Tant qu’il n’y aura pas écrit “dictature” en gras et souligné, les artistes, “intellectuels” et autres belles âmes se tairont

… et comme ce ne sera jamais écrit noir sur blanc, ils collaboreront.

A quoi servent les philosophes en France ? A intervenir sur France Inter le matin pour dire que Macron est beau, Macron est grand, tandis que le peuple est vil et inculte. A quoi servent les “artistes engagés” en France ? A se scandaliser pour des causes lointaines et pousser des coups de gueule réguliers contre les manifestants qui perturbent le cour de leurs tournées – quand bien même ils subissent ici la même violence qui, lorsqu’elle a lieu ailleurs, fait l’objet de pétitions enflammées de la part de leur caste. A quoi servent les éditorialistes, journalistes et autres héros de l’Information ? Le plus souvent à cirer les pompes du pouvoir et adopter sans vergogne les axes de la narration du pouvoir : vous voulez parler remise en cause des 35H ? Parlons-en. Nouveau jour férié en moins ? Discutons de ses beaux effets. Vous voulez qu’on traite un incendie accidentel d’une cathédrale avec la même intensité dramatique que pour un attentat terroriste ? C’est parti !

Pourtant, s’il est bien une chose que revendiquent toutes les personnes citées précédemment, c’est leur capacité innée à se “mobiliser contre l’inacceptable”, à “ne pas tolérer l’intolérable”, “dire la vérité face aux tentations autoritaires” : “pas ça pas ça pas ça !”, s’il est bien un engagement proclamé des bourgeois des arts, des lettres et de l’information, c’est la haine du fascisme. Et d’ailleurs, s’ils sont tous tous tous contre le Référendum d’initiative citoyenne, c’est parce que ça permettrait “l’expression de nos pulsions les plus sombres”, et que mieux valent la tempérance de l’Etat de droit, l’éthique parlementaire, la grandeur présidentielle que les bas instincts de “madame michu” ou “jojo le gilet jaune” qui ne rêvent que d’abolition de la peine de mort, de général de Villiers au pouvoir et de “La FiN de lA LibErté d’ExprEssiOn”.

Mais là visiblement, on n’y est pas du tout. Notre police est la seule d’Europe à balancer des grenades explosives sur la gueule de gens, elle a tous les droits, rien de l’atteint, ça gaze (“oh non n’utilisez pas ce terme !!” dit le bourgeois), ça arrose, ça étrangle, ça charge de cavalerie, ça blinde, ça arrête préventivement (“parce qu’on ne sait jamais !”), ça humilie en garde à vue, ça matraque en tout sens et tout ce beau monde s’en branle littéralement. Du moment qu’on les laisse faire leurs pièces de théâtre sur l’horreur du nazisme, la faim dans le monde et les bienfaits de la démocratie, et qu’on les laisse vivre leur pseudo vie de rebelle en pâte de bourgeois, leur foutus coup de gueule post-soixante-huitards à la con, leur ptite collecte de fond pour la bonne cause de temps en temps, ces gens s’en foutent totalement.

Et ils ne se sentent pas en contradiction du tout, pensez-vous ! Samedi deux journalistes ont été arrêtés sous leurs yeux, l’un – Gaspard Glanz – ayant consacré des années à dénoncer l’impunité dont jouit la police vis-à-vis des migrants, des manifestants, c’est aussi lui qui a contribué à montrer la tronche de Benalla grimé en flic, quand toutes les rédactions “doutaient” encore du scoop. Tout ça se passe sur leur chère ô combien précieuse place de la République – n’y a-t-on pas entendu des discours enflammé sur la liberté d’expression à préserver face à la barbarie ? Mais la barbarie c’est les musulmans, pas Castaner pensez-vous – eh bien ça n’a pas l’air de les perturber plus que ça.

Car le beau monde médiatique a trouvé mieux à faire : mettre au cœur de l’analyse médiatique de la journée un slogan de manif – “suicidez-vous” – lancé par quelques manifestants à quelques policiers, le JT de France 2 allant même jusqu’à parler aussi du slogan “tout le monde déteste la police” comme d’un fait particulièrement récent, inquiétant et scandaleux. Alors que ce slogan n’est ni récent, donc ni spécialement inquiétant, et scandaleux ? La dernière fois que l’auteur de cet article s’est fait arrêté, pour un contrôle d’identité, lors d’une manifestation, les “gardiens de la paix” lui ont dit “avance fils de pute, sale gauchiste, pédale”. Est-ce qu’il en a fait un article ? Non. Car l’insulte des flics vers les civils est suffisamment courante est instituée pour que ça soit devenu la norme, ce qui ne choque pas le bourgeois médiatique qui en revanche s’offusque que des manifestants osent à leur tour dire des méchancetés. Alors qu’ils savent bien comment les flics parlent aux gens, ils refusent toute réciprocité : “subissez en silence les gueux” est le slogan pas récent de la bourgeoisie médiatique.

