Les équations bidons du petit Macron

Sous prétexte de “Grand Débat”, nos télés diffusent en continu la Grande Propagande : un président qui parle des heures à des maires – avec respect – et à des citoyens – avec condescendance – pour dérouler une série de fausses alternatives, d’équations issues de l’imagination rabougrie de sa tête de banquier énarque. Toutes ces équations sont fausses, destinées à réduire le champ des possibles politiques qui s’offrent à nous

“POUR FINANCER CECI, IL FAUT RÉDUIRE CELA” :

Dans l’absolu c’est vrai, sauf que Macron exclut systématiquement de l’équation tout l’argent que lui et ses prédécesseurs ont donné aux riches, aux patrons et aux actionnaires. Comme dans le questionnaire bidon du grand débat, il nous demande de choisir entre tailler dans l’éducation, la santé ou la solidarité. Avoir plus de droits ou plus d’impôts. C’est oublier que nos richesses ont été captées par une minorité. Chaque année, nos impôts financent 20 milliards qui vont aux entreprises, sous forme d’exonérations d’impôts (jusqu’en 2019) et d’exonérations de cotisations sociales compensées par l’Etat (à partir de 2019). Désormais, nos services publics vont devoir fonctionner sans les milliards de l’ISF. Et la flat tax, et l’évasion fiscale ? Des dizaines de milliards peuvent être réinvestis dans notre modèle social et nos services publics sans que notre solidarité soit réduite pour autant.

“ON NE VIVAIT PAS MIEUX AVEC L’ISF, IL N’Y AVAIT PAS MOINS DE SDF”,

répète Macron en boucle, trop fier de sa punchline. Eh si champion ! (on se permet d’être familier, lui nous appelle “les enfants”) le nombre de pauvres augmente dans ce pays à mesure que la fiscalité des riches s’est allégée. Depuis la crise de 2008, causée par la stupidité et l’irresponsabilité des financiers, une partie de la population s’appauvrit. Et dans le même temps, les gouvernements successifs et surtout le sien ont réduit la fiscalité des riches et des entreprises et la font peser sur les ménages sous forme d’augmentation d’impôts (la CSG pour les retraités…) et de coupes dans la sécurité sociale et les services publiques. On vivrait mieux avec un gros ISF : on pourrait sortir les urgences du chaos, on pourrait bâtir des centres d’accueils, les communes arrêteraient d’être saignées, on ne baisserait pas les APL et on ne gèlerait pas le RSA pour permettre aux riches de prospérer. Si la part de rémunération des actionnaires n’avait pas augmenté dans toute l’économie, au détriment des salaires, ces derniers ne stagneraient pas. Comme il le dit lui-même, “on ne peut pas financer ceci sans réduire cela”, on ne peut pas donner aux riches sans prendre aux pauvres.

“JE N’AI PAS FAIT DE CADEAUX”

“Ben si”, a répondu l’Assemblée citoyenne devant lequel Macron a déclaré cette ineptie. Et elle a raison ! Distribuer de l’argent aux riches et aux entreprises plutôt qu’aux ménages moyens et populaires, c’est un cadeau, dans la mesure où ça ne s’explique pas autrement que par l’affection et la profonde solidarité qu’entretient le président, son gouvernement et sa majorité envers ceux à qui ce transfert bénéficie. Cet amour, qui est idéologique et social, “a ses raisons que la raison ignore”, comme dit le proverbe. Car Macron et ses sbires sont bien incapables d’expliquer clairement quels effets vertueux et rationnels une telle dépense budgétaire (20 milliards de transformation du CICE en baisse de cotisations + 7 milliards d’ISF, sans compter la flat tax) va produire. Ils nous demandent d’attendre de voir. Sauf que les effets sont déjà là : les riches ne sont plus incités à investir dans l’économie réelle (car c’était un des objectifs de l’ISF, empêcher l’argent de dormir ou de s’en aller, car quand un riche investissait dans une PME, il avait une réduction de son ISF) et ne sont plus incités à être solidaires : les dons aux associations se sont effondrés en 2018, à cause de la suppression de l’ISF : l’ISF était une carotte pour les forcer à donner. Ils ne sont plus incités fiscalement à le faire et voilà le résultat, bébé Macron, il y aura de plus en plus de SDF car les associations ne vont plus avoir les moyens de les aider.

