Dans la tête des bourgeois : Le sentiment de supériorité des classes supérieures vu par trois romans

Les rapports de classe sont un thème récurrent de la littérature française, qui participe parfois de nos perceptions de la société. Germinal, le roman d’Émile Zola, est devenu l’image même de la classe ouvrière victime du capitalisme. Les romans de Balzac ont mis en scène la petite bourgeoisie montante, opportuniste et mesquine, au point qu’être un « Rastignac » est devenu une expression autonome dans la langue française. Mais ces références sont datées et on a beau jeu de dire que depuis le xixe siècle les choses ont changé et que la lutte des classes est morte avec Balzac et Zola. D’où l’intérêt pour nous de nous pencher sur les livres, les films et les productions culturelles contemporaines : comment y sont décrites les classes sociales et les rapports de domination ? Est-ce que certaines productions peuvent nous aider à comprendre la vie des autres ou retrouver la nôtre, que l’on soit grand bourgeois ou ouvrier aujourd’hui ? Pour ce numéro, trois romans publiés en 2016 et 2017 ont été choisis car ils décrivent de l’intérieur la bourgeoisie française contemporaine, cette classe dominante dont les pouvoirs ne cessent de croître avec la montée des inégalités. Pour en saisir les contours, nous disposons de statistiques, de travaux sociologiques[1], mais pour toutes celles et ceux qui ne la fréquentent pas, ni ne la rencontrent, il est difficile de se figurer ce qui se passe dans sa tête, face à la société en ébullition qu’elle domine. Ces trois romans nous aident à y voir plus clair.

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Depuis quand le train n’est-il plus un service public ?

« Vivement que la SNCF soit mise en concurrence », voilà la rumeur qui s’élève dans les wagons dès que le train a un quart d’heure de retard. Les consommateurs intransigeants qui ont la haine du service public chevillée au corps vont être exaucés en 2020 pour le TGV et en 2023 pour les Intercités et TER quand d’autres compagnies, privées elles, pourront faire circuler leurs trains sur les rails de France, dont l’entretien restera évidemment à la charge du contribuable. Ce sera l’entrée en application des « paquets ferroviaires » (ensembles de directives européennes) devant assurer un accès « transparent et non discriminatoire » au réseau.

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Macron donneur de leçons mais pollueur

Macron donne des leçons de pollution à Trump en anglais et pourtant c’est bien sa loi qui en 2015 a relancé le transport routier de passagers en France, un transport hyper-polluant sous prétexte de donner pouvoir d’achat alors que le tout-TGV creuse la dette du rail et empêche d’investir dans les Intercités, pour que ces messieurs-dames aillent plus vite se faire dorer la pilule sur la côte, servis par un barista dans un TGV décoré par Christian Lacroix, sur une ligne qui enrichit Vinci. Alors on dit merci qui ? Merci Macron !

Petit extrait de notre article « Depuis quand le train n’est-il plus un service public ? » (Frustration #10) :

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Appel : Un président à combattre

« Le renouveau », « le changement », « la rupture avec la politique traditionnelle », personne ne pouvait décemment plus y croire en voyant sur les plateaux de télévision le soir de son élection les soutiens d’Emmanuel Macron : Ségolène Royal, actuelle ministre de l’écologie, François Bayrou, ancien ministre et candidat centriste à plusieurs présidentielles ou encore Gérard Collomb, cumulard (sénateur, maire de Lyon et président de la métropole) sont de vénérables membres du « système » que le candidat prétendait combattre. On sait aussi depuis plusieurs semaines que l’ancien président de la République soutenait celui que les journalistes s’étaient plu à décrire comme un renégat flamboyant, qui avait trahi Hollande pour avoir son indépendance. Manuel Valls, le féroce Premier ministre de l’état d’urgence et de la répression du mouvement contre la loi Travail, est aussi devenu un fervent soutien de Macron, de telle sorte qu’on ne sait plus très bien ce qui distingue le gouvernement sortant de celui qui se prépare, à l’heure où nous écrivons ses lignes, à s’installer dans les hôtels particuliers lambrissés de la République française. Du coup, si nous avons finalement affaire à une rassurante continuité, pourquoi, dès le 8 mai, des manifestants se sont-ils rassemblés dans les grandes villes de France pour constituer un « front social » contre le président, avant même son intronisation ? Pourquoi ont-ils crié le slogan « Macron démission ! Un jour ça suffit ! » alors que son prédécesseur avait eu droit à un round d’observation ?

Parce qu’Emmanuel Macron n’est pas un simple héritier de François Hollande. Il est l’émanation de tout ce qui était antisocial, antidémocratique et autoritaire chez lui, et l’abandon de tout ce qui le rattachait fictivement à « la gauche ». Ce qu’il prévoit est la concrétisation violente et radicale de ce qui se faisait hypocritement et par petites touches sous la présidence de Hollande : la conversion de notre société au modèle néolibéral (baisses d’impôts massives sur le capital, réductions des cotisations sociales) et la destruction progressive de notre modèle social (flicage des chômeurs, réduction à marche forcée des déficits), sous prétexte de sa « nécessaire adaptation » aux enjeux contemporains. En réalité, c’est de son adaptation aux désirs des possédants qu’il s’agit et le nouveau président a d’ailleurs prévenu : il ira vite, pour ne pas connaître les mêmes déconvenues que ses prédécesseurs.

Ses opposants, qui sont déjà majoritaires dans la population, le savent. Et c’est pour cela qu’ils s’organisent, qu’ils manifestent préventivement, qu’ils diffusent, comme nous le faisons, le plus d’informations possibles sur le danger public que constitue ce nouveau président. C’est pourquoi, habités nous aussi par le sentiment d’urgence que provoque l’arrivée de cet homme investi du contentement des plus puissants, nous donnons à nos lecteurs des informations sur le premier projet du président, celui qu’il compte imposer dès cet été, et par ordonnances. Il s’agit de trois textes de loi relatifs au droit du travail, qui ont pour objectif de « simplifier la vie » des chefs d’entreprise et qui vont contribuer à dégrader nettement celle des salariés.

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