Les 4 mensonges du gouvernement pour justifier sa réforme du Code du travail

Le gouvernement justifie ses ordonnances avec des arguments fallacieux et des mensonges éhontés. Hélas, il n’y a aucun « décodeur » du Monde ou d’ailleurs pour dissiper ces écrans de fumées, alors Frustration a du s’y coller :

  • « Cette réforme va réduire le chômage »

Déjà il y a trente ans, lorsque la droite a supprimé l’autorisation administrative de licenciement (c’est dur à imaginer mais à l’époque l’Inspection du travail vérifiait la véracité de chaque licenciement économique), les députés, experts et le père de Pierre Gattaz lui-même (Yvon Gattaz, qui dirigeait ce qui ne s’appelait pas encore MEDEF) disaient que faciliter le licenciement créerait des centaines de milliers d’emploi. Peine perdue, depuis, le chômage n’a fait qu’augmenter. Ce qui était faux il y a trente ans est encore faux aujourd’hui. La dernière étude sur les causes du renoncement à l’embauche montre que le Code du travail est loin d’être la première raison. Licencier est devenu bien facile ces dix dernières années, et la seule innovation qu’introduit l’actuelle réforme c’est qu’on pourra licencier pour de mauvaises raisons en sachant d’avance combien ça va nous coûter, si les salariés ont le temps de contester (car le délai de recours est réduit à 1 an, contre 30 ans avant 2008).

L’autre argument consiste à dire que « pour faire face à la mondialisation et la concurrence internationale », nos entreprises doivent être « compétitives », c’est-à-dire atteindre un prix du travail comparable à celui des pays dans lesquelles elles délocalisent souvent. Sauf que ces pays-là ne restent pas à rien faire, et pour rester les moins chers et les moins emmerdants, ils bradent ce qui leur reste de législation. C’est ainsi que la Roumanie examine cette semaine un projet de loi visant à éliminer quasiment intégralement les cotisations patronales, pour rester « compétitive ». On est vraiment obligé de jouer à ce petit jeu sans fin ?

  • « Cette réforme fait le pari du dialogue social »

C’est le grand slogan de la ministre du travail, qui explique que si sa loi autorise les chefs d’entreprise à faire signer des accords sans présence d’un délégué syndical, c’est parce qu’elle a confiance dans « les capacités de dialogue social des entreprises françaises ». C’est aussi ce que débite la plupart des éditorialistes et des “experts” . Sauf que les mots ont un sens, et qu’un dialogue est un échange entre deux parties qui ont une capacité à peu près équivalente de prendre la parole. Or, on est très loin d’un dialogue : les ordonnances réformant le Code du travail affaiblissent considérablement la position des salariés en facilitant leur licenciement, mais aussi en réduisant le nombre et les moyens de leurs représentants (puisque les instances représentatives que sont le CHSCT, le comité d’entreprise et les délégués du personnel sont fusionnés mais avec moins d’argent et moins de représentants) et en écartant les organisations syndicales.

Ensuite, seul l’employeur a l’initiative de la parole dans ce « dialogue », puisque c’est lui qui peut provoquer des accords, et les négociations annuelles sur certains sujets pénibles (le niveau des salaires et l’égalité salariale entre les hommes et les femmes) ne sont plus obligatoire. Mieux : dans les entreprises de moins de 20 salariés il peut lancer un référendum portant sur la question qu’il souhaite (« vous préférez baisser vos salaires ou un plan de licenciement ? »). De l’autre côté, les salariés n’ont pas de droits nouveaux, comme celui de se mêler de la gestion ou d’intervenir sur les sujets qu’il souhaite. Ainsi, il semble beaucoup plus objectif de parler d’un « monologue patronal » que d’un « dialogue social ». Cette réforme fait donc surtout le pari que les employeurs vont dire quoi faire et que les salariés vont fermer leur gueule.

  • « Cette réforme simplifie le droit du travail, trop complexe et trop lourd »

Patron est le seul métier pour lequel aucune formation n’est requise. C’est sans doute pour ça que de nombreux chefs d’entreprise, relayés par le gouvernement, se plaignent de ne rien comprendre au Code du travail, jugé trop long et trop complexe. En leur permettant de fixer leurs propres règles, prétend le gouvernement, on résoudrait le problème du poids de ce livre de loi. Sauf que, par conséquent, chaque entreprise va être doté de son propre Code, comme autant de petites féodalités avec ses us et coutumes. Bonjour la simplicité : ici le treizième mois, là-bas pas la moindre prime. Ici le travail de nuit payé le double, là-bas pas plus que le travail de jour. Et ces règles n’arrêterons pas de devoir changer, à cause de la concurrence : l’entreprise la plus vertueuse sera systématiquement contrainte de s’aligner sur l’entreprise la moins couteuse.

