Après avoir laissé l’antenne aux petites mains et aux seconds couteaux, les éditocrates sont revenus en pleine forme de leurs vacances d’été, bien décidés à faire au mieux ce pour quoi on les paye généreusement : défendre bec et ongles le président des riches.

Avant même le sommet du G7 à Biarritz, les nigauds baveux qui se nomment eux-mêmes journalistes avaient décrété que cette séquence allait le faire briller / allait leur permettre de le faire briller : déjà le 20 août sur France Info, un membre de cette petite caste de gens qui ont un avis sur tout en prenant le temps de rien déclarait que Macron était le seul leader du G7 “qui n’est pas affaibli”. Contrairement à Merkel qui a annoncé qu’elle ne se représenterait pas (quelle preuve de faiblesse après plus d’une décennie au pouvoir!), les italiens en crise politique, Trump qui tweeterait trop souvent, Macron serait solide comme tout. Le lendemain dans le Parisien, on apprenait que notre super président était super préparé, qu’il faisait du “profilage, comme les policiers”, en lisant les fiches que ses conseillers préparait pour lui. Un génie, vous dit-on. “Il pourrait séduire même une chaise”, déclarait un “proche de l’Elysée” cité par le journal, apparement comme une source sûre et fiable.

La rencontre avec Poutine aura donné tort à cette théorie. Le président français a voulu jouer la partition bien connue du “nous sommes soucieux des droits de l’Homme dans votre pays”, et le russe l’a bien rembarré en évoquant les blessés et mutilés de l’année 2019 en France. Pas un éditocrate pour commenter cette grosse veste politique et symbolique.

Le sommet arrivant, les éditocrates ont salué tous les coups de génie du président. Ils ont relayé tous ses coups de com’. L’avantage pour eux, c’est que les questions internationales restant dans le secret des dieux, on peut faire croire n’importe quoi à la populace, qui n’ira pas vérifier si Trump est impressionné ou Merkel charmée. Du moins c’est ce qu’ils espèrent. Le portrait de Macron en leader mondial de l’écologie a par exemple été entièrement démonté par le Grand Conseil des Amérindiens : «On dénonce le fait de vouloir donner des leçons à l’international, alors que sur le territoire guyanais français, ce gouvernement fait des non-sens, des choses qui ne vont pas dans le sens de la préservation de la biodiversité et de l’Amazonie».

Qu’importe l’avis de ces gens, les éditocrates sont dotés de lunettes spéciales qui ne leur fait voir que ce qui grandit le président. Ainsi, ses mots “forts” en faveur de l’Amazonie ont été unanimement salués. Lundi soir sur BFM TV, une belle brochette composée entre autre de Ruth Elkrief et d’Alain Duhamel saluait son génie et sa grandeur d’âme face aux incendies. Et le G7, n’en parlons pas, ce fut vraiment un moment incroyable.

Cerise sur le gâteau ? Il est “dompteur de manifestants”, disait ce même soir l’une des éditocrates. Dompteur de manifestants, cette bête sauvage et capricieuse qui peut vous mordre si vous n’y prenez garde. Dompteur ou éborgneur ? Eleveur de bestiaux ou grand maître de la mise sous cloche de villes entières ? Car c’est ce qui s’est passé au Pays Basque durant le G7 : les villes ont été fermées, les manifestants arrêtés, les journalistes contrôlés et harcelés. Ce qui fait dire au syndicat des journalistes, le SNJ, dans un communiqué : “La culture constitutionnelle de la liberté de la presse semble avoir disparu des esprits des autorités de ce pays”.

Alors, Macron a-t-il impressionné Trump avec sa grosse armée de flics violents ? A-t-il fait complexer Poutine avec sa capacité si Orwelienne à dire hier, à la télévision publique, que sa police n’avait pas commis de “violences irréparables” et qu’il n’y avait pas eu de “morts à déplorer”, niant le réel des yeux perdus, des membres mutilés et de la mort de Steve Caniço et Zineb Redouane ? Ses actes autoritaires, méprisants et tournés vers le contentement et l’impunité des puissants font-ils pâlir d’envie le fachillon Bolsonaro ? On ne sait pas. Mais ce qui est sûr, c’est que les mensonges, la violence physique et morale et le cynisme de classe de notre méprisant font littéralement bander les éditocrates, qui font leur rentrée avec l’enthousiasme jubilatoire des premiers de la classe et des lèches-bottes du premier rang, indifférents à la haine sourde et grandissante venant du fond de la classe.


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