« La politique je n’y connais rien »: Pourquoi la compétence politique n’existe pas

« Moi je n’y connais pas grand-chose en politique ». Qui n’a pas déjà entendu cette réaction de la part de parents, d’amis, de collègues, lorsqu’une discussion sur les grands problèmes du pays ou du monde est lancée ? Beaucoup de gens se censurent et s’estiment trop incompétents pour avoir un avis sur notre système économique, nos institutions, nos lois en général. Si l’on côtoie des gens diplômés ou des militants politiques, on entend également ce genre de constat mais pour les autres cette fois-ci : « les gens ne sont pas compétents » pour décider sur telle ou telle question, et il ne faudrait pas multiplier les référendums car non seulement nos concitoyens ne comprendraient pas toujours les enjeux mais en plus ils risqueraient d’y exprimer leurs plus bas instincts.

Il faut dire que nous sommes tous élevés avec l’idée que la politique est une affaire de grands esprits et que le peuple se trompe souvent. Notre classe politique nous le rappelle régulièrement : encore dernièrement, lorsque les citoyens britanniques ont voté pour la sortie de l’Union européenne (le brexit), une grande partie du personnel politique et des éditorialistes français s’est récriée d’une même voix : il ne fallait pas leur demander c’était bien trop sérieux ! Alain Minc, conseiller du pouvoir français depuis des décennies, a exprimé franchement le préjugé : « le Brexit, c’est la victoire des gens peu formés sur les gens éduqués ». Cette croyance en la supériorité de quelques-uns sur la masse est un argument massue pour notre élite, qui peut faire passer en force de nombreuses lois contre l’opinion de la majorité des gens sous prétexte que ceux-ci n’y connaîtraient rien et ne seraient pas aptes à penser le long terme. À Frustration, nous défendons depuis notre premier numéro l’idée que nous sommes tous à égalité face à la politique et que « les gens éduqués » ne sont en rien supérieurs aux « gens peu formés » pour prendre les décisions. Pour que ceux qui se sentent incompétents arrêtent de se censurer et qu’on cesse de suivre aveuglément les « gens cultivés » de tout bord, nous montrons ici que la compétence politique, ça n’existe pas.

Un discours vieux comme la République

Quelques jours après le vote des Britanniques pour la sortie de l’Union européenne, l’eurodéputé Daniel Cohn-Bendit, partisan d’une Europe fédérale, s’est exclamé sur la radio publique France Inter : « Il faut arrêter de dire que le peuple a toujours raison ! » Cette phrase laisse songeur, car on se demande bien où il a vu qu’en France on disait que le peuple avait toujours raison. Historiquement, notre régime politique a été bâti sur l’idée qu’il fallait tempérer les ardeurs du peuple et faire en sorte que des représentants décident pour lui. Nos dirigeants ont attendu 1944 pour donner    le droit de vote aux femmes sous prétexte qu’elles étaient trop influençables. Au 19e siècle, ils n’ont accordé dans un premier temps le vote qu’aux plus riches (le suffrage censitaire) en arguant que les pauvres étaient trop incultes. La République française reste un système de démocratie très « représentative », où le peuple mandate des dirigeants pour prendre les décisions à sa place après leur avoir accordé sa confiance sur une vague direction que ceux-ci ne sont en aucun cas obligés de respecter : Hollande élu sur un programme « de gauche » a mené une politique ouvertement de droite dans tous les domaines sans que cela ne pose le moindre problème. En politique, on ne demande donc jamais vraiment son avis au peuple et nous sommes en définitive en oligarchie élective plutôt qu’en démocratie. Mais, en ce qui concerne la construction européenne, nos gouvernements ont été quelquefois contraints d’avoir recours au référendum, c’est-à-dire de poser directement au peuple des questions que d’ordinaire ses représentants tranchent pour lui. Le résultat est connu : lorsque les Français (à 56 %) et les Néerlandais (à 61,9 %) ont dit « non » au traité constitutionnel européen (TCE), étape importante vers l’Union européenne que nous connaissons, nos élites se sont récriées et ont décidé d’arrêter de nous demander notre avis. Un traité similaire a été donc reproposé aux pays européens deux ans plus tard, le traité de Lisbonne, et a été cette fois-ci ratifié par les parlements, avec succès, sans que cela ne déclenche la moindre réaction.