Toutes les équations du petit Manu sont fausses, en plus de se contredire les unes par rapport aux autres : Oui, la suppression de l’ISF et moins d’efforts demandés aux riches, aux actionnaires et aux patrons, aggravent la pauvreté. Car oui, ce n’est pas open bar, et donner d’un coté pousse à réduire de l’autre, et c’est ce que Macron en offrant des cadeaux. De vrais cadeaux, pour ceux qu’il aime, ceux pour qui il bosse, car oui, son passage à Rothschild a laissé des traces profondes chez ce monsieur, et rien à voir avec des “relents” antisémites, comme il l’a laissé entendre pendant son one man show miteux d’hier, mais parce que cette banque d’affaire est un formidable créateur de réseaux entre riches et politiciens.

“Grand Débat” : Donner son avis sans savoir ce qu’ils en feront, ça ne sert à rien

Dans une vidéo mise en ligne https://twitter.com/gouvernementFR/status/1087998020229255169par le gouvernement, on voit la secrétaire d’Etat Emmanuelle Wargon nous raconter, face caméra, qu’on va “vraiment pouvoir s’exprimer” avec le Grand Débat. Vous entendez ? Une femme qui était lobbyiste en chef pour Danone avant d’entrer au gouvernement, et qui est donc habitué au seul débat que celui-ci pratique – avec le CAC 40 -, vient nous raconter, sans honte, des cracs sur notre capacité à nous “exprimer”.

Dire à des gens de “venir s’exprimer” sans prendre la peine de donner la moindre information sur ce qu’il adviendra de leurs avis (Référendum ? Loi ? Sondage ? Aucun indice n’est donné) c’est aussi “démocratique” et “à l’écoute” que le Carrefour City du coin de la rue qui vous demande d’appuyer sur un bouton en sortant pour dire si le rayon légume était assez attrayant pour vous. Le Grand Débat c’est “cause toujours petit peuple, à la fin on va bien continuer à faire ce qu’on veut !”. Et c’est une ex-lobbyiste de Danone passée au ministère de l’écologie (vraiment, prenons tous ensemble la mesure de la violence et de l’absurdité de cet énoncé) qui vous le dit.

Le seul intérêt de ce grand bullshit est électoral : utiliser une initiative bidon pour préparer les élections européennes. Car nos gouvernants le savent mieux que quiconque : dans notre système politique ce sont les élections qui font la légitimité d’un pouvoir, pas les “Grands Débats”. Ces gens savent que même si on a 50% d’abstention aux européennes (comme d’hab), ils pourront se targuer d’avoir été “plébiscités par les Français”. Ils ne seront pas gêné de le dire, ils ne l’étaient pas non plus quand Macron avait gagné face à Le Pen, malgré un taux de vote blanc et d’abstention record.

Aller chez Hanouna parce que ça “fait peuple” (et que le gars est un gros bourgeois macroniste, eh oui “mes chéris”), parler 7h d’affilée devant les maires, qui sont des gros relais d’opinion, se faire inviter par tous les éditocrates crédules (parce qu’ils le veulent bien) pour parler du “grand débat” : le gouvernement détourne l’événement pour faire campagne sans le dire. Evidemment, c’est illégal, mais la légalité ces gens s’en foutent – sauf quand il s’agit de mettre des manifestants en taule. Ils sont aux abois, ils vacillent alors qu’ils commencent tout juste la mission néolibérale que la grande bourgeoisie leur a confié, il leur faut donc un second souffle électoral.

Qui croient-ils berner ?!