Revenu universel d’activité : la mesure anti-pauvres par excellence

Hier après-midi, BFM TV a fait venir une experte pour décrypter le discours de Macron et que disait-elle ? Qu’avec son revenu universel d’activité, Macron “fait un pas important vers les plus modestes” et que c’est un “virage à gauche”. Pardon ?? A gauche du FN c’est ça ?! Le revenu universel d’activité est LA mesure régressive de l’année, voici pourquoi :

1 – Concrètement, elle va mettre sous condition de recherche d’emploi, comme pour les allocations chômage, nombre de prestations qui étaient attribuées selon une autre logique, comme les APL. L’allocataire devra signer un contrat et faire la preuve de sa recherche, et ne pourra pas refuser deux offres d’emploi. Pour continuer à toucher des prestations et ne pas crever de faim il sera fliqué en permanence et devra accepter le premier boulot de merde venu. Comme l’a dit Buzyn sur France Inter ce matin, il s’agit “d’aider les gens à s’en sortir par eux-mêmes”, et non de les aider tout court. Ce faisant, le gouvernement se situe dans la droite ligne de Sarkozy lorsqu’il a transformé le RMI et RSA : bougez-vous les pauvres !

2 – Bien entendu, ce revenu se contente de fusionner des prestations déjà existantes, il n’ajoute aucun nouveau revenu pour les 9 millions de pauvres. Il y aura d’ailleurs des perdants, comme l’explique le rapport de France Stratégie commandé par le gouvernement pour anticiper les différents scénarios de fusion. Comme on harmonisera des critères d’attributions de prestations très différentes, le rapport nous apprend que les chômeurs en fin de mois perdront de l’argent, ainsi que les personnes seuls. ça suffit les cassos !

3 – Ce qui est génial quand on fusionne des trucs, c’est qu’on peut tout raboter au passage l’air de rien. Puisqu’on ne sait rien des modalités de cette fusion, on peut supposer qu’il s’agit là d’un potentiel plan d’économie pour le gouvernement, qui adore couper les vivres aux pauvres. Un virage à gauche vous dites ?

En appelant sa fusion “revenu universel”, Macron a été malin : il a face à lui pléthore de journalistes débordés et complètement incultes politiquement, qui gobent ses détournements orwelliens sans trop broncher. Le plan de com’ pour cette rentrée c’est d’avoir l’air “social”, et il peut compter sur BFM TV pour affirmer sans rire, face caméra, qu’une fusion de prestation potentiellement rabotée et désormais conditionnée à la recherche frénétique et surveillée de n’importe quel emploi, pour éviter l’oisiveté des pauvres, est une mesure “de gauche”.

Mais nous tous, on nous la fera pas.

Plan pauvreté : derrière le pathos de Macron, une approche bourgeoise et paternaliste

 

“Faire plus pour ceux qui ont moins”, est, sans rire, le slogan du discours de Macron sur la pauvreté, qui se tient ce jeudi matin. Après avoir faire tout pour ceux qui ont tout, le président se penche la larme à l’œil sur “les pauvres”. Comme d’habitude, la presse a repris complaisamment les éléments de communication du président, et l’a accompagné dans sa volonté de montrer un “visage social” aux Français qui désormais le détestent très majoritairement.  Ainsi entends-on parler d’un “virage social” du gouvernement. Après avoir gavé les riches, est venu le moment de donner quelques miettes aux pauvres, et les bourgeois ont la larme à l’œil devant tant de bonté. Pourtant, à y regarder de près, le plan pauvreté du gouvernement n’a absolument rien d’un cadeau aux “pauvres”. Voici pourquoi :