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Trois grands préjugés partagés contre l’implication politique du peuple

Ce qui est frappant avec les justifications de nos élites pour passer au-dessus de nos votes, c’est qu’elles sont profondément ancrées dans nos propres représentations. C’est précisément ce qui fait leur force : lorsque des Cohn-Bendit ou des Minc martèlent qu’il est vraiment dangereux de nous donner la parole, on est tenté de les croire, ce qui explique pourquoi les dénis de démocratie qu’ils soutiennent (la construction européenne en est un) passent encore relativement bien. On suppose que le lecteur aura déjà entendu les trois grands arguments suivants, qui sont des préjugés forts contre la démocratie :

  1. « Le monde est devenu trop complexe et chaque question politique est intriquée dans des enjeux mondiaux difficiles à saisir pour le commun des mortels. »

Cette idée a d’importants effets : c’est elle qui nous fait dire qu’il vaut mieux confier la décision publique aux diplômés de Science Po et de l’ENA, qui saisissent les grands équilibres d’un monde « toujours plus complexe ». Nous n’irons pas par quatre chemins : cet argument est bidon. Tout d’abord, prétendre que notre monde serait « toujours plus complexe » est une vision fantasmée du passé qui nous pousse à croire qu’avant c’était plus simple : l’Est et l’Ouest au 20e siècle, les résistants et les collabos pendant la guerre, les bourgeois et les prolétaires au 19e siècle, les nobles et le peuple pendant la Révolution française… Le monde du passé n’a jamais été plus simple, c’est parce que notre mémoire collective et nos historiens ont synthétisé des informations pour en faire l’Histoire qu’il nous semble moins complexe que le monde contemporain qui est décrit jour par jour par notre actualité en continu.

Mais à notre époque aussi les choses sont plus simples qu’il n’y paraît, et c’est le jeu des puissants de nous faire croire que tout serait si difficile à saisir. Par exemple, on nous raconte que, de nos jours, côté économie, le système échapperait à notre contrôle car tous les biens produits iraient dans un grand marché mondial et qu’il faudrait connaître ces mécanismes pour émettre le moindre jugement sur ce qui est produit autour de chez nous. En réalité, entre 75 et 80 % du produit intérieur brut (PIB) de la France repose sur son marché intérieur[1]. Dans le secteur agricole par exemple, seuls 15 % de la production mondiale sont échangés au niveau international. Côté société, le partage des richesses dans notre pays est devenu si inégalitaire qu’il est désormais possible d’identifier une classe supérieure représentant moins de 10 % de la population et qui possède pourtant la moitié du patrimoine national, alors que le discours du « monde complexe » veut nous faire croire que nous serions tous des petits épargnants et donc tous des actionnaires profitant du système et qu’il n’y aurait plus, comme au 19e siècle, de grands propriétaires. Le discours du « monde complexe » dans lequel nous vivons cherche perpétuellement à noyer le poisson, à masquer les grandes inégalités et les grands rapports de force qui structurent notre société. Ceux qui continueraient de penser ainsi sont traités de passéistes ou de complotistes[2]. Côté politique, les gouvernants nous disent qu’ils ont « des choix compliqués à prendre dans un monde complexe », mais c’est faux : depuis qu’il est au pouvoir, François Hollande, comme ses prédécesseurs, a eu une politique simple : donner plus à ceux qui ont beaucoup, réduire les protections et les droits de la majorité de la population pour augmenter les revenus des actionnaires soi-disant dans le souci de la « compétitivité économique ».

