Les “fake news” c’est mal, sauf quand il s’agit de détruire notre modèle social

Jeudi soir, Macron a menti. Éhontément, effrontément, sans complexe et sans trop d’inquiétude, certainement:

“Quand je nous compare à nos voisins et aux autres pays de l’OCDE, on travaille moins rapporté à l’année”.

C’est faux, on travaille plus que les champions allemands, à qui on nous compare en permanence, et qui travaillent le moins de l’OCDE, ce qui démontre qu’une économie productive peut permettre de réduire le temps de travail de ses salariés. Les salariés du sacro-saint “modèle allemand” travaillent moins que nous, ainsi que ceux du non moins sacro-saint “modèle scandinave”. Utiliser l’argument de la comparaison européenne est donc erroné et malhonnête.

Pourtant ce matin, nos journalistes si portés sur le “fact checking” et toujours prompts à dénoncer le règne de la “post vérité”, de ces “fausses informations” qui pullulent dans la populace ( le JT de la 2 a maintenant lui aussi son moment “désintox” où un jeune gars propret vient nous expliquer en articulant énormément, car il faut faut-faire-preuve-de-pé-da-go-gie puisque nous sommes débiles, que non, ce n’est pas un dragon qui a détruit la charpente de Notre-Dame), tous ces gens sont bien peu scandalisés par la sortie de Macron.

France Info titre timidement “Conférence de presse d’Emmanuel Macron : les sept approximations du chef de l’Etat” : Ouh ! ouh ! ouh !, les “approximations”, comme vous y allez les coquinous ! Quand un gilet jaune se trompe dans un pourcentage c’est une fake news, mais quand Macron ment sur une comparaison internationale dont il connaît la réalité (la veille de sa conférence, les Echos consacraient un article très clair sur la question, avec l’infographie qui accompagne ce billet), c’est une “approximation”. Et pourquoi pas un lapsus ou une faute d’accord pendant qu’on y est ? Parfois quand le COD est devant le verbe avoir on ne sait pas trop hein.

Mais n’accablons pas France Info : ce sont quasi les seuls à avoir fait le job. L’ensemble des rédactions, si prompts à exercer leur “devoir d’informer” et de “démêler le vrai du faux” se sont abstenues ce matin. C’est le président tout de même, il a le droit de mentir non? Et en plus, ses mensonges ne portent pas sur les élites, la banque Rothschild ou l’OTAN, mais sur les conditions de travail des Français ! Or, de ce coté là, tout est permis. Cela fait dix ans qu’on entend que le chômage provient des 35h (alors que l’ensemble des études montre que ça a été une des mesures les plus créatrices d’emploi), que la “baisse des charges” comme le CICE crée de l’emploi (alors que l’ensemble des études montre que ça a créé peu ou pas d’emploi), qu’avec l’ISF, les riches quittaient le pays en masse (alors que les études montraient qu’on avait quelques centaines de départ par an, dont il n’était pas possible de définir le lieu avec l’ISF) ou que la flexibilisation du droit du travail générait de l’emploi (alors qu’empiriquement on se rend compte que ça génère de la précarité et des salariés dociles… Mais que le chômage reste très élevé). Mentir, pardon “faire des approximations” au sujet des travailleurs, on a le droit. Cela fait des siècles que les dominants mentent au sujet des dominés !

Alors répétez après nous : le Brexit, les gilets jaunes, et tous les mouvements qui échappent à la volonté politique de la bourgeoisie française, cela provient des “peurs”, du “populisme” et “de la multiplication des fausses informations sur le web”. Les mesures antisociales, injustes fiscalement, c’est du “pragmatisme”, du “courage politique”, des “réformes nécessaires”… même quand elles sont basées sur des mensonges.

La Vérité et le Mensonge, la Raison ou les Fausses Informations, nos élites proclamées s’en carrent. Elles sont prêtes à tous les enrobages idéologiques pour justifier l’application d’un programme dont la seule réalité tangible est qu’il avantage les uns au détriment des autres. Hier la religion, aujourd’hui la Vérité, demain l’écologie, qui sait ? La bourgeoisie dispose d’une armée idéologique, constituée de journalistes, d’écrivains, d’experts, d’économistes bidons, de philosophes serviles pour concevoir cette bulle de sens, de valeur et de rationalité apparente autour de leurs politiques égoïstes et injustes.

Sortons de leur bulle, érigeons nos propres systèmes !