Nouveau décès d’un livreur à vélo : pour le confort superflu de quelques uns, beaucoup risquent leur vie

Frank Page, jeune livreur de 18 ans, travaillait pour Uber Eats. Il a été renversé par un camion la semaine dernière, à coté de Bordeaux. Il fait partie de ces milliers de gens qui font ce métier épuisant, dangereux et pourtant considéré non pas comme du salariat mais comme une “auto-entreprise”.

Cette aberration, personne ne l’ignore. Pas d’accident du travail, une indemnisation maladie privée (Uber Eats propose à ses coursiers une assurance Axa), aucune formation et… aucune responsabilité de l’employeur en cas d’accident ou de décès.

Nous en parlons depuis les débuts de Frustration : l’ubérisation c’est le rêve du MEDEF pour des entreprises irresponsables vis à vis des travailleurs.

Et le consommateur est encouragé à faire preuve de cette même irresponsabilité : En ce moment, les transports franciliens accueillent une nouvelle campagne publicitaire pour Uber Eats : on y voit des cadres jeunes et séduisants “mériter” leur livraison à domicile par leurs petits efforts de cadres : faire du cardio, “exposer ses idées” (on y voit une jeune femme expliquer certainement sa prochaine campagne publicitaire Uber Eats devant ses collègues épatés par tant de cynisme), faire de la natation… Tout ça mérite bien une petite domesticité ?

Alors que ces cadres vivent dans les centre-villes, peuvent trouver un large choix de restos en tout genre en bas de chez eux, on leur vend des nouveaux domestiques. Lesquels n’apparaissent évidement pas sur ces affichages : ces livreurs qui risquent la vie pour un besoin absurde, qui ne disposent d’aucune garantie sociale, pour la simple et bonne raison que ces plateformes ne survivraient pas sans sous-payer les gens, ne font pas partie de l’équation magique qui permet à des plats variés d’arriver chez vous pour quelques euros.

Heureusement, les victoires juridiques s’accumulent, ces derniers temps, contre le modèle des sociétés comme Uber Eats. Les livreuses et livreurs s’organisent, développent des alternatives comme CoopCycle, luttent et gagnent. Gageons qu’un jour les plate-formes seront contraintes de reconnaître leurs travailleurs comme des salariés et les morts qu’elles provoquent comme leur faute. Les prix seront alors plus élevés, et non, il ne suffira pas d’avoir fait “45 min de cardio” pendant que d’autres risquent leur vie sur la route pour mériter ses “0 minutes de cuisine”.

“Grand Débat” : Donner son avis sans savoir ce qu’ils en feront, ça ne sert à rien

Dans une vidéo mise en ligne https://twitter.com/gouvernementFR/status/1087998020229255169par le gouvernement, on voit la secrétaire d’Etat Emmanuelle Wargon nous raconter, face caméra, qu’on va “vraiment pouvoir s’exprimer” avec le Grand Débat. Vous entendez ? Une femme qui était lobbyiste en chef pour Danone avant d’entrer au gouvernement, et qui est donc habitué au seul débat que celui-ci pratique – avec le CAC 40 -, vient nous raconter, sans honte, des cracs sur notre capacité à nous “exprimer”.

Dire à des gens de “venir s’exprimer” sans prendre la peine de donner la moindre information sur ce qu’il adviendra de leurs avis (Référendum ? Loi ? Sondage ? Aucun indice n’est donné) c’est aussi “démocratique” et “à l’écoute” que le Carrefour City du coin de la rue qui vous demande d’appuyer sur un bouton en sortant pour dire si le rayon légume était assez attrayant pour vous. Le Grand Débat c’est “cause toujours petit peuple, à la fin on va bien continuer à faire ce qu’on veut !”. Et c’est une ex-lobbyiste de Danone passée au ministère de l’écologie (vraiment, prenons tous ensemble la mesure de la violence et de l’absurdité de cet énoncé) qui vous le dit.

