Les citoyens modestes sont-ils plus crédules et influençables que les politiciens aisés ?

Ce matin encore, la petite chanson paternalistes de nos élites était lancée par Nathalie Loiseau, ministre des affaires européennes : consulter le peuple c’est très sympa, mais regardez cette fake news sur le traité d’Aix-la-Chapelle, “avec les réseaux sociaux, les gens croient n’importe quoi”. Le même refrain a été entonné le week-end dernier par Yann Moix, le gars qui squatte notre télé sans qu’on sache trop pourquoi : face à une élue de la France Insoumise, il s’énervait contre les gens influençables, “avec toutes ces fake news qui circulent sur le web”.

Alors, sommes-nous trop stupides et influençables pour qu’on nous consulte sur des questions qui nous regardent ?

D’abord, il faut noter que nos chers journalistes ont une grave tendance, depuis le début du mouvement social, a surexposer les discours les plus délirants et à ne pas parler de tous ces moments où des gilets jaunes discutent posément de niveau de salaire, de fiscalité et de corruption en politique. On nous a bien bassiné avec la fake news sur le Pacte de Marrakech puis on a tenté de nous faire croire que l’abolition du mariage pour tous était une obsession des gilets jaunes. Dimanche soir Laurent Delahousse racontait même que le retour de la peine de mort était un “gros sujet” du mouvement. Et en début de semaine, un journaliste goguenard diffusait le discours d’une gilet jaune disant qu’il y avait dans le monde “99% d’humain et 1% d’extraterrestres”, ce qui n’était pourtant pas à prendre au sens littéral mais une métaphore bien crédible de la vie de ces 1% qui possèdent tant et vivent si bien. ça aurait été clair sans un montage réalisé expressément pour la faire passer pour une illuminée.

Ensuite, parlons un peu de nos chers politiques : ministres, députés, président… Sont-ils parfaitement rationnels, neutres et “pragmatiques” ? Non. Rien que l’année passée, on a pu entendre un grand nombre de “fake news”, comme ils disent, dans les débats parlementaires. Plusieurs exemples :


– “A cause de l’ISF, les riches quittent massivement le pays” : : Si, entre 2001 et 2008 (avant les nombreux cadeaux de Sarkozy et Hollande), le nombre de départs de contribuables fortunés a bien augmenté (384 départs en 2001, 821 en 2008), leur proportion en revanche est restée stable : seulement 0.14% des assujettis à l’ISF s’exilent chaque année (Commission des finances du Sénat). On doit cette stabilité à l’augmentation du nombre d’assujettis qui vient donc compenser la légère hausse des départs. De plus, il y a aussi des retours chaque année. En 2008, on comptait 327 soit près de 40% des départs ! Pour finir, on ignore complètement quels sont les motifs des expatriations : absolument rien ne prouve que cela soit pour des raisons fiscales, et les rares enquêtes disponibles mentionnent surtout des motifs professionnels ou personnels : certains paradis ne sont pas seulement fiscaux ! Pourtant, la plupart des politiques et éditorialistes continuent à asséner ce mensonge comme une vérité générale.


– “Réduire les impôts des riches et des entreprises crée de l’emploi et de l’investissement” : vingt ans qu’on nous rabâche cette idée, et pourtant on attend toujours les effets, depuis les premières exonérations de cotisations sociales (les libéraux disent “charges”) dans les années 2000. Le “comité de suivi du CICE” montre régulièrement que les effets sur l’emploi sont faibles et très coûteux, que les entreprises s’en servent surtout pour augmenter leurs marges, et les plus grandes entreprises en profitent pour rémunérer grassement leurs actionnaires. Et la suppression de l’ISF, c’est de la “pipe” ? Pour l’instant, ce qu’on a vu c’est un effondrement des dons des plus riches aux associations, car l’avantage fiscal lié à l’ISF n’existe plus. Un autre avantage fiscal existait : investir dans les PME ou les entreprises innovantes permettait de voir son ISF réduit. Sans cette carotte fiscale, ce type d’investissements risque de souffrir. Mais personne n’en a parlé, et l’idée que réduire les impôts des riches les poussent mathématiquement à investir continue d’influencer la majorité parlementaire.


