Message des grands bourgeois au peuple : “Prenez l’aumône qu’on vous jette et rentrez chez vous”

Matthieu Kassovitz, “comédien-réalisateur engagé”, est l’un des premiers à avoir sifflé la fin de la récré. S’adressant à l’ex-candidat du NPA, Philippe Poutou, par ailleurs ouvrier d’une usine que ses actionnaires ont décidé de bazarder après avoir touché toutes les aides publiques possibles, il a appelé les gilets jaunes à ne pas demander “2500 balles et une Mercedes”.

Il faut bien avoir en tête que Kassovitz n’est pas seulement un excité du tweet, c’est aussi un grand bourgeois. Ce mec, qui payait certainement l’ISF et a donc reçu, grâce à Macron, des dizaines de milliers d’euros de ristourne, a évolué comme tous ses semblables face aux gilets jaunes : au début tout attendris, les bourgeois ont salué sur le mode paternaliste la mobilisation, tout content qu’une alternative émerge face aux affreux gauchistes qu’ils abhorrent. Ils saluaient la dimension “apolitique” du mouvement, content de pouvoir s’y associer sans se compromettre idéologiquement. On a vu Eric Brunet, l’éditocrate poujadiste de RMC, enfiler son gilet jaune…

… Puis le retirer : les bourgeois ont un cœur, mais ils ont aussi et surtout un portefeuille et des tas de biens d’une grande valeur financière : aussi, voir des Porches brûler dans l’un des plus riches quartier de la capitale – là où ils vont au restau et à l’hôtel, là où leurs potes habitent, là où leur notaire se trouve, là où ils achètent leurs foutues montres à 30 000 balles – ne les a pas du tout amusé, mais alors pas du tout.

Ils se sont alors mis à faire – selon l’expression d’un de nos lecteurs – du “bourgeoisplanning” : je suis très riche, je ne connais rien à ta vie et à tes problèmes, ma dernière manif remonte à mes années collèges, mais je vais quand même t’apprendre comment tu dois lutter, petit gilet jaune. Reste sage, ne “casse” rien car c’est très très mal, soit “constructif”, présente-toi à des élections, qu’on puisse te plumer avec notre système électoral bien verrouillé, et ensuite pouvoir dire que c’est triste mais que tu pèse quedal, petite merde, retourne devant Patrick Sébastien et laisse nous régner sur ton pays s’il te plaît.

C’est ce qu’a fait Matthieu Kassovitz mercredi soir sur le plateau de Taddéi : il a expliqué d’un ton compassionnel qu’il fallait que les gilets jaunes s’arrêtent, parce que “100€ d’augmentation du SMIC c’est très bien”. Et qu’importe qu’on lui dise que ce n’est PAS une augmentation du SMIC mais de la prime d’activité, que ça comprend des baisses de cotisations que les gens paieront avec une sécurité sociale dégradée…. Matthieu s’en balance : lui se fait soigner dans des cliniques privées, il brasse des millions – comme Muriel Pénicaud qui confond, en direct sur France Inter, 500 000€ et 1500€, il a cette pathologie des bourges : il ne maîtrise pas le nombre de zéro, et a un mal fou à se rappeler comment les gueux vivent.

Pour autant, il ouvrira toujours sa gueule pour nous dire quoi faire, comment lutter, comment penser, comment consommer et comment nous taire : comme tous les grands bourgeois, il a été habitué à penser que son avis compte, que son “génie” ou sa “créativité” l’autorise à nous dominer.

Quand le bourgeois flippe, ça veut dire que le peuple tape juste. Quand le bourgeois dit d’arrêter, ça veut dire qu’il faut accélérer. Quand le bourgeois nous méprise, il faut assumer de le haïr.

Gilets jaunes : le mépris puant de la bourgeoisie

Depuis samedi le pays est agité par un mouvement d’une forme inédite et d’une intensité rare. Parce que les journalistes sont attirés par la nouveauté comme les pies le sont par tout ce qui brille, la couverture médiatique est très importante. Tout comme les commentaires, surtout pour le pire. On voit donc se succéder les moqueries des “twittos” issus de la bourgeoisie culturelle sur les “chenilles” qui sont menées durant les blocages (essayez de tenir un point de blocage en bord de route dans le froid en restant droit comme un piquet pour voir) aux “analyses” de la bourgeoisie éditorialistes qui ne s’interdit pas de qualifier les plus de 300 000 personnes mobilisées de “cons” et de “beaufs”, voir, comme le fait le Monde dans un dessin bien pourave,”d’abrutis”  (une insulte qui, adressée aux journalistes, provoque l’union de toutes les rédactions, mais sur des français anonymes on a bien le droit).

