Pour fêter l’arrivée de Danone au ministère de l’écologie, Macron intimide et fiche en masse les membres du premier parti d’opposition

Emmanuelle Wargon devient secrétaire d’Etat à l’écologie. Cette écologie macroniste qui “va dans le bon sens”, nous disait ce matin à la radio un deputé playmobil d’un air guilleret. L’ancien job de cette dame ? Oh eh bien lobbyiste en chef pour Danone. Tout simplement. L’agroalimentaire faisant parti des secteurs les plus polluants, il est tout naturel que l’oligarchie y envoie un représentant au ministère de l’écologie, au cas où Macron nous emmènerait trop vite dans la transition écologique. Dans cette grande mafia qu’est la macronie, on ne laisse aucun riche de côté.

Pendant qu’on avance dans la lutte contre le climat, on progresse aussi sur le front de la lutte contre “tous les populismes”‘ (LREM représentant la Raison et la Science). La France Insoumise, son président, ses collaborateurs et son siège, ont été perquisitionnés à 7h du matin par des dizaines de flics (ou de collaborateurs de l’Elysée ? Avec le Nouveau Monde on ne sait plus trop). Lesquels ont agit sur ordre d’un procureur (Réputés pour leur grande indépendance sous Macron) et sans laisser de Procès Verbal. Ils sont repartis avec le contenu de tous les ordinateurs, téléphones portables, appareil divers. Un fichage de masse, en somme.

Ils auraient agis dans le cadre de deux enquêtes : l’une portant sur les emplois d’anciens collaborateurs parlementaires, l’autre sur les comptes de campagne. Dans le premier cas l’info de base vient d’une élue FN, donc c’est du solide. Dans l’autre on sait que coté compte de campagne, ça ne pose problème à personne que le parti du président de la République ait chopé du fric de la part de tous ceux au service desquels sa politique est menée. Pas plus que les immenses ristournes dont il a bénéficié de ses riches copains, pratique qui s’apparente pourtant à des dons illégaux.

Résumons : ce gouvernement coule. Il nous emporte avec. Les inondations mortelles, les actionnaires de Danone s’en foutent. Par contre le discrédit d’un président pourtant vendu comme le joker d’un régime en plein naufrage, ça leur fout les jetons. La montée d’une gauche franche, qui n’a plus peur de dire “capitalisme”, “taxer les riches” et “planification écologique”, encore plus. Alors on applique la méthode mainte fois éprouvée : faire passer ce type, ce Mélenchon, pour un gros-ma-la-de. Et malhonnête si possible. “Pas de fumée sans feu”, se diront les braves gens.

Espérons qu’une stratégie aussi pourrie montre qu’avant tout, c’est leurs foutus palais qui commencent à cramer.

Sauvez un arbre, expropriez un actionnaire. Sauvez un ours, boycottez Libération (entre autres)

Les grandes Unes sur le Climat, c’est le bal des hypocrites. Ces journalistes macronistes bon teint, hamonistes quand ils se sentent d’humeur partageuse, nous “tirent la sonnette d’alarme” régulièrement à coup de Une destinée à frapper l’imaginaire, d’infographie catastrophiste, d’appel vibrant à la “prise de conscience collective”.

Etant donné que ces gens et leurs actionnaires ont la réflexion politique d’une huître enrhumée, ils ne se demandent pas si c’est en faisant flipper les gens qu’on va obtenir quoi que ce soit d’eux, et si appeler à la “prise de conscience collective” a du sens quand dix géants de l’agroalimentaire émettent plus de gaz à effet de serre que quatre pays nordiques. “Changeons nos modes de vie”, lit-on encore partout. Eh oui, mais tous les suédois auraient beau réformer intégralement leur mode de vie, ça ne compenserait à peine les dégâts commis à elle seule par une boîte comme Nestlé.

Les bonnes âmes écolos-libérales utilisent la même stratégie pourrie que nous appeler à la “prise de conscience collective” des dangers du vote Lepen et du fascisme : le triptyque “faire flipper avec des visuels chocs – culpabiliser avec un appel à la responsabilité – ne pas parler des responsables”.