Le seul intérêt de ce grand bullshit est électoral : utiliser une initiative bidon pour préparer les élections européennes. Car nos gouvernants le savent mieux que quiconque : dans notre système politique ce sont les élections qui font la légitimité d’un pouvoir, pas les “Grands Débats”. Ces gens savent que même si on a 50% d’abstention aux européennes (comme d’hab), ils pourront se targuer d’avoir été “plébiscités par les Français”. Ils ne seront pas gêné de le dire, ils ne l’étaient pas non plus quand Macron avait gagné face à Le Pen, malgré un taux de vote blanc et d’abstention record.

Aller chez Hanouna parce que ça “fait peuple” (et que le gars est un gros bourgeois macroniste, eh oui “mes chéris”), parler 7h d’affilée devant les maires, qui sont des gros relais d’opinion, se faire inviter par tous les éditocrates crédules (parce qu’ils le veulent bien) pour parler du “grand débat” : le gouvernement détourne l’événement pour faire campagne sans le dire. Evidemment, c’est illégal, mais la légalité ces gens s’en foutent – sauf quand il s’agit de mettre des manifestants en taule. Ils sont aux abois, ils vacillent alors qu’ils commencent tout juste la mission néolibérale que la grande bourgeoisie leur a confié, il leur faut donc un second souffle électoral.

Qui croient-ils berner ?!

Les citoyens modestes sont-ils plus crédules et influençables que les politiciens aisés ?

Ce matin encore, la petite chanson paternalistes de nos élites était lancée par Nathalie Loiseau, ministre des affaires européennes : consulter le peuple c’est très sympa, mais regardez cette fake news sur le traité d’Aix-la-Chapelle, “avec les réseaux sociaux, les gens croient n’importe quoi”. Le même refrain a été entonné le week-end dernier par Yann Moix, le gars qui squatte notre télé sans qu’on sache trop pourquoi : face à une élue de la France Insoumise, il s’énervait contre les gens influençables, “avec toutes ces fake news qui circulent sur le web”.

Alors, sommes-nous trop stupides et influençables pour qu’on nous consulte sur des questions qui nous regardent ?

D’abord, il faut noter que nos chers journalistes ont une grave tendance, depuis le début du mouvement social, a surexposer les discours les plus délirants et à ne pas parler de tous ces moments où des gilets jaunes discutent posément de niveau de salaire, de fiscalité et de corruption en politique. On nous a bien bassiné avec la fake news sur le Pacte de Marrakech puis on a tenté de nous faire croire que l’abolition du mariage pour tous était une obsession des gilets jaunes. Dimanche soir Laurent Delahousse racontait même que le retour de la peine de mort était un “gros sujet” du mouvement. Et en début de semaine, un journaliste goguenard diffusait le discours d’une gilet jaune disant qu’il y avait dans le monde “99% d’humain et 1% d’extraterrestres”, ce qui n’était pourtant pas à prendre au sens littéral mais une métaphore bien crédible de la vie de ces 1% qui possèdent tant et vivent si bien. ça aurait été clair sans un montage réalisé expressément pour la faire passer pour une illuminée.

Ensuite, parlons un peu de nos chers politiques : ministres, députés, président… Sont-ils parfaitement rationnels, neutres et “pragmatiques” ? Non. Rien que l’année passée, on a pu entendre un grand nombre de “fake news”, comme ils disent, dans les débats parlementaires. Plusieurs exemples :


– “A cause de l’ISF, les riches quittent massivement le pays” : : Si, entre 2001 et 2008 (avant les nombreux cadeaux de Sarkozy et Hollande), le nombre de départs de contribuables fortunés a bien augmenté (384 départs en 2001, 821 en 2008), leur proportion en revanche est restée stable : seulement 0.14% des assujettis à l’ISF s’exilent chaque année (Commission des finances du Sénat). On doit cette stabilité à l’augmentation du nombre d’assujettis qui vient donc compenser la légère hausse des départs. De plus, il y a aussi des retours chaque année. En 2008, on comptait 327 soit près de 40% des départs ! Pour finir, on ignore complètement quels sont les motifs des expatriations : absolument rien ne prouve que cela soit pour des raisons fiscales, et les rares enquêtes disponibles mentionnent surtout des motifs professionnels ou personnels : certains paradis ne sont pas seulement fiscaux ! Pourtant, la plupart des politiques et éditorialistes continuent à asséner ce mensonge comme une vérité générale.


