La privatisation avancée d’EDF ou comment se tirer une balle dans le pied en pleine crise écologique

Aujourd’hui 19 septembre 2019, une grève a été appelée dans l’entreprise EDF. L’objectif des syndicats est de s’opposer au projet Hercule, qui comme son nom ne l’indique pas contribuera à faire de l’ex-entreprise publique un colosse au pied d’argile face aux enjeux énergétiques du XXIème siècle.

Ce projet a pour objectif de fractionner l’entreprise en deux entités distinctes : l’une productrice d’énergie, l’autre, commerciale, proposant des contrats aux usagers et aux entreprises, comme n’importe quelle autre société privée. C’est à peu près la même chose que ce qui a été fait pour la SNCF : séparer le réseau du commerce. Et pour France Telecom, avec les résultats qu’on connaît. Les infrastructures au public, les profits au privé, et à la sainte concurrence prônée par la Commission Européenne, sans qu’à aucun moment les citoyens n’aient voté pour cela.

EDF est une de nos conquêtes sociales. Nationalisée en 1946, la production d’électricité française l’a été au nom de la reconstruction du pays et pour lutter contre la reconstitution des grands empires financiers, selon les vœux du Conseil National de la Résistance. Cette nationalisation a permis au pays d’avoir une souveraineté énergétique et de construire des infrastructures, notamment un réseau hydro-électrique d’ampleur qui a permis de produire une énergie renouvelable avant même qu’on en parle en ces termes. C’est ce réseau que l’UE aimerait aussi voir ouvert à la concurrence avec la privatisation des barrages, une absurdité totale et une injustice fondamentale pour le contribuable. Comme les autoroutes, nous avons payé pour des infrastructures qui, désormais fort rentables, vont être bradées au privé, qui nous fera payer une deuxième fois en tant que client.

Il faut reconnaître que les gouvernements ont été malins et patients : le processus de privatisation d’EDF a pris son temps, d’abord le changement de statut (d’entreprise publique à société anonyme) puis l’ouverture à la concurrence de la partie commerciale, en maintenant des tarifs régulés pour rassurer tout le monde. Avec le projet Hercule, nos factures d’électricité pourraient devenir titanesques : la nouvelle entité commerciale va être introduite en bourse, pour que l’Etat s’en désengage progressivement conformément aux vœux de la Sainte Commission Européenne. Elle aura donc des actionnaires exigeants à rémunérer. Le coût du capital, voilà ce qui plombera nos factures si cette réforme passe.

Quelle connerie de brader l’énergie dans un siècle où son usage sera décisif pour notre survie ! Sans parler des nouvelles inégalités que cette nouvelle donne générera : quelle société privée se souciera désormais de l’égalité tarifaire entre grandes villes et patelins paumés ?

Comme les autres travailleurs des entreprises publiques ou anciennement publiques, les salariés d’EDF se battent pour leurs concitoyens quand les gouvernements les décrivent comme obsédés par leur statut. Un statut réduit à peau de chagrin dans le cas d’EDF.

Il serait sage que tous les écologistes conséquents se rangent au côté des salariés d’EDF en ce jour de grève !

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