  • Le leitmotiv du gouvernement est “l’accompagnement”. Des allocataires du RSA, des demandeurs d’emploi, etc. Plutôt que d’augmenter le niveau des prestations, l’objectif est de fliquer tout le monde, pour vérifier que chacun prend la route de l’emploi (de merde et mal payé de préférence).
  • A l’anglo-saxonne, le gouvernement se concentre sur “les plus en difficulté”. Après avoir dégradé l’assurance-maladie pour tout le monde, il propose d’étendre un peu la CMU-C, cette complémentaire santé à bas coût pour les bas revenus. Après avoir précarisé l’ensemble des salariés, dont les salaires n’augmentent plus, il fait tout pour donner n’importe quel emploi aux gens. Après avoir fermé les portes de l’université à tous les jeunes de milieux populaires, il va faire quelques mesurettes pour aider les plus pauvres d’entre eux à ne pas décrocher à l’école.
  • Macron a introduit son discours en définissant la pauvreté comme, on cite “le résultat d’accident de la vie, de batailles perdues…”. Ce faisant, il fait de la pauvreté un coup de malchance, un accident de parcours individuel bien triste mais qui ne remet en aucun cas en cause le système. Avec Macron et son “plan pauvreté”, il n’y a plus d’exploitation, d’aliénation, de mépris de classe et de mauvaise répartition des richesses : il n’y a que des petits accidents bien tristes et des individus qu’il faut “accompagner” de façon paternaliste.
  • La philosophie de tout ça c’est que le modèle social doit être destiné, de façon très fliquée, aux “plus en difficulté”, qu’on considère de haut et avec la plus bourgeoise des compassions. Là où le combat ouvrier avait permis la mise en place d’un système de solidarité globale ponctionnant les revenus du capital, les libéraux rêvent d’un modèle où seuls les “nécessiteux” bénéficient d’un petit transfert de richesses. Et encore pas vraiment, puisque la plupart des dispositifs reposent sur des ressources de l’Etat, collectée par l’impôt de tout le monde, et non sur les cotisations, qui ponctionnent les richesses produites par l’économie capitaliste.
  • D’ailleurs, Macron a bien rappelé que pour aider les “derniers de cordée”, il fallait des “premiers de cordée”, et que notre système productif actuel est indispensable pour sauver les pauvres, alors que c’est précisément l’inverse qui se passe. Bref, le salut des pauvres, ce sont les riches : il fallait oser.

Bref, il n’y aucun “virage social” dans ce plan pauvreté. Il se situe en grande cohérence avec l’action de torpillage de notre modèle social issu du combat de classe à la Libération. A travers les miettes qu’il nous donne, Macron continue de voler ce qu’on a.

Polluer plus pour gagner plus : Ce n’est pas à vous de culpabiliser sur l’état de la planète, c’est aux riches !

Plus on est riche, plus on pollue. C’est ce que l’ONG britannique Oxfam a démontré dans un rapport intitulé « Inégalités extrêmes et émissions de CO2 » en 2015. Pourtant, à l’heure où le gratin international multiplie les déclarations de bonnes intentions environnementales et les confessions larmoyantes, les gouvernements occidentaux, à commencer par le gouvernement français, s’entêtent à répéter qu’il est question de prise de conscience individuelle. Et tant que l’on continue de dénoncer la paille dans l’œil du voisin, on ne regarde pas la poutre dans le sien. Habile. Mais les « petits gestes pour la planète » ne suffiront pas. C’est le pouvoir des très riches qu’il faut réduire. Et la neutralisation de leur pouvoir de nuire commence par comprendre comment ils nous enfoncent dans la crise écologique. Décryptage.

La Suite

Macron, le dernier fusible des riches, va sauter

En 2006, le président Chirac vieillissant cédait face à une mobilisation d’ampleur de la jeunesse et des syndicats contre le CPE, un contrat précaire destiné aux jeunes, selon l’équation miracle à l’époque presque nouvelle : “il faut flexibiliser le travail pour faire baisser le chômage”. Une catastrophe de plus pour la bourgeoisie française, après le “Non” au référendum sur le traité européen, le bas peuple inculte n’ayant pas saisi le bonheur du libre-échange et de la concurrence généralisée. Le MEDEF fulminait, les intellectuels médiatiques tapaient du pied : y’en a marre des gauchistes et des syndicats qui appartiennent au passé !

Toute la bourgeoisie porta alors aux nues le ministre Sarkozy, homme de droite aux accents populaires, passé maître dans l’art de dresser les smicards contre les allocataires du RSA. Après une année faste passée à réduire les impôts des riches, limiter le droit de grève et criminaliser les pauvres, une crise financière mondiale s’abattit sur le pays, tandis que les délires narcissiques et égotiques du président le faisait passer pour le mafieux qu’il est. Déception chez les bourgeois : 5 ans de sarkozysme n’étaient pas venu à bout du modèle social tant detesté. Des coups sérieux avaient été portés, mais les Français possédaient encore une carte Vitale et pouvaient mettre leur employeur devant les Prud’hommes.