Et ça ne marche pas. Forcément, ça sent l’arnaque. Qui a envie de recevoir des leçons d’écologie de journalistes parisiens ? Qui a envie de “changer son mode de vie” quand c’est demandé par des bourgeois qui ont déjà fait trois fois le tour du monde depuis leur année Erasmus ?

Les choses bougent, et c’est tant mieux. Le discours écolo se politise, la question du modèle économique, le capitalisme, est posée. Mais pitié, les journalistes de Libération, le meilleur service que vous pouvez rendre à la cause écologiste, c’est encore de vous taire, car vous êtes toujours aussi nuls.

« Je vais tous vous privatiser » : Comment Macron brade le bien commun  

 

En ce moment même à l’Assemblée Nationale, les débats font rage autour d’une nouvelle vague de privatisation, qui touche cette fois-ci Aéroport de Paris et la Française des Jeux. Cette mesure n’a rien de surprenant quand on connaît le parcours de Macron. L’ancien ministre de l’Économie est un adepte de la grande braderie publique. À son arrivée à Bercy en 2014, il avait déjà annoncé une cession de 10 milliards d’euros d’actifs publics, c’est-à-dire une réduction de la part de capital détenue par l’État dans certaines entreprises. À son tableau de chasse, ou plutôt de ventes, on compte les aéroports de Toulouse, Lyon et Nice. Mais aussi des cessions de participations de l’État dans l’entreprise hautement stratégique Safran (qui produit notamment des avions et hélicoptères militaires), pour une opération globale avoisinant les 2 milliards d’euros. Mais cette nouvelle vague est inquiétante. D’abord, parce que la France a déjà abandonné aux investisseurs privés la plupart des sociétés industrielles, financières et commerciales qu’elle contrôlait. Les futures privatisations concerneront forcément des entreprises qui assument directement des missions de service public. Ensuite, parce que les participations de l’État s’élevaient, au 30 avril 2016, à 90 milliards d’euros. C’est donc plus de 10 % des actifs publics qu’Emmanuel Macron veut vendre, de quoi prendre la mesure de son plan de privatisation. Ces ventes fragiliseront la souveraineté de l’État à court terme, mais seront en plus très peu rentables à long terme. Chronique de l’escroquerie du peuple par les élites, réalisée avant l’été, donc au moment où nous anticipions des projets désormais tous confirmés :

La Suite

Quand l’industrie pharmaceutique organise la pénurie de médicaments

Récemment, le LEEM, principal lobby des industriels du médicament, tapissait le métro parisien de ces publicités.

 

Le secteur pharmaceutique, le plus rentable de l’économie mondiale, a suffisamment de moyens et de relais pour redorer régulièrement son image, malgré les scandales qui, presque chaque année, montrent que l’appétit financier de ces industriels prime absolument tout le temps sur la mission thérapeutique qu’ils prétendent se donner. Nous avons, dans notre numéro 14, longuement enquêté sur les pratiques de ces entreprises, capables avec la complicité des pouvoirs publics de vendre leurs produits au prix cher, d’obtenir la prise en charge par les systèmes de santé de médicaments inutiles ou inefficaces, d’influencer les médecins pour prescrire des traitements à des gens qui n’en ont pas besoin. Ces pratiques commencent à être connues. Mais qui pouvait croire que ces gens étaient capables d’organiser des ruptures de stock – entraînant la mort de malades – pour faire monter leurs prix ?

C’est un scandale que dévoile à mi-mots un rapport sénatorial sur la pénurie de médicaments.   Celle-ci est 10 fois plus fréquente qu’il y a dix ans, et elle concerne des produits aussi essentiels que les antibiotiques, des vaccins ou le traitement de l’hépatite B. Concrètement, ces pénuries entraînent l’interruption du traitement des malades, leur mise en danger voire leur mort. Ce rapport nous apprend ceci : au mépris de leurs engagements avec les hôpitaux et les systèmes de sécurité sociale, les industriels répondent aux ruptures de stock de façon plus ou moins rapide, jouant la concurrence entre les pays. Ainsi, un représentant du principal lobby des industriels, le LEEM, a expliqué aux sénateurs que :

“Lorsqu’une tension survient du fait d’un accroissement de la demande, [nos entreprises] vont approvisionner en priorité les pays qui pratiquent les tarifs les plus élevés “

Sans complexe, le représentant des industriels explique là à des représentants du pays que si leur administration ne donne pas des prix assez élevés à leurs médicaments, alors ils risquent de subir des pénuries. Ce que confirme un représentant du personnel de Sanofi, “notre” fleuron national, qui a confié aux sénateurs qu’il existait des« stratégies de rupture visant à maintenir le niveau des prix ».