Et pour établir ces règles, la réforme prévoit de permettre à chaque entreprise de créer son propre droit par des accords dont les modalités seront très bancales, en particulier pour les petites entreprises. Les moins de 20 salariés vont pouvoir légiférer par référendum. Imaginez un référendum dans une boulangerie, avec une dizaine de salarié, tout le monde qui se connaît. Bonjour le secret du vote, dont l’ordonnance ne précise d’ailleurs pas s’il pourra se faire à main levée ! Et que dire du livre qu’il faudra écrire pour réunir l’ensemble de ces règles, de ces dérogations et de ces exceptions : ce ne sera plus un Code mais une encyclopédie en 24 volumes !

  • « Cette réforme va de l’avant, elle adapte la France au XXIe siècle »

Quand on est « en marche », on aime se raconter qu’on va de l’avant. Pourtant, les ordonnances réformant le Code du travail reviennent plusieurs décennies en arrière : en 1982, les lois Auroux créait les comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) chargés de la prévention des risques et de la santé au travail. Terminé ! Idem pour toutes les conquêtes de l’après-guerre et la mise en place des comités d’entreprise qui associaient les salariés à la gestion et aux décisions stratégiques. Et que dire de la réaction ultime qui consiste à confier à chaque entreprise le soin d’établir ses propres règles, qui peuvent comporter la baisse des salaires. On en revient à des logiques du début du XXe siècle, quand la société ne se mêlait pas de ce qui se passait dans les entreprises qui étaient autant de petites mafias sans lois.

Et que dire de « la France du XXIe siècle » ? Eh bien il s’y passe en ce moment un mouvement salutaire et incroyable de libération de la parole et de colère des femmes très majoritairement victimes de harcèlement et de violences sexuelles au travail. Une loi vraiment adaptée prendrait en compte ce fait social intolérable et renforcerait les protections et les recours possibles contre les harceleurs et les personnes violentes au travail. Or, c’est l’inverse que contient les ordonnances. Les CHSCT sont supprimés, alors que c’est à eux que revenait la mission de prévention, et les négociations obligatoires sur l’égalité entre hommes et femmes au niveau salariale ne sont plus obligatoires aussi souvent. Le lien de subordination entre salarié et employeur est considérablement renforcé, le licenciement plus facile, et on voit donc mal comment les femmes et toutes les personnes harcelées vont pouvoir se sentir davantage protégés.

Rien ne justifie cette réforme, si ce n’est le fait qu’elle va considérablement avantager le patronat français et enrichir leurs actionnaires. Rien de bon pour les salariés, qu’ils soient ouvriers ou cadres, juste de la précarité en plus, la peur du licenciement omniprésente et moins de moyens de se défendre contre l’arbitraire des chefs, petits et grands. Ces ordonnances sont une potion dégueulasse que le gouvernement tente de nous faire avaler. Leur recracher à la figure, elle et ses mensonges, serait la moindre des choses si on ne veut pas perdre une bonne partie de nos droits et de notre dignité !

Le nouveau groupe d’experts sur le SMIC est présidé par quelqu’un qui souhaite sa disparition

Le 23 août, le gouvernement a nommé les membres du groupe d’experts sur le salaire minimum de croissance (SMIC), chargé notamment de rendre un rapport annuel sur la nécessité ou non de donner le fameux “coup de pouce” au SMIC, chaque 1er janvier.

Or, le nouveau président de ce groupe n’est autre que Gilbert Cette, un économiste libéral partisan d’un SMIC négociable branche par branche, et non plus le même pour tous comme c’est le cas actuellement, et qui pourrait être plus bas que la norme en vigueur. Concrètement, le patronat pourrait obtenir dans sa branche l’établissement d’un SMIC à 900, 800 ou qui sait, 700€, en attendant qu’il n’y ait plus de SMIC du tout. C’est ce que défend Gilbert Cette dans un ouvrage publié en 2015 “Réformer le Code du travail”. Dans une interview à Libération la même année il déclarait : “Pourquoi ne pas imaginer un Smic qui varie en fonction de l’âge ou encore de la région.” 800€ en Occitanie, 1000€ en Ile de France, 500€ pour les jeunes ?