5 ans de “social-libéralisme” incarné par la bouille inoffensive de François Hollande produisirent de meilleurs effets, mais non durables. La loi El Khomri réformant le Code du travail passa à coup de répression policière et de propagande transpartisane, mais Hollande devint très  vite aussi détesté que son prédécesseur.

Toute la bourgeoisie porta alors aux nues le ministre Macron, homme “ni de gauche ni de droite” donc de droite, jeune riche aux accents marketing, passé maître dans l’art de dresser les précaires contre les CDI, suffisamment bien entouré pour labeliser cela “le nouveau monde”. Après une année faste passée à supprimer les impôts des riches, restreindre le pouvoir des syndicats et taxer les retraités, le vent de l’impopularité l’emporte désormais, notament parce que derrière sa tronche de gendre idéal se cachait en fait un homme imbus de lui-même, aux pulsions despotiques, et singulièrement lâche (“venez me chercher!” quand on a l’immunité : quel courage !). Stupéfaction chez les riches : tout était si bien parti ! La sécurité sociale et l’assurance-chômage était sur le point d’être des souvenirs. Le droit du travail était liquidé. Les retraites allaient être démantelées.

Tristesse chez les riches : Peu après le début de l’affaire Benalla Le Point titrait en Une “La déception Macron”. Car Macron était leur dernier fusible. Le dernier monarque républicain en stock. Le dernier produit marketing encore disponible, après trente ans à tester de nouvelles formules : le monarque de droite mais qui aime disneyland, le monarque de gauche mais qui détruit le droit du travail, le monarque ni gauche ni droite mais super de droite … Qui sauvera désormais leur profits des appétits égalitaires du peuple ? Qui fera diversion de leur colère ? Qui débitera le discours consistant à raconter que la crise écologique, la précarité, le chômage seront miraculeusement résolu en donnant plus à ceux qui ont plus ?

Il n’y a plus grand monde en stock. Pour faire passer leur prochain candidat pourri au second tour ou pour empêcher une alternative d’émerger, il ne va rester aux bourgeois que Le Pen.

Comme au bon vieux temps.

 

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La planète brûle, des gens meurent, mais les riches le sont suffisamment pour pouvoir s’en foutre

Toutes les études de psychologie sociale, toutes les enquêtes sur les dons aux associations le montrent : les riches sont des énormes égoïstes. Ils se foutent de façon croissante du monde qui les entoure, car ils sont de plus en plus riches et que leur vie s’est autonomisée du reste de la société. Ils ont leur propre système de santé, de retraite – le gouvernement envisage d’ailleurs, dans sa future réforme de sortir les riches du système par répartition – leur propre système éducatif. S’ils ne rechignent pas à être subventionnés par la société – en France, les établissements privées sont largement financés par l’Etat, les entreprises privées le sont aussi sous forme de crédit d’impôts et d’exonérations en continu – l’idée de contribuer à la solidarité nationale les révulsent.
 
Le gouvernement a su entendre l’expression de leur dégoût puisqu’il les a exonéré de l’Impôt sur la Fortune (ISF). Ils justifient leur égoïsme en se victimisant, en racontant qu”“En France, on n’aime pas les gens qui réussissent”, alors que ce que la plupart d’entre eux ont réussi c’est être des riches fils de riches pères. Ils racontent qu’il y a une “haine des riches” dans ce pays alors que c’est la haine du pauvre, du migrant et du chômeur qui règne et qui est organisée par toutes les administrations qui les fliquent et les brutalisent, tandis qu’elles déroulent aux riches le tapis rouge sans la moindre contrepartie exigée.
 
Bien entendu, les gouvernements successifs nous racontent qu’à force de brosser les riches dans le sens du poil nous recueillerons les fruits de leur pouvoir. Leurs investissements, leurs dons, leurs multiples bienfaits viendront tous nous combler.
 
Foutaises : au moment même où l’ISF a été supprimé, on a assisté à une baisse de 50% des dons en moyenne sur l’ensemble des associations ou fondations collectrices : ces dons qui permettaient une déduction immédiate sur l’ISF n’a désormais plus d’intérêt.
 