  1. « Beaucoup de Français sont fermés d’esprit, racistes (comme le montrent les derniers scores du Front national) et il se pourrait bien qu’ils fassent n’importe quoi si on les laisse décider, comme voter pour le rétablissement de la peine de mort. Après tout Hitler n’est-il pas arrivé au pouvoir par les urnes ? »

Admettons que les décisions politiques soient à la portée de tout le monde… Ne risque-t-on pas de les voir soumises aux humeurs d’un peuple instable et parfois raciste ? C’est LE principal argument contre les référendums et la démocratie, dont l’exemple classique est un mensonge historique : « Hitler est arrivé au pouvoir démocratiquement ». On entend ça régulièrement lors des débats sur les limites de la démocratie, et même Cohn-Bendit l’a sorti lors de sa tirade contre le Brexit. Pourtant c’est faux : si Adolf Hitler est devenu chancelier d’Allemagne en 1933 ce n’est pas parce que « le peuple » allemand a voté pour lui. Au contraire, quelques mois avant son accession à la tête du pays, son parti a connu une baisse significative dans un scrutin législatif (novembre 1932), rassemblant à peine un tiers des votants et ce malgré la propagande débridée de ses militants. S’il est arrivé au pouvoir c’est grâce au soutien des partis de la droite bourgeoise représentant le patronat allemand qui ont choisi de faire une coalition avec le parti nazi. Ce n’est donc pas seulement « le peuple » qui a choisi Hitler mais une grande partie de l’élite allemande, qui y a vu la possibilité de relancer l’industrie et de maintenir ses profits. Cet exemple historique n’est donc pas un bon argument contre la démocratie : les régimes fascistes européens des années 1930 (Allemagne, Italie, Espagne) ont été choisis par les élites qui cherchaient avant tout à éviter la prise de pouvoir communiste et ont été rendus possibles par des régimes parlementaires peu démocratiques. L’Histoire montrerait plutôt que c’est de l’élite dont on doit se méfier, de ce qu’elle est capable de faire pour se conserver.

Le second argument historique perpétuellement agité contre la consultation démocratique concerne l’abolition de la peine de mort votée par le Parlement français en 1981. Il est courant de rappeler qu’à l’époque, les sondages montraient que les Français étaient quant à eux majoritairement contre. On se sert donc de cet exemple pour dire que ce n’est pas plus mal que nous ayons un Parlement qui décide à notre place : on y trouve des gens plus progressistes et à l’avant-garde que le peuple, qui serait forcément un peu conservateur. Il y a deux choses à répondre à cela : tout d’abord, s’il y avait eu un référendum ou toute autre forme de consultation démocratique sur cette question, il y aurait eu des débats, des discussions et donc des changements de points de vue. Autrement dit, un sondage ne veut pas dire grand-chose sur ce que décideraient vraiment les gens : on ne fait que leur demander leur opinion sur une question dans un contexte très différent de celui d’une consultation électorale. On sait bien qu’entre nous demander vaguement ce qu’on pense et nous demander de choisir, notre attitude va fortement changer. Ensuite, il faut savoir ce que l’on veut : si nous voulons vivre en démocratie, il faut accepter de débattre de tout, et les défenseurs de toutes les causes doivent être prêts à convaincre la majorité des gens pour que leur point de vue l’emporte. La démocratie ne peut pas être à géométrie variable, où on demanderait leur avis aux gens quand ça arrange les élites, mais on s’en empêcherait quand on risquerait de ne pas tomber sur le bon résultat. L’abolition de la peine de mort, désormais acceptée par la grande majorité de la population, avait de bons arguments pour elle. Et « si le peuple se trompe, tant pis », disait le député républicain Alphonse de Lamartine pour défendre l’établissement du suffrage universel en 1848. P  our que la décision démocratique ne puisse pas s’établir sur tout et sur tous les aspects de la vie des individus, il est évidemment important de définir une limite au-delà de laquelle la société n’a pas à s’exprimer. Les droits de l’Homme en sont un exemple : ils fixent certains domaines de la vie qui doivent être épargnés par la politique, car ils relèvent de l’intime ou du privé.