Les autres membres du groupe ont tous en commun d’être des économistes libéraux, et deux d’entre eux, André Zylberberg et Andrea Garnero, ont publiquement défendu la libéralisation du SMIC. Zylberberg avait déjà publié un rapport avec Cette en 2008 pour réclamer la désindexation du SMIC sur l’inflation. Zylberberg est aussi connu pour avoir écrit un livre en 2016 intitulé “le négationnisme économique” et qui était une attaque contre les économistes non-libéraux qu’il jugeait “non scientifiques” et “trop dans l’idéologie”.

Pourtant, c’est bien à un groupe d’idéologues, tous d’accords et se connaissant les uns les autres, que le gouvernement vient de confier l’analyse du niveau du SMIC. Leur point commun ? Ils veulent tous sa disparition.

Le gouvernement a-t-il pour objectif de raboter le SMIC ? Souhaite-t-il le “flexibiliser” et faire en sorte que, comme les autres normes du travail, il soit “négocié” secteur par secteur plutôt que le même pour tous ?

Cette information discrète mérite d’être connue des citoyens et diffusée au plus grand nombre, les experts nommés étant souvent ceux chargés de justifier la sauce à laquelle nous allons être mangé.

Propagande autoritaire VS propagande “démocrate”

A droite, l’Obs légendait ainsi, en avril 2014, une des nombreuses photos où le président russe se la raconte : “Vladimir Poutine se livre régulièrement à des opérations de com’ visant à lui donner l’image d’un surhomme.”, le tout accompagné d’une interview d’un chercheur expliquant les ressorts de la propagande de l’ogre du grand est.

A gauche, une brève dans le genre brosse à reluire auquel l’hebdomadaire nous a habitué depuis que son poulain est devenu président de la République : Quelques lignes, nul interview critique, et une légende dégoulinante de complaisance, qui nous explique que Macron “a encore donné de sa personne en revêtant un uniforme de pilote de l’armée de l’air, sous l’air amusé des militaires. Une com’ bien à lui.”

Une “com’ bien à lui”, et non “une propagande classique pour les chefs d’Etat autoritaires, qui ressemble fort aux photos de Vladimir Poutine que nous vous montrions il y a trois ans et qui doit nous questionner sur Emmanuel Macron”.

Une telle différence de traitement n’a rien d’étonnant. Pour l’Obs, son éditocratie et ce qu’il reste de son lectorat, l’autoritarisme et la propagande c’est toujours l’Autre. C’est Poutine, c’est Marine Le Pen, c’est (car ils n’ont peur de rien) Jean-Luc Mélenchon. Pas un bourgeois bien rasé venu de leur camp.

Les brosses à reluire de l’Obs et leurs confrères ne sont que des démocrates de posture. Ils défendent la démocratie quand ça les arrange, pour discréditer un adversaire ou pour se mettre en scène, de temps en temps, dans le camp des gentils.

Pour nous, démocrates à plein temps, les simagrées de Macron sont autant de crachats lancés à la gueule du peuple qui n’a pas voté majoritairement pour lui, et les torchons du genre de l’Obs sont uniquement bon à allumer un barbecue ou faire sécher l’intérieur de chaussures détrempées par une trop longue manifestation sous la pluie. Une du genre que nous leur opposerons à tous ces enfoirés, et ce, dès septembre.

Le monde de bisounours de Muriel Pénicaud

 

A l’Assemblée Nationale, la ministre du travail a tenu à rassurer les députés insoumis qui dénonçaient un arbitraire plus grand dans les entreprises, au profit du patronat, grâce à la prochaine réforme du Code du travail : Mais enfin, l’entreprise est une “communauté humaine” avec un objectif de “progrès économique et social” enfin, pas un “lieu systématique de conflit” !

Les entreprises avec leurs morts accidentés du travail, leurs harceleurs, leurs burn out, leurs maladies professionnelles, leurs plans de licenciement, ont un objectif de “progrès économique et social” ? Aucun chef d’entreprise n’irait défendre sérieusement une chose pareille, car les patrons savent bien que leur objectif est de générer du profit pour les créanciers et les actionnaires. Alors pourquoi la ministre nous raconte-t-elle cette fable ?