Les actionnaires se sont gavés d’autant plus que leurs placements étaient exonérés d’impôts et réduits par la “flat tax” tandis que les grands patrons peuvent se réjouir et licencier et précariser plus facilement. Et que s’est-il passé ? Rien. Parce que les courbettes de nos gouvernants rendent le peuple encore plus méprisable qu’il ne l’était déjà aux yeux des riches, ils nous snobent encore davantage.
 
La Société nationale de sauvetage en mer a besoin de dons pour financer la réparation d’un de ses canots ? Qu’est-ce que vous voulez que les propriétaires de yachts en aient à faire ? Tout leur est dû dans ce monde, et ils possèdent tout. La notion même de service public leur est devenue inconnue. L’avenir de la planète ? Ils s’en balancent, suffisamment riches qu’ils sont pour avoir toujours un havre de paix et de fraîcheur où se rendre. Vous croyez que les riches parisiens ou les riches lyonnais sont restés en ville pendant que vous creviez de chaud dans vos appartements chers et exiguës (dont ils perçoivent certainement le loyer) ? Non, ils ont fuit la canicule dans quelque maison de campagne, à l’air de la montagne ou face aux embruns.
 
La bienveillance et la solidarité, ils ne savent tout simplement plus ce que cela signifie. Ils méprisent ces valeurs qu’ils jugent d’un autre temps pour se rassurer et se complaire dans leur cynisme.
 
Il n’y a qu’un peuple en furie et un gouvernement expropriateur qui sauront leur rappeler leur commune appartenance à une humanité qu’ils détruisent.

L’Assurance-Chômage, prochaine cible de Macron

L’Assurance-Chômage telle que nous la connaissons a été créée en 1958. Gérée par un organisme paritaire (y siègent syndicats de salariés et représentants du patronat) nommé Unédic, elle indemnise les chômeurs et elle est financée par les cotisations patronales et salariales… Jusqu’à l’automne dernier. La dernière Loi de financement de la sécurité sociale a remplacé les cotisations salariales par la CSG, et elle a mis en place, pour 2019, une exonérations de cotisations patronales sur les salaires autour du SMIC. Si cette mesure a beaucoup fait parler d’elle en raison de l’imposition brutale et injuste de milliers de retraité.e.s (qui avaient pourtant cotisé durant toute leur vie professionnelle), elle a moins fait couler d’encre au sujet de ses conséquences sur notre droit au chômage.

Certes, ce droit n’a cessé d’être raboté ces dernières années. Perpétuellement attaqué par le patronat et ses alliés (pour la docilité des travailleurs le chômage ce n’est pas terrible, et surtout ils ne veulent pas supporter ce qu’ils appellent les “charges sociales”), l’indemnisation du risque chômage est passée de 90% du dernier salaire sous Pompidou à 57% du salaire  brut de nos jours… si l’on répond à tous les critères et toutes les obligations qui encadrent désormais son recours, des critères si épuisants et exigeants que la moitié des chômeurs français ne sont plus du tout indemnisés.

Autant dire que notre droit au chômage ce n’est pas le nirvana. Mais cela demeure trop pour Macron, le liquidateur de notre modèle social. En fiscalisant l’assurance-chômage, c’est-à-dire en faisant dépendre de son financement de l’impôt et non plus des cotisations, il a fait en sorte, comme il le dit lui-même dans cet extrait de son discours au Congrès de Versailles, qu’il n’y ait plus de droit au chômage. Il en vient à formuler cette contradiction incroyable “il y aura un droit mais il ne sera pas garanti à titre individuel” (du coup ça ne sera plus un droit) puisque tout le monde l’aura payé, et plus le travailleur par “ses cotisations”.

C’est évidement une vision très étroite de notre modèle social, vu par quelqu’un qui doit surtout vivre en souscrivant à des assurances-privées. L’Assurance-Chômage et la Sécurité Sociale (qui prend en charge le risque maladie, vieillesse et accident du travail) sont des systèmes assurantiels mais solidaires, qui ne se contentent pas de secourir ceux qui ont cotisés mais aussi leurs proches, les plus démunis, etc.

Ce que garantissait le financement par les cotisations sociales c’est d’une part, en payant les cotisations patronales, l’employeur s’acquitte de ses responsabilités à l’égard de ses salariés, voire qu’il contribue à réparer les dégâts qu’il commet (par les plans sociaux par exemple) et d’autre part que notre protection sociale soit gérée par les travailleurs eux-mêmes, puisqu’ils co-financent ce droit, et non par un pouvoir politique prompt à vouloir couper dans le budget au nom de “la lutte contre la dépense publique”.

