Emmanuel Macron, candidat du système : Un contre-portrait

Depuis près d’un an, le produit Emmanuel Macron fait l’objet d’une campagne publicitaire intense. Il nous est vendu comme le renouveau de la classe politique, « l’outsider » qui va tout changer, l’audacieux qui va sortir notre pays de son triste état. Quel crédit apporter à ce récit ? Absolument aucun. Nous sommes face à l’une des arnaques électorales les mieux ficelées depuis Nicolas Sarkozy, le candidat qui allait changer la France, et qui comme Emmanuel Macron, faisait l’objet d’une attention constante des années avant la présidentielle de 2007. Comme Sarkozy avant lui, Macron est le candidat des élites politico-économiques, appelé à la rescousse pour maintenir leur règne sur une population qui les détestent de plus en plus. Frustration vous révèle la biographie cachée d’Emmanuel Macron et vous propose une contre-histoire de sa rapide ascension, mettant à jour les usurpations d’identités sociales opérés par lui et son entourage pour ne pas passer pour l’homme qu’il est vraiment : un des derniers recours d’une oligarchie à bout de souffle.

Un candidat qui ne fait pas partie de la classe politique… bien qu’il y joue un rôle éminent depuis plus de dix ans

Le récit : Macron n’a jamais été élu et ne s’est pas compromis comme tous les autres. Il apporte un regard neuf sur la vie politique française et sa présence apporte un « zéphyr de nouveauté sur la vie politique » (Libération, septembre 2016). D’ailleurs il a créé un mouvement hors parti et n’est donc pas englué dans des querelles d’appareil. Et c’est agréable de soutenir quelqu’un qui n’a pas vécu au crochet de l’État (un « jeune avec Macron », décembre 2016). Il va nous débarrasser de Hollande et de sa caste de politiciens usés.

Les faits : Depuis les débuts de la Vème République, nos institutions sont gouvernées par deux profils d’hommes politiques : ceux qui tirent d’abord leur légitimité de leur statut d’élu bien implanté (qui disposent d’un « fief », comme on dit sans que la référence au monde féodal ne pose plus de problème que ça) et ceux qui sont d’abord des technocrates, qui font une carrière politique rapide grâce à leurs compétences et leurs réseaux. Hollande est plutôt un fiefard cumulard, tandis que Juppé, par exemple, a longtemps été un technocrate avant d’être maire à vie de Bordeaux. Villepin était un technocrate, tandis que Sarkozy était un élu bien introduit grâce à la mairie de Neuilly. Macron fait parti des technocrates, et c’est par le biais de cet univers qu’il devient secrétaire général adjoint de l’Élysée en 2012. À l’IGF, il était devenu le protégé de Jean-Pierre Jouyet, lui-même est ami de Hollande et encore actuellement son secrétaire général.

Hormis les quatre ans passés chez Rothschild, Emmanuel Macron a été payé par le contribuable et fort correctement : d’abord en tant que « fonctionnaire-stagiaire », le statut des étudiants de l’ENA, payé 1 700 € bruts par mois, puis, comme inspecteur général des finances, il gagnait au moins 5 600 € bruts, qu’on suppose majorés par sa participation à la Commission Attali. À l’Élysée, les conseillers gagnent entre 10 et 15 000 € nets mensuels. Puis, en tant que ministre de l’Économie il gagnait un peu moins, 9 940 € bruts. S’il n’a pas plus abusé que d’autres, force est de reconnaître que l’État français entretient monsieur Macron depuis 2002, date de son entrée à l’ENA, avec une pause de 4 ans où tonton Rothschild l’a pris à sa charge, soit tout de même 11 ans d’assistanat.

Il a été en outre un ministère de l’économie fort coûteux pour les finances publiques, et pas forcément pour les plus nobles raisons. Dans un livre d’investigation sorti en janvier 2017, Dans l’Enfer de Bercy, les journalistes Marion L’hour et Frédéric Says racontent comment le ministre a fait fondre rapidement l’enveloppe de “frais de représentation” qui lui était accordé. “S’il était resté, on ne sait pas comment on aurait fini l’année”, déclare une source de l’entourage du ministre qui a démissionné en aout 2016. Il aurait dépensé près de 120 000€ pour ses seuls dîners et déjeuners en bonne compagnie. Et pas n’importe laquelle : des invités qui constituent désormais son équipe de campagne et ses principaux soutiens. Éclipsée par l’affaire Pénélope Fillon, l’utilisation des frais ministériels pour lancer la campagne du futur démissionnaire remet pourtant en question le récit de rectitude et de probité du candidat Macron.

Enfin, son « mouvement hors partis » est… un parti. Nous avons consulté les statuts déposés le 20 février 2016 et ils correspondent à une forme parti tout à fait habituelle. Ce qui change c’est que l’adhésion se fait en ligne et qu’il n’y a pas de véritable statut de militant comme dans une organisation classique, pas non plus d’instances décisionnelles, de votes internes ou de représentants élus : il y a Macron et son équipe et toute une base pour distribuer des tracts, contrairement aux partis organisés de façon locale puis fédérale puis nationale. En Marche n’est donc pas un mouvement « hors parti » mais un nouveau parti à structure technocratique, qui est en train de recueillir tous les cumulards qui quittent le navire PS, comme Gérard Collomb, le député-maire de Lyon, mais aussi les gens de droite qui ont fui le yacht Fillon, comme Renaud Dutreil, ex-ministre de Chirac.

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La suite dans le n°9 de Frustration, premier numéro en kiosque, disponible en kiosque, maison de la presse et Relay.