“Offres qui ne trouvent pas preneurs” et autres entourloupes médiatiques pour faire des chômeurs les seuls responsables de leur état

L’avenir c’est le verre, et c’est France 2 qui vous le dit. Alors bougez-vous les glandus !

C’est une marotte des Journaux Télévisés : il y a des secteurs qui marchent très fort mais qui ne trouvent pas d’emploi, comment donc expliquer cela ?! Hier encore, France 2 passait de longues minutes à nous parler de l’industrie du verre, qui se porte très bien parce que les entreprises françaises “ont joué la carte de la qualité” pour faire face à la concurrence internationale. Très bien. On y apprend au passage que les salariés ont subi des mesures de “flexibilisation” du temps de travail, pour être plus “souple et adaptable”, façon de dire que les recettes du gouvernement fonctionnent.

Mais alors pourquoi diantre le chômage est-il encore là ? Parce que “le secteur peine à recruter” (un refrain auquel on a droit au moins une fois par semaine, quand ce n’est pas le secteur du verre c’est celui de l’intelligence artificielle ou des portails en fer forgé). Aucun commentaire ne sera fait sur l’enclavement de certains sites de production ou sur le niveau des rémunérations (Et puis quoi encore ?!), on ne demandera pas l’avis des syndicats maisons (si tout a été “flexibilisé” façon Pénicaud il ne doit plus y en avoir) car le fin mot de l’histoire sera laissé au patron, qui nous explique que les gens ne sont pas qualifiés pour travailler du verre, et qu’il n’est pas prêt à laisser sa chère machine à n’importe qui.

Certes, on le comprend, mais former les gens en interne, ça se fait non ? Plus maintenant : de nos jours, les employeurs veulent des recrues sur mesure, prêtes à l’emploi, et ne semblent plus vouloir dépenser un centime ou une heure à mettre quelqu’un au niveau de la tâche demandée. Une mentalité bien incohérente, qui semble totalement faire l’impasse sur les responsabilités de l’employeur. Le message, cher au gouvernement, s’adresse aux travailleuses et travailleurs, seuls responsables, désormais, de leur “employabilité” : “formez-vous” “adaptez-vous” : vous étiez coiffeur, devenez souffleur de verre ! Mais pour ça, il va falloir vous démerdez. Car depuis la loi “pour la liberté de choisir son avenir professionnel” (qui confirme le théorème orwellien selon lequel un nom de loi macroniste désigne toujours l’inverse de ce qu’elle produit), les moyens alloués à la formation par les entreprises ont diminué, ainsi que leurs obligations en la matière. La responsabilité est déplacée vers le salarié, qui doit se former lui-même, cotiser pour un “droit à la formation” de plus en plus théorique, qu’il pourra gérer directement depuis son “compte personnel d’activité en euro”, que la ministre du travail décrivait comme un “Trip Advisor de la formation professionnelle”, en espérant anticiper les besoins de l’économie en s’insérant dans la formation miracle et porteuse. Il fut un temps où on pouvait espérer obtenir un “congé individuel de formation” pour ça, mais c’est terminé : la production n’attend pas que vous vous mettiez au niveau, les cocos !

Le patron de ce secteur en pointe explique à France 2 que c’est bien beau tous ces CV de diplômés, mais lui a besoin de quelqu’un qui sache faire fonctionner SA machine.

Se former, s’adapter, ça va donc être de plus en plus galère, merci au gouvernement et au patronat. Mais le pire, c’est que ça ne résoudra pas le problème ! Car quand bien chaque chômeur mettrait toute son énergie à se former au travail du verre, du fer forgé ou du robot qui pleure, il n’y aurait pas assez de place pour tout le monde, et c’est ce que nos JT se gardent bien de préciser durant ce genre de reportage : la dernière enquête de Pôle Emploi sur les emplois vacants estime à 200 000 à 330 000 les offres qui ne trouvent pas de candidats adéquats (ça ne signifie pas que personne ne s’est présenté mais que personne ne convenait), dont 55% seulement concernent des CDI ou des CDD de plus de 6 mois. Il y a donc au mieux 1 emploi non pourvu à attraper pour 20 chômeurs. Et encore, les “offres non pourvues” sont aussi les offres illégales ou délirantes, estimées à 9.3% des offres par pôle emploi et 50% par la CGT.

