Le fasciste Zemmour a ses collabos

A chaque fois qu’Eric Zemmour revient sur un plateau, dit une connerie suprématiste et nationaliste, ensuite reprise, commentée et au final rediffusée par toutes les autres chaînes, on se demande toujours : « mais pourquoi a-t-il été invité au juste ?! ». Parce qu’il a écrit un bouquin truffé de mensonges sur l’histoire de France ? Parce qu’il représente quelque chose dans la société française ? Parce qu’il peut « enrichir le débat » ?

Malin, le type sait jouer avec les limites légales pour rester sur la corde, et fait progresser de polémique en polémique la diffusion du fascisme – car ça s’appelle comme ça – en France. Par conséquent, celles et ceux qui l’invitent ou acceptent de faire mumuse avec lui sur un plateau TV sont complices. Leur comportement peut s’expliquer d’au moins trois façons :

1 – Ce sont des cyniques uniquement intéressés par leur audience et le fric dégagé pour les annonceurs et les actionnaires : Zemmour est un « bon client », et quelle que soit la dégueulasserie politique et morale de ce qu’il raconte, rien de tel qu’un bon buzz pour faire parler de leurs émissions nulles à chier – un plateau avec Ardisson, Franz-Olivier Gisbert, Natacha Polony, Raquel Garrido (ex-insoumise dont on se demande au juste ce qu’elle fait encore là après ce qu’il s’est passé), et quelques autres personnes dont on ne sait jamais trop ce qu’elles ont fait dans la vie, à part squatter notre télé.

2 – Ce sont des gens qui, à force de jouer leur rôle, ont perdu tout sens moral et notions élémentaires de responsabilité. Ils masquent leur absence totale de conviction derrière une tolérance sélective à la noix qui implique d’inviter un fasciste parce qu’il faut « parler avec tout le monde ». Un type comme Ardisson, on imagine bien que c’est ce genre de bourgeois parisien arrogant qui traite mal son personnel, dit « la province » ou « en banlieue » avec un rictus de mépris, ne doit plus avoir de conviction politique ou de sens moral depuis des décennies.

3 – Ce sont des stratèges qui pensent que quand Macron chute dans les sondages et devient pour le peuple « le président des riches » et que Mélenchon monte en parlant de redistribution des richesses et de taxation des hauts revenus tandis que la question sociale revient au premier plan, il devient sage de sortir l’épouvantail de l’extrême-droite. Or, une dose régulière de Zemmour peut ranimer un Rassemblement National actuellement bien trop moribond pour jouer son rôle de faire-valoir des candidats moisis de la bourgeoisie, c’est un bon traitement.

Ces hypothèses ne s’excluent pas, car notre bourgeoisie médiatique n’a plus une très grande diversité, et les financiers aux dents longues sont sur le dos de l’essentiel des chaînes. Cyniques, irresponsables ou stratèges, celles et ceux qui invitent Zemmour et se nourrissent de leur buzz – par leur audience et leurs indignations factices – sont les collabos de notre époque, et il faut les nommer ainsi.

 

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