Le capitalisme en ligne : Internet n’est pas encore la démocratie rêvée

Cette année, nous avons appris par Michel Sapin, ministre des Finances, que déclarer ses revenus en ligne aux impôts allait – sans doute – devenir obligatoire en 2016. En 2014, pourtant, ce n’étaient que 13 millions de foyers sur les 37 millions de déclarants qui ont préféré Internet à la déclaration papier. Un chiffre en augmentation par rapport aux années précédentes, certes, mais qui nous assure que nous sommes encore loin de la techno-utopie qui voudrait que « tout le monde soit sur Internet ». Une utopie qui va même plus loin, puisque beaucoup vantent les mérites démocratiques du nouveau média : « Internet est le lieu de la démocratie par excellence : du plus pauvre au plus riche, tout le monde y a accès ». Internet irait même jusqu’à permettre aux plus modestes et inconnus de s’enrichir et de trouver un public. Cette position, tenue par quelques observateurs (on les appelle les « web optimistes ») et beaucoup d’autres utilisateurs d’Internet, est plus que discutable. En décembre 2014, l’agence chargée des statistiques officielles de l’Union européenne, Eurostat, a publié une étude dont le résultat est éloquent : 12 % des français interrogés affirmaient n’avoir jamais utilisé Internet de leur vie. Et si l’Internet d’aujourd’hui était le lieu dédié non pas à la démocratie mais au capitalisme des plus traditionnels ?

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La preuve que nous ne sommes pas en démocratie

On s’apprête à installer un champ d’éoliennes sur la crête du bois qui domine ma maison. Que puis-je faire ? Demander des comptes au maire. Problème, c’est lui et son conseil municipal qui ont voté toutes les autorisations préalables à l’installation des éoliennes.

Je pensais partir à la retraite à 60 ans. Finalement ce sera à 62 ans. M’a-t-on consulté pour cette décision grave ? Non. On n’a pas écouté non plus le refus des millions de personnes qui ont manifesté le 12 octobre 2010 (entre 1,23 et 3,5 millions de Français étaient dans les rues).

Nous avons souvent l’impression que les décisions importantes pour notre vie quotidienne se prennent sans nous. Nous ne comprenons pas pourquoi, car on nous apprend depuis la plus tendre enfance que nous avons la chance de vivre en démocratie et que nous avons le devoir de voter parce que nos ancêtres se sont battus, à la Révolution française, pour qu’on ait cette possibilité. Le vote serait si essentiel à la démocratie que certains pensent aujourd’hui à le rendre obligatoire pour lutter contre l’abstention.

Nous élisons donc des responsables qui gouvernent pour nous, quitte à prendre des décisions contraignantes (comme les champs d’éoliennes ou l’âge de la retraite) pour le bien de l’ensemble de la société, l’ « intérêt général » (ici la transition énergétique et les solutions à trouver contre le vieillissement de la population).

Au point que les hommes politiques, qui définissent ce qu’est l’intérêt général en gouvernant, ne reconnaissent plus à « leurs » électeurs la capacité de juger de leur propre situation et de décider pour eux-mêmes. En 2012, le candidat Hollande nous répétait qu’il avait « le devoir de dire la vérité aux Français », comme si nous ne pouvions pas comprendre les problèmes et réfléchir à des solutions et que seuls les hommes politiques étaient investis de cette qualité : connaître la France. Il nous traitait comme des voteurs et non en tant que citoyens.

Alors on regarde les élections en attendant que soit dévoilé le visage du nouveau président, comme on attend de connaître le titre du film qui décrochera la Palme d’or au Festival de Cannes. On attend le renouvellement d’un pouvoir qui est loin, là-bas, dans un palais, mais qui prend pourtant des décisions en notre nom à tous. C’est donc cela la démocratie ?

Nous, on a décidé qu’on allait rassembler ici un faisceau de preuves pour faire la démonstration mathématique que non, nous ne sommes pas en démocratie. Le pouvoir actuel se nomme lui-même « démocratie ». Il a accaparé le mot à son profit (« dans nos démocraties occidentales »). Mais il est le contraire. Attention, le contraire de la démocratie, ce n’est pas une dictature militaire. Le contraire de la démocratie, c’est quand ce n’est pas le peuple (le plus grand nombre de la population) qui exerce le pouvoir. Et aujourd’hui, on est dans ce cas. En voici la preuve.

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Perdu au supermarché : Comment reprendre le pouvoir sur notre alimentation ?