Cette France “provinciale”, des salariés du privé et des artisans, provoque le dégoût de classe des classes supérieures, qui ne s’embarrasse pas de convenance pour l’exprimer. Pour elles, “défendre la bagnole” est une hérésie et ses membres sont infoutus de comprendre que plus personne ne vit dans les centre-villes qu’ils ont colonisés par leur gentrification, leurs bars concepts et leurs foutus “pieds à terre”. Ou plutôt ils s’en foutent, car ce qui caractérisent de plus en plus nos “commentateurs” c’est leur indifférence criante et revendiquée à l’égard des conditions de vie de leurs concitoyens.

Les salaires baissent, stagnant sous le niveau de l’inflation, et les impôts ont globalement augmenté, pour le bonheur des plus riches qui en payent moins. C’est ça la réalité de ce que vivent les gens. Et si nos bourgeois sont capables de gober le prétexte de la transition écologique pour ce qui n’est qu’un greenwashing du rééquilibrage fiscal en faveur des riches –  et ce alors même que le très peu gauchiste Nicolas Hulot a affirmé que toute réunion portant sur l’état de la planète accueillait à l’Elysée le lobbyiste de la branche concernée – c’est parce que cette classe a toujours nimbée son exploitation d’autrui de prétexte vertueux : Avant-hier le mépris du travailleur était enrobé de religiosité, hier de “mérite” éclatant, aujourd’hui d’écologie et de bon goût : sus au “beauf” qui fait la chenille pendant les mariages et qui roule au diesel. Vive nous les riches qui avons bon goût pendant les mariages et prenons notre vélo (entre deux vols long courrier).

“Beaufs”, “abrutis”, “cons” sont autant de manifestations d’un dégoût de classe à peine masqué ou totalement assumé par des gens qui ne vivent qu’entre eux et qui, le soir venu, après avoir déversé leur venin sur les citoyens moins riches qu’eux, n’en croiseront pas dans leurs quartiers gentrifiées, leurs rues privées, leurs boulevards pavés de bonne conscience. Il y aurait pourtant beaucoup à dire sur ce mouvement – loin d’être parfait, loin d’être magique, où l’on trouve la colère du peuple mais aussi des expressions d’homophobies, de racisme et d’islamophobie. Mais rien à attendre des “analyses” foireuses d’une élite autoproclamée qui squatte nos télés depuis plus de trente ans pour nous vendre la merde néolibérale de leur classe sociale.

Dégagez les blaireaux déconnectés. Allez vous enfermer dans votre Île de Ré, on bloquera le pont derrière vous.

Au Brésil comme ailleurs, les riches tournent bruns

Les lendemains de victoire du fascisme, toute “l’intelligentsia” française dégaine sa grille de lecture toute prête, sorte de texte à trous à remplir les lendemains de second tour depuis 2002. Aux envolés lyriques succèdent les analyses politiques à l’emporte-pièce de gens “qui connaissent bien le Brésil” (journalistes, universitaires, politiques : on se doute de quel Brésil vous connaissez) et balancent leur petite explication : les brésiliens “déçus de la gauche” (la gauche, toujours coupable de la montée du fascisme) mais surtout “le désespoir”, “l’inculture”, “la pauvreté endémique”…. Sauf que ça ne marche pas.

Brazilian Institute of Public Opinion and Statistics (IBOPE) – graphique réalisé par Mathieu Gallard

La sociologie du vote pour le candidat de l’extrême-droite montre que les riches et les classes supérieures sont ses premiers supporters. C’est aussi le cas des diplômés. Les pauvres, à qui l’on prête tous les “égarements” de l’Histoire, votent pour les candidats qui leur veulent du bien.

“Antisystème”, va dire hier “le Figaro” au sujet de Jair Bolsonaro. Quel système ? Le “système bien pensant du lobby gay et des féministes” que les fachos fantasment ? Certainement. Mais pas le système capitaliste. Les bourses sont en hausse, les financiers fêtent la victoire du candidat brun.