L’avantage des dictatures, pour les bourgeois, les philosophes, les journalistes, et tout ceux qui savent manier les codes littéraires de l’hypocrisie, c’est qu’elles ne se définissent jamais comme telle. Tout régime autoritaire tente de sauver les apparences. De telle sorte que les bourgeois, qui l’ont activement souhaité (car il est temps de faire “les réformes nécessaires” et ces troubles hebdomadaires ont assez duré, merde !), peuvent dormir tranquille : jamais Macron et ses troupes n’agiront pour d’autres motifs proclamés que la foutue devise qu’ils salissent chaque jour en l’écrabouillant par la sainte alliance des bottes et des souliers vernis. On pourrait se consoler en se disant que l’Histoire leur donnera tort, mais en attendant ce n’est pas eux que l’Histoire piétine, éborgne et tabasse. Et ces gens ont tant appris à être sûr de leur vertu et de leur bonté d’âme et de la bêtise et de l’immaturité du peuple : on pourrait leur cracher dessus qu’ils utiliseraient notre bile pour faire briller leurs pompes.

Réfléchissons bien à ce que peuvent être des structures médiatiques, intellectuelles et artistiques qui sont autres choses que des béquilles morales de la caste au pouvoir. Il en existe déjà, mais il va falloir passer à la vitesse supérieure car le temps presse.

“Le gouvernement ne reconnaît pas qu’il est dans un affrontement politique et n’admet qu’une répression de criminels, de délinquants ou de terroristes”

On le voit, on le sent, notre pays bascule silencieusement dans un régime autoritaire, où les violences policières contre les manifestants est nettement plus importante qu’elle ne l’était il y a dix ans. L’usage de tous les dispositifs juridiques permettant de réprimer, d’enfermer, et d’empêcher les manifestants d’agir se fait, quant à lui, de manière de plus en plus excessive et en toute impunité. Pour donner sens à un quotidien empli de vidéos de brutalités policières qui circulent sur les réseaux sociaux, d’arrestations préventives, de gardes à vue ou de justices expéditives à l’encontre des gilets jaunes, nous avons demandé à Vanessa Codaccioni, auteure dernièrement aux éditions Textuel de “Répression, l’Etat face aux contestations politiques”, de nous expliquer les mécanismes et les origines de ce à quoi nous assistons depuis maintenant plusieurs mois en France.

La Suite

Le “geste” de François Pinault ou le rêve fiscal des grands bourgeois

Le milliardaire français n’a pas attendu que les braises soient refroidies pour faire son annonce. Sur le cadavre encore chaud de Notre-Dame-de-Paris, il a annoncé le déblocage de 100 millions d’euros pour contribuer aux réparations, et le tout a été repris en boucle par l’ensemble de nos journalistes, dont on sait que le sens de l’éthique et du recul est suspendu dès qu’un truc brûle quelque part. Tels des invités affamés piaffant d’impatience devant le barbecue, toute la meute de récupérateurs a pu ainsi bénéficier de l’exposition médiatique usuelle.

Comme c’est la concorde nationale (chose que nombres de journalistes interprètent comme “on peut relayer tout et n’importe quoi”), il n’y a eu personne pour nous dire que 100 millions de la fortune de François Pinault s’élevant à 34 milliards d’euros, c’est un geste similaire à celui d’un Français touchant le salaire médian qui donnerait un peu moins de 10€ de son salaire mensuel. Ce que beaucoup feront certainement, tant l’attachement à ce monument historique est important, et il est fort à parier que tous n’auront pas le droit à leur petite couverture médiatique. “Pierrette Dupuis a fait un don de 40€ alors qu’elle touche moins de 1000€ de pension de retraite, un geste bien supérieur à celui de François Pinault!” titrera BFM TV ? Non évidement.

Pas plus que les articles dithyrambiques sur les largesses du brave homme n’ont mentionné le fait qu’aux dernières estimations ce monsieur et sa famille avaient soustrait 2.4 milliards d’euros au fisc. Des milliards qui auraient pu contribuer aux salaires des pompiers héroïques de cette nuit ou… à l’entretien ou aux normes de sécurité du monument. Autant dire que le vrai titre aurait du être “le breton François Pinault doit plusieurs milliards à Notre-Dame-de-Paris : la tradition de la fraude fiscale”.

C’est un fait avéré, Pinault et ses semblables ne veulent pas payer d’impôts : c’est moche, c’est sale, ça pue le hall d’accueil d’un centre des finances publiques éclairé au néon. ça c’est bon pour le peuple, dont tout le monde s’accorde à dire qu’en son sein, “tout le monde devrait payer l’impôt sur le revenu” histoire de bien montrer son adhésion à la République (la TVA et les impôts locaux ne suffisant apparemment pas). Les riches c’est différent, ils veulent bien donner de l’argent, mais ils aiment choisir à quoi ils contribuent. A contribution prestigieuse, destination de prestige : chaque société du CAC 40 et PDG français rivalise d’audace pour ouvrir musées, fondations, couvrir les rénovations du château de Versailles, maintenant de Notre-Dame… Payer le salaire de n’importe quel pompier anonyme ne les intéresse guère.

