LE « MÉLENCHON BASHING », RÉVÉLATEUR DU MONDE IDÉOLOGIQUE DES JOURNALISTES

Que l’on aime ou pas le candidat aux législatives et ex-candidat aux élections présidentielles pour la France Insoumise, force est de constater qu’il fait l’objet depuis au moins mi-avril d’une campagne de décrédibilisation sans précédent par sa durée et la diversité des moyens employés par les rédactions pour la mener.

De la diffusion de mensonges éhontés (en avril, Patrick Cohen avait tenu à dénoncer un projet d’alliance avec le Venezuela soi-disant présent dans le programme de la FI) à la diffusion de rumeurs (Mélenchon serait « pro-russe » parce qu’il dit qu’il faut discuter avec Poutine, mais quand Macron le fait, et à Versailles, c’est très très responsable), en passant par la caricature (Il suffit de regarder les photos choisies pour illustrer la plupart des articles portant sur lui), une énorme part des journalistes de ce pays s’adonnent à ce sport tant prisé dans la profession : le « Mélenchon bashing » ou, en bon français, « acharnement anti-Mélenchon ». Le dernier exemple en date est cette manipulation de l’émission Quotidien dont le journaliste est venu tout simplement agacer le bonhomme, espérant et obtenant un épisode d’agressivité à faire tourner sur les réseaux sociaux. Pourquoi cette attitude de presque toute une profession ? Plusieurs hypothèses :

– Le programme de la France Insoumise, pourtant loin d’être révolutionnaire, remet en question les dogmes économiques et sociaux que la plupart de nos médias colportent : la « politique de l’offre », la nécessité de faire des « politiques de compétitivité », l’absolue importance du régime présidentiel… Mieux vaut parler des humeurs du personnages et juger son style que de se confronter au fond des idées de son mouvement.

– Mélenchon clive, il n’évoque pas la France apaisée et consensuelle dont les médias nous parlent (voir notre article sur la surreprésentation des classes supérieures à la télévision : http://www.frustrationlarevue.fr/meteo-neiges-television-d…/), cette France petite bourgeoise qui a le réflexe de voter Macron pour « barrer la route au FN », son seul engagement politique véritable (http://www.frustrationlarevue.fr/votez-macron-bande-de-cons/). Il parle des riches, des pauvres, de classes sociales et d’oligarchie, autant de choses qui échappent à nos journalistes.

– Enfin, et pour la période qui s’ouvre avec l’élection de Macron, Mélenchon et son mouvement perturbent la belle « recomposition politique » que les grands industriels et les capitalistes qui tiennent nos journaux appellent de leur vœux depuis bien longtemps pour consolider leur pouvoir en toute quiétude dans les décennies à venir : La mise en place d’un clivage entre les « progressistes », enfin réunis sous la bannière de Saint Macron, avec sa novlangue de « l’ouverture » sur les autres et le libre-échange, et les « réactionnaires » frontistes, qui veulent une France raciste et traditionaliste. Avec un tel clivage politique, leur victoire est assurée pour des décennies. Or, la France Insoumise offre une troisième voie où le protectionnisme n’est pas nationaliste et où la sauvegarde de nos industries ne passe pas par la préférence nationale, gênant !

Voici quelques raisons qui expliquent l’agressivité de toute une profession, de moins en moins indépendante et de moins en moins rigoureuse, contre une seule personne et ce qu’elle incarne. Gageons qu’à l’intérieur de ces rédactions des journalistes ne pensent pas ainsi et sont embarrassés du sombre visage qu’un tel acharnement donne de leur métier.