– “Réduire les impôts des riches et des entreprises crée de l’emploi et de l’investissement” : vingt ans qu’on nous rabâche cette idée, et pourtant on attend toujours les effets, depuis les premières exonérations de cotisations sociales (les libéraux disent “charges”) dans les années 2000. Le “comité de suivi du CICE” montre régulièrement que les effets sur l’emploi sont faibles et très coûteux, que les entreprises s’en servent surtout pour augmenter leurs marges, et les plus grandes entreprises en profitent pour rémunérer grassement leurs actionnaires. Et la suppression de l’ISF, c’est de la “pipe” ? Pour l’instant, ce qu’on a vu c’est un effondrement des dons des plus riches aux associations, car l’avantage fiscal lié à l’ISF n’existe plus. Un autre avantage fiscal existait : investir dans les PME ou les entreprises innovantes permettait de voir son ISF réduit. Sans cette carotte fiscale, ce type d’investissements risque de souffrir. Mais personne n’en a parlé, et l’idée que réduire les impôts des riches les poussent mathématiquement à investir continue d’influencer la majorité parlementaire.


Des intox, des approximations, des hypothèses erronées mais tout de même amenées comme des équations mathématiques, il y en a des centaines par an chez nos “représentants”. Pourquoi ? Car si nous autre le petit peuple nous serions “influencés par les réseaux sociaux”, eux sont influencés par leurs réseaux tout court. Copains de grandes écoles, anciens collègues de banque, ami du club du Siècle ou du Rotary, sans parler des lobbyistes qui se pressent autour de l’Assemblée Nationale, organisent des conférence avec nos députés, leur envoient des petits cadeaux, transmettent des études bidons. ils sont des milliers à souffler chaque année des fake news à nos politiques (Rappelons aussi l’origine sociale des députés de la majorité). Des mensonges bien arrangeants pour les affaires, et en aucun cas liés à une quelconque considération d’intérêt général.

Quelle différence entre un politique corrompu et bourgeois et un gilet jaune qui se fait avoir par une “fake news” ? Le premier accepte sciemment de gober le mensonge, car il a intérêt à ça (pour sa carrière, ses donateurs, sa classe sociale, sa famille, son frère ou ses enfants). Le second, qui lutte pour sa survie et une idée de la justice sociale, est prêt à y renoncer si on lui démontre que c’est contraire à ses intérêts. Démontrez par A+B à un député LREM que la fin de l’ISF ne profite pas à l’emploi ? Il s’en foutra, car dans le fond ce qui lui plaît c’est que ce que ses potes payent moins d’impôt. Démontrez par A+B à un citoyen populaire que le pacte de Marrakech ne contient rien d’important pour notre lutte ? Il pourra vous suivre, car il n’y a pas intérêt.

Influençables, intéressés et liés à leurs réseaux, les politiciens bourgeois sont moins raisonnables que des citoyens modestes. Ils sont moins aptes à gouverner que nous toutes et tous.

Dites les gueux, vous ne voudriez pas plutôt parler immigration ?