Or, depuis que le financement par la CSG existe et que les gouvernements étendent leur pouvoir sur notre protection sociale, nos droits ne cessent d’être écrasés sous des considérations financières. L’assurance-maladie au régime dur nous propose désormais des services d’urgences saturées où les gens meurent, des zones désertifiés où l’accès à un médecin n’est plus garantit, des restes à charge pour le patient plus important.

Avec la CSG, Macron a pu écarter la cotisation sociale de l’Assurance-chômage. La prochaine étape sera d’évincer les syndicats de sa direction et de prendre les décisions qui, selon des types comme lui, “s’imposent”. Parce que c’est ce que ceux qui ont misé sur lui attendent.

 

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Quand Le Monde, TF1 et le JDD déroulent le tapis rouge à la brute du président

Le Benalla des médias est le gendre idéal : sympathique et toujours prêt à rendre service.
Pendant quelques jours, on a cru que nos grands médias étaient désireux de se racheter une conscience professionnelle après plus d’un an de roucoulage sous les fenêtres d’un président qui ne manquait pourtant pas de se moquer ouvertement d’eux à de maintes reprises. Entre la révélation du Monde (pourtant journal de révérence) et les multiples décryptages des mensonges de l’Elysée, on avait presque l’impression d’avoir à faire à un contre-pouvoir !
 
Puis est venu le temps de la reprise en main : on ne sait pas qui exactement, à l’Elysée, a passé les bons coup de fil, mais le sbire de Macron, pourtant mis en examen, s’est retrouvé relooké par Cristina Cordula (on suppose) et au JT de TF1 vendredi soir : même pas en direct, exposé à des questions gênantes. La veille il avait le droit à une loooongue interview au Monde, lui laissant le temps d’exposer ses mensonges sans grande contradiction : il a ainsi pu raconter que s’il avait le badge “H” de l’Assemblée Nationale (celui qui donne accès à l’hémicycle) c’était pour pouvoir fréquenter sa salle de sport… dont l’entrée ne nécessite pas un tel badge et qui est minuscule et en sous-sol. On sait aussi maintenant que cet interview s’est déroulé au domicile d’un lobbyiste et en présence d’une amie proche du couple Macron. 
 
Et le voilà maintenant dans le Journal du Dimanche, média pas connu pour pousser dans leurs retranchements les macronistes.
 
On aurait aimé que nos courageux journalistes soient aussi généreux avec les syndicalistes mis en examen de l’affaire de la chemise d’Air France, et de toutes celles et ceux qui ont affaire à notre justice de classe sans pouvoir organiser la moindre défense médiatique.
 
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Macron destitution

 

L’Obs, bulletin officiel de la macronie, à l’époque où pour faire monter son candidat préféré il fallait lui faire des yeux plus bleus que bleu.

Pour certaines et certains c’était un fait acquis depuis longtemps, pour d’autres c’est un rêve qui se brise : le “beau”, le “jeune”, “l’audacieux” Macron n’est qu’un petit intriguant ravagé d’ambition de plus. Un de plus à la tête de notre pays. Un de plus à nous faire honte. Parce que notre Constitution permet à des gens élus à l’arrachée de se croire les rois du monde pendant 5 ans, nous faisons face à un scandale d’une ampleur méconnue.

D’heures en heures, ces vérités incroyables s’étayent : le président de la République entretenait une milice privée, au mépris de toutes les règles de droit. Le président de la République, mis devant des faits d’une violence et d’une folie claire et d’une illégalité certaine, a choisi de simplement mettre à pied quinze jours le coupable parce qu’il était un proche. Le président de la République, une fois l’affaire éventée, a menti à tout le pays en indiquant qu’Alexandre Benalla avait été mis au placard : soit disant relégué à des tâches administratives, l’homme gérait la sécurité – et la vitesse – du bus de l’équipe de France il n’y a pas plus tard que 6 jours.

Ironie du sort, l’affaire a éclaté alors que l’Assemblée Nationale débattait en urgence d’un projet de loi réduisant ses propres pouvoirs et augmentant ceux du président. Ce texte n’est que l’énième méfait commis par le président et son gouvernement depuis plus d’un an : Clair représentant de sa classe sociale avant d’être celui du peuple, Macron a multiplié les lois liberticides, antisociales et favorables aux puissants. D’ors et déjà, tous ses riches soutiens ont gagné une législation favorable et des réductions d’impôts d’une ampleur inégalé.