Les motifs de sortie du chômage selon la dernière enquête de Pôle Emploi

Ces reportages sont donc mensongers et contribuent à décrire des chômeuses et chômeurs comme les vrais responsables de leur condition. Une idée à la mode, colportée par un gouvernement qui intensifie les contrôles des demandeurs d’emploi, pour vérifier qu’ils s’activent comme des beaux diables et se rendent à des rendez-vous mensuels de contrition. Des contrôles qui ne visent en réalité qu’à augmenter le nombre de “sortie administrative” et de radiation, et ainsi pouvoir raconter au monde entier que leurs solutions néolibérales fonctionnent. Alors que pas du tout : selon les derniers chiffres de Pôle Emploi (ceux de janvier dernier) seulement 1 chômeur sur 5 en moins l’est parce qu’il a trouvé un travail. Pour plus de la moitié d’entre eux, la sortie des listes de Pôle Emploi s’est faite par radiation ou “défaut d’actualisation”. Et 10% sont entrés en formation pour devenir les souffleurs de verre, inventeurs de portails et promeneurs de robots-chiens de demain…

Le profil type du « complotiste » ? Un jeune gueux qui ne vote pas pour Macron

Voici l’incroyable conclusion qui ressort du dernier sondage pondu par l’inénarrable Rudy Reichstag, directeur de l’officine pro-gouvernementale de l’observatoire du conspirationnisme, créé en 2007, Conspiracy Watch. Un an après un premier sondage déjà extrêmement perfectible et orienté, voilà qu’ils en remettent une couche en précisant cette fois que, o surprise, les gueux ainsi que les jeunes seraient les plus touchés par le conspirationnisme. C’est dire qu’un tel sondage tombe à point nommé, où les tentatives de-crédibilisations d’un mouvement des gilets jaunes composés de tartufes complotistes à la Maxime Nicolle font bondir les bourgeoisies de droite comme de gauche de leur siège doré.

“Les seniors sont moins concernés. Mais tout ça est corrélé au niveau de diplôme (les diplômés du supérieurs sont moins poreux que ceux qui n’ont pas ou que le Bac), au niveau de vie (plus on fait partie des défavorisés, plus on adhère à ce types de contenus)”, explique ainsi ce cher Rudy Reichstadt sur France inter .

Faire du complotisme une affaire de classe est évidemment une manière de désigner et de dénigrer des imbéciles à remettre dans le droit chemin de la Vérité à coup d’éducation aux médias infantilisant et de fact-checking pour se racheter une crédibilité maintes fois perdues et, par conséquent, à contenir ou retenir toute remise en question de l’ordre économique sociale et politique existant. C’est que le complotisme de l’Elysée, comme le décrit si bien Frédéric Lordon dans son dernier billet , qui consiste à fantasmer sur des gilets jaunes soit disant contrôlés par l’affreuse main russe afin de se déresponsabiliser n’est nullement décrit dans ce sondage, comme celui des anti-complotistes complotistes souvent macronistes. Hélas, l’auto-analyse, ça n’est pas pour tout de suite non plus. Car en effet il ressort également de cette « enquête » une résistance au complotisme chez les Français qui ont voté Emmanuel Macron à la présidentielle de 2017, mais que l’électorat de Jean Luc Mélenchon, de Marine Le Pen ou de Nicolas Dupont Aignan sont d’avantage sensibles aux théories conspis. Diantre !  