Des intox, des approximations, des hypothèses erronées mais tout de même amenées comme des équations mathématiques, il y en a des centaines par an chez nos “représentants”. Pourquoi ? Car si nous autre le petit peuple nous serions “influencés par les réseaux sociaux”, eux sont influencés par leurs réseaux tout court. Copains de grandes écoles, anciens collègues de banque, ami du club du Siècle ou du Rotary, sans parler des lobbyistes qui se pressent autour de l’Assemblée Nationale, organisent des conférence avec nos députés, leur envoient des petits cadeaux, transmettent des études bidons. ils sont des milliers à souffler chaque année des fake news à nos politiques (Rappelons aussi l’origine sociale des députés de la majorité). Des mensonges bien arrangeants pour les affaires, et en aucun cas liés à une quelconque considération d’intérêt général.

Quelle différence entre un politique corrompu et bourgeois et un gilet jaune qui se fait avoir par une “fake news” ? Le premier accepte sciemment de gober le mensonge, car il a intérêt à ça (pour sa carrière, ses donateurs, sa classe sociale, sa famille, son frère ou ses enfants). Le second, qui lutte pour sa survie et une idée de la justice sociale, est prêt à y renoncer si on lui démontre que c’est contraire à ses intérêts. Démontrez par A+B à un député LREM que la fin de l’ISF ne profite pas à l’emploi ? Il s’en foutra, car dans le fond ce qui lui plaît c’est que ce que ses potes payent moins d’impôt. Démontrez par A+B à un citoyen populaire que le pacte de Marrakech ne contient rien d’important pour notre lutte ? Il pourra vous suivre, car il n’y a pas intérêt.

Influençables, intéressés et liés à leurs réseaux, les politiciens bourgeois sont moins raisonnables que des citoyens modestes. Ils sont moins aptes à gouverner que nous toutes et tous.

Programme Young Leaders : incubateur d’oligarchie pour Macron et ses amis

Ces derniers mois, Macron a fait plusieurs voyages emblématiques aux États-Unis. Dès le début de l’année 2016, Emmanuel Macron passe ses troupes et ses soutiens en revue, de l’autre côté de l’Atlantique. Alors ministre de l’Économie, il passe notamment par Las Vegas. Cet événement organisé par Business France, dont l’ancienne présidente est aujourd’hui ministre du Travail, a mené à des perquisitions mardi 20 juin 2017 au siège du groupe publicitaire Havas et de l’agence nationale Business France sur ordre de l’Inspection Générale des Finances, dans le cadre d’une enquête préliminaire pour « favoritisme, complicité et recel de favoritisme ». Quasiment un an plus tard, Emmanuel Macron, cette fois candidat officiel, visite New York car « la démocratie n’a pas de prix, mais elle a un coût. » Entre deux levées de fonds traditionnelles aux sommes astronomiques, Emmanuel Macron participe à un petit déjeuner anodin mais fondamental pourtant passé quelque peu inaperçu dans la presse française. Un article de Libération daté du 6 décembre 2016 nous indique sans plus d’analyse que Macron y a rencontré « une trentaine d’invités de la French-American Foundation lors d’un petit-déjeuner au Links Club de l’Upper East Side, un club de gentlemen golfeurs traditionnellement issus de l’ancienne élite bancaire de la ville. Emmanuel Macron est un “Young Leader” de la French-American Foundation, promotion 2012. »

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Emmanuel Macron, candidat du système : Un contre-portrait

Le nouveau président de la République a fait l’objet, depuis près de deux ans, d’une campagne publicitaire intense, dont il a été un des instigateurs. Il nous est vendu comme le renouveau de la classe politique, « l’outsider » qui va tout changer, l’audacieux qui va sortir notre pays de son triste état. Quel crédit apporter à ce récit ? Absolument aucun. Nous sommes face à l’une des arnaques électorales les mieux ficelées depuis Nicolas Sarkozy, le candidat qui allait changer la France, et qui comme Emmanuel Macron, faisait l’objet d’une attention constante des années avant la présidentielle de 2007. Comme Sarkozy avant lui, Macron est le candidat des élites politico-économiques, appelé à la rescousse pour maintenir leur règne sur une population qui les détestent de plus en plus. Frustration vous révèle la biographie cachée d’Emmanuel Macron et vous propose une contre-histoire de sa rapide ascension, mettant à jour les usurpations d’identités sociales opérés par lui et son entourage pour ne pas passer pour l’homme qu’il est vraiment : un des derniers recours d’une oligarchie à bout de souffle.