“Plutôt Hitler que le Front populaire” : comme durant “nos heures les plus sombres”, on se garde bien de dire que le patronat est un fervent du soutien de tous les fascismes quand il est en crise et menacé par des nationalisations. La guerre, la terreur, la division du peuple : tout ça peut rapporter gros. Le patronat Français pendant l’occupation, le patronat Allemand juste avant, ne s’y étaient pas trompés.

En revanche on se trompe en pensant que l’aisance et les diplômes préservent du vote brun : au contraire, quand on a tout volé, on ne veut rien partager. Et on est prêt à tout pour écarter celles et ceux qui veulent nous le reprendre.

En France, toute l’élite macroniste est mieux disposée à l’égard du Rassemblement National que de la France Insoumise et ses satellites : Elle est prête à risquer une deuxième confrontation avec le clan Lepen car elle sait que c’est le seul moyen de maintenir au pouvoir les candidats de son système. Le risque fasciste, les riches s’en foutent. Ils n’en payent jamais le prix, ils en cueillent les fruits.

Les “grands hommes”, notre malédiction

A la fin du XVIIIe siècle, Bonaparte qui n’était pas encore empereur entraînait des milliers de citoyens-soldats dans une guerre stupide en Egypte, enlisant progressivement son armée, et finissant par l’abandonner. La commande de ce tableau visait a redorer l’image de Bonaparte alors que sa volonté d’euthanasier les pestiférés de son armée est rapportée par la presse anglaise, ainsi qu’à faire oublier que la veille de cette visite aux pestiférés, à la suite du siège de Jaffa, il avait fait massacrer 3000 prisonniers qu’il estimait ne pas pouvoir faire garder et nourrir.

A l’époque les larbins de la propagande n’était pas chroniqueurs BFM TV mais peintres, et à force de tableaux mettant en valeur le futur empereur dans une “épopée égyptienne” pourtant dévastatrice, nos livres d’Histoire ont fini par décrire cette intervention militaire foireuse comme une belle aventure légitimant la prise de pouvoir de Bonaparte devenu Napoléon, et la démonstration de son ouverture et de sa grandeur d’âme. Dans ce tableau, il n’était pas comparé à Jupiter lui, mais à Apollon.

Plus de deux siècles plus tard, le président de notre République toute gangrenée de bonapartisme vient voir les habitants de Saint-Martin qui se remettent mal d’un cyclone dévastateur et qui subissent la précarité endémique qu’engendre notre système de relation outremer – métropole. Il ose toucher un délinquant, preuve de sa grande magnanimité (et de son courage : pour un grand bourgeois le contact du pauvre est quelque chose de rare, troublant et parfois érotisant), et lui conseille quoi faire de sa vie : traverser la rue, trouver un emploi en claquant des doigts, dans une île où le taux de chômage est de plus de 33%.

Puis il retournera à Paris, dans son univers de patrons et de hauts-fonctionnaires, pour qui l’abandon et l’exploitation des classes populaires, ultramarins, ouvriers, employé, est un impératif financier.

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FRUSTRATION EST UN MAGAZINE TRIMESTRIEL. SON DERNIER NUMÉRO “LES RICHES NOUS TUENT” EST DISPONIBLE EN KIOSQUE OU PAR ABONNEMENT

La planète brûle, des gens meurent, mais les riches le sont suffisamment pour pouvoir s’en foutre

Toutes les études de psychologie sociale, toutes les enquêtes sur les dons aux associations le montrent : les riches sont des énormes égoïstes. Ils se foutent de façon croissante du monde qui les entoure, car ils sont de plus en plus riches et que leur vie s’est autonomisée du reste de la société. Ils ont leur propre système de santé, de retraite – le gouvernement envisage d’ailleurs, dans sa future réforme de sortir les riches du système par répartition – leur propre système éducatif. S’ils ne rechignent pas à être subventionnés par la société – en France, les établissements privées sont largement financés par l’Etat, les entreprises privées le sont aussi sous forme de crédit d’impôts et d’exonérations en continu – l’idée de contribuer à la solidarité nationale les révulsent.
 