Français ou étranger, un groupe pharmaceutique n’a donc pas de complexe à placer le couteau sous la gorge des Etats en organisant des pénuries s’ils négocient trop bien les prix, et n’a pas de complexe à le dire, par le biais de ses lobbyistes, à leurs représentants. Face à un tel scandale, le rapport sénatorial (conduit par des gens de droite et bien installés, il ne faut pas l’oublier), répond de façon inédite : il propose d’organiser une production publique des médicaments essentiels pour pallier à ces pénuries.

Il est grand temps en effet que notre santé cesse de dépendre d’entreprises géantes qui se comportent comme une mafia, n’hésitant pas à racketter les Etats et à faire mourir des malades pour maintenir au plus haut les prix qu’elles pratiquent.

Les “grands hommes”, notre malédiction

A la fin du XVIIIe siècle, Bonaparte qui n’était pas encore empereur entraînait des milliers de citoyens-soldats dans une guerre stupide en Egypte, enlisant progressivement son armée, et finissant par l’abandonner. La commande de ce tableau visait a redorer l’image de Bonaparte alors que sa volonté d’euthanasier les pestiférés de son armée est rapportée par la presse anglaise, ainsi qu’à faire oublier que la veille de cette visite aux pestiférés, à la suite du siège de Jaffa, il avait fait massacrer 3000 prisonniers qu’il estimait ne pas pouvoir faire garder et nourrir.

A l’époque les larbins de la propagande n’était pas chroniqueurs BFM TV mais peintres, et à force de tableaux mettant en valeur le futur empereur dans une “épopée égyptienne” pourtant dévastatrice, nos livres d’Histoire ont fini par décrire cette intervention militaire foireuse comme une belle aventure légitimant la prise de pouvoir de Bonaparte devenu Napoléon, et la démonstration de son ouverture et de sa grandeur d’âme. Dans ce tableau, il n’était pas comparé à Jupiter lui, mais à Apollon.

Plus de deux siècles plus tard, le président de notre République toute gangrenée de bonapartisme vient voir les habitants de Saint-Martin qui se remettent mal d’un cyclone dévastateur et qui subissent la précarité endémique qu’engendre notre système de relation outremer – métropole. Il ose toucher un délinquant, preuve de sa grande magnanimité (et de son courage : pour un grand bourgeois le contact du pauvre est quelque chose de rare, troublant et parfois érotisant), et lui conseille quoi faire de sa vie : traverser la rue, trouver un emploi en claquant des doigts, dans une île où le taux de chômage est de plus de 33%.

Puis il retournera à Paris, dans son univers de patrons et de hauts-fonctionnaires, pour qui l’abandon et l’exploitation des classes populaires, ultramarins, ouvriers, employé, est un impératif financier.

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FRUSTRATION EST UN MAGAZINE TRIMESTRIEL. SON DERNIER NUMÉRO “LES RICHES NOUS TUENT” EST DISPONIBLE EN KIOSQUE OU PAR ABONNEMENT

Comment les réactionnaires instrumentalisent les frustrations sexuelles

On ne résiste pas à l’envie de vous infliger une illustration du genre de celles qui accompagnent les articles sur les troubles de l’érection : désolé !

Sujet de préoccupation majeur des individus de tout genre et de tout âge, la sexualité fait pourtant l’objet des analyses et conseils les plus navrants dans notre monde médiatique. D’abord, le discours sur le sexe est encore imprégné d’un sexisme et d’un virilisme assez insupportables, les magazines féminins faisant souvent porter la responsabilité sur la femme (sommée de prendre soin d’elle, de son poids, de ses « dessous sexy »), les publications « pour les hommes » étant quant à elles cruellement dépourvues de réflexion en la matière (à l’exception notable de GQ où la chroniqueuse Maïa Mazaurette tient une bonne rubrique sexo).

