Pénicaud, ministre à responsabilité limitée

Le 17 mai 2017, la petite foule des fonctionnaires du ministère du Travail, rue de Grenelle, est réunie dans la cour de l’hôtel du Châtelet pour assister à la passation entre la ministre sortante Myriam El Khomri et la nouvelle entrante Muriel Pénicaud. El Khomri a déjà derrière elle une loi controversée qui a fait descendre dans la rue des centaines de milliers de personnes et c’est avec un certain soulagement qu’elle constate que « les Français se sont donnés pour président de la République le seul candidat qui ne proposait pas son abrogation ». Et de lancer, comme une pique, à celle qui lui succède : « Pire, j’ai compris, chère Muriel, que votre feuille de route allait vous conduire à approfondir ce sillon de la négociation collective dans l’entreprise. » Un silence et puis : « Je vous souhaite bon courage ! ». Cette dernière exclamation n’a pas manqué de faire parcourir dans l’assemblée un petit rire cynique. Quoi qu’il en soit, cette anecdote est révélatrice du climat de tension sociale qui règne entre des ministres soucieux de donner leur nom à des réformes, tout en fragilisant des conquêtes sociales ainsi que la stabilité de vie des classes les plus populaires et des travailleurs, considérés comme enclins à l’immobilisme alors qu’ils ne font que défendre ce qui leur apparaît comme relevant de leur droit, fruit d’une longue histoire de luttes sociales.

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La famille Mulliez : 1300 hypocrites règnent sur le secteur de la grande distribution

 

Votre père est patron d’Auchan, votre frère dirige Decathlon, votre beau-frère possède Cultura, et votre petit-cousin vient d’arriver à la tête de Norauto. Lors de vos repas de famille, vous tenez une assemblée générale d’actionnaires qui commence par une messe et se termine par des attributions d’enseignes de la distribution française aux nouveaux entrants. Si votre vie de famille ressemble à ça, c’est que vous faites partie de la famille Mulliez, qui représente la troisième fortune française et possède une grande partie des enseignes de distribution et de commerce de détail du pays. Si ce n’est pas le cas, alors vous faites probablement partie de leurs salariés et/ou de leurs clients, parce que vous avez sans doute fréquenté leurs rayons frais (à Auchan), leurs garages (Norauto), leurs magasins de vêtements (Jules, Kiabi ou Pimkie), leurs magasins d’ameublement et de bricolage (Leroy Merlin, Saint-Maclou), leurs enseignes culture et multimédia (Cultura). Réputés pour leur discrétion, les membres de la famille jouissent d’une bonne image médiatique. Sans doute parce que les Mulliez représentent l’incarnation du capitalisme bien de chez nous, et que le patriarche, Gérard Mulliez, est réputé pour ses positions modérées par rapport au reste du patronat français. Originaire de Roubaix, la famille Mulliez est connue comme fervente catholique, défenseuse de la production française et respectueuse de ses salariés comme de ses clients. Pourtant, la saga Mulliez comporte de l’évasion fiscale, la bétonisation de nos campagnes et l’exploitation mortelle de travailleurs bangladais. Enquête sur une famille pas si parfaite.

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AGIR CONTRE L’AGRO-BUSINESS

Sur son site Internet, le ministère de l’Agriculture et de l’alimentation publie sobrement une liste de deux pages de produits retirés de la vente en France, essentiellement des gaufres et des brownies industriels, souvent bon marché (marques propres Leader Price, Lidl…), goûters familiaux en cette rentrée des classes. La cause ? Du fipronil à une concentration supérieure à la limite réglementaire (0,005 mg/kg de produit). Mais n’ayez crainte, ces produits ne représentent “pas de risque pour la santé, ils sont listés dans un souci d’information du consommateur”. Alors pourquoi tout ce pataquès ? Parce que le fipronil est un anti-poux hautement toxique, interdit pour les poules d’élevages destinées à la consommation, mais qui aurait malgré tout été retrouvé dans 250 000 œufs selon France Info. L’impact sur un adulte serait négligeable, il faudrait consommer plus de 10 œufs contaminés par jour, mais trois seulement pour un enfant de 3 à 10 ans. S’en suivrait des trouble neurologiques, des dommages au niveau du foie, de la thyroïde et des reins. Une fois de plus, on nous prend pour des crétins. Ce modèle agricole intensif, ces industriels qui nous gavent de saloperies, nous tuent à petit feu, y compris la planète, sans oublier les agriculteurs et éleveurs. Dans cette histoire, seuls les actionnaires des grands groupes se portent bien.