Le gouvernement a su entendre l’expression de leur dégoût puisqu’il les a exonéré de l’Impôt sur la Fortune (ISF). Ils justifient leur égoïsme en se victimisant, en racontant qu”“En France, on n’aime pas les gens qui réussissent”, alors que ce que la plupart d’entre eux ont réussi c’est être des riches fils de riches pères. Ils racontent qu’il y a une “haine des riches” dans ce pays alors que c’est la haine du pauvre, du migrant et du chômeur qui règne et qui est organisée par toutes les administrations qui les fliquent et les brutalisent, tandis qu’elles déroulent aux riches le tapis rouge sans la moindre contrepartie exigée.
 
Bien entendu, les gouvernements successifs nous racontent qu’à force de brosser les riches dans le sens du poil nous recueillerons les fruits de leur pouvoir. Leurs investissements, leurs dons, leurs multiples bienfaits viendront tous nous combler.
 
Foutaises : au moment même où l’ISF a été supprimé, on a assisté à une baisse de 50% des dons en moyenne sur l’ensemble des associations ou fondations collectrices : ces dons qui permettaient une déduction immédiate sur l’ISF n’a désormais plus d’intérêt.
 
Les actionnaires se sont gavés d’autant plus que leurs placements étaient exonérés d’impôts et réduits par la “flat tax” tandis que les grands patrons peuvent se réjouir et licencier et précariser plus facilement. Et que s’est-il passé ? Rien. Parce que les courbettes de nos gouvernants rendent le peuple encore plus méprisable qu’il ne l’était déjà aux yeux des riches, ils nous snobent encore davantage.
 
La Société nationale de sauvetage en mer a besoin de dons pour financer la réparation d’un de ses canots ? Qu’est-ce que vous voulez que les propriétaires de yachts en aient à faire ? Tout leur est dû dans ce monde, et ils possèdent tout. La notion même de service public leur est devenue inconnue. L’avenir de la planète ? Ils s’en balancent, suffisamment riches qu’ils sont pour avoir toujours un havre de paix et de fraîcheur où se rendre. Vous croyez que les riches parisiens ou les riches lyonnais sont restés en ville pendant que vous creviez de chaud dans vos appartements chers et exiguës (dont ils perçoivent certainement le loyer) ? Non, ils ont fuit la canicule dans quelque maison de campagne, à l’air de la montagne ou face aux embruns.
 
La bienveillance et la solidarité, ils ne savent tout simplement plus ce que cela signifie. Ils méprisent ces valeurs qu’ils jugent d’un autre temps pour se rassurer et se complaire dans leur cynisme.
 
Il n’y a qu’un peuple en furie et un gouvernement expropriateur qui sauront leur rappeler leur commune appartenance à une humanité qu’ils détruisent.

Ce qu’ont déjà gagné les gros donateurs de Macron

Les courageux journalistes d’investigation du Monde et consorts ont bien du courage d’attaquer Jean-Luc Mélenchon, une cible facile si on veut être sûr de ne vexer aucun actionnaire ni aucun confrère. De notre côté, nous avons préféré nous pencher sur le financement de la campagne de Macron. Vous vous souvenez des Macron Leaks ? L’ensemble des mails de l’équipe de Macron ont été diffusés sur le web en juillet 2017, et à l’époque personne n’y a trouvé grand chose. Pourtant, cette correspondance montre que dès avril 2016, du temps où il était encore ministre de l’économie, Macron s’est pressé de dîners en cocktails, organisés par des gros bonnets à gros réseaux appelés par son équipe “poissons pilotes”, pour rassembler en un temps record l’argent nécessaire au lancement de sa campagne “hors parti”. Quelques noms en disent long sur la logique implicite de ces dîners pas désintéressés. Voici quelques noms, issus de notre enquête “Retour sur investissement, ce qu’on déjà gagné les soutiens et donateurs du candidat Macron”, qui paraîtra le 23 février :

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Frustration n°12 : La chasse est ouverte

 

 

// SOMMAIRE

Dossier : la chasse est ouverte :

– PORTRAIT : Muriel Pénicaud, ministre à responsabilité limitée
– EN
QUÊTE : Permis de tuer Enquête sur la lutte du grand patronat contre la santé au travail
– TÉMOIGNAGES : Précaire labeur par ordonnances
– MACRONIE : Quand les Gracques portent Jupiter en triomphe Chez les idéologues du pouvoir

Et aussi…
– VOTRE ARGENT : Déficit commercial de la France Pourquoi les Rafale de M. Dassault et les ordonnances du Dr Macron n’y changeront rien
– LIVRES : Devenir entrepreneur de soi Le développement personnel, ou l’art de la soumission heureuse
– MOT-CLÉ : Prendre aux pauvres et en même temps… donner aux riches Macron parvient à réunir sa majorité sur un budget “équilibré”

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Bonne année de colère unificatrice

Bonne année à toutes nos lectrices et tous nos lecteurs fidèles ainsi qu’à celles et ceux qui nous suivent sur ce site !

