La “Violence”, selon le dictionnaire c’est le “Caractère de ce qui se manifeste, se produit ou produit ses effets avec une force intense, brutale et souvent destructrice : Le vent souffle avec violence. La violence d’un choc. Caractère de quelqu’un qui est susceptible de recourir à la force brutale, qui est emporté, agressif : Quand il est ivre, il peut être d’une grande violence. Extrême véhémence, grande agressivité, grande brutalité dans les propos, le comportement : La violence de sa lettre nous fit peur. Ensemble des actes caractérisés par des abus de la force physique, des utilisations d’armes, des relations d’une extrême agressivité : Climat de violence”. 

“Est-ce que vous condamnez les violences ?”, répètent inépuisables et comme des perroquets de nombreux éditocrates ou journalistes de cour sur les plateaux télés et radios. Question/inquisition particulièrement répandue dans les médias nationaux, on pouvait l’entendre en boucle pendant tout le mouvement des Gilets jaunes : “Mais alors, Martine, vous condamnez les violences de vos camarades ?”, de manière infantilisante, sous-entendu, “Mais alors, Martine la plouc, à cause de vous et de vos salauds de gueux, je ne vais pas pouvoir me procurer le dernier Chanel aux Champs-Elysées !” 

Le mot “violence” est très utile à la bourgeoisie, car il permet d’asseoir et de justifier sa domination sur les classes laborieuses de la manière suivante : 

  • En amalgamant les violences physiques à l’encontre de personnes réelles et les violences purement matérielles. C’est-à-dire contre leurs banques privées, qui pour le coup prennent en otage leurs clients, ou bien au détriment de leurs restaurants chics comme le Fouquet’s, afin de s’en offusquer en toute légitimité et en pleurs (mouchoir de poche en tissu et à pois à la main, cela va de soi). 
  • En évitant de parler, ou timidement, de violences policières réelles contre des personnes physiques : deux morts, Steve et Zineb Redouane, ainsi que de nombreux Gilets jaunes mutilés et éborgnés. Par conséquent, de sous-entendre que cette violence policière en réaction serait légitime, pour protéger leurs biens, patrimoines et sociétés. L’alliance, qui est d’ailleurs le nom d’un de leur syndicat que l’on ne présente plus désormais, de la police et de la bourgeoise, en somme. 
  • En reprenant des communiqués de la préfecture de police pour pas cher et sans trop d’efforts dans des médias nationaux afin d’affirmer, de manière vague, que l’on peut noter la présence “de cortèges violents de manifestants”.

EN BONUS le seul, l’unique, bénéfice inattendu du terme “violence” dans la bouche d’un bourgeois : le trahir 

A l’image du terme “radical”, le mot violence a su faire tomber de nombreux masques pendant tout le mouvement des Gilets jaunes. Ainsi, les amoureux-euses de l’Etat régalien et de la police nationale ne savaient plus où donner de la tête : “Défendre les Gilets jaunes ? Oui, mais les violences, il faut les condamner, tout de même ! On va dire qu’elles sont l’oeuvre des “black-blocs”, ces hommes cagoulés et de noirs vêtus. Nos amis des médias mainstreams l’utilisent, alors on peut l’utiliser aussi !” Si vous entendez chez un défenseur de la première heure des Gilets jaunes l’utilisation des mots “violence” ou “radical”, ne vous trompez pas : il s’agit là d’un traître, expert en retournement de veste, comme ce bon vieux Yannick Jadot.

Évidemment, la bourgeoisie ne prend aucune pincette lorsqu’il s’agit de proférer des propos d’une extrême violence et d’un mépris de classe inouï. Petite sélection à des années lumières de exhaustivité de cas de violence cette-fois ci à vraiment condamner :

  • Le pseudo philosophe mais vrai cow-boy du Texas qu’est Luc Ferry n’hésiterait pas une seule seconde à sortir son flingue : « Quand on voit des types qui tabassent à coups de pied un malheureux policier par terre, qu’ils se servent de leurs armes une bonne fois ! Ça suffit, ces espèces de nervis, ces espèces de salopards d’extrême droite et extrême gauche ou des quartiers qui viennent taper des policiers. […] On a la quatrième armée du monde, elle est capable de mettre fin à ces saloperies », s’est-il indigné sur Radio (sans) courtoisie. 
  • Yves Lefebvre de UNP SGP police FO, sur LCI, n’a pu laisser échapper son émotion à la vue d’une main arrachée. Ces mots, tout en violence poétique acceptable, s’exprimèrent ainsi : “C’est bien fait pour sa gueule !”, fermez les guillemets, fin de l’instant de grâce télévisée. 
  • Un autre instant de grâce plus récent, sur C-FOX-NEWS : l’ex journaliste à Charlie Hebdo Zineb El Rhazoui, réagissant aux événements de Chanteloup-les-Vignes : “J’ai vu un petit peu ce qu’il se disait sur les réseaux sociaux. Les gens de tous horizons étaient absolument unanimes, il faut que la police tire à balles réelles dans ces cas-là. Rien d’autre à ajouter, si ce n’est l’astuce de faire dire aux habitants à sa place ses fantasmes criminels refoulés. Malin, mais foireux.  

Dans l’Histoire des luttes et conquêtes sociales, la bourgeoisie n’a jamais hésité à verser dans la violence la plus odieuse pour servir sa classe est ses intérêts, allant jusqu’à tirer sur la foule. Grâce aux Gilets jaunes, cela faisait belle lurette qu’elle n’avait pas autant tremblé, depuis son très chic 8e arrondissement parisien. S’approprier et manipuler le terme de violence finira tôt ou tard par se retourner contre elle. Cela ne fait peut-être que commencer, car le vent tourne tout aussi rapidement qu’une veste ne se retourne.