunes et séduisants “mériter” leur livraison à domicile par leurs petits efforts de cadres : faire du cardio, “exposer ses idées” (on y voit une jeune femme expliquer certainement sa prochaine campagne publicitaire Uber Eats devant ses collègues épatés par tant de cynisme), faire de la natation… Tout ça mérite bien une petite domesticité ?

Alors que ces cadres vivent dans les centre-villes, peuvent trouver un large choix de restos en tout genre en bas de chez eux, on leur vend des nouveaux domestiques. Lesquels n’apparaissent évidement pas sur ces affichages : ces livreurs qui risquent la vie pour un besoin absurde, qui ne disposent d’aucune garantie sociale, pour la simple et bonne raison que ces plateformes ne survivraient pas sans sous-payer les gens, ne font pas partie de l’équation magique qui permet à des plats variés d’arriver chez vous pour quelques euros.

Heureusement, les victoires juridiques s’accumulent, ces derniers temps, contre le modèle des sociétés comme Uber Eats. Les livreuses et livreurs s’organisent, développent des alternatives comme CoopCycle, luttent et gagnent. Gageons qu’un jour les plate-formes seront contraintes de reconnaître leurs travailleurs comme des salariés et les morts qu’elles provoquent comme leur faute. Les prix seront alors plus élevés, et non, il ne suffira pas d’avoir fait “45 min de cardio” pendant que d’autres risquent leur vie sur la route pour mériter ses “0 minutes de cuisine”.

“Grand Débat” : Donner son avis sans savoir ce qu’ils en feront, ça ne sert à rien

Dans une vidéo mise en ligne https://twitter.com/gouvernementFR/status/1087998020229255169par le gouvernement, on voit la secrétaire d’Etat Emmanuelle Wargon nous raconter, face caméra, qu’on va “vraiment pouvoir s’exprimer” avec le Grand Débat. Vous entendez ? Une femme qui était lobbyiste en chef pour Danone avant d’entrer au gouvernement, et qui est donc habitué au seul débat que celui-ci pratique – avec le CAC 40 -, vient nous raconter, sans honte, des cracs sur notre capacité à nous “exprimer”.

Dire à des gens de “venir s’exprimer” sans prendre la peine de donner la moindre information sur ce qu’il adviendra de leurs avis (Référendum ? Loi ? Sondage ? Aucun indice n’est donné) c’est aussi “démocratique” et “à l’écoute” que le Carrefour City du coin de la rue qui vous demande d’appuyer sur un bouton en sortant pour dire si le rayon légume était assez attrayant pour vous. Le Grand Débat c’est “cause toujours petit peuple, à la fin on va bien continuer à faire ce qu’on veut !”. Et c’est une ex-lobbyiste de Danone passée au ministère de l’écologie (vraiment, prenons tous ensemble la mesure de la violence et de l’absurdité de cet énoncé) qui vous le dit.

Le seul intérêt de ce grand bullshit est électoral : utiliser une initiative bidon pour préparer les élections européennes. Car nos gouvernants le savent mieux que quiconque : dans notre système politique ce sont les élections qui font la légitimité d’un pouvoir, pas les “Grands Débats”. Ces gens savent que même si on a 50% d’abstention aux européennes (comme d’hab), ils pourront se targuer d’avoir été “plébiscités par les Français”. Ils ne seront pas gêné de le dire, ils ne l’étaient pas non plus quand Macron avait gagné face à Le Pen, malgré un taux de vote blanc et d’abstention record.

Aller chez Hanouna parce que ça “fait peuple” (et que le gars est un gros bourgeois macroniste, eh oui “mes chéris”), parler 7h d’affilée devant les maires, qui sont des gros relais d’opinion, se faire inviter par tous les éditocrates crédules (parce qu’ils le veulent bien) pour parler du “grand débat” : le gouvernement détourne l’événement pour faire campagne sans le dire. Evidemment, c’est illégal, mais la légalité ces gens s’en foutent – sauf quand il s’agit de mettre des manifestants en taule. Ils sont aux abois, ils vacillent alors qu’ils commencent tout juste la mission néolibérale que la grande bourgeoisie leur a confié, il leur faut donc un second souffle électoral.

Qui croient-ils berner ?!

Les citoyens modestes sont-ils plus crédules et influençables que les politiciens aisés ?