Et s’il y a bien un naïf pour se laisser berner par ce genre de sondage, c’est le journaliste qui, par un mimétisme navrant, s’embourbe dans la brèche à recracher bêtement des conclusions à peine exagérées. « Le fléau du complotisme en France : une menace pour notre démocratie », titre le quotidien régional La Dépêche, « Sondage sur le complotisme : 4 enseignements à tirer », s’inquiète le JDD. Pourtant, il leur fallait seulement cinq petites minutes afin de questionner par téléphone Rudy Reichstag sur sa méthodologie douteuse : quels sont les échantillons ? Sont-ils réellement représentatifs ? Quel est le degré de réponses « trolls » ? Pourquoi ces catégories ? Les réponses sont-elles suffisamment nuancées ? Certains journalistes, décidément en roue libre, n’hésitent pas à conclure, comme sur France inter : « Une enquête qui montre une nouvelle fois que les Français sont de plus en plus perméables aux théories complotistes et notamment les jeunes adultes » (3).

Ils leur suffisaient également pour certains de dix petites minutes supplémentaires afin d’interroger les nombreux raccourcis surprenants qui sont une nouvelle fois effectués ici, c’est-à-dire mettre au même niveau la croyance en la terre plate et le fait que ministère de la Santé soit de mèche avec l’industrie pharmaceutique pour cacher au grand public la réalité sur la nocivité des vaccins, qui relève plus d’une défiance générale envers les institutions qui mériterait d’être interrogée plutôt que blâmée.

Cette confiance aveugle de ces journalistes envers cette enquête sans l’once d’esprit et de recul critique est, elle aussi, très inquiétante. Le sondage ne mérite aucune contre-expertise, ce qu’ils appellent en rédaction ou en école de journalisme le fameux « contre-pied », imposé une fois sur deux en fonction de leur « idéologie » non assumée, lorsque c’est par exemple trop « militant », mais rarement dans ce genre de cas présent. Vivement les analyses incroyablement fines de spécialistes et de chercheurs/euses en tout genre, de Marie Peltier en passant par Tristan Mendes France, qui étaient étonnement bien silencieux lorsque des journalistes accusaient des gilets jaunes d’avoir foutu le feu à des voitures devant le siège du quotidien Le Parisien.

En parallèle de ce qui semble bien être un véritable naufrage journalistique ridiculement cocasse, le journaliste Vincent Glad explique la raison pour laquelle selon lui les journalistes ont tardé à parler des violences policières lors des manifestations des gilets jaunes : « Au début, je ne voulais pas y croire, je me disais que ce n’était pas possible. Le gouvernement ne pouvait pas sciemment demander à sa police de tirer à coup de lanceur de balle de défense sur la tête des manifestants. J’ai l’impression que j’ai été victime de l’habitus journalistique qui fait qu’on se méfie toujours de toute théorie du complot, qu’on est toujours trop mesuré, trop lent avant de s’indigner. Je me disais « ce n’est pas possible, l’État ne peut pas faire ça, ça ne peut être que des bavures isolées ». Tout est dit.

Tout le monde déteste BFM TV

Des journalistes de BFM TV se sont fait poursuivre par la foule à Toulouse samedi. En protestation, nombre de médias locaux ont décidé de boycotter la couverture médiatique du mouvement des gilets jaunes. Parce que désormais, pour apparaître dans les actualités il faudra être gentil avec les journalistes. Un lynchage, c’est violent, choquant, humiliant. Mais la violence, le goût du choc et l’humiliation que génère au quotidien BFM TV, on en parle ?

BFM TV, c’est la chaîne qui est capable de passer la journée de samedi à camper aux Champs-Elysée pour tenir ses images de violence pour ensuite prendre des airs affligés en plateaux avec les invités et répéter toutes les deux phrases “c’est inacceptable”. Limite si ses journalistes n’allaient pas tendre les pavés aux manifestants pour avoir ses images et ensuite pouvoir dire en retour plateau “regardez ces barbares !”. C’est cette chaîne cynique et schizophrène dont on entendait la présentatrice oser dire, sans rire “il ne faut pas oublier que dans tous les autres endroits à Paris et en France la mobilisation se passe dans le calme”… Sans en montrer la moindre image.