Parce que les puissants adooorent se raconter des histoires sur leur domination, le plus souvent pour la nier : Nooon, il n’y a pas de domination masculine, d’ailleurs les hommes subissent le joug des femmes et des homosexuels, comme l’explique Zemmour. Nooon, il n’y a pas d’élus corrompus qui s’enrichissent sur notre dos, les députés peinent à épargner avec leur 7500€ net qui leur permet à peine de vivre. Nooon, il n’y a pas de domination dans l’entreprise, salariés et employeurs pratiquent le “dialogue social”, syndicats et patronat sont des “partenaires sociaux” et d’ailleurs il n’y a plus d’ouvriers, mais des “opérateurs”.

La classe bourgeoise peut compter sur un bataillon d’éditorialistes, de chroniqueurs et d'”experts” pour répéter ces idioties qui n’ont pas le moindre rapport avec la réalité, et traiter sans complexe les autres “d’idéologues” et de “manque de pragmatisme” quand ils parlent de lutte des classes.

Pourquoi ont-ils recours à un tel travestissement, quasi pathologique, de la réalité ? Pour pouvoir se regarder dans la glace, comme les dames patronnesses qui, dans “Germinal” de Zola, viennent visiter les corons et disent en repartant qu’après tout on y vit si bien, “de vraies maisons de poupée” ? On imagine que c’est un peu le cas pour Muriel Pénicaud, cette ancienne DRH qui a du se chanter des berceuses de cet acabit pour mener en toute bonne conscience le management agressif des grandes entreprises pour lesquelles elle a travaillé.

Mais il s’agit surtout d’une stratégie d’enfumage visant à améliorer le contrôle de la bourgeoisie sur nos vies, en niant ses modalités: Alors que le mouvement ouvrier a passé un siècle a mettre en mot la domination que chacun subissait dans son coin, les partisans du néolibéralisme veulent nous y ramener en invisibilisant la violence qu’elle constitue.

Cette stratégie a porté ses fruits durant plusieurs décennies, faisant croire aux Français qu’ils faisaient tous partie de la classe moyenne et que la souffrance au travail était affaire de névrose et d’anxiolytique plutôt que de conflit de classe et de réunion syndicale. Elle a été portée aux nues par Emmanuel Macron durant sa campagne, avec ses termes flous et anticonflictuels (la “société civile”, le “en même temps”…) et sa foutue bienveillance, qui cachait l’appétit de pouvoir de notre nouveau monarque.

Mais elle a vécu, et désormais ce genre de phrase passe au mieux pour une blague, au pire pour une insulte. Il est grand temps de faire cesser cette farce.

Comment des journalistes inventent la popularité de Macron

Devenu président à l’issu d’un second tour à l’abstention record, et gouvernant grâce à une majorité représentant à peine 17% du corps électoral, Macron ne connaît pas “l’état de grâce” qui permet traditionnellement aux présidents de la Vème de faire passer le gros de leurs réformes avant de devenir des monarques contestés et détestés. C’est bien embêtant, car en matière de réformes d’enfoirés, le président et ses amis ont prévu de nous sortir le grand jeu, et il va s’avérer compliqué si “les Français” ne font pas l’effort d’adhérer six mois à sa propagande. Heureusement, la presse est là pour prêter main forte. Le président n’est pas populaire ? Qu’à cela ne tienne, on va dire qu’il l’est quand même.

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On préfère n’être “rien” avec vous que de “réussir” avec eux

Ainsi donc il faudrait devenir des gens qui “réussissent”, ces fameux “entrepreneurs” qui “prennent des risques” pour “innover”, par crainte de n’être “rien” ? N’inversons pas les choses Monsieur le président :

Qui prend des risques dans ce pays ? Des fils et filles à papa qui, pour pouvoir lancer leur “start up”, sont dans l’écrasante majorité des héritiers ? Ces gens qui, une fois leur affaire montée, la vendent à Facebook ou Apple et récupèrent le pactole ? Ces gens qui, si leur affaire échoue, la mettront en dépôt de bilan et passeront à autre chose pendant que les travailleurs embarqués dans l’histoire se retrouveront sur le carreau ? (C’est ce qui est arrivé aux coursiers de Take Eat Easy qui se retrouvèrent sans job du jour au lendemain pendant que leurs ex-patrons partaient en vacances pour se remettre de leurs émotions: http://www.frustrationlarevue.fr/lesprit-coursier-contre-l…/)

Qui “innove” ? Des gens qui créent, comme les start uppers de la “Station F”, de nouvelles applis et surtout de nouveaux besoins, nous ramenant sans cesse à notre appétit consumériste plutôt que de permettre à la société d’avancer dans un monde aux ressources limitées ?