Désormais, presque tout le monde fait ses courses au supermarché. On y trouve tout au même endroit, de l’alimentaire à l’électroménager en passant par les produits culturels. Le supermarché nous fait gagner du temps et la nourriture déjà préparée nous facilite l’élaboration de nos repas. Tout est plus simple, que l’on trouve ces endroits déprimants ou non. La diversité des marques présentes dans un supermarché masque en revanche le fait que, depuis 30 ans, moins d’une dizaine de multinationales contrôlent le plus gros de la production de denrées alimentaires que nous consommons quotidiennement, et les rares études en la matière nous montrent qu’elles provoquent obésité, dépendance au sucre et au gras. En France, la moitié des adultes sont en surcharge pondérale et 1 sur 6 est obèse (étude nationale nutrition santé[1]).

Les classes sociales ne sont pas à égalité devant le phénomène. L’obésité est deux fois plus répandue chez les ouvriers et employés que chez les cadres, selon un rapport de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM)[2]. Or, être en surpoids est source de discrimination, de mauvaise santé et de mortalité précoce. Le développement de maladies cardio-vasculaires, devenues la deuxième cause de décès en France, est un phénomène qui accompagne cette augmentation du surpoids. Le gouvernement écrit des petits messages en bas des publicités, enjoignant les gens à « bouger », alors que ça ne compense pas le mal qui est fait par une nourriture trop grasse et trop sucrée, comme l’ont montré récemment trois chercheurs anglais dans le British Journal of Sports Medicine[3]. Ça revient donc à dire que les « gros » sont responsables de leur malheur et que l’industrie agro-alimentaire n’y est pour rien.

Bien manger devient une source de distinction sociale, un luxe, et pendant ce temps la publicité exalte la minceur à longueur d’affiche. Un nouveau business a émergé pour nous vendre du sain et du bio, parfois simples branches de ces mêmes industries qui nous intoxiquent donc d’une main et nous soignent de l’autre pour beaucoup plus cher.

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Vivent les abstentionnistes !

Au premier tour des élections régionales, un Français sur deux s’est abstenu. En ajoutant les votes blancs et nuls, et ceux qui ne se sont pas inscrits, 58 % des gens n’ont pas voté pour les partis en lice. Durant l’entre-deux tours, ces millions de personnes, dont nous faisons partie, ont été insultés sur les réseaux sociaux, condamnés par une grande partie des chroniqueurs radios et des éditorialistes de la presse écrite, quand ils n’étaient pas décrits comme une masse perdue et qu’il fallait ramener vers la lumière de la démocratie. Mais qui tient le plus à la démocratie ? Ceux qui se méfient des partis politiques, de leurs alliances, leurs guerres de postes, leurs fausses promesses et beaux discours ? Ou ceux qui soutiennent encore et toujours qu’on a bien de la chance de pouvoir voter pour nos chefs ? Dans la période sombre que nous vivons, où les élites économiques gagnent chaque jour du terrain, où le peuple perd chaque mois des revenus et des droits, l’abstention est le seul signe d’espoir, le signe que le peuple n’est pas dupe du jeu malsain qui se joue contre lui. Pas étonnant que de plus en plus de citoyens soient tentés par l’abstention, et qu’une bonne partie de ceux qui votent encore ne le fasse plus qu’à reculons.

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Le numéro 5 “Tous domestiques” en librairie et en commande web !

FRUSTRATION est une jeune revue qui s’adresse À TOUS, une revue INDÉPENDANTE réalisée par des BÉNÉVOLES. Nous donnons des ARGUMENTS et non des leçons, CONTRE LES ÉLITES qui s’approprient le bien commun, et recherchons modestement des solutions pour REPRENDRE LE POUVOIR afin d’instaurer une société PLUS JUSTE.

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Dans sa nouvelle loi, le ministre de l’économie Emmanuel Macron veut adapter notre droit du travail aux évolutions des entreprises du numérique : contrats courts, temps de travail dérégulé, négociations à l’échelle de l’entreprise plutôt qu’au niveau de la loi, et tout le monde sera touché par ces réformes… Le gouvernement et les grands médias nous présentent la précarisation de l’emploi, le développement du multitâche et la compression infinie des coûts de production comme des évolutions nécessaires et modernes. Flexibiliser l’emploi irait dans le sens de l’Histoire et serait la seule façon de faire baisser le chômage.  Épouvantail bien pratique, justification à tous les reculs, le chômage à 10 % est un moyen confortable de nous garder à genoux. Nos gouvernants ont-ils d’ailleurs déjà eu l’intention de le faire baisser, tant il est pratique pour maintenir leurs profits et leur pouvoir ? Pour reprendre le pouvoir de décider de décider de nos conditions de travail et donc de nos vies,  Frustration commence, dans ce numéro 5, par donner des arguments qui légitiment notre méfiance envers ces élites qui jouent pour leurs propres intérêts.