BFM TV, cette chaîne qui, on s’en souvient tous, est allé jusqu’à mettre la vie des otages de l’hypercasher en danger pour continuer à faire son beurre sur l’angoisse liée au terrorisme. BFM TV, la chaîne qui fait le plein d’audience et de frics de ses annonceurs quand le pays est en deuil.

BFM TV, “Télé Macron” : Tout le monde se souvient du check entre Ruth Elkrief et Macron. Ces liens sont avérés, et loin du “complotisme” dont les journalistes affublent systématiquement les Français:  En octobre 2016, on apprenait l’entrée dans son équipe de campagne de Bernard Mourad, banquier d’affaires à l’ascension fulgurante, conseiller de Patrick Drahi, propriétaire de BFM TV. Deux ans plus tôt, Macron, donnait le feu vert au rachat de Numéricable par SFR, propriété de Patrick Drahi, un mois après son arrivée à Bercy en août 2014 alors que son prédécesseur, Arnaud Montebourg, freinait cette opération en raison des pratiques d’évasion fiscale de Drahi (qui réside en Suisse, a une holding au Luxembourg et des actions à Guernesey). D’où le renvoi d’ascenseur : Drahi envoie son fidèle lieutenant Mourad assister leur « ami commun » (Challenges, octobre 2016) en tant que conseiller spécial « en charge des questions et relations avec les sphères économiques. Cet ancien banquier d’affaires devrait également apporter une aide précieuse, grâce à ses réseaux, dans la recherche de financements pour la campagne présidentielle ». Alors, on fantasme ?

BFM TV c’est cette chaîne qui ne compte sur son plateau que des éditorialistes, des patrons et des universitaires (généralement hommes et blancs ), chargés de distribuer bons et mauvais points entre les smicards gilets jaunes, les syndicalistes, les usagers et les “casseurs”, au chaud dans leur costard. Et à la fin, c’est toujours Macron qui gagne.

BFM TV c’est Macron s’il était une chaîne de télé : l’élément de l’époque qui concentre le pire de la logique capitaliste, le pire de la collusion entre les élites, le pire du mépris du peuple, le pire de la violence sociale.

 

Les “grands hommes”, notre malédiction

A la fin du XVIIIe siècle, Bonaparte qui n’était pas encore empereur entraînait des milliers de citoyens-soldats dans une guerre stupide en Egypte, enlisant progressivement son armée, et finissant par l’abandonner. La commande de ce tableau visait a redorer l’image de Bonaparte alors que sa volonté d’euthanasier les pestiférés de son armée est rapportée par la presse anglaise, ainsi qu’à faire oublier que la veille de cette visite aux pestiférés, à la suite du siège de Jaffa, il avait fait massacrer 3000 prisonniers qu’il estimait ne pas pouvoir faire garder et nourrir.

A l’époque les larbins de la propagande n’était pas chroniqueurs BFM TV mais peintres, et à force de tableaux mettant en valeur le futur empereur dans une “épopée égyptienne” pourtant dévastatrice, nos livres d’Histoire ont fini par décrire cette intervention militaire foireuse comme une belle aventure légitimant la prise de pouvoir de Bonaparte devenu Napoléon, et la démonstration de son ouverture et de sa grandeur d’âme. Dans ce tableau, il n’était pas comparé à Jupiter lui, mais à Apollon.

Plus de deux siècles plus tard, le président de notre République toute gangrenée de bonapartisme vient voir les habitants de Saint-Martin qui se remettent mal d’un cyclone dévastateur et qui subissent la précarité endémique qu’engendre notre système de relation outremer – métropole. Il ose toucher un délinquant, preuve de sa grande magnanimité (et de son courage : pour un grand bourgeois le contact du pauvre est quelque chose de rare, troublant et parfois érotisant), et lui conseille quoi faire de sa vie : traverser la rue, trouver un emploi en claquant des doigts, dans une île où le taux de chômage est de plus de 33%.

Puis il retournera à Paris, dans son univers de patrons et de hauts-fonctionnaires, pour qui l’abandon et l’exploitation des classes populaires, ultramarins, ouvriers, employé, est un impératif financier.