Pendant ce temps, notre modèle social est blessé. Nos droits ne sont plus que formels. Qui est allé faire un tour aux urgences au cours de la dernière année peut constater que son droit à la protection de la santé (constitutionnalisé en 1946) est conditionné à des heures d’attentes et parfois plus assuré du tout. Et ce que Macron et ses députés prévoyaient pour la sécurité sociale avant ce scandale laissait présager le pire. Quant à notre droit du travail, il boîte littéralement. Le pays lui-même est à vendre sous Emmanuel Macron. Nos aéroports, nos entreprises publiques, tout doit disparaître.

Le grand récit macroniste c’était “il faut souffrir pour être beaux”: Oui ça ne fait pas plaisir de réduire le droit du travail, mais ça facilitera les embauches. Oui c’est un peu dur de voir sa CSG augmenter quand l’ISF des riches a été supprimé, mais ça les fera revenir et ils investiront. Oui les pouvoirs du Parlement vont être réduits, mais c’est pour gouverner plus rapidement et efficacement.

Mais une narration sacrificielle ne fonctionne que si celui qui la promeut est un minimum désintéressé. Sauf que “visionnaire”, “passionné par la France”, “très travailleur”, tout ce que ses alliés racontait de Macron et de ce que les citoyens les moins critiques essayaient – de plus en plus difficilement – de croire, est faux. Il n’est qu’un homme, et un grand bourgeois a fortiori. Quelqu’un qui pense d’abord à lui, ensuite à son clan, ensuite à sa classe, puis éventuellement à une idée abstraite de son pays (la “grandeur de la France”). Le peuple, les travailleuses et travailleurs, les retraités, les étudiants, les apprentis : Macron n’a que mépris pour nous. Comme une bonne partie de nos élites, il nous trouve lents, bornés, stupides et indécrottablement antilibéraux.

Retournons contre lui la haine qu’il éprouve depuis toujours à notre égard. Faisons-le souffrir comme il a fait souffrir “ceux qui ne sont rien”. Méprisons-le comme il méprise tous les “fainéants”.

Mettons-le au chômage. 

 

Article 68 de la Constitution
Le Président de la République ne peut être destitué qu’en cas de manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l’exercice de son mandat. La destitution est prononcée par le Parlement constitué en Haute Cour.
La proposition de réunion de la Haute Cour adoptée par une des assemblées du Parlement est aussitôt transmise à l’autre qui se prononce dans les quinze jours.
La Haute Cour est présidée par le président de l’Assemblée nationale. Elle statue dans un délai d’un mois, à bulletins secrets, sur la destitution. Sa décision est d’effet immédiat.
Les décisions prises en application du présent article le sont à la majorité des deux tiers des membres composant l’assemblée concernée ou la Haute Cour. Toute délégation de vote est interdite. Seuls sont recensés les votes favorables à la proposition de réunion de la Haute Cour ou à la destitution.
Une loi organique fixe les conditions d’application du présent article.

 

 

 

 

Avec ou sans Benalla, il y a un gros problème avec notre police

De VRAIS policiers faisant leur travail avec éthique et déontologie lors des manifestations contre la loi travail en 2016

L’affaire Benalla devenue affaire Macron éclate à la gueule du “nouveau monde” souriant et méprisant que l’on nous vend depuis plus d’un an. S’en est finit du mythe de la droiture du président, de son “humanisme” et de son sens moral. Macron ne vaut pas mieux que Sarkozy : lui aussi est un petit rejeton de la bourgeoisie avide de pouvoir et obsédé par le fric. La seule différence c’est qu’il a su séduire la bourgeoisie médiatique et culturelle en se la jouant philosophe et ami des arts quand le second scandalisait le petit monde parisien par ses mauvaises manières. Dans le poulailler de nos élites, les plumes volent et cela s’agite en tout sens : leur candidat, leur héros, le porte-flingue de leurs intérêts du moment ne va bientôt plus rien valoir aux yeux du peuple et sa “courageuse action réformatrice” va devoir s’interrompre en attendant le prochain candidat prêt à nous berner le temps de faire passer les bonnes ordonnances.