Non seulement ils veulent pouvoir choisir, mais en plus ils veulent pouvoir communiquer sur leur noble choix. Quelle tristesse de recevoir son avis d’imposition tout gris et moche, même pas instagramable, alors qu’on peut se faire prendre en photo devant un palais en travaux, des enfants africains tout sourire ou Notre-Dame-de-Paris en pleine reconstruction ? Pour gérer l’aspect publicitaire de l’affaire, ils peuvent compter sur des médias qui, même lorsqu’ils ne les ont pas rachetés (après tout c’est bien de France 3 que nous tirons ce visuel), se gardent toujours de mentionner les réductions fiscales dont bénéficie tel ou tel “généreux donateur” pour sa contribution : pourtant, dès ce matin, Jean-Jacques Aillagon, présenté sobrement comme “ancien ministre de la culture” mais en fait conseiller depuis 2011 de François Pinault (c’est la concorde nationale, nos journalistes ne veulent pas nous embarrasser de détails), déclarait sur Twitter : “J’invite le parlement à voter en urgence une disposition spéciale ouvrant une réduction d’impôt de 90% sur les dons qui seront faits en faveur du grand chantier de restauration de Notre-Dame”. Pas fous les mecs ! Vous savez ce que ça représente 100 millions quand on possède un jet privé, une île et des tas de résidences secondaires ?! J’aimerais bien vous y voir Pierrette !

On se gardera bien de nous donner des éléments sur la réalité des chiffres à plein de zéro qu’ils affichent. C’est sûr de 100 millions ça impressionne, ce n’est pas Pierrette qui pourrait sortir une telle somme, mais les 40 balles de Pierrette ou les 10 balles de Paul représentent un sacrifice bien plus grand que les millions de François. Et en plus, en plus, ni Pierrette ni Paul n’ont accumulé leur petit pécule mensuel (leur salaire ou leur pension quoi), sur le dos de leurs concitoyens. Contrairement à François Pinault qui, comme tout capitaliste – c’est triste mais c’est ainsi – s’est enrichi sur la part de travail qu’il ne rémunère pas pour rémunérer ses dividendes, et sur les milliards dus au fisc et non acquittés.

Le petit plan com’ de Pinault, ce n’est que la concrétisation du rêve fiscal de tout grand bourgeois : ne plus payer d’impôt (par la fraude ou la fin de l’ISF, merci Macron), redonner beaucoup moins en dons pour des causes qu’il choisit (le pompier, l’infirmière ou la prof attendront) et récolter au passage toute une gloire qu’il ne mérite pas.

Intello de cour venant colmater les brèches du système : un spectacle navrant et pathétique

Invité de la matinale de France Inter la semaine dernière, ce professeur de la Sorbonne se félicitait en direct de la “robustesse” du régime face à 20 week-ends de manifestations. Contrairement au gouvernement algérien, la bourgeoisie française tient bon face aux manifestants, et ça fait bander cet intello de cour qui a passé sa carrière a théoriser la nécessité du libéralisme et d’un gouvernement qui se passe de l’avis du peuple : comme tout universitaire qui se respecte, il a ensuite fait son petit laïus contre le principe du référendum, dangereux parce que créant des débats glissants, contrairement à la démocratie représentative qui permet à des gens comme lui d’avoir le monopole de la glisse et de la lèche.

Pierre-Henri, qui a un prénom à jouer dans “Les Visiteurs”, estime qu’il faut réapprendre à obéir, et a publié pour dire cela un dernier petit traité de lèche-boulisme envers les élites, tout bonnement intitulé “Comment gouverner un peuple-roi ?”. L’idée, la même qu’ont tous les intellos comme lui, c’est de dire qu’il y aurait une “crise de la démocratie représentative”, qu’il faut “redonner confiance en nos élites”, en activant la brosse à reluire et en dégainant son plus beau ton pédant de “philosophe” : et n’oublions pas qu’être “philosophe” dans nos médias n’engage absolument à rien : deux têtes de listes aux européennes prétendent l’être et prononcent un nombre incalculable de conneries, l’un homophobe l’autre eurobéat. Mais il y a une façon de dire de la merde élitiste qui fait de vous un philosophe, plus que si vous dites simplement de la merde élitiste… vous voyez ?.

Pierre-Henri rappelle donc avec ses jolis mots qu’il faut obéir aux agents de police, aux banquiers, et à un président qui est un peu les deux à la fois, et se permet même cette petite remarque ô combien remarquablement stupide :

“bien sûr qu’on est en démocratie, ne serait-ce que parce que je peux venir sur la matinale d’une radio publique et dire du mal du président, uh uh uh”.