  1. « Au contraire, nos élites, qui elles ont fait des études, sont cultivées, ouvertes d’esprit… N’a-t-on pas raison de faire davantage confiance aux gens diplômés ? »

Le terme « élite » désigne les gens qu’on estime les plus intelligents et « les meilleurs » dans une société. Il est courant d’entendre dire que tel homme politique était cultivé et profond ou se réjouir que notre système scolaire valorise ces « élites » qui seraient nécessaires à notre pays. C’est pourquoi on estime leur jugement plus fiable que celui de la majorité des gens. Sauf que le niveau de diplôme de quelqu’un dit autre chose sur lui en France : cela montre qu’il est situé en haut de l’échelle sociale et qu’il a des revenus importants (plus des ¾ des étudiants de nos « grandes écoles » sont des enfants de cadres et professions intellectuelles). Ainsi, lorsqu’on considère le point de vue « éclairé » des diplômés, il faut aussi considérer leurs intérêts. Bien trop souvent ils se servent de leur prétendue compétence pour justifier leurs réels intérêts et savent bien les cacher aux yeux des autres. Où est donc la compétence politique à penser ce qui est bon pour tous ?

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Aux différents référendums sur la question européenne, les plus diplômés sont ceux qui ont le plus voté en faveur de l’évolution actuelle de l’Union européenne (traité de Maastricht en 1992 et TCE en 2005) tandis que les moins diplômés ont majoritairement voté contre. Aux élections européennes, les diplômés sont ceux qui participent le plus alors que les non-diplômés s’abstiennent. L’explication de notre élite politique et médiatique est souvent la suivante : les plus diplômés sont plus au courant, ils saisissent mieux les enjeux, ils sont plus ouverts d’esprit alors que les non-diplômés sont un peu bruts de décoffrage. Sauf qu’il faut considérer aussi la position sociale que les diplômés occupent : ils vivent le plus souvent dans des grandes villes, ils sont ceux qui subissent le moins le chômage, ils sont cadres et professions intellectuelles supérieures et ont donc tout à gagner avec l’Union européenne qui leur offre des opportunités professionnelles, des possibilités de voyages faciles, etc. Ce ne sont pas eux qui subissent les délocalisations, les travailleurs détachés et la fin des services publics réclamés par la Commission européenne. S’ils sont pour l’Europe de Bruxelles c’est d’abord parce qu’ils s’y retrouvent, notamment financièrement. Nul raffinement ou grandeur d’âme derrière cela, et s’ils ont les bons mots pour défendre de manière désintéressée « l’idéal européen », c’est parce que leurs études leur ont surtout donné la capacité de le faire et que leur défense d’une avancée symbolique (la « belle Europe unie ») écarte le recul social qu’elle provoque (les plans d’austérité, la mise en concurrence des travailleurs, l’exil fiscal des multinationales…).

La politique est un conflit d’intérêts

Les diplômés sont pour cette Union européenne parce qu’elle leur est favorable. Les ouvriers et les employés quant à eux y sont hostiles car elle leur nuit fondamentalement. Or, notre système oligarchique (politique, médiatique et éducatif) donne davantage le pouvoir et la parole aux premiers qu’aux seconds, alors que ces derniers sont beaucoup plus nombreux (les ouvriers et les employés représentent 60 % de la population et les cadres et professions intellectuelles environ 10 %) et entretient la croyance selon laquelle les premiers seraient plus compétents pour décider du « bien commun » et de l’ « intérêt général ».

C’est nier que la décision politique naît d’un échange de points de vue et de la confrontation d’intérêts divergents au sein d’une société où tout le monde n’a pas la même place. Dans notre société, il y a d’un côté l’intérêt des capitalistes et celui des salariés. Celui des riches et celui des pauvres. Les riches veulent par exemple continuer à étendre les frontières de l’Union européenne pour pouvoir avoir accès à la main d’œuvre à bas coût et à faibles droits sociaux de l’Ukraine et faire baisser le niveau de protection et de salaire ici. Les ouvriers et employés ont quant à eux intérêt à ce qu’une aire d’échanges économiques comme l’UE ne comprenne que des pays avec des niveaux de salaires et des standards sociaux comparables aux leurs. Même chose au niveau fiscal : il n’y a qu’aux riches, désireux de s’épargner les impôts et qui n’ont pas besoin des services publics, que les énormes différences d’imposition entre pays européens profitent. Pour les autres, le dumping fiscal constitue une perte en termes de qualité de vie et de services. Or, ce sont ceux-là, les ouvriers et les employés, qui sont les plus nombreux dans notre pays : c’est pourquoi leur point de vue l’emporte lors des référendums malgré la propagande.