Macron a envoyé sa “lettre au Français” hier soir, et c’est un peu la liste au Père Noël d’un grand bourgeois en temps de crise sociale : On y trouve toutes les fumisteries qui imbibent la pensée libérale depuis des décennies, comme l’idée que “les travailleurs payent pour la pensions des retraités” – Non Macron, les retraités ont cotisé pour leur retraites, le fait que tu dises ça ne va rien changer au fait que tu les fasses cotiser une deuxième fois avec la CSG – ou encore que nous avons un très bon modèle social : “chez nous, l’éducation, la santé, la sécurité, la justice sont accessibles à tous indépendamment de la situation et de la fortune” – la désertification médicale, les gens qui meurent aux urgence, la justice à deux vitesses, les écoles privées, Macron ne connaît apparemment pas.

Après nous avoir dit qu’on ne pourrait pas parler, au cours de ce grand débat, de ce qu’il a fait lui, il nous propose de choisir le service public à dégraisser : “pour baisser les effectifs dans les hôpitaux, tapez 1”. “Pour baisser le salaire des profs, tapez 2”. Rétablir l’ISF et arrêter de dépenser des milliards dans le vide pour les entreprises ? “Pardon, nous n’avons pas compris votre saisie, tapez # pour obtenir des explications pédagogiques”.

Pour finir, Macron en vient au grand sujet essentiel pour les élites en temps de crise sociale : l’immigration. Faut-il des quotas ? Et la religion, on en parle ? Faut-il revenir sur la laïcité ? En voilà des beaux sujets, qui ont permis à l’oligarchie de régner sur nos vies en nous poussant à nous entre-déchirer. Les étrangers, on en reparle s’il vous plaît ? C’était tellement bien quand en 2007 la France populaire votait Sarkozy sur la base d’enjeux sécuritaire plutôt que de s’intéresser à la question sociale !

L’ensemble des éditorialistes partage son analyse. Ils sont fatigués de parler SMIC, fiscalité et partage des richesses. Ils ont hâte de refaire des couverture sur l’immigration. De reprendre leurs affrontements factices entre bourgeois un peu ouverts mais pas trop et bourgeois bien fermés et nationalistes.

C’est pourquoi, la semaine passée, ils ont ramené Marine Lepen sur le devant de la scène. Hier soir le JT de la 2 passait un long et vibrant extrait de son meeting : en voilà une belle représentante des gilets jaunes, non ?

Car les membres de l’oligarchie ne l’ont pas oublié. Ce qui a permis à leur poulain Macron d’arriver au pouvoir, c’est elle. Alors il est impératif pour eux de ramener la FN, sa présidente, ses sujets, sur le devant de la table.

Sauvez l’oligarchie : parlez immigration.

Assurance-chômage : ce que Macron a déjà détruit et ce qu’il s’apprête à faire

La réforme (le terme libéral pour “destruction”) de l’Assurance-chômage est un des objectifs de Macron les plus importants pour lui et ses alliés. Alors qu’il était occupé à menacer les Français et la “foule haineuse” pendant ses vœux du 31 décembre, il a cité la réforme de l’indemnisation des chômeurs comme l’une de ses priorités. Ce qui arrivait un peu comme un cheveux sur la soupe sur le moment est en fait vraiment central pour lui, car c’est ce qui est le mieux engagé : il a déjà bien fait reculer nos droits, mais discrètement, sans sonner le clairon, et il est à deux doigts de parachever son oeuvre. De telle sorte que, détesté, dégagé et conspué, il aura accompli le job que l’oligarchie lui a confié. Son entreprise de démolition se déroule en 3 étapes, qui vont conduire à ce que nous vivions dans le rêve anglo-saxon de nos élites, et cauchemar pour nous autres : un pays où le taux de chômage est bas, car nous serons forcé d’accepter de beaux jobs de merde, nous serons corvéables à merci et pour celles et ceux qui ne pourraient pas, elles disparaîtrons des stats.

