Pourquoi refuser d’être des « vrais hommes »

Contrairement à ce que cette illustration catchy laisse penser, le virilisme n’est pas que le propre des férues des salles de sport, mais s’épanouie pleinement parmi les haut cadres du CAC 40, les intellos des facs et les journalistes des rédactions parisiennes.

Les conservateurs comme Éric Zemmour, Alain Soral et les membres de la Manif pour tous nous racontent que la société s’est dévirilisée, et qu’il faudrait restaurer le règne des vrais bonshommes pour résister à la crise morale et économique. Rien n’est plus faux : parents, médias et institutions apprennent toujours aux hommes à vouloir devenir des « vrais hommes », et cela nous nuit à tous, hommes ou femmes, homosexuels, bisexuels ou hétérosexuels, en tant qu’individus et en tant que collectif.

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Comment l’élite fait le choix de l’inégalité des chances à l’école

L’École est sans cesse au cœur des débats « sociétaux » : elle devrait mieux inculquer les valeurs de la République aux jeunes des banlieues, mais aussi apprendre aux garçons et aux filles à ne pas développer des stéréotypes de genre, et puis encore sensibiliser tantôt aux bienfaits de la colonisation tantôt à ses méfaits. Au gré des évènements de l’actualité et des modes, le ministère de l’Éducation nationale publie une nouvelle circulaire ou lance une nouvelle réforme que les enseignants doivent appliquer illico. La dernière suscite un débat passionné sur les langues rares et les classes européennes qu’il faudrait préserver pour conserver notre « excellence ». Or, pendant qu’on ergote sur ces détails et que des intellectuels s’époumonent dans des tribunes pour sauver Cicéron et une école Républicaine qui n’existe que dans leurs fantasmes germanopratins, l’institution scolaire opère une sélection sociale drastique éliminant systématiquement les enfants de pauvres et permettant aux enfants de l’élite de gagner à tous les coups. Au nom d’un principe d’universalité, l’École ne donne pas aux enfants de milieux défavorisés les moyens nécessaires pour y réussir. Derrière le discours sur l’égalité des chances permettant aux plus intelligents et bosseurs de la Nation d’en devenir les leaders, l’élite fausse la compétition dès le départ et assure une avance confortable à ses rejetons dans la course aux diplômes. Tout ce que vous allez lire est tiré d’expériences et d’enquêtes scientifiques rigoureuses.

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Mort aux réseaux

Preuve de son succès, le concept de « réseau » s’applique aujourd’hui aussi bien à la réussite professionnelle qu’à l’organisation de la révolte, à la poursuite de projets économiques, artistiques, politiques, urbanistiques, intellectuels ou encore à la promotion de notre « moi ». Si les révolutions arabes ont réussi, c’est grâce au « réseau » ; si vous lancez un « projet », quel qu’il soit, il devra passer par un « réseau » pour se financer et se promouvoir ; si les ambitieux modernes parviennent aux sommets de la société, c’est grâce à leurs « rencontres » et à leur talent à tisser leur « réseau » ; si vous êtes en quête de reconnaissance ou de réconfort, votre avatar numérique est là pour vous faire exister dans le « network » et c’est tout ce qui compte.

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Manuel du Combattant de l’Intérieur – Partie II

Revenu des petits livres rouges et des réunions de concertation, le combattant de l’intérieur sait que l’élite ne se combat pas uniquement dans les idées mais aussi partout où elle impose sa loi, notamment au travail. Dans un monde où les collectifs salariés ont été quasiment anéantis et où partout la rhétorique des possédants règne, il peut rétablir la solidarité là où règne le chacun-pour-soi encouragé par les nouvelles méthodes de management. Là où règne l’opacité sur les budgets et les effectifs, il peut partager les informations pour réellement permettre débat et conflit. Le combattant de l’intérieur n’est pas un professionnel, il choisit de faire ce qui lui semble juste et il n’attend pas d’en avoir le titre. Il pratique donc l’insurrection au quotidien et non celle qui vient. L’indignation en acte et non en opuscule.

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On attend vos idées

C’est en l’an 0 après Jacques Séguéla que les choses se sont clarifiées. On se souvient de la Rolex à 50 ans, définition ultime du succès social à droite. Réussir c’est avoir de l’argent, beaucoup, une belle femme mannequin avec des actions par centaines et, si c’est possible, être le patron. Dans cette catégorie, Nicolas Sarkozy reste le président. Réussir, c’est plus que gagner sa vie, c’est vivre la gagne.

Mais, tonton Séguéla, toi qui conseillais le PS avant de finir à l’UMP, dis-nous comment c’est si on reste à gauche ? C’est très simple mes petits : quand à droite, être au top c’est « avoir un tableau de maître », à gauche, s’accomplir c’est « créer son propre tableau de maître ».