Vous avez sans doute pu vous rendre compte que ce gouvernement est le plus agressif que nous ayons connu envers le Code du travail, qu’il accuse de tous les maux. C’est une démarche à la fois malhonnête, mensongère et destructrice pour la qualité de vie de millions de salariés. Alors pourquoi nos élites s’acharnent-elles ? Pour quels intérêts ? C’est ce que nous nous employons à découvrir dans notre premier article, « Qui veut la peau du code du travail ? Le plan des élites pour une société sans salariés »

Si les grandes entreprises et leurs alliés politiques arrivent à faire croire que leurs régressions sociales du côté de la modernité, c’est sans doute parce que nous autres consommateurs ne percevons au quotidien que les effets positifs de cette mise sous pression des salariés : après tout, ne pouvons nous pas voyager pour moins cher, faire nos courses en ligne, nous sentir choyés et respectés par des entreprises qui nous envoient à longueur de temps des questionnaires de satisfaction ? Mais à quel prix ? Et qui bénéficie vraiment des prix cassés, des compagnies low-cost et de la déréglementation des professions ? Pas tout le monde, et c’est le thème d’un deuxième article intitulé « Les nouveaux domestiques : comment la nouvelle économie numérique dresse les consommateurs contre les salariés ».

Malheureusement, on ne les entends pas beaucoup, les salariés. On ne les voit pas beaucoup non plus, à la télé comme au cinéma, où cadres et riches sont surreprésentés. Ou bien, lorsque cela arrive, c’est caméra à l’épaule, lumière grise et ton désabusé, comme dans le film La Loi du marché, de Stéphane Brizé, sorti cette année au cinéma. Heureusement, il y a aussi eu Discount, qui met en scène des salariés de supermarché révoltés, à l’enthousiasme communicatif. Pourquoi la façon de montrer le travail au cinéma compte pour réactiver nos solidarités ? C’est l’objet de notre article « Solidaires ! La Loi du marché et Discount : deux manières de mettre en scène les travailleurs au cinéma ».

Enfin, après l’été, nous avons choisi de dresser un bilan de l’aménagement de nos littoraux. En France, ils sont protégés et considérés comme des biens publics. Mais c’est sans compter sur l’appétit des riches qui, ces derniers temps, se sentent le droit de reprendre nos plages et nos côtes pour les privatiser, pour leur usage propre ou le dégagement de profit. Un mouvement inquiétant sur lequel nous alerte notre article « Les riches à l’assaut des côtes : des petits arrangements avec la protection du littoral ».

Cet automne, Frustration, est disponible en librairie ou en ligne, via notre site Internet. Nous allons bientôt proposer un abonnement. N’hésitez pas à nous écrire pour nous faire part de vos impressions, critiques, encouragements, et propositions !

 

L’élite adore encore la guerre

Notre armée a commencé, depuis le début de l’automne, une série de bombardements sur les positions de l’Etat islamique (Daesh) en Syrie. Ces bombardements présentent des risques pour les pilotes en service sur le front, coûtent très cher à nos finances publiques et font de la France un État interventionniste, belliqueux et aligné sur les Etats-Unis. Et pourtant ni nous, citoyens, ni même notre Parlement, n’avons été consultés.

C’est le quatrième pays dans lequel la France intervient simultanément. Notre armée est présente aux côtés des Américains en Syrie, mais aussi en Irak, en Centrafrique et au Mali. Nous l’oublions tous régulièrement car nos médias en parlent assez peu. Nous ne savons pas grand-chose des réalités de ces engagements militaires, et on ne nous en demande pas plus. L’élite au pouvoir pense pour nous et tous ses membres sont très enthousiastes vis-à-vis de ces guerres et ont réussi à en faire un devoir moral. Comment s’y sont-ils pris ?

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Frustration au 25ème Salon de la revue

A une époque où la presse se concentre toujours plus entre quelques mains qui aiment décrire le monde selon leurs principes (chemise de patron déchirée = drame horrible / Milliers de licenciement = mal nécessaire), les productions alternatives et indépendantes méritent d’être soutenues. Frustration sera, avec d’autres, au Salon de la revue à Paris !

Si vous êtes en région parisienne, passez nous voir, nous serons tout à fait disponible pour discuter de notre projet, de vos idées de contributions ou de vos critiques !

Scandale Volkswagen : On ne peut pas attendre du capitalisme qu’il soit moral ou écologique.

Scandale Volkswagen : On ne peut ni attendre du capitalisme qu’il soit écolo, ni qu’il soit moral. Journalistes, politiques et “experts” qui nous affirment le contraire sont soit très malhonnêtes, soit de gros gros naïfs !