Ceux qui prennent de gros risques dans ce pays sont les travailleurs qui bossent de nuit ou en horaires changeants, qui ruinent leur santé et risquent l’infarctus. Ce sont les travailleuses qui subissent le management par la terreur, “innovation” de bande d’enfoirés qu’il faudrait acclamé, et qui engendre burn out, dépression, souffrance au travail. Ce sont celles et ceux qui subissent le chômage et la précarité et qui tentent pourtant de continuer à se battre pour eux et leurs proches. Ce sont les migrants qui traversent la méditerranée pour se sauver de la guerre et de la misère. Pas les bourgeois qui ont tout depuis un siècle et qui veulent nous faire croire qu’ils en chient à cause de nous.

Ceux qui innovent ? Ce sont celles et ceux qui se demandent comment se débarrasser du règne des riches, de leur modèle économique socialement nuisible et écologiquement destructeur, et celles et ceux qui se demandent comment vivre de façon solidaire et écologiquement viable. Pas ceux qui veulent l’étendre à l’infini, au mépris de toute valeur et de toute réalité, pour leur poche et celles de leur classe.

Se faire traiter de “rien” par des gens aussi mesquins et nuisibles, c’est un compliment.

L’intelligence supérieure de Macron, un mythe de plus

La pâmoison médiatique et politique autour d’Emmanuel Macron s’est reposée sur plusieurs mensonges, comme l’extrême “nouveauté” de son programme ou son originalité radicale. Ces points ne tiennent pas la route deux minutes puisqu’une réforme telle que celle du Code du travail n’est que l’aboutissement d’un processus durable de remise en cause du modèle social français depuis trente ans, remise en cause dont Macron n’a clairement pas la paternité.

L’autre mythe régulièrement utilisé par l’appareil propagandesque du président (composé du parlement, de l’Elysée, de l’Obs, de l’Express et de BFM et France Info, on s’excuse auprès de ceux qu’on oublie) est celui qui affirme que le monarque est dotée d’une intelligence supérieure, caractérisée par une finesse ultime et un grand sens de la nuance et prouvé par son service d’assistant auprès du “grand philosophe Paul Ricoeur”.

On nous raconte souvent que cette intelligence se nicherait par exemple dans la pensée du “en même temps” : En même temps de droite, en même temps de gauche, en même temps intime, en même temps people, en même temps pour les patrons, en même temps pour les salariés.

Or, plutôt qu’un signe d’intelligence, ces éléments de discours sont un signe de bêtise : La bêtise des bourgeois qui pensent que la société se résume à la lecture technocratique qu’ils en font, aux mythes auxquels ils sont biberonés depuis leur enfance (“Les Français aiment avoir un chef”), et qu’elle peut être gérée “comme une entreprise”, parce que composé d’une masse d’individus aux intérêts convergent.

Cette pensée simpliste, naïve et signe des bourgeois qui aiment voir le monde de la façon la plus avantageuse pour leurs intérêts se traduit de plus en plus ouvertement dans une politique autoritaire, butée et acharnée, celle d’une classe supérieure qui veut restaurer ses droits au mépris des conséquences pour les pauvres et précaires, et dont la grandeur d’âme tolère qu’on prive des migrants d’eau potable.

L’Elysée doit savoir que cela commence à se voir, et le président a tout intérêt à ne plus l’ouvrir pendant que ses ministres feront le sale boulot de mettre la société au pas.

De notre côté, refusons le mythe de l’intelligence des puissants : c’est à leur bêtise et à leur égoïsme que nous devons la violence de la société actuelle, et tous ces amateurs de dîners à la table des puissants en sont responsables, qu’ils soient énarques, polytechnicien, diplômés en philosophie ou médaillé Fields.