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L’oligarchie flippe sa race

Tout était pourtant tellement bien parti : après avoir fait endosser à un candidat “de gauche” censé être “l’ennemi de la finance” des réformes clefs comme la loi Travail et des cadeaux qui font bien plaisir comme le CICE, nos éditocrates, grands patrons et intellectuels médiatiques avaient le plan idéal pour continuer à se gaver sur le dos des Français : il y a eu d’abord Juppé, dont la victoire était garantie (“la gentille droite modérée” et l’homme “droit dans ses bottes” de 1995 : du solide), puis Fillon, partisan d’une “blitzkrieg sociale” qui faisait saliver d’envie le MEDEF. Enfin, Macron, la synthèse idéale, le poulain parfait, qui satisfaisait tout le monde et confortait les oligarques bien-pensants comme Cohn-Bendit et BHL dans le sentiment de leur propre vertu. Un match était prévu entre ce jeune prodige incarnant à la fois le libéralisme et le “progressisme” et la poisseuse héritière du poujadisme, incarnant la fermeture et le capitalisme national. Un match sans risque, un scénario sécurisant pour nos élites.

Et voici qu’on ne sait comment (“comment est-ce possible ?!” répète désormais chaque soir Ruth Elkrief sur le plateau de BFM TV), le candidat de la France Insoumise, qu’on croyait destiné à un rôle de figuration à la fois rigolo et vintage, s’est invité dans les possibles dénouements de cette présidentielle qui, “décidément est pleine d’imprévus” (disent les éditocrates qui ronronnaient de plaisir devant la fausse alternance PS-Républicains en vigueur depuis 30 ans).

C’est donc la grande angoisse et Le Figaro a sorti son artillerie lourde, bien rouillée car peu utilisée depuis 1989 : la peur du rouge, tandis que Macron hurlait hier à Besançon, d’une voix de premier de la classe qui aurait eu moins de 18/20 en dictée : “Mélenchon c’est le modèle économique du Vénézuela” “sa paix est celle de Moscou, je n’en veux pas !”.

Les grands patrons, leurs journaux et leurs candidats s’agitent car ils ont beaucoup à perdre en cas de victoire de la France Insoumise :

– Serge Dassault (Le Figaro) n’aura plus de “ministre de la défense VRP” pour écouler sa camelote guerrière dans toutes les dictatures du monde (un rôle jusque là assuré à la perfection par le cumulard Jean-Yves Le Drian, que Macron prévoit de reconduire à son poste en cas de victoire).

– Vincent Bolloré (Canal+ et Vivendi) ne va sans doute pas pouvoir inviter Mélenchon sur son yacht après sa victoire et il devra reverser une part conséquence de ses 7,3 milliards d’euros à l’État et faire en sorte que son salaire n’excède pas 20 fois celui de son salarié de base (actuellement il touche à peu près 200 SMIC annuels, il va falloir faire des efforts)

– Patrick Drahi (BFM TV, Libération, SFR..) va devoir payer ses impôts sur les sociétés, qu’actuellement il domicilie dans les paradis fiscaux, si toutefois le gouvernement de Mélenchon parvient à mettre en place son système d’impôt universel qui organise l’impossibilité pour les entreprises françaises d’utiliser le prétexte de la domiciliation à l’étranger pour se défiscaliser.

Maintenant que le spectre rouge se rapproche, ces messieurs dames craignent pour leur fortune, leurs exonérations de cotisations sociales, leurs boucliers fiscaux, leurs entreprises publiques rachetées à bas coût… Nul doute que durant cette dernière ligne droite, la presse du CAC 40 va multiplier ce genre de Unes. Quand l’oligarchie est attaquée, l’oligarchie contre-attaque, toujours.

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Macron, et un candidat de l’oligarchie de plus !

