Macron, le dernier fusible des riches, va sauter

En 2006, le président Chirac vieillissant cédait face à une mobilisation d’ampleur de la jeunesse et des syndicats contre le CPE, un contrat précaire destiné aux jeunes, selon l’équation miracle à l’époque presque nouvelle : “il faut flexibiliser le travail pour faire baisser le chômage”. Une catastrophe de plus pour la bourgeoisie française, après le “Non” au référendum sur le traité européen, le bas peuple inculte n’ayant pas saisi le bonheur du libre-échange et de la concurrence généralisée. Le MEDEF fulminait, les intellectuels médiatiques tapaient du pied : y’en a marre des gauchistes et des syndicats qui appartiennent au passé !

Toute la bourgeoisie porta alors aux nues le ministre Sarkozy, homme de droite aux accents populaires, passé maître dans l’art de dresser les smicards contre les allocataires du RSA. Après une année faste passée à réduire les impôts des riches, limiter le droit de grève et criminaliser les pauvres, une crise financière mondiale s’abattit sur le pays, tandis que les délires narcissiques et égotiques du président le faisait passer pour le mafieux qu’il est. Déception chez les bourgeois : 5 ans de sarkozysme n’étaient pas venu à bout du modèle social tant detesté. Des coups sérieux avaient été portés, mais les Français possédaient encore une carte Vitale et pouvaient mettre leur employeur devant les Prud’hommes.

5 ans de “social-libéralisme” incarné par la bouille inoffensive de François Hollande produisirent de meilleurs effets, mais non durables. La loi El Khomri réformant le Code du travail passa à coup de répression policière et de propagande transpartisane, mais Hollande devint très  vite aussi détesté que son prédécesseur.

Toute la bourgeoisie porta alors aux nues le ministre Macron, homme “ni de gauche ni de droite” donc de droite, jeune riche aux accents marketing, passé maître dans l’art de dresser les précaires contre les CDI, suffisamment bien entouré pour labeliser cela “le nouveau monde”. Après une année faste passée à supprimer les impôts des riches, restreindre le pouvoir des syndicats et taxer les retraités, le vent de l’impopularité l’emporte désormais, notament parce que derrière sa tronche de gendre idéal se cachait en fait un homme imbus de lui-même, aux pulsions despotiques, et singulièrement lâche (“venez me chercher!” quand on a l’immunité : quel courage !). Stupéfaction chez les riches : tout était si bien parti ! La sécurité sociale et l’assurance-chômage était sur le point d’être des souvenirs. Le droit du travail était liquidé. Les retraites allaient être démantelées.

Tristesse chez les riches : Peu après le début de l’affaire Benalla Le Point titrait en Une “La déception Macron”. Car Macron était leur dernier fusible. Le dernier monarque républicain en stock. Le dernier produit marketing encore disponible, après trente ans à tester de nouvelles formules : le monarque de droite mais qui aime disneyland, le monarque de gauche mais qui détruit le droit du travail, le monarque ni gauche ni droite mais super de droite … Qui sauvera désormais leur profits des appétits égalitaires du peuple ? Qui fera diversion de leur colère ? Qui débitera le discours consistant à raconter que la crise écologique, la précarité, le chômage seront miraculeusement résolu en donnant plus à ceux qui ont plus ?

Il n’y a plus grand monde en stock. Pour faire passer leur prochain candidat pourri au second tour ou pour empêcher une alternative d’émerger, il ne va rester aux bourgeois que Le Pen.

Comme au bon vieux temps.

 

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