Le 8ème, là où tout ruisselle.

Depuis samedi 1er décembre au soir, les chaînes de télévision tentent de nous affliger des images de “chaos” et de “destructions” qui tournent sur nos écrans, là où habituellement règne le calme, l’opulence et la discrétion d’une grande bourgeoisie toujours au chaud et en sécurité – les manifestations syndicales se déroulant habituellement entre Bastille et Nation, c’est-à-dire à l’opposé de leur doux 8e arrondissement.

Le 8e arrondissement a été dès le début conçu pour assurer aux puissants qui règnent sur ce pays calme et sérénité : pendant l’ancien régime, la noblesse y disposait de ses terrains de chasse et de quelques hôtels particuliers loin de l’agitation et des émeutes. Mais c’est notre grande bourgeoisie, qui émerge au 19e siècle, qui en a fait ce que cet arrondissement est maintenant : le lieu de pouvoir par excellence. A partir de 1860, les grandes rénovations entreprises par le baron Haussmann font du 8e le principal lieu de spéculation et là où s’édifient tous les symboles de la puissance capitaliste : sièges de banques, hôtels de luxe, et tous ces immeubles dits “haussmanien” qui symbolisent la division en classes sociales : tout en haut les domestiques, en bas les gardiens, au milieu les bourgeois avec leurs grands appartements aux grandes fenêtres.

Le 8e est, depuis le 19e siècle, le lieu où toutes les richesses convergent : ça ruisselle fort rue du Faubourg St Honoré, place de la Concorde, avenue des Champs-Elysées… On y trouve des lieux de pouvoirs éminents : le pouvoir politique y a son Palais de l’Elysée et les ambassades des Etats-Unis et du Royaume-Uni. Le pouvoir financier y a le siège d’Axa, mais aussi les clubs mondains comme l’Union Interalliée ou le Club du siècle : toute l’élite s’y retrouve, à l’abris des regards et sûre de son bon droit, pour mener sa vie emprunte de conflits d’intérêts. On y trouve 4 des 7 palaces parisiens et le plus de restaurants étoilés : c’est sans doute parce qu’il passe trop de temps dans le 8e que le ministre Darmanin pense que pour moins de 100€ impossible se faire une bouffe à Paris.

Que l’on se rassure : celles et ceux qui ont vu leurs voitures brûler dans les avenues du 8e sont à l’abri du besoin. Arrondissement le moins densément peuplé de Paris, le 8e ne compte que 1.6% de logements sociaux. Le revenu fiscal médian (la moitié gagne plus, la moitié gagne moins) est de plus de 51 979€, contre 20 150€ pour le reste du pays. 30% des revenus des habitants du 8e sont issus du patrimoine immobilier ou financier (via ce lien vous pouvez vous amuser à comparer les revenus du 8e avec celui de votre commune : attention les yeux).

Les habitants du 8e ont une conscience de classe, ils savent ce qu’ils font. Au premier tour des présidentielles ils ont voté à 50% Fillon, l’homme qui assumait vouloir détruire votre sécurité sociale, et 30% pour Macron, l’homme qui n’assume pas mais le fait quand même.

Ne pleurez pas pour le 8e. Cela fait plus de deux siècles que ses habitants sont la cause de vos larmes.

La dignité retrouvée

 

Des décennies qu’ils détricotent ce que nos anciens ont conquis pour nous. Sécurité sociale, système de santé, assurance-chômage : tout doit disparaître.

Des années qu’ils transfèrent le fruit de notre travail vers leurs profits. Jamais les salaires n’ont aussi peu augmenté depuis dix ans alors que jamais les actionnaires ne se sont aussi enrichis.

Des mois qu’ils soutiennent des lois qui nous oppriment, nous asservissent, et en toute impunité : le secret des affaires pour protéger leurs magouilles, les ordonnances travail pour nous virer sans rendre de compte, la vente à la découpe de nos entreprises publiques, la privatisation de la SNCF…. Leurs dégâts sont considérables et ils ne comptaient pas s’arrêter là.

Des semaines qu’ils nous insultent, qu’ils traitent leurs concitoyens de “beaufs”, d’illettrées, d’abrutis qui refusent d’accepter le cours de leur Histoire et de leur Raison capitaliste. Ils sont allés jusqu’à nous traiter de pollueurs et d’anti-écologistes quand ce sont leurs entreprises, leur productivisme et leurs vols long courriers qui détruisent notre environnement.

Des jours que le président qu’ils nous ont imposé, par soutien financier et médiatique massif puis chantage au FN, reste “droit dans ses bottes” et méprise la colère, se croyant intouchable.