Aujourd’hui, l’ancien ministre de l’Économie de François Hollande a annoncé sa candidature à la présidentielle. Quel scoop ! Un faux suspense savamment calculé par Macron et son équipe et transformé en feuilleton politique vaguement excitant par une presse totalement soumise au plan de communication de celui qu’ils décrivent comme le « trublion » ou le « briseur de tabous » de la présidentielle à venir. De l’Express (qui a ouvertement pris parti pour lui) à l’Obs (qui frissonne de plaisir à l’entendre dire que les 35 heures sont de l’histoire ancienne), en passant par les grandes chaînes de télé et radio, un seul mot d’ordre : Macron est le candidat du renouveau. Mais ce discours s’auto-alimente sans reposer sur le moindre fondement. Le programme du candidat, à peine évoqué, donne pourtant de nombreux indices sur le degré de « nouveauté » ou la posture « anti-système» de l’ancien secrétaire général adjoint de l’Élysée. Quant à son parcours, il met plutôt en lumière l’appartenance de classe d’Emmanuel Macron. Rétablissons donc les faits : Macron est un membre de l’oligarchie dont le programme politique est l’extension de ses profits et de ses privilèges, grâce à des réformes économiques nous ramenant au 19e siècle.

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La preuve que nous ne sommes pas en démocratie

On s’apprête à installer un champ d’éoliennes sur la crête du bois qui domine ma maison. Que puis-je faire ? Demander des comptes au maire. Problème, c’est lui et son conseil municipal qui ont voté toutes les autorisations préalables à l’installation des éoliennes.

Je pensais partir à la retraite à 60 ans. Finalement ce sera à 62 ans. M’a-t-on consulté pour cette décision grave ? Non. On n’a pas écouté non plus le refus des millions de personnes qui ont manifesté le 12 octobre 2010 (entre 1,23 et 3,5 millions de Français étaient dans les rues).

Nous avons souvent l’impression que les décisions importantes pour notre vie quotidienne se prennent sans nous. Nous ne comprenons pas pourquoi, car on nous apprend depuis la plus tendre enfance que nous avons la chance de vivre en démocratie et que nous avons le devoir de voter parce que nos ancêtres se sont battus, à la Révolution française, pour qu’on ait cette possibilité. Le vote serait si essentiel à la démocratie que certains pensent aujourd’hui à le rendre obligatoire pour lutter contre l’abstention.

Nous élisons donc des responsables qui gouvernent pour nous, quitte à prendre des décisions contraignantes (comme les champs d’éoliennes ou l’âge de la retraite) pour le bien de l’ensemble de la société, l’ « intérêt général » (ici la transition énergétique et les solutions à trouver contre le vieillissement de la population).

Au point que les hommes politiques, qui définissent ce qu’est l’intérêt général en gouvernant, ne reconnaissent plus à « leurs » électeurs la capacité de juger de leur propre situation et de décider pour eux-mêmes. En 2012, le candidat Hollande nous répétait qu’il avait « le devoir de dire la vérité aux Français », comme si nous ne pouvions pas comprendre les problèmes et réfléchir à des solutions et que seuls les hommes politiques étaient investis de cette qualité : connaître la France. Il nous traitait comme des voteurs et non en tant que citoyens.

Alors on regarde les élections en attendant que soit dévoilé le visage du nouveau président, comme on attend de connaître le titre du film qui décrochera la Palme d’or au Festival de Cannes. On attend le renouvellement d’un pouvoir qui est loin, là-bas, dans un palais, mais qui prend pourtant des décisions en notre nom à tous. C’est donc cela la démocratie ?

Nous, on a décidé qu’on allait rassembler ici un faisceau de preuves pour faire la démonstration mathématique que non, nous ne sommes pas en démocratie. Le pouvoir actuel se nomme lui-même « démocratie ». Il a accaparé le mot à son profit (« dans nos démocraties occidentales »). Mais il est le contraire. Attention, le contraire de la démocratie, ce n’est pas une dictature militaire. Le contraire de la démocratie, c’est quand ce n’est pas le peuple (le plus grand nombre de la population) qui exerce le pouvoir. Et aujourd’hui, on est dans ce cas. En voici la preuve.

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