“Offres qui ne trouvent pas preneurs” et autres entourloupes médiatiques pour faire des chômeurs les seuls responsables de leur état

L’avenir c’est le verre, et c’est France 2 qui vous le dit. Alors bougez-vous les glandus !

C’est une marotte des Journaux Télévisés : il y a des secteurs qui marchent très fort mais qui ne trouvent pas d’emploi, comment donc expliquer cela ?! Hier encore, France 2 passait de longues minutes à nous parler de l’industrie du verre, qui se porte très bien parce que les entreprises françaises “ont joué la carte de la qualité” pour faire face à la concurrence internationale. Très bien. On y apprend au passage que les salariés ont subi des mesures de “flexibilisation” du temps de travail, pour être plus “souple et adaptable”, façon de dire que les recettes du gouvernement fonctionnent.

Mais alors pourquoi diantre le chômage est-il encore là ? Parce que “le secteur peine à recruter” (un refrain auquel on a droit au moins une fois par semaine, quand ce n’est pas le secteur du verre c’est celui de l’intelligence artificielle ou des portails en fer forgé). Aucun commentaire ne sera fait sur l’enclavement de certains sites de production ou sur le niveau des rémunérations (Et puis quoi encore ?!), on ne demandera pas l’avis des syndicats maisons (si tout a été “flexibilisé” façon Pénicaud il ne doit plus y en avoir) car le fin mot de l’histoire sera laissé au patron, qui nous explique que les gens ne sont pas qualifiés pour travailler du verre, et qu’il n’est pas prêt à laisser sa chère machine à n’importe qui.

Certes, on le comprend, mais former les gens en interne, ça se fait non ? Plus maintenant : de nos jours, les employeurs veulent des recrues sur mesure, prêtes à l’emploi, et ne semblent plus vouloir dépenser un centime ou une heure à mettre quelqu’un au niveau de la tâche demandée. Une mentalité bien incohérente, qui semble totalement faire l’impasse sur les responsabilités de l’employeur. Le message, cher au gouvernement, s’adresse aux travailleuses et travailleurs, seuls responsables, désormais, de leur “employabilité” : “formez-vous” “adaptez-vous” : vous étiez coiffeur, devenez souffleur de verre ! Mais pour ça, il va falloir vous démerdez. Car depuis la loi “pour la liberté de choisir son avenir professionnel” (qui confirme le théorème orwellien selon lequel un nom de loi macroniste désigne toujours l’inverse de ce qu’elle produit), les moyens alloués à la formation par les entreprises ont diminué, ainsi que leurs obligations en la matière. La responsabilité est déplacée vers le salarié, qui doit se former lui-même, cotiser pour un “droit à la formation” de plus en plus théorique, qu’il pourra gérer directement depuis son “compte personnel d’activité en euro”, que la ministre du travail décrivait comme un “Trip Advisor de la formation professionnelle”, en espérant anticiper les besoins de l’économie en s’insérant dans la formation miracle et porteuse. Il fut un temps où on pouvait espérer obtenir un “congé individuel de formation” pour ça, mais c’est terminé : la production n’attend pas que vous vous mettiez au niveau, les cocos !

Le patron de ce secteur en pointe explique à France 2 que c’est bien beau tous ces CV de diplômés, mais lui a besoin de quelqu’un qui sache faire fonctionner SA machine.

Se former, s’adapter, ça va donc être de plus en plus galère, merci au gouvernement et au patronat. Mais le pire, c’est que ça ne résoudra pas le problème ! Car quand bien chaque chômeur mettrait toute son énergie à se former au travail du verre, du fer forgé ou du robot qui pleure, il n’y aurait pas assez de place pour tout le monde, et c’est ce que nos JT se gardent bien de préciser durant ce genre de reportage : la dernière enquête de Pôle Emploi sur les emplois vacants estime à 200 000 à 330 000 les offres qui ne trouvent pas de candidats adéquats (ça ne signifie pas que personne ne s’est présenté mais que personne ne convenait), dont 55% seulement concernent des CDI ou des CDD de plus de 6 mois. Il y a donc au mieux 1 emploi non pourvu à attraper pour 20 chômeurs. Et encore, les “offres non pourvues” sont aussi les offres illégales ou délirantes, estimées à 9.3% des offres par pôle emploi et 50% par la CGT.

Les motifs de sortie du chômage selon la dernière enquête de Pôle Emploi

Ces reportages sont donc mensongers et contribuent à décrire des chômeuses et chômeurs comme les vrais responsables de leur condition. Une idée à la mode, colportée par un gouvernement qui intensifie les contrôles des demandeurs d’emploi, pour vérifier qu’ils s’activent comme des beaux diables et se rendent à des rendez-vous mensuels de contrition. Des contrôles qui ne visent en réalité qu’à augmenter le nombre de “sortie administrative” et de radiation, et ainsi pouvoir raconter au monde entier que leurs solutions néolibérales fonctionnent. Alors que pas du tout : selon les derniers chiffres de Pôle Emploi (ceux de janvier dernier) seulement 1 chômeur sur 5 en moins l’est parce qu’il a trouvé un travail. Pour plus de la moitié d’entre eux, la sortie des listes de Pôle Emploi s’est faite par radiation ou “défaut d’actualisation”. Et 10% sont entrés en formation pour devenir les souffleurs de verre, inventeurs de portails et promeneurs de robots-chiens de demain…

Jeudi de la rage : Les nouveaux gardiens de la galaxie

Comment un scénario catastrophe permet de mener une politique de classe

Face aux critiques sur leur politique, « L’important, disent les membres du gouvernement, c’est de garder le cap et lutter contre le fléau du chômage » et pour ça tous les moyens sont bons. Voici le synopsis du film catastrophe auquel adhèrent la plupart des journalistes. Alors même que son intrigue est nulle, ses effets spéciaux complètement ratés et qu’il cache la véritable entreprise de sous-traitance en faveur des riches à laquelle se livrent nos dirigeants, sous couvert de lutte sans merci contre le chômage.

Voici comment ça a fonctionné jusqu’à présent :

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