 

Programme Young Leaders : incubateur d’oligarchie pour Macron et ses amis

Ces derniers mois, Macron a fait plusieurs voyages emblématiques aux États-Unis. Dès le début de l’année 2016, Emmanuel Macron passe ses troupes et ses soutiens en revue, de l’autre côté de l’Atlantique. Alors ministre de l’Économie, il passe notamment par Las Vegas. Cet événement organisé par Business France, dont l’ancienne présidente est aujourd’hui ministre du Travail, a mené à des perquisitions mardi 20 juin 2017 au siège du groupe publicitaire Havas et de l’agence nationale Business France sur ordre de l’Inspection Générale des Finances, dans le cadre d’une enquête préliminaire pour « favoritisme, complicité et recel de favoritisme ». Quasiment un an plus tard, Emmanuel Macron, cette fois candidat officiel, visite New York car « la démocratie n’a pas de prix, mais elle a un coût. » Entre deux levées de fonds traditionnelles aux sommes astronomiques, Emmanuel Macron participe à un petit déjeuner anodin mais fondamental pourtant passé quelque peu inaperçu dans la presse française. Un article de Libération daté du 6 décembre 2016 nous indique sans plus d’analyse que Macron y a rencontré « une trentaine d’invités de la French-American Foundation lors d’un petit-déjeuner au Links Club de l’Upper East Side, un club de gentlemen golfeurs traditionnellement issus de l’ancienne élite bancaire de la ville. Emmanuel Macron est un “Young Leader” de la French-American Foundation, promotion 2012. »

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Derrière le cool Macron, les élites conservatrices et libérales

Samedi, La République En Marche était venu se faire “pinkwasher” à la Marche des Fiertés. Ce terme désigne la façon dont des institutions ou des Etats utilisent la cause homosexuelle pour se donner un coté tolérant et ouvert d’esprit et masquer ainsi la violence de leurs politiques. C’est ainsi que l’Etat d’Israël utilise la réputation “gay-friendly” de Tel Aviv pour gommer le martyre qu’il fait subir aux Palestiniens, et que le président Macron s’est exprimé hier en faveur des droits homosexuels, alors qu’il s’apprête à précariser durablement l’ensemble de la population (homosexuels compris, bien entendu).

Macron joue sur une image “ouverte” et “progressiste”, et pourtant il a accueilli dans son gouvernement des ministres ayant été des opposants actifs à l’ouverture du mariage aux couples homosexuels tandis que LREM a investi un député qui n’hésitait pas à qualifier l’homosexualité d’ “abomination”, rien que ça.

Pendant ce temps, le ministre de l’Intérieur est allé à Calais se borner à envoyer davantage de police et s’est montré sans pitié avec les associations d’aide aux réfugiés, leur demandant, selon Libération, d’aller “déployer leur savoir-faire ailleurs”.

Le “progressisme” de la République En Marche et de notre président, ce n’est que de la gueule. Business is business, et pour exécuter sa mission principale qui consiste à satisfaire les appétits boursiers de notre élite financière, Macron s’entoure de toute personne efficace, se souciant guère de leurs opinions et de leurs idéaux.

La tolérance, l’ouverture d’esprit, la bienveillance, tout cela ne sont qu’éléments marketing pour faire passer la pilule d’un règne violent et répressif.

Le parlement de la bourgeoisie : Portraits de la République en Marche dans les Hautes-Pyrénées.

Les candidats de La République en marche ! dans les Hautes-Pyrénées sont représentatifs des ambitions du nouveau parti politique : une alliance d’élus expérimentés et de petits nouveaux de la « société civile ». Représentatifs aussi car des proches de Macron dans ce département où le président situe une partie de ses origines, puisqu’il a passé quelques étés à Bagnères-de-Bigorre chez ses grands-parents et qu’il se rend régulièrement à La Mongie, l’une des stations les plus huppées des Pyrénées, pour skier. Représentatifs enfin car on retrouve précisément les mêmes biais de ce renouvellement qu’à l’échelle nationale, des politicards (comme Gérard Collomb) et une définition bien arrangeante d’une « société civile » qui correspond en réalité la prise en mains des affaires politiques par une classe supérieure qui a décidé de ne plus déléguer à la classe politique la casse du modèle social hérité des luttes du XXe siècle et la culture de ses propres intérêts qu’elle peut faire elle-même. Portraits.

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