Explication limpides pour celles et ceux qui n’ont pas suivi ou rien compris (car tout est fait pour que nous n’y comprenions rien) :

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En chaque grand bourgeois qui flippe sommeille un petit fasciste assoiffé de répression

“On ne donne pas les moyens aux policiers de mettre fin à ces violences. C’est insupportable. Écoutez, franchement. Quand on voit des types qui tabassent à coups de pieds un malheureux policier qui est par terre, mais enfin ! Voilà, qu’ils se servent de leurs armes une bonne fois voilà, ça suffit ! A un moment, ces nervis, ces salopards d’extrême droite ou d’extrême gauche ou des quartiers qui viennent taper du policier, ça suffit ! (…) on a, je crois, la quatrième armée du monde, elle est capable de mettre fin à ses saloperies, faut dire les choses comme elles sont

C’est le très respectable Luc Ferry, sur la très respectable Radio Classique, qui a lancé cet appel au meurtre, sans susciter de réactions effarouchées de notre très respectable “élite”. C’était hier, entre des concertos et des opéras, et depuis personne ne l’a appelé à s’excuser, ne lui a demandé s’il “cautionnait la violence”, et personne ne lui dira qu’il est “hors du champ républicain”. 

Luc Ferry, pour celles et ceux qui ne le connaîtraient pas, est un bon bourgeois, agrégé de philosophie, ex-ministre, passionné de belles voitures. Avec ses cheveux de riches, il donne son opinion dans le Figaro, et montre ces derniers temps des grands signes de nervosité, comme tous ses semblables. Le 26 décembre, il publiait une tribune virulente, sobrement intitulée “contre le Référendum d’Initiative Citoyenne, pour l’élitisme”. Très en colère, il y déclarait : “le dénigrement actuel des experts et la critique de l’élitisme sont la pire calamité du temps présent”. La pire calamité, vous entendez ? Pas le réchauffement climatique, pas la faim dans le monde, pas le Sida mais bien “le dénigrement des experts”.

Ce monsieur et les gens comme lui ont eu un empire sur nos vies, à peine contesté en trente ans. Ferry fait partie de ces idéologues qui ont contribué, dans les années 80, à dénigrer et ringardiser toute la pensée critique liée au mouvement ouvrier, et à nous faire croire que nous entrions dans un monde nouveau, radieux, où tout le monde avait sa chance et où les révolutions seraient inutiles puisque le monde entier basculait dans une sage et prospère “démocratie libérale”.

Forcément, les événements lui donnent complètement tort, comme à tous les “penseurs” et autres éditocrates de sa génération. Il y a certes de quoi être vexé. Mais ce n’est pas tout : il est inquiet. Son monde s’effondre. Les bagnoles de luxe brûlées début décembre dans les beaux quartiers de Paris, ça aurait pu être les siennes ! Pour la première fois sans doute de leur vie d’oligarque, les gens comme Luc Ferry ont peur pour leur train de vie, leurs biens, leurs actions et leur petit prestige.

Nos riches sont blessés par notre mouvement populaire de colère et de remise en cause de leurs privilèges. Traqués, ils deviennent très dangereux. Les précédents historiques peuvent nous les faire craindre et éclairer les propos que ce cher homme a tenu hier : en Europe, la dernière fois que l’oligarchie a eu très peur du peuple en colère, elle s’est tourné vers les partis fascistes pour lui sauver la mise, puis elle a massivement collaborée. “Plutôt Hitler que le Front Populaire”, et plutôt Bolsonaro que Haddad au Brésil récemment : 71% des citoyens aisés ont voté pour le premier,  59% des pauvres pour le second.

Luc Ferry, “philosophe”, n’est doux, modéré et républicain que par temps calme, quand les masses populaires se taisent et se crèvent au travail en espérant qu’il paiera un jour, et écoutent sagement les sermons des télévangélistes du libéralisme heureux. Mais quand les journalistes sont chassés, les experts et les philosophes bourgeois haïs et que les foules continuent de s’agiter, Luc Ferry montre les dents. Ses beaux principes “humanistes” sont, comme ceux de tous les grands bourgeois, subordonnés à l’état de son portefeuille et de son pouvoir. Ces belles âmes ne reculeront devant aucun pacte avec le diable pour nous garder sous leurs bottes. Faisons-les vite trébucher, car le temps nous est compté.

