Fraude exagérée des pauvres, fraude dissimulée des riches : les éditocrates ont choisi leur camp

Comme chaque mois, un nouveau sujet anti-pauvres arrive à la table des éditocrates, qui s’acharnent à coup d’édito et de plateaux unanimes pour s’indigner de l’incurie de leurs concitoyens. Ce début septembre, c’est un rapport parlementaire (LREM) consacré à la fraude aux cotisations sociales qui met le feu aux poudres médiatiques.

Effectivement, alors qu’en France la protection sociale est financée à 61% par des cotisations (le reste par l’impôt, la fameuse CSG entre autres), l’Agence centrale des organismes de Sécurité sociale (Acoss) a sorti en juin dernier une note estimant le montant de la fraude liée au travail dissimulé entre 6,8 et 8,4 milliards d’euros au régime général. Au total, la fraude patronale aux cotisations sociales représenterait la somme considérable de 25 milliards d’euros par an selon le dernier rapport de la Cour des comptes (février 2018). Il y a de quoi s’indigner, effectivement !

Sauf que, sauf que, on nous souffle à l’oreille que ce n’est pas cette fraude là qui a rempli les colonnes de vos journaux en ligne et occupé vos chroniqueurs télé et radios. La fraude patronale (25 milliards), c’est deux-trois articles par an. La fraude des particuliers, c’est des dizaines par mois !

Pourtant, la fraude aux prestations sociales (percevoir des prestations auxquels on n’a en réalité pas le droit), est estimée à … 1 milliard par an. Et une bonne moitié est recouvré par des contrôles.

Le rapport parlementaire LREM est venu apporter un nouvel élément de preuve à tous ceux qui s’en foutent des chiffres (tout en criant à longueur de journée contre les “mensonges des populistes”) et pensent que le Français moyen, pauvre, ou l’étranger, est un fieffé menteur. Il y aurait des “assurés fantômes” à l’assurance maladie, car le nombre de carte vitale serait bien supérieur à la population française. Une info choc qui n’a manqué de faire les gros titres, tant par son caractère spectaculaire (“assurés fantômes”, une expression qui pousse au clic) que par la confirmation du fait journalistique bien connu selon lequel les Français sont des salauds profiteurs – sans même parler des étrangers vivant en France, qui sont profiteurs ET potentiels terroristes.

Depuis, il a été démontré que le rapport était en grande partie “fake”, comme disent les journaleux. Les estimations de fraude sociale proviennent d’une étude réalisée par l’université de Portsmouth, basée sur d’autres pays et système sociaux que le nôtre – on laisse quand même publier n’importe quoi à l’Assemblée Nationale – et non, il n’y a pas davantage de carte vitale en circulation en France que d’habitants.

Mais le mal est fait. Et en cela, les éditocrates bourgeois procèdent exactement comme les idéologues d’extrême-droite ou les “populistes” qu’ils se targuent de combattre : ils balancent “une fausse information” où une approximation, sans la vérifier, parce qu’elle confirme leurs préjugées de classe (quand l’extrême-droite cherche à confirmer ses préjugés racistes), ils ergotent des heures de grande écoute dessus et quand les éléments sont infirmés par des analyses un peu plus poussées, ils passent à autre chose. Ni ne s’excusent, ni proposent une autre analyse, ni dédouanent les gens qu’ils attaquaient. Comme ils l’ont fait avec la prétendue “invasion” de l’hôpital de la Pitié-Salpétrière par les gilets jaunes, comme ils le font continuellement en disant que les Français travaillent moins que les autres. Les “fake news”, c’est mal, sauf quand il s’agit de détruire notre modèle social, salir les opposants au régime, décrédibiliser un mouvement citoyen.

Extrême-droite, extrême-bourgeoisie, même moyen, même fin ?