D’une façon générale, la sexualité est toujours traitée comme un sujet à part, déconnectée du reste de notre vie, tout juste affectée par des paramètres extérieurs flous comme « la fatigue » ou « le stress ». La conclusion la plus souvent émise est que c’est de votre faute : que ce soit vos kilos en trop, votre hypersensibilité ou votre fameux « manque de confiance en vous », c’est vous qui êtes responsables de vos soucis, de vos frustrations, de vos anxiétés. C’est faire abstraction de tous les éléments de contexte, de tout ce que la société a d’influence sur le niveau et l’expression de notre désir, de tout ce qui heurte, dans notre monde capitaliste, la possibilité d’avoir la vie sexuelle que l’on aimerait.

Seuls les réactionnaires ont l’habitude de faire le lien entre sexualité et société, avec un certain succès. C’est l’essayiste Éric Zemmour qui a lancé le mouvement en 2006, en publiant Le Premier Sexe (100 000 exemplaires vendus), une longue complainte sur la féminisation des hommes et sur leur incapacité (à cause des féministes) à assumer ce qu’ils sont. Avec un impact dramatique sur la sexualité des hommes, car le respect qu’ils sont maintenant obligés d’accorder aux femmes (on est pourtant douze ans avant l’affaire Weinstein) est un « tue-désir de masse ». L’homme idéal étant maintenant l’homme gay, ce sont les « jeunes arabes » qui sont les derniers hommes virils du pays et qui risquent, en gros, de prendre la place des blancs auprès de leurs douces. Tremblez, hommes blancs.

Zemmour a inspiré toute une génération de youtubeurs aux gros bras comme Alain Soral, Papacito, Le Raptor Dissident, qui expliquent que c’est en réaffirmant sa virilité face à une société de tapettes et de femmelettes que l’on deviendra le mâle alpha et séducteur que l’on rêve d’être. Avec un succès certain, notamment auprès de la jeunesse, masculine évidemment. Soral a ajouté à l’ensemble la touche « rouge-brune », qui consiste à dire que cette perte de virilité est alimentée et voulue par les partisans du néolibéralisme, qui s’assurent ainsi de leur domination sur nos destinées.

Plus récemment, c’est Élisabeth Lévy, rédactrice en chef du journal Causeur, qui a l’habitude d’expliquer que le féminisme et la lutte contre les agressions sexuelles tuent le désir : rien de tel que la domination masculine pour prendre son pied, selon elle. Une analyse que ne renieraient pas Eugénie Bastié, égérie de la droite catholique depuis les débats autour du mariage homosexuel, et Natacha Polony, qui saluait en 2006 l’ouvrage de Zemmour et a publié deux ans plus tard L’Homme est l’avenir de la femme où, en parlant de son fils, elle déclame : « Et en puisant dans la mémoire aujourd’hui délaissée de l’Occident, en s’en retournant aux racines d’une civilisation qui, peut-être plus qu’aucune autre, même si c’est bien imparfaitement, a su marier féminin et masculin, il découvrira que les vertus chevaleresques portées par nos vieux récits sont ce qu’il a de plus grand et de plus respectueux à offrir aux femmes. »

Le point commun entre ces essayistes très médiatiques c’est donc bien l’instrumentalisation décomplexée des contrariétés sexuelles des gens pour alimenter des pseudo-théories visant à fonder empiriquement les idéaux anti-égalitaristes et réactionnaires.

 Aux forces de l’égalité et de l’émancipation de se plonger à leur tour dans la lutte !

Ce texte est extrait de l’article “Troubles de l’érection, libido en berne… Les responsables sont Macron et votre patron”, premier né de notre toute nouvelle rubrique Sexo, publié dans le numéro 15 de Frustration, actuellement en kiosque.

