“Grand Débat” : Donner son avis sans savoir ce qu’ils en feront, ça ne sert à rien

Dans une vidéo mise en ligne https://twitter.com/gouvernementFR/status/1087998020229255169par le gouvernement, on voit la secrétaire d’Etat Emmanuelle Wargon nous raconter, face caméra, qu’on va “vraiment pouvoir s’exprimer” avec le Grand Débat. Vous entendez ? Une femme qui était lobbyiste en chef pour Danone avant d’entrer au gouvernement, et qui est donc habitué au seul débat que celui-ci pratique – avec le CAC 40 -, vient nous raconter, sans honte, des cracs sur notre capacité à nous “exprimer”.

Dire à des gens de “venir s’exprimer” sans prendre la peine de donner la moindre information sur ce qu’il adviendra de leurs avis (Référendum ? Loi ? Sondage ? Aucun indice n’est donné) c’est aussi “démocratique” et “à l’écoute” que le Carrefour City du coin de la rue qui vous demande d’appuyer sur un bouton en sortant pour dire si le rayon légume était assez attrayant pour vous. Le Grand Débat c’est “cause toujours petit peuple, à la fin on va bien continuer à faire ce qu’on veut !”. Et c’est une ex-lobbyiste de Danone passée au ministère de l’écologie (vraiment, prenons tous ensemble la mesure de la violence et de l’absurdité de cet énoncé) qui vous le dit.

Le seul intérêt de ce grand bullshit est électoral : utiliser une initiative bidon pour préparer les élections européennes. Car nos gouvernants le savent mieux que quiconque : dans notre système politique ce sont les élections qui font la légitimité d’un pouvoir, pas les “Grands Débats”. Ces gens savent que même si on a 50% d’abstention aux européennes (comme d’hab), ils pourront se targuer d’avoir été “plébiscités par les Français”. Ils ne seront pas gêné de le dire, ils ne l’étaient pas non plus quand Macron avait gagné face à Le Pen, malgré un taux de vote blanc et d’abstention record.

Aller chez Hanouna parce que ça “fait peuple” (et que le gars est un gros bourgeois macroniste, eh oui “mes chéris”), parler 7h d’affilée devant les maires, qui sont des gros relais d’opinion, se faire inviter par tous les éditocrates crédules (parce qu’ils le veulent bien) pour parler du “grand débat” : le gouvernement détourne l’événement pour faire campagne sans le dire. Evidemment, c’est illégal, mais la légalité ces gens s’en foutent – sauf quand il s’agit de mettre des manifestants en taule. Ils sont aux abois, ils vacillent alors qu’ils commencent tout juste la mission néolibérale que la grande bourgeoisie leur a confié, il leur faut donc un second souffle électoral.

Qui croient-ils berner ?!