Revenu universel d’activité : la mesure anti-pauvres par excellence

Hier après-midi, BFM TV a fait venir une experte pour décrypter le discours de Macron et que disait-elle ? Qu’avec son revenu universel d’activité, Macron “fait un pas important vers les plus modestes” et que c’est un “virage à gauche”. Pardon ?? A gauche du FN c’est ça ?! Le revenu universel d’activité est LA mesure régressive de l’année, voici pourquoi :

1 – Concrètement, elle va mettre sous condition de recherche d’emploi, comme pour les allocations chômage, nombre de prestations qui étaient attribuées selon une autre logique, comme les APL. L’allocataire devra signer un contrat et faire la preuve de sa recherche, et ne pourra pas refuser deux offres d’emploi. Pour continuer à toucher des prestations et ne pas crever de faim il sera fliqué en permanence et devra accepter le premier boulot de merde venu. Comme l’a dit Buzyn sur France Inter ce matin, il s’agit “d’aider les gens à s’en sortir par eux-mêmes”, et non de les aider tout court. Ce faisant, le gouvernement se situe dans la droite ligne de Sarkozy lorsqu’il a transformé le RMI et RSA : bougez-vous les pauvres !

2 – Bien entendu, ce revenu se contente de fusionner des prestations déjà existantes, il n’ajoute aucun nouveau revenu pour les 9 millions de pauvres. Il y aura d’ailleurs des perdants, comme l’explique le rapport de France Stratégie commandé par le gouvernement pour anticiper les différents scénarios de fusion. Comme on harmonisera des critères d’attributions de prestations très différentes, le rapport nous apprend que les chômeurs en fin de mois perdront de l’argent, ainsi que les personnes seuls. ça suffit les cassos !

3 – Ce qui est génial quand on fusionne des trucs, c’est qu’on peut tout raboter au passage l’air de rien. Puisqu’on ne sait rien des modalités de cette fusion, on peut supposer qu’il s’agit là d’un potentiel plan d’économie pour le gouvernement, qui adore couper les vivres aux pauvres. Un virage à gauche vous dites ?

En appelant sa fusion “revenu universel”, Macron a été malin : il a face à lui pléthore de journalistes débordés et complètement incultes politiquement, qui gobent ses détournements orwelliens sans trop broncher. Le plan de com’ pour cette rentrée c’est d’avoir l’air “social”, et il peut compter sur BFM TV pour affirmer sans rire, face caméra, qu’une fusion de prestation potentiellement rabotée et désormais conditionnée à la recherche frénétique et surveillée de n’importe quel emploi, pour éviter l’oisiveté des pauvres, est une mesure “de gauche”.

Mais nous tous, on nous la fera pas.

Plan pauvreté : derrière le pathos de Macron, une approche bourgeoise et paternaliste

 

“Faire plus pour ceux qui ont moins”, est, sans rire, le slogan du discours de Macron sur la pauvreté, qui se tient ce jeudi matin. Après avoir faire tout pour ceux qui ont tout, le président se penche la larme à l’œil sur “les pauvres”. Comme d’habitude, la presse a repris complaisamment les éléments de communication du président, et l’a accompagné dans sa volonté de montrer un “visage social” aux Français qui désormais le détestent très majoritairement.  Ainsi entends-on parler d’un “virage social” du gouvernement. Après avoir gavé les riches, est venu le moment de donner quelques miettes aux pauvres, et les bourgeois ont la larme à l’œil devant tant de bonté. Pourtant, à y regarder de près, le plan pauvreté du gouvernement n’a absolument rien d’un cadeau aux “pauvres”. Voici pourquoi :

  • Le leitmotiv du gouvernement est “l’accompagnement”. Des allocataires du RSA, des demandeurs d’emploi, etc. Plutôt que d’augmenter le niveau des prestations, l’objectif est de fliquer tout le monde, pour vérifier que chacun prend la route de l’emploi (de merde et mal payé de préférence).
  • A l’anglo-saxonne, le gouvernement se concentre sur “les plus en difficulté”. Après avoir dégradé l’assurance-maladie pour tout le monde, il propose d’étendre un peu la CMU-C, cette complémentaire santé à bas coût pour les bas revenus. Après avoir précarisé l’ensemble des salariés, dont les salaires n’augmentent plus, il fait tout pour donner n’importe quel emploi aux gens. Après avoir fermé les portes de l’université à tous les jeunes de milieux populaires, il va faire quelques mesurettes pour aider les plus pauvres d’entre eux à ne pas décrocher à l’école.
  • Macron a introduit son discours en définissant la pauvreté comme, on cite “le résultat d’accident de la vie, de batailles perdues…”. Ce faisant, il fait de la pauvreté un coup de malchance, un accident de parcours individuel bien triste mais qui ne remet en aucun cas en cause le système. Avec Macron et son “plan pauvreté”, il n’y a plus d’exploitation, d’aliénation, de mépris de classe et de mauvaise répartition des richesses : il n’y a que des petits accidents bien tristes et des individus qu’il faut “accompagner” de façon paternaliste.
  • La philosophie de tout ça c’est que le modèle social doit être destiné, de façon très fliquée, aux “plus en difficulté”, qu’on considère de haut et avec la plus bourgeoise des compassions. Là où le combat ouvrier avait permis la mise en place d’un système de solidarité globale ponctionnant les revenus du capital, les libéraux rêvent d’un modèle où seuls les “nécessiteux” bénéficient d’un petit transfert de richesses. Et encore pas vraiment, puisque la plupart des dispositifs reposent sur des ressources de l’Etat, collectée par l’impôt de tout le monde, et non sur les cotisations, qui ponctionnent les richesses produites par l’économie capitaliste.
  • D’ailleurs, Macron a bien rappelé que pour aider les “derniers de cordée”, il fallait des “premiers de cordée”, et que notre système productif actuel est indispensable pour sauver les pauvres, alors que c’est précisément l’inverse qui se passe. Bref, le salut des pauvres, ce sont les riches : il fallait oser.

Bref, il n’y aucun “virage social” dans ce plan pauvreté. Il se situe en grande cohérence avec l’action de torpillage de notre modèle social issu du combat de classe à la Libération. A travers les miettes qu’il nous donne, Macron continue de voler ce qu’on a.

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