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De l’Institut Montaigne à Patrick Drahi, les puissants soutiens d’Emmanuel Macron

Le récit. En marche ! est né du désir d’Emmanuel Macron de donner un nouveau cap à la France, pour la sortir des blocages et « rendre à l’ensemble des Français la place qui n’aurait jamais dû cesser d’être la leur : non pas dans le décor de la vie politique, mais en son cœur » (en-marche.fr). Pour ça, le mouvement compte sur les dons des dizaines de milliers d’adhérents et Macron va « s’endetter personnellement » pour financer sa candidature et « il pourrait tout perdre » (Closer, décembre 2016). Mais c’est le prix à payer pour être indépendant des chapelles et des vieux clivages.

La réalité. Au moment où les statuts ont été déposés, le siège social d’En marche ! était situé au domicile personnel de Laurent Bigorgne, ex-numéro 2 de Sciences Po Paris et directeur des études de l’Institut Montaigne, think tank libéral présidé par les patrons du groupe Axa, Claude Bébéar puis Henri de Castries. Henri de Castries soutient Fillon, tandis que son adjoint Bigorgne soutient Macron. Mais ce n’est pas tout.

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Trois ans de Frustration et beaucoup d’espoir – Invitation à fêter ça avec nous

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Chères lectrices et chers lecteurs,

Il y a trois ans nous nous réunissions à quelques amis pour lancer un projet de revue papier susceptible de rendre accessible au plus de monde possible une critique de notre société qui nous semblait généralement réservée aux plus diplômés et aux plus politisés. Un numéro pilote en est sorti, tiré à 50 exemplaires, et trois ans plus tard de gros progrès ont été accomplis : Frustration n°8 a été envoyé à nos cent abonnés, il est présent dans 45 librairies en France et, grâce aux bonnes ventes des précédents numéros et du n°7 en particulier, nous sommes à l’équilibre financier sans le moindre apport extérieur, subvention ou publicité.

Pour fêter ces trois années de travail et parler de la suite, nous invitons nos lecteurs, nos abonnés et nos contributeurs à venir nous rejoindre le vendredi 4 novembre à l’étage du bar La Comédie, 11 rue de la Reynie à Paris (métro Châtelet, Les Halles ou Rambuteau) à 19h.

Ce sera l’occasion d’échanger autour d’un verre et de parler de nos frustrations, de nos espoirs et de nos projets pour une société meilleure. C’est important pour nous que tous ceux qui ont la possibilité de venir (c’est-à-dire qui vivent en Ile de France) se sentent légitime de le faire ! Toute l’équipe sera présente, c’est-à-dire le collectif éditorial et les contributeurs, et nous avons prévu quelques cadeaux pour nos invités. Et pour celles ou ceux qui ne l’ont pas encore, ce sera l’occasion de se procurer le n°8 !

Au plaisir de vous voir le 4 novembre,

la rédaction : Benjamin, Benoit, Nicolas, Thibaut

 

Sortie du n°1

En défense des taxis contre Uber, système de domesticité 2.0

Cette semaine, les taxis se mobilisent à nouveau contre la concurrence déloyale d’Uber. Ils ont raison et nous les soutenons. Le système des VTC et de toutes ces plates-formes dites “collaboratives”, se présente de manière séduisante comme l’avant-garde d’une société où chacun pourra être taxi ou hotelier à ces heures. Sauf qu’en fait, cela devient un vrai métier, mais sans les garanties d’une profession. En plus de l’économie des normes et des conventions collectives, les plates-formes de ces nouveaux métiers n’ont plus à assurer le contrôle de leurs “associés”, le client le fait pour eux ! C’est contre cette nouvelle domesticité que nous nous dressons. Voici un extrait de notre article “Les nouveaux domestiques” issu de notre n°5 :

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Pour assurer notre sécurité face au terrorisme, mieux vaut nous organiser nous-mêmes !