Dans un débat entre un économiste “de gauche” (Alternatives économiques) et un économiste “libéral” (citant à foison le technocrate Jean Tirole), ce matin sur France Inter​, nous pouvions entendre les deux idioties classiques qu’on nous sort en cas de “scandâaale” de ce genre :

1) Position “libérale” : “il faut de la déontologie, il faut dire aux patrons d’être moins méchant et plus “verts”. Le patron de VW est en cause personnellement” : Cette position nous prend pour des crétins ignorants du fonctionnement de l’économie de marché, où l’objectif est de rémunérer ses actionnaires, pas de planter des arbres ou d’être “gentil”.

2) Positions “sociale-démocrate” : “il faut plus de régulation, que les États et la “société civile” aient leur mot à dire pour contrôler ça” : Cette position “bisounours” oublie que les entreprises qu’on souhaite “réguler” sont des monstres financiers, désormais plus riches que les États, dont les dirigeants possèdent journaux et chaines de télé, envoient des milliers de lobbyistes tapiner au parlement européen, et ont pour eux une foule de politiques près à se faire graisser la patte. Même des allemands prétendument vertueux et rigoureux.

Les grandes entreprises du capitalisme contemporain sont trop puissantes pour être “régulées” et encore moins “moralisées”. On n’aurait jamais du laisser des intérêts privés être aussi tentaculaires, et la seule solution pour remettre de la morale dans l’économie mondiale et sauver la planète serait de décapiter ces cartels et de les ramener sous contrôle démocratique.

Une baisse des inégalités, vraiment ?

Depuis ce matin, radios et journaux titrent sur la baisse des inégalités. Un rapport de l’INSEE est en effet sorti, et il porte sur les chiffres de 2013. Selon ce rapport, alors que les inégalités avaient considérablement augmenté entre 2008 et 2012, elles auraient diminué entre 2012 et 2013.

Certains responsables socialistes se félicitent déjà, comme si un gouvernement pouvait avoir fait reculer les inégalités sociales en 6 mois.

A y regarder de plus près, la petite hausse du niveau de vie des pauvres peut en partie s’expliquer par l’augmentation du temps de cotisations des nouveaux chômeurs : Fin 2013, les personnes au chômage étaient en moyenne plus âgées que l’année d’avant. Elles avaient donc cotisé plus longtemps avant de perdre leur emploi et étaient par conséquent mieux indemnisées, nous dit le rapport de l’INSEE.

Ensuite, concernant cette prétendue baisse de la pauvreté, l’Observatoire des inégalités nous rappelle que la pauvreté est calculée à partir d’un pourcentage du revenu médian (celui qui partage 50% de Français touchant plus, et 50% moins). Or, comme celui tend plutôt à stagner ou diminuer, le niveau du seuil de pauvreté diminue et donc des gens “sortent” de la pauvreté théorique. On ne peut donc pas dire qu’il y a moins de pauvres qu’avant : la situation des gens n’a pas changé, mais la définition de la pauvreté est plus restrictive du fait du marasme général.

Que penser ensuite de la baisse de niveau de vie des 10% les plus riches ? Serait-ce l’effet de la politique fiscale agressive de Hollande ? Sans doute pas. Cette baisse est à mettre en parallèle avec la hausse spectaculaire de l’exil fiscal en 2013 : + 40% !
Comme les enquêtes de l’INSEE sont basées sur les revenus déclarés, on peut légitimement penser que l’institut sous-estime nécessairement les revenus des plus riches, passés champions dans l’art de la dissimulation.

Cette capacité des élites à se réjouir et à grossir la moindre enquête qui prouveraient que leurs politiques de classe sont en réalité égalitaires ou efficaces tiennent de la tentative grossière de manipulation. Heureusement les citoyens ne sont pas dupes.

Pourquoi aimer l’impôt

LES CINQ BONNES RAISONS DE NE PAS JETER LE BÉBÉ AVEC L’EAU DU BAIN

La haine de l’impôt est un sentiment qui se répand dernièrement comme une traînée de poudre. Le travailleur qui peine à boucler son mois et le rentier qui veut garder son or se rejoignent pour contester l’impôt. Par haine de l’impôt, nous nous retrouvons à faire preuve d’empathie envers des puissants qui seraient « spoliés » de leurs biens par l’État, et à voir les plus pauvres comme des « assistés ».

Cette mascarade a trop duré. Il est temps de rétablir quelques vérités sur la fiscalité. Vous payez vos impôts la mort dans l’âme ? C’est terminé : Frustration vous donne les cinq bonnes raisons de le faire avec entrain.

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