L’industrie pharmaceutique a-t-elle intérêt à nous soigner ? Enquête sur le premier marché mondial

« Alors, je vais vous mettre cinq jours de Doliprane, à prendre le matin et le soir si les douleurs persistent, ça c’est pour la gorge, pas plus d’une pulvérisation toutes les deux heures, et pour le mal de ventre du Gaviscon ». Votre médecin remplit la sacro-sainte ordonnance, de son écriture le plus souvent illisible, et vous patientez en parcourant du regard son bureau encombré. Une règle Sanofi par-ci, un presse-livre Novartis par-là, mais une fois votre Carte Vitale validée, vous ne craignez plus rien. Après être passé à la pharmacie de votre quartier, qui ressemble décidément de plus en plus à un supermarché, avec ses présentoirs colorés et ses alignements de produits de beauté, vous prendrez votre traitement en partie remboursé, en jetant un coup d’œil discret aux notices pléthoriques et aux caractères microscopiques qui accompagnent vos gélules, sachets et comprimés. Vous êtes, comme tous vos compatriotes, un client de l’industrie pharmaceutique. Vous savez, car vous écoutez la radio et regardez la télé, que cette industrie fait partie des secteurs les plus rentables de l’économie mondiale. Peut-être savez-vous aussi qu’il s’agit du premier marché économique du monde en termes de chiffre d’affaires. Vous connaissez quelques scandales dans lesquels cette industrie s’est tristement illustrée : le Dépakine, le Mediator, le Lévothyrox… Et vous savez certainement qu’avec ses visiteurs médicaux et ses lobbyistes, ce secteur a un pouvoir d’influence considérable sur les professionnels de santé et les politiques. Mais comme beaucoup de gens, cette situation vous dépasse. Les médecines alternatives sont là mais quelle efficacité réelle face à des médicaments ? On ne peut en effet pas se passer de médicaments, mais on peut se passer d’industrie pharmaceutique. Voici plusieurs arguments pour défendre la nationalisation de la recherche et de la production de médicament.

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Les classes populaires à Sciences Po, « social washing » dans l’école des élites ?

C’est bientôt la rentrée universitaire et avec elle les reportages plein de bons sentiments sur telle lycéenne “de banlieue” (un terme qui a du sens pour un journaliste parisien mais pas pour grand-monde, c’est comme “province”) qui entre à Sciences Po grâce à sa célèbre Convention d’Education Prioritaire. Une façon de redorer chaque année le blason d’une école qui est associée – à juste titre – à la reproduction sociale et la revendication par les élites de leur supériorité morale et intellectuelle. Ces reportages ne disent pas grand chose de la réalité. Car elle est la suivante : la convention n’est qu’une nouvelle façon pour les enfants de bourgeois d’entrer à Sciences Po, comme le raconte cette enquête inédite sur le web, publiée initialement dans le numéro 14 de Frustration (été 2018) :

En 2016, plus de 40 % des élèves admis par la filière « convention d’éducation prioritaire » (CEP) de Sciences Po Paris étaient issus de familles CSP+ – pour catégories socio-professionnelles supérieures – selon une étude parue dans Libération en 2017. « Depuis quelques années, il y a à la fois des lycées qui ne sont pas du tout des lieux de mixité sociale qui ont été conventionnés CEP par Sciences Po, type certains lycées ruraux, qui sont tout ce qu’il y a de plus lambda, avec leur lot de bourgeoisie rurale et des gens aisés qui mettent leurs gamins juste pour le lycée, voire juste pour la terminale, dans des lycées conventionnés CEP », précise Garance*, une apprentie journaliste à Sciences Po de 23 ans, non bénéficiaire de cette convention. Un constat terrible alors que ce dispositif, vieux de 17 ans désormais, s’était donné pour objectif de diversifier les profils sociologiques de cette Grande école française, bien connue de nos élites dirigeantes. Une filière parallèle au Bac qui est à l’origine disponible dans sept lycées conventionnés ZEP (zone d’éducation prioritaire), et désormais dans plus d’une centaine éparpillés dans toute la France. Et c’est à se demander si ce dispositif, issu de la « discrimination positive », n’est pas équivalent aux pratiques d’entreprises qui font du « green washing » ou du « pink washing », afin de dissimuler leurs pratiques salariales derrière un écologisme superficiel ou la promotion toute théorique des droits des minorités. Avec cette convention, Sciences Po ne pratique-t-il pas le « social washing », cachant la forêt de l’élitisme et de la reproduction sociale derrière l’arbre d’une ouverture affichée aux classes populaires ?

