Un mythe : le trou de la sécu

Un mythe : le trou de la sécu

Avec les débats du jour sur le budget annuel de la Sécurité sociale, on voit bien que “le trou de la Sécu” est l’arme de destruction massive utilisée dans le discours politique lorsqu’il s’agit d’attaquer l’institution ou de préparer le peuple à des réductions de prestations. Quand on veut tuer son chien, on l’accuse de la rage… Voici quelques arguments à opposer avant la dernière piqûre.

D’abord, un déficit de quelques milliards (6 milliards en 2015, 4 milliards en 2016) n’est rien en regard des sommes engagées (470 milliards, bien plus que le budget de l’État). Soit un déficit de 1 à 1,5 %. Un budget finalement très « sain » selon les critères de Maastricht…

Ensuite, l’État, dans le cadre de sa politique économique, décide des exonérations de cotisations sociales qu’il est réputé devoir compenser par son propre budget pour ne pas alourdir le déficit des caisses de Sécurité sociale. Cependant, ça n’est jamais le cas et le ministère du Budget (rapport du Comité d’évaluation des dépenses fiscales) évaluait par exemple à 10 milliards d’euros les exonérations de cotisations sociales décidées par l’État et non compensées pour l’année 2011.

Le déficit s’explique par un manque de cotisations. Dès lors, deux pistes s’offrent à nous. D’abord, élever le taux de cotisation, tabou plus fort que le cannibalisme pour le patronat et la classe dirigeante car il signifie faire progresser la socialisation pour le bien commun. Ensuite, augmenter les salaires, le tabou suprême, tant cela va à l’encontre de tout ce qu’ils ont accompli méthodiquement pour diminuer depuis 40 ans leur part dans la valeur ajoutée. Notons à ce sujet un principe qui commence à mettre à peu près tout le monde d’accord, en théorie : l’égalité femmes-hommes et notamment l’égalité salariale. Si on imposait tout simplement l’égalité salariale à travail égal entre les sexes, on relèverait le salaire des salariées (la moitié des salariés, en gros), d’environ 20 %, soit une rentrée de cotisations qui rendrait tous les comptes sociaux excédentaires.

La Sécu coûte cher ? Assez de cette fable libérale… Rappelons cette réalité : les dépenses de santé ont représenté en France 11,5 % du PIB et environ 17 % du PIB aux USA en 2013 (source Banque mondiale). Pour des résultats sanitaires incomparables qui plus est car l’espérance de vie est plus faible et la mortalité infantile plus forte aux États-Unis. Oui, un système de santé socialisé est plus efficace et moins coûteux qu’un système privé.

Concernant les frais de gestion, notre intérêt est également vite trouvé : le coût de fonctionnement de la Sécurité sociale représente 5 % de son budget, il est de 15 à 20 % pour les mutuelles et autres complémentaires privées. Dans l’optique d’un regroupement des mutuelles dans la Sécurité sociale (mesure prévue par les programmes de la France insoumise et du Nouveau parti anticapitaliste), le « guichet unique » éviterait de gérer deux fois le même dossier et nous ferait économiser 7 milliards d’euros. Une bonne raison supplémentaire d’étendre le périmètre de la Sécu plutôt que de le comprimer.

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