Pardon ? Quand est-ce que tu as dit du mal du président Pierre-Henri, on n’a pas bien suivi ? Comme tous les autres garants de la “démocratie représentative” et de la “liberté d’expression” sur les radios de ce pays, Pierre-Henri est venu faire un petit S.A.V un poil critique (le coquin), relevant que “peut-être”, “sur la forme”, “on pourrait penser que”, “Le président Macron a manqué de tact”, “de pédagogie”, “il a pu choquer”, “il veut aller trop vite”, “il faut expliquer aux français”.… Quelle irrévérence mon dieu ! Et quelle audace de la part de France Inter d’oser inviter tous les Pierre-Henri de la terre, avec leurs mots si critiques et acerbes sur le bilan du président ! Où va-t-on ! Marie-Louise cachez l’argenterie !

Pour Pierre-Henri, nous sommes donc en démocratie parce que quelqu’un comme lui peut parler librement. Attendez, parce qu’une dictature ne permet pas l’expression d’intellos de salon et de cour ? Combien de “philosophes”, d’artistes et autres grandes âmes ont papillonné autour des tyrans de cette terre en théorisant le fait que ça ne posait aucun problème ? Des tas ! Pas plus que l’existence d’un “grand débat” dont les participants ne maîtrisent les moindres termes la parole critique d’un universitaire n’est le signe de l’existence d’une démocratie.

Les gens comme Pierre-Henri sont recrutés parmi nos élites, payés par nos élites et salués par nos élites précisément pour venir colmater les brèches symboliques du système, noyer la complaisance et l’injustice sous un flot de parole bien tournées et suffisamment abstraites pour faire “Sorbonne”. Et ces gens ne sont compétents pour parler “démocratie” ou “dictature” que quand celles-ci se situent dans un passé lointain, et encore : ils sont en fait experts dans l’art d’en travestir les causes et les vecteurs, racontant à tue tête que les régimes autoritaires sont arrivés par la volonté du peuple et non à cause de la peur des riches.

On peut vous affirmer que pour ce qui est de reconnaître une démocratie ou une dictature, une fiscalité juste ou injuste, n’importe quel Smicard jaune rond-point est plus qualifié que les Pierre-Henri et les Charles-Eudes des Sorbonne et des Science Po, et c’est précisément pour ça qu’eux ne sont pas invités pour dire du “mal” ou du Bien du président. Ce serait autrement plus vrai et décapant que les petits pas de danse de ce roi de la courbette.

Âge de départ à la retraite : défaire les mensonges de nos élites pour nous libérer de leurs fausses évidences

Ces politiques qui affrontent des “tabous”, ça force le respect.

C’est au tour de Xavier Betrand de dénoncer le “tabou” de l’âge de départ à la retraite, un sujet tellement “tabou” que c’est la 4e fois qu’il est évoqué cette année, et qu’il fait la Une à peu près tous les ans, avec toujours un encadrement médiatique complaisant de type “X ose aborder le sujet tabou de l’âge de départ à la retraites”! Et le problème est toujours abordé de la même manière : parce que la dernière loi allongeant la durée de cotisation a engendré un très gros mouvement social en 2010, chaque politique qui l’aborde se présente comme un brave des braves, celui ou celle qui a le courage d’affronter la colère populaire, car chez nos élites c’est une vraie vertu politique que de ne pas écouter le peuple (l’écouter c’est “faire du populisme”).

La deuxième étape, c’est de présenter la nécessité de repousser l’âge de départ à la retraite comme un Discours de Vérité. “Il faut dire la Vérité aux Français”, dit Xavier Bertrand comme s’il avait inventé cette formule, déjà utilisée par Buzyn et Darmanin la semaine dernière, mais passons. La Vérité ce serait de dire que notre système de retraite ne PEUT PAS survivre sans que les gens travaillent plus longtemps. Et qu’il se trouve que les gens PEUVENT travailler plus longtemps parce qu’ils VIVENT plus longtemps. C’est mathématique. Tous ceux qui voient les choses autrement seraient dans l’irrationalité et s’aveugleraient, par faiblesse.

Sauf que ces gens oublient un grand nombres de FAITS et de LEVIERS pouvant contribuer à l’équilibre et à l’amélioration de notre système de retraites. Et à force d’être bercés par le discours dominant en matière de retraites, on oublie trop souvent leur existence alors qu’ils sont vraiment évidents :

1 – Pour équilibrer le système de retraites, il faut de l’emploi et des salaires, ou comment remplacer le clivage générationnel par le clivage de classe :

Trop content de nous mettre face à un clivage générationnel – le fameux “bientôt il y aura trop de retraités pour pas assez d’actifs” – nos politiques oublient le clivage social : l’équilibre d’un système de retraites dépend aussi de la façon dont les richesses sont réparties et produites. Ainsi, s’il est vrai qu’il y aura plus de retraités pour moins d’actifs, ces actifs seront aussi plus productifs. C’est ce qui se passe chaque décennie. Et donc s’ils sont payés en conséquence, le volume de cotisations globales devrait augmenter et les retraites de nos anciens financées. Mais ce n’est pas le cas, et Bertrand et consorts, dans leurs discours de Vérité, font au moins un mensonge par omission : puisque les salaires stagnent (au profit du capital, globalement), que les femmes continuent d’être moins payées que les hommes, qu’un chômage de masse perdure (et l’encouragement aux heures supplémentaires ne va pas aider), forcément c’est plus compliqué. Compliqué, pas “en faillite” : contrairement à ce que ces gens disent notre système de retraites n’est PAS en péril imminent.