 La discrimination sociale de gauche met en effet un point d’honneur à faire le distinguo entre le petit-bourgeois « créateur » et le prolo « consommateur ». Le premier est actif, inventif, dynamique et jeune, le second passif, pas très intelligent, mou et tout rabougri. Le premier marque le monde de sa patte jusqu’à 3 h du matin pendant que l’autre mate la télévision sur son canapé en se couchant avec les poules.  

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Pourquoi il faut détester les humanitaires

« Bonjour m’sieur’dame ! Vous avez perdu quelque chose ! … Oui, une minute de votre temps pour parler avec moi ! Non ? Oooh ». Vous avez déjà dû entendre ce genre de réplique alors que vous parcouriez la rue commerçante de votre ville. Des jeunes gens vêtus de couleurs vives, à l’attitude cool et au sourire colgate veulent vous expliquer « le travail de leur ONG » (organisation non gouvernementale). On connaît maintenant tous le procédé : vous les écoutez vous parler d’action humanitaire, puis, au moment de partir, il devient presque impoli de ne pas leur laisser son RIB. À la longue, vous les évitez. Et vous avez raison. Mais pourquoi vous sentir merdeux de le faire ? Il y a pourtant de bonnes raisons pour snober ou rembarrer les humanitaires sans aucun scrupule et surtout pour ne pas se laisser culpabiliser par ce discours qui n’est pas seulement tenu dans les rues, mais aussi partout dans les médias.

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Des Ambitieux Modernes

« Vous avez toutes les cartes en main pour réussir. Regardez ces mecs qui se sont faits tout seuls, ils ont mis leur volonté au service d’un destin. Prenez-vous en main. Vous avez les clés. »

Des récits de destinées exceptionnelles, « de véritables leçons de vie », des portraits de réussite industrielle, accompagnée d’ascension sociale, gratinée d’un destin politique ou saupoudrée d’une carrière artistique. Un vrai un buffet à volonté de belles histoires. Ces discours reviennent sans cesse au travers des récits de vie que nous proposent des journalistes, romanciers, cinéastes et artistes de tout poil. On a bien de la chance de les avoir ceux-là : ils se décarcassent pour nous permettre de vivre les aventures de ceux de la haute, pour nous redonner le moral comme on rassure les enfants avant de dormir en leur racontant une belle histoire : avec un héros, une princesse et de vilains méchants. On en a bien besoin dans ce « matérialisme ambiant » décrié par les penseurs, dans cette « France dépressive » décrite par les économistes, non ?

On nous sert alors de la star, du grand patron, du souverain, du politique, de l’artiste, ou un méli-mélo du tout à la Bernard Tapie qui « monte sur les planches ». De l’arriviste récompensé présenté comme un bosseur à la Matthieu Gallet, du fils à papa en fait self made man à la Sarkozy, du Marie-Antoinette mère-courage, du Dassault innocent, du Strauss-Kahn rien qu’un petit troussage, du Kerviel, itinéraire de celui qui a failli détruire le système financier mondial mais ouf.
Allez, enivrons-nous au vin capiteux de la réussite tourmentée d’Yves Saint-Laurent, engloutissons une belle tranche de vie de François Hollande et, pour finir, soyons gloutons, dégustons la succulente tablette de la famille Dassault carré après carré… jusqu’au bout. Ces histoires nous racontent chaque fois la même chose : c’est la fable de l’égalité des chances, de la réussite par le mérite, de la possibilité de s’en sortir par soi-même. Tout un programme. Prenons un peu exemple et rêvons nous aussi de devenir grands parmi les grands.

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Pourquoi il faut détester les riches

Il y a une « haine des riches en France ». C’est ce que disent les éditorialistes environ tous les six mois. Espérons qu’ils aient raison ! C’est tellement plus efficace que la haine de l’immigré ou la haine de « l’assisté » ! Peut-être que votre égal ou votre inférieur vous bouscule dans le métro ou vous a grillé la priorité à droite, mais c’est le riche qui détourne vos impôts, ferme vos industries et détruit peu à peu votre modèle social. Malheureusement, non content de dicter nos politiques, ils possèdent un monde médiatique qui favorise en nous le dégoût du semblable plutôt que la haine du puissant. De nombreux intermédiaires, notables et autres amoureux de l’ordre établi, soumis et admiratifs, nous incitent à les encenser. Le riche a pourtant mille fois plus de pouvoir sur l’intégralité de votre vie que n’importe quel autre pékin moyen qui peut, à la limite, vous la pourrir pendant quelques heures. Voici pourquoi il est temps de rétablir à sa juste valeur un sentiment des plus respectables : détester les riches.

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