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Le “trou de la sécu”, ou comment gouvernement et médias vous accablent de coûter si cher

Comme chaque fin septembre à l’approche de l’examen du budget de la sécurité sociale, les médias sont majoritairement au diapason du cinéma que nous imposent les gouvernements successifs depuis les années 1990 : il faut dépenser moins les cocos, arrêter d’aller aux urgences pour rien les petites natures, mieux prévenir pour ne plus avoir à vous guérir, parce que ça coûte un pognon de dingue et ça ne rapporte pas. “Chaque année, un Français coûte 2977€ à la sécurité sociale”, nous dit LCI. ça coûte cher un Français, bien plus qu’un polonais ou qu’un nord-américain par exemple, et ça déplaît profondément à notre bourgeoisie. Mais ça LCI ne le précise pas, elle préfère décrire comme oeuvre de bon sens un point de vue patronal, comme la plupart des journalistes ses chroniqueurs qui se contentent de rabâcher une chanson apprise par cœur : “il faut combler le trou de la sécu”. Retour sur un mythe à la noix qui, comme les châtaignes, nous tombe dessus chaque automne :

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Le fasciste Zemmour a ses collabos

A chaque fois qu’Eric Zemmour revient sur un plateau, dit une connerie suprématiste et nationaliste, ensuite reprise, commentée et au final rediffusée par toutes les autres chaînes, on se demande toujours : « mais pourquoi a-t-il été invité au juste ?! ». Parce qu’il a écrit un bouquin truffé de mensonges sur l’histoire de France ? Parce qu’il représente quelque chose dans la société française ? Parce qu’il peut « enrichir le débat » ?

Malin, le type sait jouer avec les limites légales pour rester sur la corde, et fait progresser de polémique en polémique la diffusion du fascisme – car ça s’appelle comme ça – en France. Par conséquent, celles et ceux qui l’invitent ou acceptent de faire mumuse avec lui sur un plateau TV sont complices. Leur comportement peut s’expliquer d’au moins trois façons :

1 – Ce sont des cyniques uniquement intéressés par leur audience et le fric dégagé pour les annonceurs et les actionnaires : Zemmour est un « bon client », et quelle que soit la dégueulasserie politique et morale de ce qu’il raconte, rien de tel qu’un bon buzz pour faire parler de leurs émissions nulles à chier – un plateau avec Ardisson, Franz-Olivier Gisbert, Natacha Polony, Raquel Garrido (ex-insoumise dont on se demande au juste ce qu’elle fait encore là après ce qu’il s’est passé), et quelques autres personnes dont on ne sait jamais trop ce qu’elles ont fait dans la vie, à part squatter notre télé.

2 – Ce sont des gens qui, à force de jouer leur rôle, ont perdu tout sens moral et notions élémentaires de responsabilité. Ils masquent leur absence totale de conviction derrière une tolérance sélective à la noix qui implique d’inviter un fasciste parce qu’il faut « parler avec tout le monde ». Un type comme Ardisson, on imagine bien que c’est ce genre de bourgeois parisien arrogant qui traite mal son personnel, dit « la province » ou « en banlieue » avec un rictus de mépris, ne doit plus avoir de conviction politique ou de sens moral depuis des décennies.

3 – Ce sont des stratèges qui pensent que quand Macron chute dans les sondages et devient pour le peuple « le président des riches » et que Mélenchon monte en parlant de redistribution des richesses et de taxation des hauts revenus tandis que la question sociale revient au premier plan, il devient sage de sortir l’épouvantail de l’extrême-droite. Or, une dose régulière de Zemmour peut ranimer un Rassemblement National actuellement bien trop moribond pour jouer son rôle de faire-valoir des candidats moisis de la bourgeoisie, c’est un bon traitement.

Ces hypothèses ne s’excluent pas, car notre bourgeoisie médiatique n’a plus une très grande diversité, et les financiers aux dents longues sont sur le dos de l’essentiel des chaînes. Cyniques, irresponsables ou stratèges, celles et ceux qui invitent Zemmour et se nourrissent de leur buzz – par leur audience et leurs indignations factices – sont les collabos de notre époque, et il faut les nommer ainsi.