2 – Si l’on vit plus longtemps, c’est parce qu’on travaille moins longtemps ou comment sortir de la fausse évidence de l’espérance de vie qui impliquerait de partir plus tard à la retraites :

Ils oublient aussi de nous dire que l’espérance de vie n’augmente pas tant que ça, qu’elle stagne par moment (c’était le cas en 2015), et que l’une des variables de l’espérance de vie c’est le temps passé au travail : et que quand on dit “parce qu’on vit plus longtemps il faut travailler plus longtemps”, il faut aussi dire que plus on travaille longtemps, moins on vit longtemps ! Et d’ailleurs, les statistiques sur le sujet sont clairs : vous souvenez-vous l’été dernier quand on nous a bassiné avec l’augmentation des arrêts maladies, un scandale national, un jour de vacances en plus etc.? Et bien l’une des explications de ce phénomène résidait dans le nombre plus important de seniors au travail, à cause de la réforme de 2010 (car repousser l’âge de départ est tellement “tabou” que ça a déjà été fait il y a moins de dix ans). Des gens âgés en poste, plus facilement malades, et plus souvent rendus malades par ce maintien forcé dans l’emploi.

Facile donc de dégommer les deux “évidences” avancées en permanence par ceux qui nous disent la “Vérité”, il vous suffit de dire que 1 – Non, augmenter l’âge de départ à la retraite n’est pas le SEUL levier dont nous disposons pour équilibrer notre régime : réduire le chômage, augmenter le salaire des femmes, augmenter les salaires de tous, ça va dégager des milliards d’euros de cotisations supplémentaires et donc donner une pêche d’enfer à ce système : la retraite à 60 ans est carrément possible si les femmes sont payées autant que les hommes, donc qu’ils arrêtent avec leur fatalisme feint et 2 – Ce n’est pas parce qu’on vit plus longtemps qu’il faut travailler plus longtemps, déjà parce que parlez pour vous les riches, mais jusqu’à preuve du contraire les ouvriers vivent 6 ans de moins que les cadres, et la dégradation des conditions de travail et des protections tout azimut rend les travailleurs stressés, désynchronisés et donc plus malades, et ensuite parce que c’est précisément parce qu’on a pu travailler moins qu’on arrive à vivre plus longtemps.

Mais on voit bien qu’une telle vision implique de parler du monde du travail actuel et donc des pratiques managériales qui font notre économie, et nécessite de parler partage des richesses. Autant de choses que les Bertrand, Buzyn et Darmanin, n’ont précisément pas le COURAGE ni surtout l’envie de faire. C’est pourquoi ils traduisent en un discours technique ce qui n’est qu’une équation politique et de classe : “comment maintenir leur système de retraites sans toucher à nos profits et sans remettre en cause notre modèle économique ?”. A nous de sortir des bornes étriqués de leur petit univers bourgeois.

Macron, petit père fouettard des peuples

Combien de temps cela va-t-il encore durer ? Hier encore, plus d’une heure d’affilée sur une chaîne d’info, à voir le président distribuer les bons et les mauvais coins et baver sa hargne de son peuple de gaulois réfractaire, à chercher à diviser : “les gilets jaunes que j’aime” “les gilets jaunes que je n’aime pas”, après Geneviève qui n’a pas été sage, les gentils boulangers qui ont le sens de l’effort, les autres qui ne l’ont pas, et tout le reste qu’on finit par oublier à force d’entendre les insultes s’accumuler. Avant, Macron nous insultait depuis l’étranger, ensuite il l’a fait devant les maires et les élus locaux, puis devant les “intellectuels”, et maintenant devant des gosses.

Est-ce qu’on pourrait arrêter ce cinéma ? Il est déjà parfaitement immoral d’associer des enfants, dans des publicités, à des produits nocifs comme le Nutella ou les céréales (pardon le sucre en boules) de Kellog’s, alors qu’en est-il de les associer à un énième clip de propagande à rallonge pour ce président sans saveur mais tout plein de colorants médiatiques et de conservateurs, qui est venu nous vendre sa retraite à point à la con (“universelle” mais sans doute universellement pauvre et instable, puisqu’on ne connaît toujours pas comment la valeur du fameux “point” sera calculée), ses sanctions pour les chômeurs, sa foutue “flexibilité” pour les salariés et toute sa camelote ?!