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Polluer plus pour gagner plus : Ce n’est pas à vous de culpabiliser sur l’état de la planète, c’est aux riches !

Plus on est riche, plus on pollue. C’est ce que l’ONG britannique Oxfam a démontré dans un rapport intitulé « Inégalités extrêmes et émissions de CO2 » en 2015. Pourtant, à l’heure où le gratin international multiplie les déclarations de bonnes intentions environnementales et les confessions larmoyantes, les gouvernements occidentaux, à commencer par le gouvernement français, s’entêtent à répéter qu’il est question de prise de conscience individuelle. Et tant que l’on continue de dénoncer la paille dans l’œil du voisin, on ne regarde pas la poutre dans le sien. Habile. Mais les « petits gestes pour la planète » ne suffiront pas. C’est le pouvoir des très riches qu’il faut réduire. Et la neutralisation de leur pouvoir de nuire commence par comprendre comment ils nous enfoncent dans la crise écologique. Décryptage.

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Le mouvement du Libre contre la start-up nation

Rencontre avec des membres fondateurs de la Maison du Libre et des Communs

 

Dans le langage d’Emmanuel Macron, la France est la Nation des start-ups, écrin de choix dédié au développement de la FrenchTech, label créé pour les entreprises françaises du numérique « innovantes », tant vantée par Macron. C’est sur ces jeunes pousses que reposerait la prospérité économique future du pays selon les gouvernements qui se succèdent depuis six ans. Ce discours est renforcé par notre président et sa clique qui béatifient ces beaux entrepreneurs blancs, jeunes et blonds, logés par le milliardaire Xavier Niel dans son incubateur de la Station F et dont les idées sont considérées comme les nouveaux puits de pétrole du xxie siècle. C’est pour leurs beaux yeux que le président a annoncé début mai dans le magazine américain Forbes qu’il allait supprimer l’ « exit tax », cette imposition des départs de capitaux, qui rapporte tout de même 800 millions d’euros aux finances publiques.

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Socioscope : Qu’allez-vous décider à la place des astres et des puissants cet été ?

Dans les journaux gratuits ou les magazines féminins, les horoscopes sont des récits inventés par des sous-traitants, avec un angle exclusivement individualiste (votre promotion, votre vie sentimentale, votre budget) et qui se nourrissent des injonctions de la société capitaliste (à la compétition, à la réussite, à l’accumulation). Ça donnerait quoi un horoscope collectif, revendicatif et émancipateur ? Un socioscope !

 

Bélier

 Travail : Vous travaillez trop, n’oubliez pas que la durée hebdomadaire légale est de 35 h et que toute heure supplémentaire doit donner lieu à une rémunération supplémentaire. Si vous êtes cadre, c’est pareil, sauf mise en place d’une convention de forfait-jour, négociable uniquement avec les organisations syndicales.

 Relationnel : Célibataire, n’oubliez pas que c’est au travail que l’on rencontre le plus souvent son conjoint ou sa conjointe. Mais ne pas compter ses heures n’est pas une solution : passés 40 ans, les heures supplémentaires réduisent votre espérance de vie et donc la possibilité de profiter de votre amour.

 Argent : Si vous avez le droit à des allocations ou des minima sociaux, n’oubliez pas d’en faire la demande. Selon une étude du Secours catholique, 40 % des gens éligibles au RSA n’en ont pas fait la demande, ainsi que 29 % de ceux qui sont éligibles aux allocations familiales. Or, il s’agit d’un droit chèrement acquis dont on ne doit éprouver nulle honte.

 

Gémeaux

 Travail : Si votre entreprise ou association compte 11 salariés et salariées ou plus, votre employeur doit organiser des élections professionnelles. S’il ne le fait pas c’est un délit d’entrave, sanctionné par 7 500 € d’amende (avant la loi Macron de 2015, cela pouvait donner lieu à une peine d’emprisonnement). N’hésitez pas à vous présenter pour défendre les droits de vos collègues. Si vous êtes élu, vous serez protégé : votre employeur devra obtenir l’accord de l’Inspection du travail pour vous licencier.

 Relationnel : Une panne d’érection est plus souvent liée à un stress d’origine professionnelle qu’à une profonde baisse du désir.

 Argent : Si vous gagnez plus de 3 200 € nets par mois, vous faites partie des 10 % de Français les mieux payés. Ne dites donc pas que vous faites partie de « la classe moyenne », cela fausse tout.

