Âge de départ à la retraite : défaire les mensonges de nos élites pour nous libérer de leurs fausses évidences

Ces politiques qui affrontent des “tabous”, ça force le respect.

C’est au tour de Xavier Betrand de dénoncer le “tabou” de l’âge de départ à la retraite, un sujet tellement “tabou” que c’est la 4e fois qu’il est évoqué cette année, et qu’il fait la Une à peu près tous les ans, avec toujours un encadrement médiatique complaisant de type “X ose aborder le sujet tabou de l’âge de départ à la retraites”! Et le problème est toujours abordé de la même manière : parce que la dernière loi allongeant la durée de cotisation a engendré un très gros mouvement social en 2010, chaque politique qui l’aborde se présente comme un brave des braves, celui ou celle qui a le courage d’affronter la colère populaire, car chez nos élites c’est une vraie vertu politique que de ne pas écouter le peuple (l’écouter c’est “faire du populisme”).

La deuxième étape, c’est de présenter la nécessité de repousser l’âge de départ à la retraite comme un Discours de Vérité. “Il faut dire la Vérité aux Français”, dit Xavier Bertrand comme s’il avait inventé cette formule, déjà utilisée par Buzyn et Darmanin la semaine dernière, mais passons. La Vérité ce serait de dire que notre système de retraite ne PEUT PAS survivre sans que les gens travaillent plus longtemps. Et qu’il se trouve que les gens PEUVENT travailler plus longtemps parce qu’ils VIVENT plus longtemps. C’est mathématique. Tous ceux qui voient les choses autrement seraient dans l’irrationalité et s’aveugleraient, par faiblesse.

Sauf que ces gens oublient un grand nombres de FAITS et de LEVIERS pouvant contribuer à l’équilibre et à l’amélioration de notre système de retraites. Et à force d’être bercés par le discours dominant en matière de retraites, on oublie trop souvent leur existence alors qu’ils sont vraiment évidents :

1 – Pour équilibrer le système de retraites, il faut de l’emploi et des salaires, ou comment remplacer le clivage générationnel par le clivage de classe :

Trop content de nous mettre face à un clivage générationnel – le fameux “bientôt il y aura trop de retraités pour pas assez d’actifs” – nos politiques oublient le clivage social : l’équilibre d’un système de retraites dépend aussi de la façon dont les richesses sont réparties et produites. Ainsi, s’il est vrai qu’il y aura plus de retraités pour moins d’actifs, ces actifs seront aussi plus productifs. C’est ce qui se passe chaque décennie. Et donc s’ils sont payés en conséquence, le volume de cotisations globales devrait augmenter et les retraites de nos anciens financées. Mais ce n’est pas le cas, et Bertrand et consorts, dans leurs discours de Vérité, font au moins un mensonge par omission : puisque les salaires stagnent (au profit du capital, globalement), que les femmes continuent d’être moins payées que les hommes, qu’un chômage de masse perdure (et l’encouragement aux heures supplémentaires ne va pas aider), forcément c’est plus compliqué. Compliqué, pas “en faillite” : contrairement à ce que ces gens disent notre système de retraites n’est PAS en péril imminent.

2 – Si l’on vit plus longtemps, c’est parce qu’on travaille moins longtemps ou comment sortir de la fausse évidence de l’espérance de vie qui impliquerait de partir plus tard à la retraites :

Ils oublient aussi de nous dire que l’espérance de vie n’augmente pas tant que ça, qu’elle stagne par moment (c’était le cas en 2015), et que l’une des variables de l’espérance de vie c’est le temps passé au travail : et que quand on dit “parce qu’on vit plus longtemps il faut travailler plus longtemps”, il faut aussi dire que plus on travaille longtemps, moins on vit longtemps ! Et d’ailleurs, les statistiques sur le sujet sont clairs : vous souvenez-vous l’été dernier quand on nous a bassiné avec l’augmentation des arrêts maladies, un scandale national, un jour de vacances en plus etc.? Et bien l’une des explications de ce phénomène résidait dans le nombre plus important de seniors au travail, à cause de la réforme de 2010 (car repousser l’âge de départ est tellement “tabou” que ça a déjà été fait il y a moins de dix ans). Des gens âgés en poste, plus facilement malades, et plus souvent rendus malades par ce maintien forcé dans l’emploi.

Facile donc de dégommer les deux “évidences” avancées en permanence par ceux qui nous disent la “Vérité”, il vous suffit de dire que 1 – Non, augmenter l’âge de départ à la retraite n’est pas le SEUL levier dont nous disposons pour équilibrer notre régime : réduire le chômage, augmenter le salaire des femmes, augmenter les salaires de tous, ça va dégager des milliards d’euros de cotisations supplémentaires et donc donner une pêche d’enfer à ce système : la retraite à 60 ans est carrément possible si les femmes sont payées autant que les hommes, donc qu’ils arrêtent avec leur fatalisme feint et 2 – Ce n’est pas parce qu’on vit plus longtemps qu’il faut travailler plus longtemps, déjà parce que parlez pour vous les riches, mais jusqu’à preuve du contraire les ouvriers vivent 6 ans de moins que les cadres, et la dégradation des conditions de travail et des protections tout azimut rend les travailleurs stressés, désynchronisés et donc plus malades, et ensuite parce que c’est précisément parce qu’on a pu travailler moins qu’on arrive à vivre plus longtemps.

Mais on voit bien qu’une telle vision implique de parler du monde du travail actuel et donc des pratiques managériales qui font notre économie, et nécessite de parler partage des richesses. Autant de choses que les Bertrand, Buzyn et Darmanin, n’ont précisément pas le COURAGE ni surtout l’envie de faire. C’est pourquoi ils traduisent en un discours technique ce qui n’est qu’une équation politique et de classe : “comment maintenir leur système de retraites sans toucher à nos profits et sans remettre en cause notre modèle économique ?”. A nous de sortir des bornes étriqués de leur petit univers bourgeois.

Pourquoi refuser d’être des « vrais hommes »

Contrairement à ce que cette illustration catchy laisse penser, le virilisme n’est pas que le propre des férues des salles de sport, mais s’épanouie pleinement parmi les haut cadres du CAC 40, les intellos des facs et les journalistes des rédactions parisiennes.

Les conservateurs comme Éric Zemmour, Alain Soral et les membres de la Manif pour tous nous racontent que la société s’est dévirilisée, et qu’il faudrait restaurer le règne des vrais bonshommes pour résister à la crise morale et économique. Rien n’est plus faux : parents, médias et institutions apprennent toujours aux hommes à vouloir devenir des « vrais hommes », et cela nous nuit à tous, hommes ou femmes, homosexuels, bisexuels ou hétérosexuels, en tant qu’individus et en tant que collectif.

La Suite