Mais les riches ont avec eux toute une armée de gens « cultivés », d’experts et d’intellectuels pour les aider à neutraliser ces défaites et suspendre la démocratie le temps de parvenir à leurs fins. Leurs experts vont dire que les salariés n’y connaissent rien en économie et qu’ils n’ont pas saisi que « dans notre monde toujours plus complexe », l’extension des zones de libre-échange comme l’UE est nécessaire. Leurs intellectuels vont expliquer qu’il y a un impératif moral à « s’ouvrir vers l’autre » et ne pas rester « replié sur soi », qu’être contre l’UE c’est faire preuve d’un manque cruel de grandeur d’âme. Les uns comme les autres vont donc prétendre que la politique est une affaire de compétence (la compétence technique à faire les bons choix économiques nécessaires et la compétence morale à faire preuve d’ « ouverture vers l’autre ») et vont donc l’éloigner de ceux qui en manqueraient (le peuple).

Ces procédés ne tiendraient pas longtemps s’il n’y avait pas, dans le même sens que ces défenseurs du capitalisme, ceux qui veulent sa réduction ou sa chute, mais qui n’ont pas confiance dans le peuple. De nombreux courants de la gauche, en France comme en Europe, estiment eux aussi qu’il vaut mieux une élite qui décide qu’un peuple forcément raciste et conservateur, qui risquerait de rétablir la peine de mort ou d’élire un nouveau Hitler.

La compétence politique n’existe pas

Tout ce matraquage sur l’idée qu’il y aurait une compétence politique que seuls quelques-uns auraient et la majorité populaire non est un énorme mensonge : prendre des décisions politiques en société, c’est une affaire de sens de la justice, de dialogue entre intérêts et idéaux divergents et non d’expertise. En ce moment, il n’y a pas grand monde qui défende vraiment la démocratie. L’opposition peut critiquer les décisions du pouvoir, mais il est très rare qu’elle dise « demandez donc son avis au peuple et vous verrez » car elle aussi se méfie du peuple. Mais le plus grave, c’est que cette idée d’incompétence populaire pour la politique a été inculquée à tout le monde, et nombre de citoyens ne se sentent pas légitimes à s’exprimer. Pire, la discussion politique est tellement associée à l’idée de compétence ou d’intelligence que seuls les gens qui s’en sentent capables – donc souvent des grandes gueules arrogantes – la mènent et dégoûtent tous les autres, qui ont le sentiment que c’est une histoire d’ego et une bagarre d’intellos. Ainsi, les spécialistes de la politique sont tranquilles car personne n’ose remettre en cause leur compétence.

Bien entendu, il y a des spécialistes qui peuvent éclairer la prise de décision démocratique en donnant certaines informations : les journalistes qui décrivent ce qui se passe dans le monde, certains universitaires qui tentent de donner des explications sur ce qu’il advient, les statisticiens qui donnent un portrait de la composition de notre société, etc. Mais on a trop souvent tendance à demander à ces gens de tirer les conclusions à notre place, alors qu’ils ont eux aussi leurs propres intérêts dans l’affaire qui nous concerne tous.

Or, si l’on veut que les choses changent, on doit vraiment réussir à promouvoir la participation de tous à la politique et détruire cette idée de compétence. Car cela ne servira à rien de remplacer la « mauvaise » élite libérale et autoritaire actuelle par une « bonne » élite. Une fois au pouvoir, celle-ci aussi travaillera d’abord pour ses propres intérêts, comme ça s’est vu dans l’Histoire.

Même s’il est difficile d’imaginer un système politique où la participation de tous serait exigée, même si le référendum est loin d’être en la matière la meilleure des mesures, il faut le dire et le répéter : la compétence politique n’existe pas. La compétence politicienne elle, existe : c’est celle de faire passer ses intérêts et ses points de vue pour l’ « intérêt général » ou le « bien commun », et nos élites capitalistes y excellent.


[1]             Voir l’article de notre numéro 7 : « Repolitiser l’économie ».

[2]             Voir l’article de notre numéro 7 : « Il n’y a pas de lézard mais il y a bien des capitalistes ! Comment anti-complotistes et conspirationnistes empêchent la critique des élites ».