Ce matin encore, la petite chanson paternalistes de nos élites était lancée par Nathalie Loiseau, ministre des affaires européennes : consulter le peuple c’est très sympa, mais regardez cette fake news sur le traité d’Aix-la-Chapelle, “avec les réseaux sociaux, les gens croient n’importe quoi”. Le même refrain a été entonné le week-end dernier par Yann Moix, le gars qui squatte notre télé sans qu’on sache trop pourquoi : face à une élue de la France Insoumise, il s’énervait contre les gens influençables, “avec toutes ces fake news qui circulent sur le web”.

Alors, sommes-nous trop stupides et influençables pour qu’on nous consulte sur des questions qui nous regardent ?

D’abord, il faut noter que nos chers journalistes ont une grave tendance, depuis le début du mouvement social, a surexposer les discours les plus délirants et à ne pas parler de tous ces moments où des gilets jaunes discutent posément de niveau de salaire, de fiscalité et de corruption en politique. On nous a bien bassiné avec la fake news sur le Pacte de Marrakech puis on a tenté de nous faire croire que l’abolition du mariage pour tous était une obsession des gilets jaunes. Dimanche soir Laurent Delahousse racontait même que le retour de la peine de mort était un “gros sujet” du mouvement. Et en début de semaine, un journaliste goguenard diffusait le discours d’une gilet jaune disant qu’il y avait dans le monde “99% d’humain et 1% d’extraterrestres”, ce qui n’était pourtant pas à prendre au sens littéral mais une métaphore bien crédible de la vie de ces 1% qui possèdent tant et vivent si bien. ça aurait été clair sans un montage réalisé expressément pour la faire passer pour une illuminée.

Ensuite, parlons un peu de nos chers politiques : ministres, députés, président… Sont-ils parfaitement rationnels, neutres et “pragmatiques” ? Non. Rien que l’année passée, on a pu entendre un grand nombre de “fake news”, comme ils disent, dans les débats parlementaires. Plusieurs exemples :


– “A cause de l’ISF, les riches quittent massivement le pays” : : Si, entre 2001 et 2008 (avant les nombreux cadeaux de Sarkozy et Hollande), le nombre de départs de contribuables fortunés a bien augmenté (384 départs en 2001, 821 en 2008), leur proportion en revanche est restée stable : seulement 0.14% des assujettis à l’ISF s’exilent chaque année (Commission des finances du Sénat). On doit cette stabilité à l’augmentation du nombre d’assujettis qui vient donc compenser la légère hausse des départs. De plus, il y a aussi des retours chaque année. En 2008, on comptait 327 soit près de 40% des départs ! Pour finir, on ignore complètement quels sont les motifs des expatriations : absolument rien ne prouve que cela soit pour des raisons fiscales, et les rares enquêtes disponibles mentionnent surtout des motifs professionnels ou personnels : certains paradis ne sont pas seulement fiscaux ! Pourtant, la plupart des politiques et éditorialistes continuent à asséner ce mensonge comme une vérité générale.


– “Réduire les impôts des riches et des entreprises crée de l’emploi et de l’investissement” : vingt ans qu’on nous rabâche cette idée, et pourtant on attend toujours les effets, depuis les premières exonérations de cotisations sociales (les libéraux disent “charges”) dans les années 2000. Le “comité de suivi du CICE” montre régulièrement que les effets sur l’emploi sont faibles et très coûteux, que les entreprises s’en servent surtout pour augmenter leurs marges, et les plus grandes entreprises en profitent pour rémunérer grassement leurs actionnaires. Et la suppression de l’ISF, c’est de la “pipe” ? Pour l’instant, ce qu’on a vu c’est un effondrement des dons des plus riches aux associations, car l’avantage fiscal lié à l’ISF n’existe plus. Un autre avantage fiscal existait : investir dans les PME ou les entreprises innovantes permettait de voir son ISF réduit. Sans cette carotte fiscale, ce type d’investissements risque de souffrir. Mais personne n’en a parlé, et l’idée que réduire les impôts des riches les poussent mathématiquement à investir continue d’influencer la majorité parlementaire.