Qui a tué cet homme ? Sarkozy, Hollande et Macron

On nous en a informé dans les rubriques “faits divers”, c’est pourtant d’un meurtre qu’il s’agit : un ouvrier de 68 ans, auto-entrepreneur, est tombé d’un toit et mort de ses suites de ces blessures à Versailles. Ce lieu emblématique du mal que les puissants font au travail – le fameux palais de Louis XIV a provoqué la mort de milliers d’ouvriers durant sa construction – n’est pas le seul indice qui nous doit pousser à voir des responsabilités hauts placés derrière cette mort injuste. Qui a tué cet homme ? Plusieurs décideurs politiques peuvent être directement reliés à cet accident mortel :

  • Nicolas Sarkozy, président de la République, et son ministre du travail Eric Woerth sont les artisans de la dernière grande réforme des retraites, qui repousse de deux ans l’âge de départ, avec ce message, si cher aux gens de droite “le travail c’est la santé”. C’est à cause de cette augmentation de la durée de cotisation que des gens sont contraints de travailler plus longtemps s’ils ont mal ou peu cotisé au cours de leur vie, et se retrouver, à 68 ans, sur un toit. Et c’est aussi cette réforme qui explique en partie la baisse de l’espérance de vie que nous avons connu en 2016 : en travaillant plus longtemps, notre santé se dégrade plus vite.
  • On peut ajouter à la responsabilité de Sarkozy et ses sbires la création du statut d’auto-entrepreneur : il a permis à nombre d’entreprises, notamment dans le BTP, de sous-traiter à leurs propres salariés des responsabilités qui leur incombaient jusqu’alors, de tout ce qui est lié au rôle d’un employeur, dont l’obligation de veiller à la santé et la sécurité des salariés…
  • Emmanuel Macron, président de la République, et sa ministre du travail Muriel Pénicaud ont parachevé la démolition des gardes-fous et des protections qui auraient été susceptibles d’empêcher qu’un ouvrier de 68 ans se retrouve seul sur un toit, et y trouve la mort. Dans leur réforme prise par ordonnances en septembre 2017, ils ont supprimé le compte pénibilité, qui permettait de prendre en compte la dureté et la dangerosité d’un travail pour partir en retraite anticipée : cet ouvrier y était certainement éligible, mais ce dispositif, mis en place sous Hollande pour compenser les effets les plus dramatiques de la réforme de Sarkozy, a été tué dans l’oeuf sur demande du MEDEF. N’était-ce pas Macron qui avait dit devant les patrons français « Je n’aime pas le mot de pénibilité, car il induit que le travail est une douleur » ? 
  • Et ils ne se sont pas arrêtés là : en refusant toute remise en cause du statut d’auto-entrepreneur, malgré ses dérives patentes (les coursiers à vélo, qui n’ont aucune protection maladie, en sont l’un des exemples les plus parlant), en supprimant les Comités d’Hygiène, de Sécurité et des Conditions de Travail (CHSCT), Macron et Pénicaud ont réalisé le rêve du patronat : faire en sorte que la santé au travail devienne la seule responsabilité du travailleur, “auto-entrepreneur” ou salarié sans droit, et qu’un accident du travail devienne un fait divers tragique et non un fait de société qui mérite débat et sanctions.

A lire les comptes-rendus laconiques et froid sur la mort injuste de cet ouvrier à Versailles, on se dirait presque qu’ils ont réussi. Mais ils n’en sont pas moins coupables, et si leurs décisions sont discutées dans le cadre doré et tout plein de velours de l’Assemblée et des cabinets ministériels, leurs résultats sont bien là, sur le bitume glacé de Versailles, dans le sang déjà froid d’un homme qui travaillait pour manger, vivait dans le monde qu’ils ont fait pour lui, est mort à cause de ce qu’ils ont décidé.

