Quand l’industrie pharmaceutique organise la pénurie de médicaments

Récemment, le LEEM, principal lobby des industriels du médicament, tapissait le métro parisien de ces publicités.

 

Le secteur pharmaceutique, le plus rentable de l’économie mondiale, a suffisamment de moyens et de relais pour redorer régulièrement son image, malgré les scandales qui, presque chaque année, montrent que l’appétit financier de ces industriels prime absolument tout le temps sur la mission thérapeutique qu’ils prétendent se donner. Nous avons, dans notre numéro 14, longuement enquêté sur les pratiques de ces entreprises, capables avec la complicité des pouvoirs publics de vendre leurs produits au prix cher, d’obtenir la prise en charge par les systèmes de santé de médicaments inutiles ou inefficaces, d’influencer les médecins pour prescrire des traitements à des gens qui n’en ont pas besoin. Ces pratiques commencent à être connues. Mais qui pouvait croire que ces gens étaient capables d’organiser des ruptures de stock – entraînant la mort de malades – pour faire monter leurs prix ?

C’est un scandale que dévoile à mi-mots un rapport sénatorial sur la pénurie de médicaments.   Celle-ci est 10 fois plus fréquente qu’il y a dix ans, et elle concerne des produits aussi essentiels que les antibiotiques, des vaccins ou le traitement de l’hépatite B. Concrètement, ces pénuries entraînent l’interruption du traitement des malades, leur mise en danger voire leur mort. Ce rapport nous apprend ceci : au mépris de leurs engagements avec les hôpitaux et les systèmes de sécurité sociale, les industriels répondent aux ruptures de stock de façon plus ou moins rapide, jouant la concurrence entre les pays. Ainsi, un représentant du principal lobby des industriels, le LEEM, a expliqué aux sénateurs que :

“Lorsqu’une tension survient du fait d’un accroissement de la demande, [nos entreprises] vont approvisionner en priorité les pays qui pratiquent les tarifs les plus élevés “

Sans complexe, le représentant des industriels explique là à des représentants du pays que si leur administration ne donne pas des prix assez élevés à leurs médicaments, alors ils risquent de subir des pénuries. Ce que confirme un représentant du personnel de Sanofi, “notre” fleuron national, qui a confié aux sénateurs qu’il existait des« stratégies de rupture visant à maintenir le niveau des prix ».

Français ou étranger, un groupe pharmaceutique n’a donc pas de complexe à placer le couteau sous la gorge des Etats en organisant des pénuries s’ils négocient trop bien les prix, et n’a pas de complexe à le dire, par le biais de ses lobbyistes, à leurs représentants. Face à un tel scandale, le rapport sénatorial (conduit par des gens de droite et bien installés, il ne faut pas l’oublier), répond de façon inédite : il propose d’organiser une production publique des médicaments essentiels pour pallier à ces pénuries.

Il est grand temps en effet que notre santé cesse de dépendre d’entreprises géantes qui se comportent comme une mafia, n’hésitant pas à racketter les Etats et à faire mourir des malades pour maintenir au plus haut les prix qu’elles pratiquent.

L’État, victime consentante de l’industrie pharmaceutique

L’annonce du déremboursement de plusieurs traitements contre la maladie d’Alzheimer, fin mai, a beaucoup choqué. De la part de la ministre de la santé qui met sous pression les hôpitaux et demande aux malades d’aller plutôt vers la médecine libérale, cela ressemble fort à un nouveau tour de vis dans les finances de santé. Mais il n’en est rien : ces traitements étaient inutiles. Depuis 2011, la Haute Autorité de Santé, chargée d’estimer le Service Médical Rendu d’un médicament pour lui fixer son taux de remboursement, était au courant. Mais il a fallu des années pour agir et faire cesser ce gaspillage sur le dos des assurés sociaux. Les industriels du secteur pharmaceutique, premier marché mondial, savent jouer avec nos institutions de santé pour faire passer pour nécessaire des produits qui ne le sont pas. Dans une enquête publiée dans le numéro 14 de Frustration, nous expliquons les ressorts des truquage des industriels et des politiques complaisants pour faire rembourser ce qui ne devrait pas l’être.

La Suite

Un député actionnaire de Sanofi veut déréglementer les essais cliniques sur les humains

Le 9 mai était examinée en commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale une proposition de loi du groupe centriste MODEM, qui porte sur la réforme des « Comités de protection des personnes ». Ces comités ont pour rôle de s’assurer que tout projet de recherche portant sur l’être humain respecte diverses mesures (médicales, éthiques et juridiques) visant à assurer la protection des personnes qui participeront à cette recherche. Il existe une quarantaine de comités en France, composés de chercheurs, de professionnels de santé, d’usagers, d’associations et de psychologues. Ces comités doivent en particulier donner leur aval à des essais cliniques, c’est-à-dire les études qui évaluent l’efficacité et la tolérance d’un traitement. La proposition de loi qui veut réformer le fonctionnement de comité a été conçue par un député fort attentif aux intérêts de l’industrie pharmaceutique…

La Suite

Le nouveau numéro de Frustration est sorti ! Pour vous le procurer, abonnez-vous ou commandez-le en ligne via la boutique du site ! Ignorer