Un an après leur défaite, les salariés de la SNCF meurent

En cours de privatisation, son statut ayant été modifié pour obtenir d’elle les mêmes caractéristiques que n’importe quel grand groupe privé, la SNCF est en train de devenir le cimetière de ses salariés. C’est le moment de se rappeler de la rage qui animaient ses cheminots l’année dernière, quand une bonne moitié de la population leur riait au visage, leur disant qu’il était temps qu’eux aussi goûtent aux joies du capitalisme déshumanisé, au nom de la “modernité”, des “réformes nécéssaires” et, très paradoxalement, de “l’équité” : Pensez-vous, à la SNCF il y avait une forte solidarité entre travailleurs, un système de protection sociale évoluée et exigeant. Il n’y avait pas de raison que ces salariés ne soient pas dans la merde comme nous autres n’est-ce pas ?

Sauf que comme pour les salariés de France Telecom il y a dix ans, ceux de la SNCF vont davantage souffrir, davantage subir, davantage mourir que nous autres, les habitués des affres du secteur privé. Car des technocrates sans vergogne, tout nimbés de la bonne parole Bruxelloise de “nécéssaire ouverture à la concurrence” travaillent à la déstabilisation des collectifs de travail, démontent les habitudes prises, brisent les solidarités. L’objectif est certainement de virer les salariés sous statut, pour les remplacer par de nouveaux, avec une convention collective au rabais, moins couteux et davantage corvéable, pour être prêt à affronter la concurrence. Alors on brise le moral, on harcèle, on culpabilise.

Concrètement, on met les salariés en surcharge de travail, on vire de partout pour bien faire flipper (Depuis 2 ans, la SNCF supprime 5 emplois par jour), et on s’étonne que des gens en viennent à perdre tout espoir. Depuis l’année dernière, 50 salariés ont mis fin à leur jour. Mourir pour la SNCF, ça semble étrange non ? D’ors et déjà, comme l’a fait Didier Lombard, le PDG de France Telecom, lors de son procès, Guillaume Pepy, patron de la SNCF, prévient qu’il ne faut pas “instrumentaliser ces suicides”. Peut-être qu’il faudrait commencer par ne pas instrumentaliser le moral et le corps des salariés pour commencer non ?

Ces patrons gestionnaires d’entreprise publiques en liquidation sont vraiment les pires. Pépy comme Lombard font partie de ces hauts fonctionnaires qui vivent leur petit confort oligarchique (Lombard vient de Polytechnique, Pepy de l’ENA) et sont payés pour mettre fin aux quelques stabilités sociales et financières conquis de hautes luttes par des gens qui, contrairement à eux, ne sont pas nés avec une cuillère en argent dans la bouche et une pierre plate à la place du coeur. Ils revendiquent pour les autres la fin de ce dont eux ont toujours disposé : la sécurité de l’emploi, la santé, la solidarité de leurs pairs et un tranquille monopole sur leur secteur. Que leurs salariés choisissent de mettre fin à leurs jours ne les ébranle guère. Lombard n’a pas sourcillé à son procès, et Pépy revendique clairement sa grandeur d’âme gràce à l’installation d’une cellule psychologique et d’une ligne d’écoute. Comme si ce genre de dispositifs pouvaient compenser le harcèlement, le management par la peur et la surcharge de travail !

La ministre du travail, Muriel Pénicaud, a donné récemment son explication des suicides survenant dans les entreprises au management cruel et déstabilisateur : “à la maison, ça n’allait pas non plus”. C’est la réponse du patronat. C’est ignorer que bien entendu, un suicide n’est jamais uniquement lié au travail, mais que c’est le travail broyé, pressurisé et déconsidéré qui aboutit à saper les ressources qu permettent, en tant normal, d’affronter le reste de la vie. Pour la psychologue du travail Pascale Molinier, “l’organisation du travail n’a pas tué le ou la salariée, mais les conditions sociales qui lui permettaient de construire sa santé mentale lui ont été rétirées” . C’est donc bien le travail qui tue, pas “la maison”.

Honte à ces patrons cruels, mais honte aussi à toutes celles et ceux qui, l’année dernière, ont couvert de leur mépris le mouvement de résistance des travailleurs de la SNCF qui payent aujourd’hui cher leur défaite.

Frustration

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