A quoi ressemblerait une démocratie réelle ?

couverture_FR4_vignetteNous vivons dans un pays où 2 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté, où 3,6 millions de personnes sont mal-logées, où 3,5 millions de personnes bénéficient de l’aide alimentaire, et où les grands patrons les mieux payés gagnent entre 400 et 1 100 fois le smic. Un pays où un petit nombre gouverne le grand nombre et l’asservit. Ce pays n’est pas une démocratie mais une dictature.  Alors que fait-on ? On laisse une classe décider pour nous comme maintenant ? On l’ « interpelle » en espérant encore et toujours qu’elle daigne nous écouter et agir dans l’intérêt du peuple ? On vote pour un dirigeant conservateur à poigne qui guide le pays (Le Pen) ? Ou bien on songe sérieusement à se débarrasser d’une élite qui est là pour empêcher le peuple de se déterminer lui-même et pour participer à son appauvrissement ? Cet article est extrait du n°4 de Frustration “La Preuve que nous ne sommes pas en démocratie”.

 

Commencer par ne plus hésiter à s’abstenir. Pour ne pas cautionner le mensonge et donner une légitimité, même la plus faible, au pouvoir en place. En partant de là, on pourrait penser à une vraie démocratie dans laquelle nous devrions tous nous occuper du bien commun (pas juste d’une cause associative mais de l’intérêt général) et décider des lois que nous nous donnons ensemble.

Mais une grande question demeure : est-ce que nous sommes prêts à passer du temps, à nous investir dans la prise de décisions communes ? Il faut se rendre à l’évidence que, sans engagement, pas de démocratie possible. Comme pour tout, si on ne s’intéresse pas à une affaire, on se fait arnaquer. Les hommes politiques qui gouvernent, eux, passent leur temps à rechercher et exercer le pouvoir. Nous devons nous donner collectivement des moyens équivalents.

Que pourrait être une démocratie radicale ? Nous ne voulons pas proposer de système, de constitution mais voir sur quels principes pourrait prospérer une vraie démocratie.

Cela consisterait d’abord à s’accepter les uns les autres comme citoyens, à cesser de se prendre mutuellement pour des cons et à croire en la capacité de chacun à décider de l’intérêt général.

 

Le peuple écrirait une constitution, qui déciderait des institutions que nous nous donnerions.

Qui pourrait instituer l’égalité totale entre hommes et femmes, sans laquelle une démocratie n’en est pas une.

Qui pourrait donner davantage de pouvoir à des échelles locales permettant une démocratie directe.

Qui pourrait disséminer les lieux de pouvoir afin de minimiser l’effet de réseau.

Qui pourrait interdire les partis politiques sous leur forme actuelle tout en encourageant les groupes de discussion citoyenne.

Qui pourrait donner du temps de parole médiatique à différentes voix, comme on en a un aperçu deux semaines pendant la campagne présidentielle, les médias ayant l’obligation de faire entendre d’autres paroles que celles des partis dominants.

Qui pourrait faire en sorte que la politique ne soit pas une carrière lucrative mais un travail difficile, dans lequel on ne pourrait pas s’enrichir, ce qui découragerait bien des ambitions, en interdisant le cumul des fonctions et en réduisant les rémunérations à la rémunération moyenne des Français.

Qui pourrait instituer un mandat impératif, avec des missions à remplir, de courte durée, par les représentants du peuple. Un véritable pouvoir exécutif en somme (celui d’exécuter les décisions), avec un roulement entre les citoyens.

Qui pourrait instaurer un contrôle populaire sur toutes les institutions, avec des comptes à rendre, une surveillance régulière « par le peuple, pour le peuple » avec possibilité de révocation, afin d’éviter les conflits d’intérêts. Concrètement, ça pourrait être le même principe que les jury d’assises : vous êtes tirés au sort pour aller contrôler le fonctionnement des institutions. Vos employeurs doivent vous aménager du temps, c’est votre devoir que vous allez remplir. Ce qu’on accepte pour les assises, qui se prononcent sur des crimes graves, pourrait exister aussi pour le contrôle des institutions qui prennent chaque jour des décisions graves.

Qui pourrait permettre au peuple de se prononcer souvent directement. Ce qu’on appelle le référendum d’initiative populaire, qui se pratique notamment en Suisse : un certain nombre de citoyens assemblés réclament un référendum. C’est, à l’échelle nationale, une forme de démocratie directe, puisque chacun peut se prononcer sur un sujet et non sur une personne ou un parti.

En ce sens, une meilleure diffusion et un apprentissage généralisé d’Internet pourraient faire du réseau un excellent outil démocratique qui permettrait de participer à la vie publique sans que des grandes élections soient convoquées. C’est déjà ce à quoi on a assisté en 2005, il y a 10 ans, lors de la campagne autour du référendum concernant le traité constitutionnel européen. Alors qu’on entend souvent qu’Internet et ses forums ne seraient qu’un dépotoir de toutes les haines, cette campagne nous a montré que blogs et forums peuvent être un lieu d’intense débat politique, poussant des citoyens nombreux à s’intéresser à des questions complexes et à se prononcer contre l’avis des principaux partis politiques et ce malgré leur propagande.

Rien ne garantit qu’une démocratie basée sur de tels principes serait le régime politique qui prendrait les meilleures décisions. Mais ce serait le seul système juste, reconnaissant l’égalité entre les hommes, le seul système qui garantisse la prise en compte des intérêts du plus grand nombre et non celui d’une minorité qui détourne l’ « intêret général » à son profit. On peut imaginer que la justice sociale, l’égalité socio-économique, aurait sa place dans le programme du peuple au pouvoir : la démocratie.

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