On imagine mal les vertus éducatives du macronisme, la méthode orwellienne qui consiste à utiliser un mot pour couvrir une action radicalement contraire. Laisserez-vous apprendre à vous enfants que le “dialogue” social c’est moins de représentants de salariés ? Que “prôner une médecine de proximité” c’est fermer des maternités ? Que favoriser la “liberté de choisir ses études” c’est virer les pauvres de l’université et prôner la “liberté de choisir son avenir professionnel” c’est obliger les gens à prendre un job mal payé, loin de chez eux et ne correspondant pas à leurs qualifications ?

Et qu’en est-il d’un “Grand débat” dont les participants n’ont pas d’autre possibilité que de poser une question et d’écouter patiemment la réponse moralisatrice du petit père fouettard du peuple, avec sa douce voix de bourgeois poli mais droit dans ses bottes ? Qu’en est-il d’un “échange” qui consiste à regarder un mec distribuer les bons et les mauvais points, distinguer les bons manifestants des méchants casseurs ou des “pas sages” Geneviève, les vrais gilets jaunes et les faux, les français qui ont le sens de l’effort et les enfoirés de chômeurs, les salariés du privé bien exploités et les salauds de fonctionnaires qui glandent ?

Si vous ne voyez pas le souci qu’il y a à mettre en scène des heures un président faire la morale à des enfants en faisant comme si c’était une prouesse (Non, aucun énarque n’est facilement “challengé” par un enfant de 8 ans) si vous ne voyez pas en quoi appeler “grand débat” une sorte de grand oral mégalomaniaque, si vous avez écouté les informations depuis des semaines sans vous dire un instant qu’on avait basculé dans autre chose que ce que le ton calme et badin de la bourgeoisie télévisuelle laisse croire, c’est que votre foutu programme d’Histoire ne vous a servi à rien d’autre qu’à briller en société !

En chaque grand bourgeois qui flippe sommeille un petit fasciste assoiffé de répression (Acte II)

Il y a quelques semaines, Luc Ferry se situait à l’avant-garde de la bourgeoisie paniquée par le mouvement des gilets jaunes. Il appelait à tirer sur les foules factieuses, before it was cool. Depuis Ferry est mainstream chez les bourgeois : depuis samedi, “la manif de trop”, le gouvernement lui-même a fait appel à l’armée.

Pardon, on exagère, il s’agit seulement des soldats de l’opération “Sentinelle” (comme ce nom est doux et rassurant) et ils ne seront pas envoyés “au contact” des manifestants de samedi prochain, ils seront déployés sur des “points fixes” autour des bâtiments publics, pour laisser à leurs collègues gendarmes et policiers le loisir d’avoir la main plus légère sur le Lanceur de Balle de Défense, comme le premier ministre leur a demandé lundi soir.

Un plan bien rôdé ? Pas sûr, mercredi soir le JT de 2 laissait 3 secondes de parole à un syndicaliste policier mitigé, qui expliquait, plein de bons sens, que les soldats n’étaient pas équipés pour faire face aux manifestants qui s’approcheraient trop près de leurs “points fixes”, qu’ils n’avaient qu’un FAMAS sur eux (selon Google, un FAMAS est “un fusil d’assaut français de calibre 5,56 × 45 mm Otan de type bullpup”) et rien de non-létal pour repousser la foule. Le JT en restait là, comme s’il s’agissait d’un détail. Et pourtant, on est en droit de se demander ce que vont faire les soldats face à une foule qui s’approcherait trop près de l’Assemblée Nationale ou d’un ministère (ça arrive à chaque fois) ? Coup de crosse ? tirs de sommation ? Paniquer et tirer dans le tas ?

Un risque qui ne semble pas déranger grand monde : le petit train-train des rédactions médias parisiennes continue, aucune de ces belles âmes ne panique ou ne s’étonne, et Ségolène Royal a dit qu’elle trouvait ça chouette que ça arrive enfin.

La bourgeoisie se prépare à son premier mort par balle. Elle évoque maintenant sérieusement des foules arrêtées et enfermées dans des stades. Et avec l’assurance que confère aux fascistes en herbe l’idée qu’après tout les gens peuvent aussi rester chez eux devant Stéphane Plaza et foutre la paix sociale. Le journaliste Yves Calvi déclarait ainsi mardi dernier :

“Si, en effet, les périmètres sont franchis, on doit procéder à des arrestations. Et ces gens-là, à un moment, l’acte de police, et des policiers, il consiste à mettre des gens… La seule solution, c’est dans un stade, avec tout ce que sur le plan historique et imaginaire, ça provoque. Après, on pourrait dire qu’aujourd’hui, ils sont prévenus.”