Des intox, des approximations, des hypothèses erronées mais tout de même amenées comme des équations mathématiques, il y en a des centaines par an chez nos “représentants”. Pourquoi ? Car si nous autre le petit peuple nous serions “influencés par les réseaux sociaux”, eux sont influencés par leurs réseaux tout court. Copains de grandes écoles, anciens collègues de banque, ami du club du Siècle ou du Rotary, sans parler des lobbyistes qui se pressent autour de l’Assemblée Nationale, organisent des conférence avec nos députés, leur envoient des petits cadeaux, transmettent des études bidons. ils sont des milliers à souffler chaque année des fake news à nos politiques (Rappelons aussi l’origine sociale des députés de la majorité). Des mensonges bien arrangeants pour les affaires, et en aucun cas liés à une quelconque considération d’intérêt général.

Quelle différence entre un politique corrompu et bourgeois et un gilet jaune qui se fait avoir par une “fake news” ? Le premier accepte sciemment de gober le mensonge, car il a intérêt à ça (pour sa carrière, ses donateurs, sa classe sociale, sa famille, son frère ou ses enfants). Le second, qui lutte pour sa survie et une idée de la justice sociale, est prêt à y renoncer si on lui démontre que c’est contraire à ses intérêts. Démontrez par A+B à un député LREM que la fin de l’ISF ne profite pas à l’emploi ? Il s’en foutra, car dans le fond ce qui lui plaît c’est que ce que ses potes payent moins d’impôt. Démontrez par A+B à un citoyen populaire que le pacte de Marrakech ne contient rien d’important pour notre lutte ? Il pourra vous suivre, car il n’y a pas intérêt.

Influençables, intéressés et liés à leurs réseaux, les politiciens bourgeois sont moins raisonnables que des citoyens modestes. Ils sont moins aptes à gouverner que nous toutes et tous.

Dites les gueux, vous ne voudriez pas plutôt parler immigration ?

Macron a envoyé sa “lettre au Français” hier soir, et c’est un peu la liste au Père Noël d’un grand bourgeois en temps de crise sociale : On y trouve toutes les fumisteries qui imbibent la pensée libérale depuis des décennies, comme l’idée que “les travailleurs payent pour la pensions des retraités” – Non Macron, les retraités ont cotisé pour leur retraites, le fait que tu dises ça ne va rien changer au fait que tu les fasses cotiser une deuxième fois avec la CSG – ou encore que nous avons un très bon modèle social : “chez nous, l’éducation, la santé, la sécurité, la justice sont accessibles à tous indépendamment de la situation et de la fortune” – la désertification médicale, les gens qui meurent aux urgence, la justice à deux vitesses, les écoles privées, Macron ne connaît apparemment pas.

Après nous avoir dit qu’on ne pourrait pas parler, au cours de ce grand débat, de ce qu’il a fait lui, il nous propose de choisir le service public à dégraisser : “pour baisser les effectifs dans les hôpitaux, tapez 1”. “Pour baisser le salaire des profs, tapez 2”. Rétablir l’ISF et arrêter de dépenser des milliards dans le vide pour les entreprises ? “Pardon, nous n’avons pas compris votre saisie, tapez # pour obtenir des explications pédagogiques”.

Pour finir, Macron en vient au grand sujet essentiel pour les élites en temps de crise sociale : l’immigration. Faut-il des quotas ? Et la religion, on en parle ? Faut-il revenir sur la laïcité ? En voilà des beaux sujets, qui ont permis à l’oligarchie de régner sur nos vies en nous poussant à nous entre-déchirer. Les étrangers, on en reparle s’il vous plaît ? C’était tellement bien quand en 2007 la France populaire votait Sarkozy sur la base d’enjeux sécuritaire plutôt que de s’intéresser à la question sociale !

L’ensemble des éditorialistes partage son analyse. Ils sont fatigués de parler SMIC, fiscalité et partage des richesses. Ils ont hâte de refaire des couverture sur l’immigration. De reprendre leurs affrontements factices entre bourgeois un peu ouverts mais pas trop et bourgeois bien fermés et nationalistes.

C’est pourquoi, la semaine passée, ils ont ramené Marine Lepen sur le devant de la scène. Hier soir le JT de la 2 passait un long et vibrant extrait de son meeting : en voilà une belle représentante des gilets jaunes, non ?

Car les membres de l’oligarchie ne l’ont pas oublié. Ce qui a permis à leur poulain Macron d’arriver au pouvoir, c’est elle. Alors il est impératif pour eux de ramener la FN, sa présidente, ses sujets, sur le devant de la table.

Sauvez l’oligarchie : parlez immigration.