Pour en apprendre plus sur les dernières régressions en matière de santé au travail, lisez notre enquête : “Permis de tuer : enquête sur lutte du grand patronat contre la santé au travail”

L’intelligence des élites et l’incompétence du peuple : un tenace mythe antidémocratique

Face au mouvement des gilets jaunes, et à sa revendication de la possibilité pour le peuple de se prononcer plus régulièrement par référendum, les politiques et les bourgeois reprennent leurs bons  vieux réflexes, vieux de plusieurs siècles : expliquer que le peuple est sympathique mais inculte, et que des décisions “impopulaires mais nécessaires” doivent être prise par une élite “intelligente” et réaliste. Et si vous n’êtes pas convaincu, ils vous diront qu’Hitler est arrivé au pouvoir par les urnes et que la peine de mort serait rétablie si on laissait les gens décider. Deux choses qui sont fausses, mais qui font peur, surtout quand on est dépossédé depuis toujours de sa souveraineté. Retour sur trois mythes justifiant le pouvoir des élites et l’impossibilité d’extension de la démocratie :


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Pas un “tournant social” mais une accélération du macronisme

Hier soir, l’énarque millionnaire qui nous sert de président est venu faire une série d’annonces que les éditorialistes au poil de brosse à reluire les plus doux ont immédiatement qualifié de “tournant social”. Ces gens se sont dit que puisque les gilets jaunes s’habillaient mal ils allaient pouvoir les embobiner, et profiter de leur mouvement pour faire encore plus de néolibéralisme en appelant ça du “social”.

  • “100€ de plus pour le SMIC” mais payé par vous et nos coupes budgétaires : la réalité c’est qu’il s’agit d’une revalorisation à hauteur de l’inflation (donc neutre pour le pouvoir d’achat des gens) + une augmentation de la prime d’activité, cette prestation sociale destinée aux bas revenus et que nous payons tous. Elle était DÉJÀ prévue, il n’a donc rien annoncé. Et en plus, plutôt que de partager le gâteau des riches, il nous demande de payer les miettes pour les Smicards. Et ça va coûter beaucoup d’argent : un trou d’une dizaine de milliards d’euros dans le budget de l’Etat, à prendre sur nos services publics. Et les chômeurs, les jeunes ? Rien pour eux, circulez.
  • “une prime exceptionnelle de 1000€”, c’est Noël pour les gueux ! Sauf que cette prime défiscalisée et sans cotisations sociales est facultative, ne la verseront que les employeurs qui le veulent. Super pour eux : s’ils avaient déjà prévu d’en verser une, ils le feront mais sans cotisations, la belle affaire. S’ils ne le voulaient pas, aucun problème.
  • “l’annulation de la hausse de la CSG pour les retraités qui gagnent moins de 2000€” : une annulation de hausse, ce n’est pas une baisse hein. Les retraité.e.s ne gagnent rien, ils perdent juste moins que prévu. En revanche, leur pensions de retraites ne vont plus augmenter autant que l’inflation l’année prochaine : ils perdront quand même.
  • “la défiscalisation des heures supplémentaires” qui s’ajoute à leur exonérations de cotisations sociales, votées il y a quelques semaines. Cette mesure a tellement marché sous Sarkozy qu’elle a du être abandonnée : elle coûtait un fric monstre aux finances de l’Etat, elle provoquait une politique d’austérité pour tenir le rythme, et elle détruisait des dizaines de milliers d’emploi chaque année. Le patronat, en revanche, c’était régalé de pouvoir ainsi faire travailler davantage à moindre coût. Normal qu’il en redemande.

Nous n’avons donc rien obtenu. Ce président et sa troupe de technocrates et d’éditocrates cyniques sont suffisamment pervers pour tenter d’enfoncer le clou de leurs réformes néolibérales en faisant passer ça pour un progrès. Sur quoi comptent-ils ? Notre bêtise. Car c’est ce qu’on leur apprend dans leurs écoles : quand vous donnez des miettes aux gueux, ils se ruent dessus sans poser de questions. Nuls en maths, ils ne réalisent pas que ce qu’on leur donne d’une main, on leur reprend de l’autre. Inculte, ils ignorent que ça nourrit la destruction de leur sécu et de leur assurance-chômage.