 

FRUSTRATION est un magazine trimestriel de critique sociale pour le grand public

Son numéro 15 sort le vendredi 21 septembre

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Quand Le Monde, TF1 et le JDD déroulent le tapis rouge à la brute du président

Le Benalla des médias est le gendre idéal : sympathique et toujours prêt à rendre service.

Pendant quelques jours, on a cru que nos grands médias étaient désireux de se racheter une conscience professionnelle après plus d’un an de roucoulage sous les fenêtres d’un président qui ne manquait pourtant pas de se moquer ouvertement d’eux à de maintes reprises. Entre la révélation du Monde (pourtant journal de révérence) et les multiples décryptages des mensonges de l’Elysée, on avait presque l’impression d’avoir à faire à un contre-pouvoir !
 
Puis est venu le temps de la reprise en main : on ne sait pas qui exactement, à l’Elysée, a passé les bons coup de fil, mais le sbire de Macron, pourtant mis en examen, s’est retrouvé relooké par Cristina Cordula (on suppose) et au JT de TF1 vendredi soir : même pas en direct, exposé à des questions gênantes. La veille il avait le droit à une loooongue interview au Monde, lui laissant le temps d’exposer ses mensonges sans grande contradiction : il a ainsi pu raconter que s’il avait le badge “H” de l’Assemblée Nationale (celui qui donne accès à l’hémicycle) c’était pour pouvoir fréquenter sa salle de sport… dont l’entrée ne nécessite pas un tel badge et qui est minuscule et en sous-sol. On sait aussi maintenant que cet interview s’est déroulé au domicile d’un lobbyiste et en présence d’une amie proche du couple Macron. 
 
Et le voilà maintenant dans le Journal du Dimanche, média pas connu pour pousser dans leurs retranchements les macronistes.
 
On aurait aimé que nos courageux journalistes soient aussi généreux avec les syndicalistes mis en examen de l’affaire de la chemise d’Air France, et de toutes celles et ceux qui ont affaire à notre justice de classe sans pouvoir organiser la moindre défense médiatique.
 
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Auto-apitoiement des grands médias, saison 35

La corporation des grands journalistes pose un problème de taille à la démocratie : elle est son propre juge. Si toutes les professions passent par le laminoir du jugement médiatique (en ce moment ce sont les cheminots), ce n’est pas le cas des journalistes eux-mêmes. Leurs difficultés et leurs méthodes ne sont traitées que du point de vue de la victimisation.

Ces derniers jours en sont l’énième démonstration : dans le Monde, au JT de la 2,

Le journaliste Laurent Delahousse en plein exercice de son “4e pouvoir” face au président de la République : “C’est pas une légende, vous dormez très peu ?”

dans l’ensemble de la presse magazine, ça se victimise très très fort sur la haine dont les médias seraient l’objet de la part des mouvements politiques d’opposition. Une façon commode pour mettre la France Insoumise et le Front National dans le même sac, ce qui constitue aussi une véritable obsession professionnelle dans ce milieu-là.

Hier soir au JT de la 2, les principes élémentaires enseignés dans les écoles de journalisme n’avaient plus cours : une présentation schématique, aucune explication du phénomène (pourquoi les politiques crachent sur les médias ? pourquoi tant de gens s’en méfient ?) et surtout aucun contradictoire : pas le moindre micro-trottoir pour demander aux “Français” ce qu’ils en pensent, comme il est de mise quand on parle des cheminots par exemple.

 

Une armée de journaliste d’investigation tentant de révéler les dessous de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007.