 

Le “trou de la sécu”, ou comment gouvernement et médias vous accablent de coûter si cher

Comme chaque fin septembre à l’approche de l’examen du budget de la sécurité sociale, les médias sont majoritairement au diapason du cinéma que nous imposent les gouvernements successifs depuis les années 1990 : il faut dépenser moins les cocos, arrêter d’aller aux urgences pour rien les petites natures, mieux prévenir pour ne plus avoir à vous guérir, parce que ça coûte un pognon de dingue et ça ne rapporte pas. “Chaque année, un Français coûte 2977€ à la sécurité sociale”, nous dit LCI. ça coûte cher un Français, bien plus qu’un polonais ou qu’un nord-américain par exemple, et ça déplaît profondément à notre bourgeoisie. Mais ça LCI ne le précise pas, elle préfère décrire comme oeuvre de bon sens un point de vue patronal, comme la plupart des journalistes ses chroniqueurs qui se contentent de rabâcher une chanson apprise par cœur : “il faut combler le trou de la sécu”. Retour sur un mythe à la noix qui, comme les châtaignes, nous tombe dessus chaque automne :

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Frustration n°15 : “les riches nous tuent”

Conçu et réalisé dans la torpeur angoissante d’un été caniculaire, ce numéro assume la virulence de son titre. Jamais le séparatisme social des plus riches n’a été si grand, tout comme leur indifférence environnementale. Un ministre de l’écologie est perpétuellement confronté à des lobbyistes, et les producteurs de plastiques ont intégré le discours moraliste des “petits gestes” du quotidien pour faire porter aux consommateurs la responsabilité des dégâts irréparables qu’eux commettent. 

(Ce numéro a été illustré par Lucas Ferrero !)

 

AU SOMMAIRE DE CE NUMÉRO :

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Les riches nous tuent

Il y a un peu plus de trente ans paraissait « le livre noir du communisme », un ouvrage écrit par un collectif universitaire pour dresser un bilan macabre des régimes au pouvoir en URSS, en Europe de l’Est ou en Chine. Il estimait les victimes du « communisme » à 100 millions, démontrant ainsi qu’une idéologie pouvait tuer – qu’importe si Staline ou Mao n’avaient pas retenu grand-chose de la doctrine originelle – et qu’on pouvait donc se réjouir de vivre dans le monde radieux du capitalisme « pragmatique et réaliste » triomphant.

Trente ans plus tard, les étés caniculaires s’enchaînent et démontrent la blessure que notre économie a infligé à la planète, l’espérance de vie dans les pays les plus riches a pour la première fois baissé, et la victoire sur les méchants « communistes » n’a pas apporté la paix.

Et dans le désenchantement général, les riches n’ont jamais été aussi riches. Ils se portent mieux que jamais ! Et puisque l’appétit vient en mangeant, les entreprises à partir desquelles dégoulinent leurs profits sont toujours plus voraces et désireuses qu’on leur lâche la bride. Moins de droit du travail, moins de contraintes environnementales, plus de libre-échange.

Et nous en crevons. Nous en crevons d’abord parce que notre planète en crève. Les gouvernements et les entreprises ont réussi à faire de l’écologie une morale gentillette et culpabilisante pour nous, écartant la remise en cause d’une économie mondiale qui réclame croissance du trafic aérien et épandage de pesticides.

Le développement d’un environnement de plus en plus malsain s’est accompagné de la dégradation volontaire et méthodique de nos systèmes de santé. Tandis que les protections sociales sont démantelées à petit feu, les riches se sont emparés de la gestion de notre santé, devenue un marché des plus rentables : la montée en puissance de leurs groupes pharmaceutiques est la marque la plus éclatante du pouvoir de nuisance des riches. Depuis 1999 aux États-Unis, la commercialisation massive et matraquée d’antalgiques surpuissants et suraddictifs a entraîné la mort directe de 200 000 personnes.

Ce bilan macabre n’est pas isolé : partout où un service public – la santé, le logement, les infrastructures – est confié à la rapacité d’un groupe capitaliste « en pleine expansion », la mort plane. En juin 2017, la tour de Grenfell, un immeuble de logements sociaux à Londres, brûlait en un temps record, emportant 79 vies. En cause, la pingrerie des gestionnaires privés et des entreprises de construction, ayant ravalé la façade avec des matériaux inflammables. En août dernier, c’est un pont autoroutier italien qui précipitait dans le vide et tuait 39 personnes à cause de l’incurie de la société privée qui en avait la charge.

