Projet, n.m : Terme désignant un ensemble d’actions à venir volontairement floues et indéfinies, de ses prochaines vacances à un programme politique néolibéral qui ne dit pas son nom. « Parce que c’est notre projeeeet » ; « Avec Charles on a des tas de projets pour cet hiver » ; « Désolé Martine mais on ne peut pas te mettre dans la boucle du projet, il est un peu trop disruptant pour toi ».

  • Le terme de « projet » a accompagné le développement de la pensée managériale en entreprise, et s’est diffusé à l’ensemble des autres aspects de la vie, personnelle comme politique.

  • Dans les entreprises, le terme de « projet » permet de mettre tout le temps les salariés dans une situation d’anticipation et d’amélioration continue. Plutôt que de définir le travail par son action quotidienne, on le définit par de potentielles actions futures. On ne fait plus son métier, on fait des projets.

  • Il y a une injonction au projet, qui s’est étendue au-delà du travail : les communautés de communes doivent faire des « projets de territoire », même quand elles ne se situent pas dans une région dynamique, les chercheurs doivent obtenir des financements « par projet », les travailleurs sociaux qui encadrent des mineurs ou des personnes en difficulté doivent leur faire adopter un « projet individualisé ». On doit faire des « projets de vacances » si on veut des vacances vraiment réussies. C’est important d’avoir un « projet de couple », nous dit Psychologie magazine, sinon on s’endort et on se transforme en couette deux places. Un individu accompli est quelqu’un qui a « des tas de projets », pas quelqu’un qui fait simplement les choses bien.

  • Le développement de la pensée par projet a créé une grande quantité de nouveaux métiers dans le secteur tertiaire, « faire des projets » nécessitant toute une coordination et un encadrement spécifique pour pousser les « divers acteurs concernés » à s’inscrire dans cette logique. Il s’agit de « coordonner », de faire des réunions avec des paper board et du café, de faire des retro-planning et de faire le « suivi du projet ». Le tout souvent avec des mots de franglais. Pas étonnant que « chef de projet » soit le métier le plus souvent évoqué par les penseurs des « boulots à la con », ces fonctions qui n’ont ni utilité ni sens.
Et vous, prêt à “vivre en mode projet” ?

Pour les bourgeois, le terme de projet a plusieurs avantages :

1 – Il permet de parler du futur sans exprimer le contenu de ce qui est visé. Un projet ne se dévoile réellement que quand il est concrétisé, comme le « projeeet » du gentil Macron progressiste qui se concrétise en injustice fiscale, attaque de tous les secteurs et répression d’une violence inégalée depuis des décennies.

2 – Il permet de mettre tout le monde dans une dynamique de changement perpétuel et de performance. On ne reste pas sur ses acquis, on évolue, on s’adapte, bref, on se laisse plus facilement exploiter. Même quand on est chômeur ou handicapé, on doit faire des projets pour démontrer qu’on ne se tournera pas les pouces au frais de la société. L’injonction au projet est le garde-à-vous de la société autoritaire néolibérale.

3 – Il donne une nouvelle légitimité et de nouveaux métiers aux cadres dirigeants de l’économie capitaliste, et une nouvelle aura : maîtrisant le langage du projet, ça sera eux qui en feront le plus tandis que vous autres, vous voulez seulement vivre ou survivre, toquards.