Ça chouine fort dans la corporation, au nom de la “démocratie” et de la “liberté de la presse”, mais c’est un chouinage sélectif : nulle tirade contre le président de la République par exemple, qui a écarté consciencieusement les journalistes de l’Élysée ou qui a insulté l’audiovisuel public. Être tenu en laisse par le pouvoir, aucun problème ! On se souvient de cette meute de journalistes parqués dans une remorque pour avoir l’infinie honneur de filmer une des mises en scène de Nicolas Sarkozy à cheval en Camargue. Il en va de même avec Macron, qui joue au sous-marinier ou au pilote de chasse dans des mises en scènes qui devraient scandaliser tout grand “démocrate” : les journalistes n’y trouvent pas grand chose à redire et jouent le jeu.

On ne trouvera pas non plus un mot contre les grands propriétaires de la presse, ces milliardaires qui régissent les rédactions et achètent titres sur titres.

Derrière ces grandes tirades sur la “liberté d’expression” et le “4e pouvoir”, les grands journalistes veulent le beurre et l’argent du beurre : qu’on les laisse être des larbins du pouvoir et des puissants mais sans subir la moindre critique de la part des citoyens. Qu’ils ne comptent pas sur nous

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LE “MÉLENCHON BASHING”, RÉVÉLATEUR DU MONDE IDÉOLOGIQUE DES JOURNALISTES

Que l’on aime ou pas le candidat aux législatives et ex-candidat aux élections présidentielles pour la France Insoumise, force est de constater qu’il fait l’objet depuis au moins mi-avril d’une campagne de décrédibilisation sans précédent par sa durée et la diversité des moyens employés par les rédactions pour la mener.

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Météo des neiges, télévision de riches : Enquête sur le monopole des classes supérieures sur la télévision

Chaque hiver, à partir de début décembre, la « météo des neiges » succède à la météo normale. Celle-ci est un incontournable des télés et radios, et sans doute la séquence où les spectateurs sont le plus attentifs. Quel temps fera-t-il demain chez nous, mais aussi la température la plus basse à Aurillac et le soleil en Corse, évidemment ! Ce programme, instructif sur le plan géographique, est aussi le plus égalitaire qui soit : même si nous n’avons pas tous un quotidien soumis aux aléas de la météo, tout le monde cherche à savoir quel temps il fera. Rien de tel avec la météo des neiges : tout aussi présente que le programme conventionnel, elle renseigne sur le niveau d’enneigement des pistes de ski en montagne, ciblant quatre à six stations par massif montagneux. Le raisonnement qui sous-tend la mise en place de ce programme doit sans doute être le suivant : c’est l’hiver, les vacances scolaires de Noël et de février, donc « les gens » partent au ski. L’été à la plage, l’hiver au ski, le printemps en Bretagne, non ? Eh bien non. Deux tiers des Français ne partent pas du tout en vacances l’hiver et seulement 8 % d’entre eux vont skier au moins une fois tous les deux ans. Et la moitié des effectifs de ces vacances sont cadres ou professions intellectuelles supérieures [1].

Alors pourquoi la météo des neiges est-elle programmée à une heure de grande écoute ? C’est parce que la télévision montre beaucoup plus de membres de la classe supérieure que de gens des classes populaires. On entend souvent dire que la télévision serait un organe de propagande du gouvernement ou le temple de la bêtise ou du consumérisme. Mais ce qui saute aux yeux d’abord c’est qu’elle fait des membres de la classe supérieure la référence obligée de tous les autres. Cette surreprésentation a des conséquences sur nos perceptions de la société – elles contribuent par exemple à notre méconnaissance des inégalités : ces couples de cadres avec trois enfants et une grande maison comme ceux du programme court « Parents mode d’emploi » sur France 2 deviennent la norme du « Français moyen » alors qu’ils font de fait partie des classes supérieures.

Mais cela a aussi des conséquences politiques : sur chaque sujet, ce sont d’abord des membres de la petite ou moyenne bourgeoisie qui s’expriment, donnant leur point de vue comme valant pour tous les autres et contribuant à valider certaines réformes et décrédibiliser certains mouvements sociaux. On interroge ainsi beaucoup plus souvent des entrepreneurs que des salariés pour parler des vertus d’un rétrécissement du code du Travail. Pourquoi cette domination des classes supérieures à la télévision et comment en sortir ?

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