Ahh, “ils sont prévenus”. La population a été intimidée, donc maintenant elle doit cesser sa rébellion. Car les bourgeois sont fatigués de tout ça. Ils avaient des projets grandioses pour nous (et pour eux surtout) : réduire notre assurance-chômage, augmenter l’âge de départ à la retraite, continuer à démolir le service public de la santé, privatiser à tout va, nous faire travailler gratos un jour de plus… Et toute cette histoire perturbe la bonne marche des “réformes” pour lequel ils ont tous soutenu Macron.

Tout ça, c’est de la bonne grosse dérive autoritaire, mais les bourgeois sont comme OSS 117 : “une dictature c’est quand il y a des communistes, qu’il fait froid et que les gens portent des chapeaux gris et des chaussures à fermeture éclair”. Ils voient et crient à la dictature chez les autres (pas quand on leur vend des armes et des avions hein!) mais chez nous ils fermeront toujours les yeux, sourire tranquille aux lèvres.

Les bourgeois nous dominent depuis au moins deux siècles et ils ont donc de glorieux ancêtres qui n’ont pas eu la main légère sur la gâchette. En 1871, Paris a été reprise par l’armée, sous le regard bienveillant de l’élite intellectuelle de l’époque : Zola disait à ce sujet que “le bain de sang qu’il [le peuple] vient de prendre était peut-être d’une horrible nécessité, pour calmer certaines de ses fièvres” tandis que Flaubert écrivait à George Sand “le peuple est un éternel mineur. Je hais la démocratie. (…) Le premier remède serait d’en finir avec le suffrage universel, la honte de l’esprit humain”. Humanistes, nos élites ? Seulement en temps de paix sociale, quand le peuple courbe l’échine.

Mais quand les classes populaires se battent pour la justice sociale, c’est la panique générale, et tous les moyens sont bons pour sauver son petit pouvoir et son gros portefeuille, les principes attendront. Aujourd’hui le nouveau préfet de police de Paris a été nommé. Durant son discours d’intronisation Castaner lui a dit : “je vous demande l’impunité zéro“. Ils sont où les artistes, “intellectuels”, humanistes qui s’opposent habituellement aux “surenchères sécuritaires”, aux “dérives totalitaires” et au “risque fasciste” ?

Ils attendant sagement que leur Fouquet’s rouvre ses portes.

« Dans une quête d’émancipation politique, il est légitime de recourir au mensonge »


Chez Frustration, nous n’avons pas l’habitude des entretiens car nous avons toujours dit qu’il fallait se méfier des intellectuels qui disent le « Bon » et le « Vrai » du combat politique. Mais lorsque l’on est tombé sur quelqu’un qui osait expliquer que, justement, l’action politique, ce n’est pas de dire la Vérité Vraie, on s’est dit qu’on était en phase. Manuel Cervera-Marzal est un philosophe et sociologue qui se penche dans son dernier livre « Post-Vérité, pourquoi il faut s’en réjouir » sur tout ce délire autour du terme « Post-vérité », qui s’est imposé comme le mot de l’année 2016 par le « prestigieux » dictionnaire d’Oxford. Cette expression a pour ambition d’expliquer la montée de forces dites « populistes » un peu partout dans le monde, telles que Donald Trump aux États-Unis ou dernièrement Jair Bolsonaro au Brésil. Depuis quelques années, elle est également  utilisée pour disqualifier des alternatives de gauche comme Bernie Sanders aux EU ou Jeremy Corbyn en Grande-Bretagne. C’est-à-dire, en somme, des courants qui se situeraient en dehors de « l’extrême-centre » et du « cercle de la raison », et dans lesquels les bas instincts les plus téméraires du peuple y trouveraient une issue de secours politique. On se serait ainsi engagés, au cours des années 2000, dans une ère de la « post-vérité », où les faits « objectifs » auraient moins d’importance que les affects et les opinions personnelles. Dévoyé en un concept journalistique à la fois creux et dépolitisant, omettant plusieurs siècles d’Histoire de diffusion de la rumeur, la « post-vérité » serait, au contraire, quelque chose dont il faudrait se « réjouir », selon Manuel Cervera-Marzal. Dans son livre, aux éditons Le Bord de l’eau, il tord le cou à certaines évidences binaires – le fact-checking apparaissant comme l’arme du bien face au poison de la post vérité -, afin d’« en finir avec l’idolâtrie de la Vérité ». Il défend l’idée que la « post-vérité » nous fait, au contraire, renouer avec la politique.                           

Sur le plateau de Pujadas, on se demandait clairement, la semaine dernière, si l’avis de l’ONU contre la répression policière en France était le fruit d’une alliance secrète entre la France Insoumise, l’ONU et le diable.