Mais il y a quelque chose de dérangeant et de choquant dans les propos tenus un peu partout depuis trois jours : Benalla, usurpateur d’identité de la police, “salirait” son image. Les VRAIS policiers eux, font bien leur travail. Voilà ce qu’on lit et entend depuis que le cataclysme a commencé.

Pardon ? Vous pouvez répéter ? “Les policiers se comportent bien” en temps normal ? Dire une chose pareille sans sourciller implique d’avoir hiberné ces dix, vingt ou trente dernières années et d’avoir une interprétation bien étrange de ce qu’il s’est passé le 1er mai.

Car “l’affaire” elle-même en dit long sur le sens de l’éthique de la “déontologie” de notre police. Le nervis de l’Elysée n’a pas profité d’une porte de fourgon mal fermée pour subtiliser un casque. On lui a donné. La hiérarchie policière présente sur place a couvert l’opération menée par Benalla et deux autres sbires de l’Elysée. Elle leur a accordé le droit de partager avec ses hommes le plaisir raffiné de frapper et de traîner au sol des jeunes hommes et des jeunes femmes. Des gradés ont poussé le zèle a fournir ensuite des copies de la vidéosurveillance de la rue ! Pour expliquer une telle situation, un représentant de cette digne profession ose dire « L’Elysée, ça fout la trouille à tout le monde » (Philippe Capon, du syndicat de gardiens de la paix UNSA-Police). Par contre, voir quelqu’un étrangler un manifestant et lui donner un violent coup de pied alors qu’il est à terre et sans défense, ça fout la trouille à qui dans la profession ? Pas grand monde visiblement.

Ensuite, il faut avoir la décence et le réalisme d’affirmer que les VRAIS policiers chargés du “maintien de l’ordre” savent faire aussi bien que leur indigne usurpateur mais s’en est tellement habituel que nos chers “leaders d’opinion” s’y sont visiblement habitué : Quand le jeune militant de la France Insoumise a diffusé sa vidéo le jour du premier mai, ça n’a pas ému grand monde parmi la presse, comme s’il était acquis que la police a “le monopole de la violence gratuite et acharnée légitime”.

Et ce n’est pas la famille Traoré qui dira le contraire, ni celle de Théo. La violence gratuite de la police, les habitants des quartiers populaires y sont habitués. Ils sont aussi habitués à l’indulgence de nos élites de tout bord et de toute rédaction : le combat contre les violences policières passe pour une niche d’extrême-gauche, un dossier lassant dont on se sent obligé de parler un peu quand la mort est au rendez-vous.

Faire le procès de Macron, de son équipe et de ses pratiques oui. Faire le procès de notre police, de ses violences gratuites, de ses accointance avec l’extrême-droite (car même les services de renseignement s’en inquiètent), ce serait aussi le moment. Cessons de croire qu’assurer notre sécurité implique nécessairement de lâcher la bride juridique et morale à toute une profession. On est en droit d’exiger une police qui ne frappe pas des sans raison, qui ne fasse pas de contrôle au faciès, qui permette aux victimes de viols et d’agression de se sentir légitime à porter plainte et qui exerce sa mission sous contrôle citoyen et non sous la coupe d’hommes de main du président.

L’heure du grand ménage a sonné. Tâchons de ne pas laisser de la poussière dans les coins.

 

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Le mouvement du Libre contre la start-up nation

Rencontre avec des membres fondateurs de la Maison du Libre et des Communs

 

Dans le langage d’Emmanuel Macron, la France est la Nation des start-ups, écrin de choix dédié au développement de la FrenchTech, label créé pour les entreprises françaises du numérique « innovantes », tant vantée par Macron. C’est sur ces jeunes pousses que reposerait la prospérité économique future du pays selon les gouvernements qui se succèdent depuis six ans. Ce discours est renforcé par notre président et sa clique qui béatifient ces beaux entrepreneurs blancs, jeunes et blonds, logés par le milliardaire Xavier Niel dans son incubateur de la Station F et dont les idées sont considérées comme les nouveaux puits de pétrole du xxie siècle. C’est pour leurs beaux yeux que le président a annoncé début mai dans le magazine américain Forbes qu’il allait supprimer l’ « exit tax », cette imposition des départs de capitaux, qui rapporte tout de même 800 millions d’euros aux finances publiques.

La Suite

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