Mais cette fois-ci, aucun Benalla n’a réussi à protéger leurs beaux quartiers : la rue Kleber, l’Avenue Foch, la rue de Rivoli, ces avenues chères du Monopoly, brûlent ! Leurs bagnoles de luxe crâment ! Les bourgeois se terrent dans leurs hôtels particuliers, ils flippent de voir cette foule jaune sans service d’ordre pour les canaliser, sans représentant pour les trahir, sans parti politique pour les faire taire !

Aujourd’hui est le premier jour de la vengeance des classes moyennes et populaires, contre la grande bourgeoisie et la guerre de classes qu’elle mène contre elles depuis des décennies.

Qu’on se le dise, même si les dégâts sont considérables et cinématographiques, ils ne sont rien comparés à ce que les grands bourgeois et leurs partis ont fait à la vie des ouvriers, au dos des employés, au psychisme des cadres, à la faim des sans abris et à l’angoisse des retraités.

Ces violences matérielles ne sont RIEN comparé au mal que les habitants de l’avenue Kleber – ces banquiers, actionnaires, politiciens, PDG – font tous les jours au reste de l’humanité ! Mais elles marquent un jour où les Français renouent avec leur dignité.

Gilets jaunes : le mépris puant de la bourgeoisie

Depuis samedi le pays est agité par un mouvement d’une forme inédite et d’une intensité rare. Parce que les journalistes sont attirés par la nouveauté comme les pies le sont par tout ce qui brille, la couverture médiatique est très importante. Tout comme les commentaires, surtout pour le pire. On voit donc se succéder les moqueries des “twittos” issus de la bourgeoisie culturelle sur les “chenilles” qui sont menées durant les blocages (essayez de tenir un point de blocage en bord de route dans le froid en restant droit comme un piquet pour voir) aux “analyses” de la bourgeoisie éditorialistes qui ne s’interdit pas de qualifier les plus de 300 000 personnes mobilisées de “cons” et de “beaufs”, voir, comme le fait le Monde dans un dessin bien pourave,”d’abrutis”  (une insulte qui, adressée aux journalistes, provoque l’union de toutes les rédactions, mais sur des français anonymes on a bien le droit).

Cette France “provinciale”, des salariés du privé et des artisans, provoque le dégoût de classe des classes supérieures, qui ne s’embarrasse pas de convenance pour l’exprimer. Pour elles, “défendre la bagnole” est une hérésie et ses membres sont infoutus de comprendre que plus personne ne vit dans les centre-villes qu’ils ont colonisés par leur gentrification, leurs bars concepts et leurs foutus “pieds à terre”. Ou plutôt ils s’en foutent, car ce qui caractérisent de plus en plus nos “commentateurs” c’est leur indifférence criante et revendiquée à l’égard des conditions de vie de leurs concitoyens.

Les salaires baissent, stagnant sous le niveau de l’inflation, et les impôts ont globalement augmenté, pour le bonheur des plus riches qui en payent moins. C’est ça la réalité de ce que vivent les gens. Et si nos bourgeois sont capables de gober le prétexte de la transition écologique pour ce qui n’est qu’un greenwashing du rééquilibrage fiscal en faveur des riches –  et ce alors même que le très peu gauchiste Nicolas Hulot a affirmé que toute réunion portant sur l’état de la planète accueillait à l’Elysée le lobbyiste de la branche concernée – c’est parce que cette classe a toujours nimbée son exploitation d’autrui de prétexte vertueux : Avant-hier le mépris du travailleur était enrobé de religiosité, hier de “mérite” éclatant, aujourd’hui d’écologie et de bon goût : sus au “beauf” qui fait la chenille pendant les mariages et qui roule au diesel. Vive nous les riches qui avons bon goût pendant les mariages et prenons notre vélo (entre deux vols long courrier).

“Beaufs”, “abrutis”, “cons” sont autant de manifestations d’un dégoût de classe à peine masqué ou totalement assumé par des gens qui ne vivent qu’entre eux et qui, le soir venu, après avoir déversé leur venin sur les citoyens moins riches qu’eux, n’en croiseront pas dans leurs quartiers gentrifiées, leurs rues privées, leurs boulevards pavés de bonne conscience. Il y aurait pourtant beaucoup à dire sur ce mouvement – loin d’être parfait, loin d’être magique, où l’on trouve la colère du peuple mais aussi des expressions d’homophobies, de racisme et d’islamophobie. Mais rien à attendre des “analyses” foireuses d’une élite autoproclamée qui squatte nos télés depuis plus de trente ans pour nous vendre la merde néolibérale de leur classe sociale.

Dégagez les blaireaux déconnectés. Allez vous enfermer dans votre Île de Ré, on bloquera le pont derrière vous.

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