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Tout régime autoritaire a les “journalistes” qu’il mérite

Vous voyez cette phrase ? Elle est signée France Info. On n’a pas le nom du ou de la petite personne méprisable qui a imaginé une tournure aussi pétée. On y met “matraqué” entre guillemet, parce que bon, ce gars de la France Insoumise ment certainement. On y explique que certes, un policier “lève” puis “baisse” (une façon extraordinairement euphémisée de dire “frapper”) “un objet ressemblant à une matraque”. Car pas sûr que dans une rue, en marge d’une manifestant de gilets jaunes, ce soit bien de cet objet qu’il s’agit, si ? ça pourrait être un saucisson, un concombre ou un gode non ? Donc, conclue le larbin prodigieux de la télé d’Etat, “les images ne permettent pas de confirmer” les affirmations du député de l’opposition insoumise.

Il n’y a que dans les régimes autoritaires que le journalisme contient à ce point ce mélange de grossièreté, de drôlerie et de cruauté.

Chaque semaine depuis novembre, les journalistes mettent en doute les violences policières. On a le droit à des “checks news” dont le titre est “un policier a-t-il vraiment gazé un homme en fauteuil roulant ?” (la réponse, oui, n’apparaît pas dans le titre, c’est le doute qui règne).

Suite au matraquage – oui c’est bien un matraquage car quand on “lève” puis “baisse” un objet “qui ressemble à une matraque” sur quelqu’un, c’est généralement un matraquage – du député Loïc Prudhomme, le ministre de l’intérieur est resté plus que droit dans ses bottes. Il l’a accusé de mentir devant toute l’Assemblée Nationale (sans doute qu’il aurait confondu une matraque et un saucisson), a méprisé ses droits frontalement. A l’heure où les élus sont aussi impopulaires, il n’est pas bon ton de rappeler que les parlementaires ne doivent particulièrement pas être frappés par les forces de l’ordre, et qu’ils ont liberté de fourrer leur nez où ils le souhaitent sans être inquiétés. Il faut pourtant le dire.

Comme des grenouilles plongées dans une eau froide puis tiède puis bouillante, nous nageons dans un régime autoritaire en plein développement : son président mégalomane et menaçant, ses barbouzes que la justice laisse en paix, son ministre de l’intérieur mafieux et cynique, ses journalistes de cour déployant tout leur savoir-faire pour minimiser, excuser, justifier l’injustifiable.

Nos profs si républicains nous ont inculqués qu’un régime autoritaire débutait le jour où des milices vêtues de noir commençaient à arrêter arbitrairement des gens : depuis novembre, des milices vêtues de bleus arrêtent préventivement, frappent et tirent dans la tête de citoyens qui exercent leur droit constitutionnel, et la comparaison avec le fascisme n’est pourtant pas répandue dans les cercles dit éduqués. Nos livres d’Histoire nous ont montré la propagande éhontée des Pravda et autres gazettes dictatoriales, et les grossières manipulations des BFM et autre France Info ne donnent pas lieu à des tribunes d’historiens. Nos lois prônent la séparation des pouvoirs, les droits de l’opposition, et pourtant les quelques députés qui jouent leur rôle démocratique sont traités comme des agitateurs ridicules.

A nous de réécrire cette phrase en étant fidèle aux faits :

“On y voit un homme ou une femme écrire un article, en se disant “journaliste”. Si les mots ne permettent pas de confirmer cette affirmation, on aperçoit bien un scribouillard aux ordres utiliser un objet ressemblant à un clavier d’ordinateur et s’en servir en direction de ce qu’il prétend être son devoir d’informer.”

UN ARTICLE DESTINÉ AUX BLANCS.

Ou quand le racisme, quotidien et structurel, n’est ni un délire victimaire ni réservé aux cours magistraux.

Frustration documente depuis plus de 5 ans toutes les formes de domination. Nous avons commencé par parler de l’exploitation économique et de la lutte des classes, nous avons poursuivi avec la dénonciation du sexisme, et nous avons tenté de traduire les discriminations et la domination vécue par les personnes homosexuelles. A chaque fois, nous tentons de mêler l’expérience vécue à l’analyse théorique, pour que les personnes concernées s’y retrouve et celles qui ne le sont pas directement comprennent ce qui leur échappe. Nous écrivons avec colère, le plus sincèrement possible et en assumant que la rage puisse déboucher sur la révolte, et ainsi des horizons meilleurs. Ce texte, qui documente par l’expérience et la connaissance ce qu’est être une personne racisée en France, s’inscrit pleinement dans notre démarche.

Il est signé Manon Monmirel :

J’ai voulu écrire ce texte parce que, au-delà d’apporter ma modeste pierre à l’édifice de la pensée décoloniale, j’en avais gros sur la patate : je ne compte plus les fois où j’ai été renvoyée à l’indigénisme ou à l’image de l’enragée, dès lors que je soulevais le caractère structurel du racisme. Globalement, les racisés sont contraints au silence et à l’infantilisation, à la négation de leurs vécus et à l’invisibilisation. Analyser les rouages du racisme et sa généalogie, mais aussi la façon dont ce racisme structurel, parfois inconscient, se perpétue dans notre quotidien : cela constitue les bases sérieuses d’une volonté de lutte décoloniale.

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