Pas un “tournant social” mais une accélération du macronisme

Hier soir, l’énarque millionnaire qui nous sert de président est venu faire une série d’annonces que les éditorialistes au poil de brosse à reluire les plus doux ont immédiatement qualifié de “tournant social”. Ces gens se sont dit que puisque les gilets jaunes s’habillaient mal ils allaient pouvoir les embobiner, et profiter de leur mouvement pour faire encore plus de néolibéralisme en appelant ça du “social”.

  • “100€ de plus pour le SMIC” mais payé par vous et nos coupes budgétaires : la réalité c’est qu’il s’agit d’une revalorisation à hauteur de l’inflation (donc neutre pour le pouvoir d’achat des gens) + une augmentation de la prime d’activité, cette prestation sociale destinée aux bas revenus et que nous payons tous. Elle était DÉJÀ prévue, il n’a donc rien annoncé. Et en plus, plutôt que de partager le gâteau des riches, il nous demande de payer les miettes pour les Smicards. Et ça va coûter beaucoup d’argent : un trou d’une dizaine de milliards d’euros dans le budget de l’Etat, à prendre sur nos services publics. Et les chômeurs, les jeunes ? Rien pour eux, circulez.
  • “une prime exceptionnelle de 1000€”, c’est Noël pour les gueux ! Sauf que cette prime défiscalisée et sans cotisations sociales est facultative, ne la verseront que les employeurs qui le veulent. Super pour eux : s’ils avaient déjà prévu d’en verser une, ils le feront mais sans cotisations, la belle affaire. S’ils ne le voulaient pas, aucun problème.
  • “l’annulation de la hausse de la CSG pour les retraités qui gagnent moins de 2000€” : une annulation de hausse, ce n’est pas une baisse hein. Les retraité.e.s ne gagnent rien, ils perdent juste moins que prévu. En revanche, leur pensions de retraites ne vont plus augmenter autant que l’inflation l’année prochaine : ils perdront quand même.
  • “la défiscalisation des heures supplémentaires” qui s’ajoute à leur exonérations de cotisations sociales, votées il y a quelques semaines. Cette mesure a tellement marché sous Sarkozy qu’elle a du être abandonnée : elle coûtait un fric monstre aux finances de l’Etat, elle provoquait une politique d’austérité pour tenir le rythme, et elle détruisait des dizaines de milliers d’emploi chaque année. Le patronat, en revanche, c’était régalé de pouvoir ainsi faire travailler davantage à moindre coût. Normal qu’il en redemande.

Nous n’avons donc rien obtenu. Ce président et sa troupe de technocrates et d’éditocrates cyniques sont suffisamment pervers pour tenter d’enfoncer le clou de leurs réformes néolibérales en faisant passer ça pour un progrès. Sur quoi comptent-ils ? Notre bêtise. Car c’est ce qu’on leur apprend dans leurs écoles : quand vous donnez des miettes aux gueux, ils se ruent dessus sans poser de questions. Nuls en maths, ils ne réalisent pas que ce qu’on leur donne d’une main, on leur reprend de l’autre. Inculte, ils ignorent que ça nourrit la destruction de leur sécu et de leur assurance-chômage.

Dommage pour eux, les choses ne fonctionnent pas comme ça : sur les ronds points, devant les lycées, sur les parking de supermarché, éclairés par les flammes des braseros, les gens se parlent. Ils n’ont sans doute pas fait l’ENA mais ils savent mieux que nos élites ce qu’est l’injustice, ce que sont le partage et la solidarité.