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L’esprit coursier contre le capitalisme : Quand les livreurs à vélo défient l’uberisation du travail

On les croit souvent en concurrence, isolés les uns des autres, endormis par des entreprises qui leur promettaient le rêve de liberté des entrepreneurs tout en les rendant plus exploitables que les moins protégés des salariés. Dans les grandes villes de France, on peut les voir filer à toute vitesse, énorme sac cubique sur le dos, pour tenir leur temps de livraison. On peut parfois en voir cinq ou six affalés sur un banc, le vélo posé non loin d’eux, le smartphone à la main, en train de recharger leur batterie ou d’attendre un nouveau trajet. Les coursiers à vélo, auto-entrepreneurs et fiers de l’être, n’avaient sans doute pas l’air à la pointe du combat contre le libéralisme. Après tout, ce n’était pas eux qui débattaient à Nuit Debout et qui tenaient tête au pouvoir dans les cortèges des manifestations contre la loi Travail. Eh bien on se trompait. On avait sous-estimé leur (conscience de) classe et leur débrouillardise, et surtout leur sens de la solidarité. Pour l’été, nous voulons vous raconter une histoire qui vous donnera foi en vos collègues et vos concitoyens et courage pour vos combats futurs : elle raconte la victoire de l’esprit coursier contre les combines du capitalisme 2.0. Réalisée en 2016, cette enquête a été mise à jour à partir des évolutions récentes d’un combat qui se poursuit.

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Ce qu’il nous a déjà pris : Les prises de guerre (des classes) de Macron – an I

On parle souvent, notamment ici dans les colonnes de Frustration, du CNR (Conseil national de la Résistance) pour évoquer les grandes conquêtes sociales encore en vigueur de nos jours, quoique largement affaiblies. Son action ne fut pas aussi unitaire qu’il y paraît : il n’eut pas d’existence institutionnelle – il n’y a pas eu de gouvernement du CNR – mais la réunion des mouvements de Résistance sous l’égide de Jean Moulin en 1943 aboutit à un « plan d’action immédiate » de libération ainsi qu’à un programme socio-économique intitulé « Les Jours heureux », paru en mars 1944, qui rassemblait derrière lui les diverses tendances politiques participant à la Résistance, et grandement nourri par le Parti communiste, seul parti entré en résistance, et qui allait inspirer les gouvernements de l’immédiat après-guerre (Voir le documentaire de Gilles Perret, Les Jours heureux, qui donne la parole à des membres du CNR qui expliquent le sens quasi révolutionnaire que ce programme politique allait donner à une Résistance menée en grande partie par des militants communistes et socialistes).

Résister, pour quoi ? Ce programme donnait un sens quasi révolutionnaire à la Résistance :  il comprenait des mesures pour rétablir des mécanismes démocratiques (suffrage universel, indépendance de la presse vis-à-vis des capitaux de l’industrie) et aller vers une économie plus progressiste et sociale « impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie » (la nationalisation des grandes entreprises exploitées par l’Allemagne nazie, le renouveau de la représentation syndicale), « un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’État » (assurance contre la maladie maladie, retraites pour tous les salariés). Un programme articulant épuration et partage des pouvoirs et des richesses, dans la lignée des avancées sociales créées par le Front populaire avant guerre. C’est ce qui donna naissance au « modèle social » français, un compromis entre capitalisme et socialisation. Un compromis fragile que Macron et ses prédécesseurs s’emploient à briser dans le sens des intérêts de la bourgeoisie.

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Macron relance la grande braderie publique !

Schéma réalisé pour le numéro 14 de Frustration

Les « investisseurs » en rêvaient, Macron l’a fait : le capital d’entreprises publiques stratégiques et en situation de monopole, donc très rentables, va leur être ouvert une nouvelle fois ! Ces derniers vont se ruer pour dépecer le peu qu’il reste encore à l’Etat… En effet, Macron s’inscrit là dans la droite ligne de ses prédécesseurs, qui n’ont cessé de vendre les entreprises publiques afin d’engranger de l’argent à très court terme et de satisfaire toujours plus le secteur privé, friand de ces bonnes affaires ! Mais cela se fait toujours au détriment du peuple !

Ces nouvelles privatisations concerneront les Aéroports de Paris, la Française des Jeux et Engie. Mais quelle absurdité que de privatiser un aéroport ! C’est un domaine où la concurrence n’existe pas, puisqu’on ne va pas hésiter entre prendre son avion à Paris ou à Marseille selon la qualité du service… On le prend de là où on part ! Dès lors, une fois privatisée, cet aéroport sera un monopole privé, qui permettra à son heureux acquéreur de se gaver sur le dos des voyageurs. Même aux États-Unis, où la concurrence est le maître d’ordre partout, jusque dans les hôpitaux, les aéroports restent la propriété publique !