Parce que nos dirigeants nous ont enferré dans des aventures guerrières menées en notre nom mais sans que nous ayons notre mot à dire, nous courrons désormais le risque de subir les nouveaux assauts du groupe fanatique religieux à l’idéologie fasciste Daesh. Les civils de Paris en janvier et en novembre, de Bruxelles et Lahore en mars ont été la cible du terrorisme. Notre élite politique nous demande de “nous tenir prêts” à de nouvelles attaques, et d’attendre sagement qu’elle résolve la situation pour nous. Mais que fait-elle ? Elle instrumentalise la police pour réprimer les mouvements sociaux, elle infantilise la population en cherchant à rassurer plutôt qu’à protéger ! Que faire lorsque notre sécurité est assurée par des dirigeants cyniques et des institutions inefficaces ? Nous organiser nous-mêmes, par le biais de la constitution d’une garde citoyenne, inspirée de la garde nationale des révolutions françaises. Dans cet extrait de notre article “Reprendre notre sécurité en main”, issu de notre numéro 6, nous menons cette critique des politiques sécuritaires qui ne sécurisent rien et nous explicitons cette proposition de garde citoyenne.

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C’est aux citoyens de décider de la paix ou de la guerre – Reprendre notre défense aux élites

Depuis une décennie désormais Sarkozy puis Hollande ont adopté une approche particulièrement guerrière en matière de politique étrangère. C’est cette politique qui expose aujourd’hui les citoyens français. Au nom d’un prétendu devoir d’ingérence face à des dictateurs qui oppriment leurs peuples, nos gouvernants ont envoyé l’armée française éliminer Kadhafi puis s’enferrer dans le bourbier irakien issu des interventions américaines. La plupart des analystes s’accordent a minima pour considérer que le Gouvernement ne suit aucune ligne stratégique claire en la matière. Alors pourquoi continuer là-dedans ? Les journalistes aiment raconter que nos présidents l’ont fait pour grappiller des points de popularité. Ce serait vraiment prendre les gens pour des idiots, et d’ailleurs ça ne marche pas. Les élites font d’abord la guerre pour des intêrets financiers bien compris : ceux des entreprises d’armements et des grands groupes en général. Voici un extrait de notre article “Reprendre notre sécurité en main”, issu du n°6 de Frustration.

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L’élite adore encore la guerre

Notre armée a commencé, depuis le début de l’automne, une série de bombardements sur les positions de l’Etat islamique (Daesh) en Syrie. Ces bombardements présentent des risques pour les pilotes en service sur le front, coûtent très cher à nos finances publiques et font de la France un État interventionniste, belliqueux et aligné sur les Etats-Unis. Et pourtant ni nous, citoyens, ni même notre Parlement, n’avons été consultés.

C’est le quatrième pays dans lequel la France intervient simultanément. Notre armée est présente aux côtés des Américains en Syrie, mais aussi en Irak, en Centrafrique et au Mali. Nous l’oublions tous régulièrement car nos médias en parlent assez peu. Nous ne savons pas grand-chose des réalités de ces engagements militaires, et on ne nous en demande pas plus. L’élite au pouvoir pense pour nous et tous ses membres sont très enthousiastes vis-à-vis de ces guerres et ont réussi à en faire un devoir moral. Comment s’y sont-ils pris ?

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Pourquoi refuser d’être des « vrais hommes »

Les conservateurs comme Éric Zemmour, Alain Soral et les membres de la Manif pour tous nous racontent que la société s’est dévirilisée, et qu’il faudrait restaurer le règne des vrais bonshommes pour résister à la crise morale et économique. Rien n’est plus faux : parents, médias et institutions apprennent toujours aux hommes à vouloir devenir des « vrais hommes », et cela nous nuit à tous, hommes ou femmes, homosexuels, bisexuels ou hétérosexuels, en tant qu’individus et en tant que collectif.

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Le nouveau numéro de Frustration est sorti ! Pour vous le procurer, abonnez-vous ou commandez-le en ligne via la boutique du site ! Ignorer