Ce que l’on sait de l’année à venir c’est que le gouvernement va continuer à nous faire tous nous faire nous sentir de trop : trop coûteux pour les entreprises, trop difficiles à indemniser pour notre “modèle social à rénover”, trop compliqué à soigner, impossible à tous héberger ou accueillir.

Face à ça, on peut se souhaiter une année de citoyenneté offensive et décomplexée : nous avons des droits et personne ne nous fait l’aumône quand nous touchons le chômage où quand nous utilisons notre carte vitale. Nous cotisons, nous payons des impôts, ce modèle social a été mis en place par le peuple résistant de la Libération, et s’il va mal c’est parce qu’il est géré depuis trente ans par des bourgeois qui rêvent de sa disparition et l’objectif le plus rationnel reste toujours de leur en reprendre les rênes avant que ces gens insensibles ne détruisent tout.

Ne nous excusons pas de vouloir vivre bien, de ne pas travailler trop, de n’avoir rien à “créer” ou aucun “projet à monter”. Cette année, ne marchons pas selon les leçons et les aspirations de gens qui sont nés avec du capital à investir.

On peut se souhaiter une année de colère unificatrice, de solidarité face à toutes les tentatives de division des gens face aux riches. Face à ceux qui inventent des fortunes que toucheraient les migrants quand ils arrivent chez nous et qui ne s’intéressent guère au fait que Muriel Pénicaud ne va payer aucun ISF en 2018 grâce à la réforme qu’elle a elle-même soutenu. On n’est jamais mieux servi que par soi-même et c’est 60 000€ que la ministre va économiser.

60 000€ ! Et les centaines de milliers de nos patrons, les millions de nos financiers, les milliards des gens les plus riches du monde qui gagnent autant à 10 que la moitié de l’humanité.

Cette année encore il y aura des tempêtes, des canicules et des inondations : souhaitons que nous nous ne culpabilisions plus pour nos “petits gestes du quotidiens” que nous aurions fait ou pas fait, et que nous regardions du coté des géants de l’agriculture productiviste et de la classe dirigeante qui pollue allègrement, en toute décomplexion, tout en s’affichant régulièrement à des sommets mondiaux où la lutte contre le réchauffement climatique se porte comme le dernier bijou à la mode dans le gotha.

Bref, une année de plus où, comme nous le disions dans notre premier numéro lancé il y a trois ans, plutôt que de haïr le voisin, mépriser le pauvre, lyncher le migrant, il nous faudra détester le riche.

Pénicaud, ministre à responsabilité limitée

Le 17 mai 2017, la petite foule des fonctionnaires du ministère du Travail, rue de Grenelle, est réunie dans la cour de l’hôtel du Châtelet pour assister à la passation entre la ministre sortante Myriam El Khomri et la nouvelle entrante Muriel Pénicaud. El Khomri a déjà derrière elle une loi controversée qui a fait descendre dans la rue des centaines de milliers de personnes et c’est avec un certain soulagement qu’elle constate que « les Français se sont donnés pour président de la République le seul candidat qui ne proposait pas son abrogation ». Et de lancer, comme une pique, à celle qui lui succède : « Pire, j’ai compris, chère Muriel, que votre feuille de route allait vous conduire à approfondir ce sillon de la négociation collective dans l’entreprise. » Un silence et puis : « Je vous souhaite bon courage ! ». Cette dernière exclamation n’a pas manqué de faire parcourir dans l’assemblée un petit rire cynique. Quoi qu’il en soit, cette anecdote est révélatrice du climat de tension sociale qui règne entre des ministres soucieux de donner leur nom à des réformes, tout en fragilisant des conquêtes sociales ainsi que la stabilité de vie des classes les plus populaires et des travailleurs, considérés comme enclins à l’immobilisme alors qu’ils ne font que défendre ce qui leur apparaît comme relevant de leur droit, fruit d’une longue histoire de luttes sociales.

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