L’arnaque saute encore plus aux yeux concernant la FDJ. C’est tout simplement le seul acteur autorisé en France à vendre des jeux de tirage et de grattage et à pouvoir proposer des paris sportifs dans le réseau physique. Et comme vous en avez sûrement déjà fait l’expérience, on perd plus souvent qu’on ne gagne à ces jeux d’argent… Bonne nouvelle : votre argent perdu dans ces jeux ira maintenant directement dans les poches d’un riche investisseur ! Celui-ci n’hésitera donc pas à proposer des jeux de plus en plus addictifs, pour ruiner de pauvres gens qui rêvent de s’en sortir en gagnant le gros lot…

Quant à l’électricité, c’est un secteur stratégique que l’Etat devrait conserver ! L’investisseur privé risque de couper les investissements de long terme dans le renouvelable pour se gaver à court terme, en augmentant toujours plus les tarifs pour les usagers…

Cette escroquerie du peuple par les élites a beaucoup trop duré. Elle doit cesser.


Retrouvez notre enquête “Je vous tous vous privatiser : comment Macron brade le bien commun” dans le numéro 14 de Frustration

 

Enquête : être homosexuel·le en 2018, c’est toujours la merde

De la fin de la discrimination des personnes homosexuelles dans le Code Pénal à la légalisation des mariages entre personnes du même sexe en 2013, les dernières décennies ont permis aux femmes et hommes homosexuels vivant en France de n’être plus pourchassés ou limités dans leurs droits. Mais ces progrès politiques indéniables occultent trop souvent les conditions de vie réelles des 5 à 10 % de Français non-hétéros. Sur le plan économique, ils restent en moyenne moins bien payés que les hétéros ; sur le plan social, ils subissent encore des discriminations ou du mépris qui peuvent prendre des formes variées ; sur le plan psychique, ils sont surexposés au suicide et à la dépression. En 2018, l’homosexualité reste une caractéristique en contradiction avec la norme dominante qui associe masculinité et sexualité hétéro. Celles et ceux qui en sortent en payent toujours le prix.

 Si l’homophobie institutionnelle, celle de l’État, de la justice, de la psychiatrie, etc., recule objectivement et tend vers zéro, l’homophobie plus diffuse incrustée dans nos cerveaux continue d’agir et de peser sur les existences. Dans cet article initié par deux rédacteurs gays, nous nous sommes basés sur nos propres expériences mais aussi celles de proches pour mettre en immersion les lecteurs et les lectrices, qu’ils soient ou non familiers de ces situations, dans ce parcours du combattant que constitue encore le vécu de certaines sexualités. Manière de raconter à celles et ceux qui ne le vivent pas ce qu’il se passe encore et ce qu’on pourrait changer et à celles et ceux qui ont connu ces étapes de contribuer à atténuer la haine de soi et la honte causées par ce qu’ils perçoivent encore, trop souvent, comme un terrible coup du sort.

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L’homophobie en col blanc

Alors que les débats sur la prochaine loi bioéthique réaniment les membres de la mouvance “Manif pour tous” et ravivent leur discours sur l’incapacité des couples homosexuel.les à être de bons parents, les personnes non-hétérosexuelles font encore face à des inégalités et à une hostilité qui va bien au delà de ce courant politique. Sur le plan professionnel par exemple, les hommes homosexuels, à poste et qualification égales, gagnent en moyenne 6,2 % de moins que leurs homologues hétérosexuels dans le secteur privé et 5,5 % dans le public, un écart important, toutefois inférieur à celui des femmes vis-à-vis des hommes. Plus frappant encore, les homosexuels subissent sur le marché du travail un taux de chômage deux fois plus élevé que celui de leurs homologues hétérosexuels. Ces inégalités persistantes ne sont pas le propre des professions les moins qualifiées, théorie que le préjugé qui associe classes populaires et homophobie tend à alimenter. L’homophobie existe fortement dans les milieux qualifiés et prestigieux, parmi nos “élites” dont “l’ouverture d’esprit” et la “tolérance” sont régulièrement louées. Dans cet extrait de notre enquête “être homosexuel en 2018, c’est toujours la merde”, parue dans le numéro 13 de Frustration, nous décrivons cette homophobie “en col blanc”.

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