Et que dire de la production marchande, où sont broyées des milliers de vies pour faire baisser indéfiniment le coût de production des t-shirt et des maillots de foot ? En avril 2013, une usine-atelier de confection de vêtements pour des grandes marques européennes s’effondraient dans la banlieue de Dacca au Bangladesh, entraînant la mort de 1 135 femmes et hommes.

À quand le livre noir du capitalisme mondialisé ? À quand le procès des riches qui alimentent et perfectionnent sans cesse ce système profondément meurtrier ? Car on aura beau consommer équitable, acheter bio, fermer le robinet, prendre le vélo, faire du mieux qu’on peut pour sauver ce qu’il reste, on le sait désormais avec certitude : on ne se sauvera pas nous tant qu’on ne les condamnera pas eux.

 

Ce texte est l’édito du numéro 15 de Frustration, en kiosque depuis le 21 septembre

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Le fasciste Zemmour a ses collabos

A chaque fois qu’Eric Zemmour revient sur un plateau, dit une connerie suprématiste et nationaliste, ensuite reprise, commentée et au final rediffusée par toutes les autres chaînes, on se demande toujours : « mais pourquoi a-t-il été invité au juste ?! ». Parce qu’il a écrit un bouquin truffé de mensonges sur l’histoire de France ? Parce qu’il représente quelque chose dans la société française ? Parce qu’il peut « enrichir le débat » ?

Malin, le type sait jouer avec les limites légales pour rester sur la corde, et fait progresser de polémique en polémique la diffusion du fascisme – car ça s’appelle comme ça – en France. Par conséquent, celles et ceux qui l’invitent ou acceptent de faire mumuse avec lui sur un plateau TV sont complices. Leur comportement peut s’expliquer d’au moins trois façons :

1 – Ce sont des cyniques uniquement intéressés par leur audience et le fric dégagé pour les annonceurs et les actionnaires : Zemmour est un « bon client », et quelle que soit la dégueulasserie politique et morale de ce qu’il raconte, rien de tel qu’un bon buzz pour faire parler de leurs émissions nulles à chier – un plateau avec Ardisson, Franz-Olivier Gisbert, Natacha Polony, Raquel Garrido (ex-insoumise dont on se demande au juste ce qu’elle fait encore là après ce qu’il s’est passé), et quelques autres personnes dont on ne sait jamais trop ce qu’elles ont fait dans la vie, à part squatter notre télé.

2 – Ce sont des gens qui, à force de jouer leur rôle, ont perdu tout sens moral et notions élémentaires de responsabilité. Ils masquent leur absence totale de conviction derrière une tolérance sélective à la noix qui implique d’inviter un fasciste parce qu’il faut « parler avec tout le monde ». Un type comme Ardisson, on imagine bien que c’est ce genre de bourgeois parisien arrogant qui traite mal son personnel, dit « la province » ou « en banlieue » avec un rictus de mépris, ne doit plus avoir de conviction politique ou de sens moral depuis des décennies.

3 – Ce sont des stratèges qui pensent que quand Macron chute dans les sondages et devient pour le peuple « le président des riches » et que Mélenchon monte en parlant de redistribution des richesses et de taxation des hauts revenus tandis que la question sociale revient au premier plan, il devient sage de sortir l’épouvantail de l’extrême-droite. Or, une dose régulière de Zemmour peut ranimer un Rassemblement National actuellement bien trop moribond pour jouer son rôle de faire-valoir des candidats moisis de la bourgeoisie, c’est un bon traitement.

Ces hypothèses ne s’excluent pas, car notre bourgeoisie médiatique n’a plus une très grande diversité, et les financiers aux dents longues sont sur le dos de l’essentiel des chaînes. Cyniques, irresponsables ou stratèges, celles et ceux qui invitent Zemmour et se nourrissent de leur buzz – par leur audience et leurs indignations factices – sont les collabos de notre époque, et il faut les nommer ainsi.

 

FRUSTRATION est un magazine trimestriel de critique sociale pour le grand public

Son numéro 15 sort le vendredi 21 septembre

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