C’est aux citoyens de décider de la paix ou de la guerre – Reprendre notre défense aux élites

Depuis une décennie désormais Sarkozy puis Hollande ont adopté une approche particulièrement guerrière en matière de politique étrangère. C’est cette politique qui expose aujourd’hui les citoyens français. Au nom d’un prétendu devoir d’ingérence face à des dictateurs qui oppriment leurs peuples, nos gouvernants ont envoyé l’armée française éliminer Kadhafi puis s’enferrer dans le bourbier irakien issu des interventions américaines. La plupart des analystes s’accordent a minima pour considérer que le Gouvernement ne suit aucune ligne stratégique claire en la matière. Alors pourquoi continuer là-dedans ? Les journalistes aiment raconter que nos présidents l’ont fait pour grappiller des points de popularité. Ce serait vraiment prendre les gens pour des idiots, et d’ailleurs ça ne marche pas. Les élites font d’abord la guerre pour des intêrets financiers bien compris : ceux des entreprises d’armements et des grands groupes en général. Voici un extrait de notre article « Reprendre notre sécurité en main », issu du n°6 de Frustration.

Une armée au service des grands groupes et non des citoyens

En fait il semblerait plutôt que nos gouvernants aient à cœur de défendre les intérêts de grands groupes industriels français. Bien qu’ils invoquent en public des interventions militaires désintéressées, la vérité survient régulièrement, comme lorsque le Premier ministre, invité à « On n’est pas couché » le jeudi 14 janvier, s’énerve face à un humoriste revêche et finit par rétorquer que la France est intervenue au Mali pour sécuriser l’exploitation de l’uranium au Niger, au bénéfice d’Areva, expliquant qu’il s’agissait là des « intérêts de la France ». Mais l’intérêt du peuple français coïncide-t-il avec les intérêts des groupes énergétiques ? Lorsque le président envoie l’armée en opération dans un pays qui n’a pas directement attaqué la France, pour quelle France agit-il ? Celle des actionnaires d’Areva ou de la majorité des Français ? Ce qui est sûr c’est qu’une telle décision met en péril les citoyens.

Pire encore, on se demande parfois si nos dirigeants, derrière leurs grands discours patriotes, ne jouent pas carrément contre leur propre camp. Pourquoi vendre des armes partout dans le monde ? Pourquoi transformer notre armée en catalogue vivant pour dictatures gourmandes ? C’est clairement devenu le cas, alors même qu’on nous dit que la France est en grand danger.

En 2013 le Gouvernement a même créé le Comed – Comité ministériel exportations de défense – dont l’objectif tout à fait officiel est d’assurer que l’État français soit au service de l’industrie de l’armement. Or la meilleure publicité pour les produits militaires c’est la guerre, qui permet de poser le label « combat proven » sur les catalogues, comme on met « vu à la télé » pour vendre une machine à laver. Et elle offre des débouchés. Là on frise la trahison, n’ayons pas peur des mots. Pourquoi par exemple toutes ces attentions pour la vente au Qatar et à l’Arabie saoudite, alors qu’on sait que ces pays financent en sous-main l’État islamique ? Ces guerres de défense des grands groupes et de promotion du matériel militaire se font au détriment des Français comme du reste du monde.

C’est à nous de décider de la paix ou de la guerre

Car en définitive, si l’armée est composée de professionnels, le fait d’entrer en guerre n’est pas anodin pour le citoyen ordinaire. Sa vie est exposée à une attaque terroriste (même si l’on peut très bien être attaqué pour d’autres raisons) et, plus indirectement, les interventions militaires conduisent à des réactions en chaîne difficilement prévisibles et qui peuvent nuire à la population française. Ce n’est pas parce que l’on déloge un dictateur qu’une démocratie va le remplacer, et bien souvent les alliés que l’on arme un jour deviennent les ennemis suréquipés de demain. Ce qui nous paraît de lointaines « opérations extérieures » a des conséquences sur notre vie de tous les jours. Rien de plus normal alors, avant d’envoyer l’armée, de demander aux Français s’ils le souhaitent.

On entend souvent qu’un référendum sur ce type de question n’est pas possible, car le commun des mortels n’y connaît rien, que la guerre est une affaire de spécialistes et que, bien sûr, certaines informations relèvent du secret défense. Or on pourrait dire la même chose d’à peu près tous les sujets (l’économie est complexe, la justice sociale mobilise les philosophes depuis toujours, etc.), ce qui impliquerait que l’on devrait laisser aux experts et aux technocrates le soin de décider de tout pour nous. La guerre, comme l’économie ou le social, est une affaire politique, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de seule et unique voie possible à suivre. Il s’agit de peser le pour et le contre, d’arbitrer entre des principes moraux (les droits de l’homme, la sécurité des citoyens) et des intérêts nationaux : par exemple, se demander si la sécurisation des mines d’uranium d’Areva est plus utile à long terme que le retrait de l’armée de ces zones où les populations finissent par haïr notre pays. Par ailleurs, une consultation par référendum est toujours un moment d’effervescence intellectuelle et d’élévation collective du niveau des connaissances. Autrement dit si l’on est ignorant en matière de guerre c’est parce que nous ne sommes jamais consultés sur ces questions, et non l’inverse : bien sûr que les questions militaires, tout le monde s’en fout, mais c’est bien logique puisqu’on ne nous demande pas notre avis !

Introduire la démocratie sur la question militaire redonnerait un contrôle de la part des citoyens. Les dirigeants devraient exposer leurs raisons d’agir, la logique qui sous-tend une intervention. Et puis la décision serait prise en fonction des intérêts du peuple et pas de la petite élite des grands groupes français. Il y a à parier que le seul argument des intérêts pétroliers de Total rencontrerait peu d’échos. De même, les ventes d’armes par des groupes français à des dictatures pourraient faire partie des débats. Le fait que Hollande soit fier d’avoir le premier réussi à exporter les avions Rafale produits par Dassault ou que les ventes d’armement en 2015 profitent du contexte pour s’établir au niveau record de 15 milliards d’euros doivent nous faire dire que ces gens ne sont pas plus compétents que le pékin moyen, ils sont en revanche beaucoup plus intéressés et c’est pour ça que les élites politiques et économiques ne veulent surtout pas perdre la main sur la guerre ou la paix.

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