Dommage pour eux, les choses ne fonctionnent pas comme ça : sur les ronds points, devant les lycées, sur les parking de supermarché, éclairés par les flammes des braseros, les gens se parlent. Ils n’ont sans doute pas fait l’ENA mais ils savent mieux que nos élites ce qu’est l’injustice, ce que sont le partage et la solidarité.

Le 8ème, là où tout ruisselle.

Depuis samedi 1er décembre au soir, les chaînes de télévision tentent de nous affliger des images de “chaos” et de “destructions” qui tournent sur nos écrans, là où habituellement règne le calme, l’opulence et la discrétion d’une grande bourgeoisie toujours au chaud et en sécurité – les manifestations syndicales se déroulant habituellement entre Bastille et Nation, c’est-à-dire à l’opposé de leur doux 8e arrondissement.

Le 8e arrondissement a été dès le début conçu pour assurer aux puissants qui règnent sur ce pays calme et sérénité : pendant l’ancien régime, la noblesse y disposait de ses terrains de chasse et de quelques hôtels particuliers loin de l’agitation et des émeutes. Mais c’est notre grande bourgeoisie, qui émerge au 19e siècle, qui en a fait ce que cet arrondissement est maintenant : le lieu de pouvoir par excellence. A partir de 1860, les grandes rénovations entreprises par le baron Haussmann font du 8e le principal lieu de spéculation et là où s’édifient tous les symboles de la puissance capitaliste : sièges de banques, hôtels de luxe, et tous ces immeubles dits “haussmanien” qui symbolisent la division en classes sociales : tout en haut les domestiques, en bas les gardiens, au milieu les bourgeois avec leurs grands appartements aux grandes fenêtres.

Le 8e est, depuis le 19e siècle, le lieu où toutes les richesses convergent : ça ruisselle fort rue du Faubourg St Honoré, place de la Concorde, avenue des Champs-Elysées… On y trouve des lieux de pouvoirs éminents : le pouvoir politique y a son Palais de l’Elysée et les ambassades des Etats-Unis et du Royaume-Uni. Le pouvoir financier y a le siège d’Axa, mais aussi les clubs mondains comme l’Union Interalliée ou le Club du siècle : toute l’élite s’y retrouve, à l’abris des regards et sûre de son bon droit, pour mener sa vie emprunte de conflits d’intérêts. On y trouve 4 des 7 palaces parisiens et le plus de restaurants étoilés : c’est sans doute parce qu’il passe trop de temps dans le 8e que le ministre Darmanin pense que pour moins de 100€ impossible se faire une bouffe à Paris.

Que l’on se rassure : celles et ceux qui ont vu leurs voitures brûler dans les avenues du 8e sont à l’abri du besoin. Arrondissement le moins densément peuplé de Paris, le 8e ne compte que 1.6% de logements sociaux. Le revenu fiscal médian (la moitié gagne plus, la moitié gagne moins) est de plus de 51 979€, contre 20 150€ pour le reste du pays. 30% des revenus des habitants du 8e sont issus du patrimoine immobilier ou financier (via ce lien vous pouvez vous amuser à comparer les revenus du 8e avec celui de votre commune : attention les yeux).

Les habitants du 8e ont une conscience de classe, ils savent ce qu’ils font. Au premier tour des présidentielles ils ont voté à 50% Fillon, l’homme qui assumait vouloir détruire votre sécurité sociale, et 30% pour Macron, l’homme qui n’assume pas mais le fait quand même.

Ne pleurez pas pour le 8e. Cela fait plus de deux siècles que ses habitants sont la cause de vos larmes.