Devenir entrepreneur de soi : Le développement personnel, ou l’art de la soumission heureuse

« Vous souffrez probablement d’une routinite aiguë […] C’est une affectation de l’âme qui touche de plus en plus de gens dans le monde surtout en Occident. Les symptômes sont presque toujours les mêmes : baisse de motivation, morosité chronique, perte de repères et de sens, difficulté à être heureux malgré une opulence de biens matériels, désenchantements, lassitude… » Ainsi débute l’action du roman pédagogique Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une. Mais gardez espoir car « aujourd’hui se produit une autre révolution, qui va également changer le monde. Je veux parler du monde personnel que nous créons, notre propre univers, et de la révolution qui se joue à l’intérieur de chacun de nous. Le seul moyen de modifier le monde qui nous entoure est de changer à titre personnel. Si nous parvenons à modifier notre propre univers, nous gagnerons la paix intérieure et retrouverons l’amour inconditionnel », vous assure Miguel Ruiz dans son classique Les Quatre Accords toltèques. Vous n’y échapperez donc plus. Sur les devantures des librairies s’amoncellent les manuels de bien-être qui vous exhortent à (re)trouver le bonheur. Ici, une jeune femme dans sa séance de yoga en plein air savoure une existence épanouie. Plus loin, un type nimbé de lumière avec un sourire sans fin vous met dans la confidence des lois d’attraction. Là, une couverture vous jette sur un chaman mexicain pour une initiation aux principes philosophiques d’une civilisation disparue. Où que vous tourniez la tête, des piles de livres vous promettent de remonter votre confiance ou votre cote de popularité, de devenir un tombeur irrésistible, de décrocher une promotion professionnelle ou d’acquérir une sagesse ancestrale perdue depuis des siècles. Toujours le même message : exploitez votre potentiel caché, pliez corps et esprit à la volonté d’entreprendre de grandes choses, il ne tient qu’à vous de dépasser votre condition malheureuse, etc. Pourquoi ces livres, loin de remplir leur office, pourraient-ils bien au contraire être les pires recours ? Et comment finissent-ils par ratifier des façons de voir qui permettent de conserver, en les dépolitisant, les cadres politiques et économiques à l’origine de certaines souffrances ?

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Qui est l’élite au pouvoir ? – Montrer le vrai visage des puissants

« Je suis candidat pour parler du quotidien des Français, pas pour être le représentant d’une petite élite pour qui tout va bien, cette élite si puissante dans la sphère administrative et médiatique et si minoritaire dans le pays. Cette élite, elle ne prend pas le métro, elle voit les trains de banlieue en photo, elle regarde avec une larme à l’œil les collèges de ZEP. Cette élite-là, elle n’a jamais mis les pieds dans les exploitations agricoles au bord du gouffre même si elle aime avec son panier, en osier, aller acheter des œufs frais, le matin chez la fermière. »

Hélas, le triste Sarkozy n’est pas le seul homme politique à se faire le porte-parole du peuple contre cette « petite élite ». Aux États-Unis, le président Donald Trump a joué cette partition pour se faire élire, lui qui possède pourtant des milliards et un building à son nom en plein Manhattan. Le candidat Emmanuel Macron se décrit quant à lui « anti-système », or il est pleinement issu du monde des hauts fonctionnaires qu’il prétend combattre et réside au Touquet-Paris-Plage, haut lieu de villégiature de la grande bourgeoisie parisienne.

L’opportunisme de ces politiciens est sans limite. Ils savent que les populations des grands pays capitalistes comme le nôtre sont vent debout contre la concentration des richesses entre quelques mains, l’augmentation des inégalités et la déconnexion croissante entre les dirigeants et le reste de la société. Mais les Sarkozy, Macron et autres Le Pen feignent de croire que cette colère n’est pas tournée contre eux. Ils se travestissent en membres du peuple et donnent une définition de l’élite qui les en exclut de fait : l’élite ce serait « les bobos des centres-villes », ou bien « les journalistes » ou encore « les fonctionnaires » (enseignants, cheminots) et les membres de professions réglementées comme les taxis, régulièrement taxés de « rentiers », rien que ça. D’autres choisissent, comme le candidat François Hollande en 2012, de blâmer « les marchés » ou « la finance », celle qui n’a « pas de nom, pas de visage, pas de parti », façon de s’excuser d’avance de ne rien faire contre cet ennemi imaginaire qui compte pourtant au Parti socialiste de nombreux alliés [1].

Face à ces procédés visant à épargner les vrais responsables, Internet regorge de contre-théories qui donnent une vision bien particulière de la vraie nature de l’élite et n’aident en rien à y voir plus clair : les juifs, les francs-maçons ou tel ou tel lobby pris isolément deviennent les cibles idéales de tous ceux qui souhaitent détourner l’exaspération de la population vers un groupe restreint. Face à ces dérives, beaucoup finissent par dire que parler d’une élite serait le propre de l’extrême droite et du complotisme, et qu’il faudrait donc éviter le sujet [2]. Au milieu de ce flou, les vrais puissants sont épargnés et continuent à étendre leur règne sur nos vies.

Car cette « petite élite » dont parlait Nicolas Sarkzoy en octobre dernier existe bel et bien. Il le sait d’ailleurs parfaitement puisqu’il en a été le meilleur candidat pendant une bonne décennie : il a été d’abord son jeune poulain fougueux à son arrivée au gouvernement Chirac en 2002, puis son digne et efficace représentant durant sa présidence, avant de devenir un cheval de retour décrédibilisé, remplacé par Hollande, esseulé à son tour cinq ans plus tard. Car heureusement, les gens ne sont pas dupes et se rendent bien compte que, derrière les politiques si semblables des partis au pouvoir, ce sont les intérêts des mêmes qui sont promus. Qui sont-ils, ceux pour qui nos présidents de tout bord s’échinent ? Qui fait partie de cette élite ? Qui sont ces puissants qui nous dominent et nous dirigent ? Il existe des critères clairs et simples pour les distinguer et Frustration vous donne les principaux.

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Prendre aux pauvres et en même temps… donner aux riches

Le projet de loi de finances est présenté par le gouvernement au Parlement chaque année au début de lʼautomne. C’est toujours un moment crucial de la vie politique française puisque cʼest dans ce projet de loi que sont votées les recettes (impôts, taxes…) et les dépenses autorisées de lʼÉtat pour l’année suivante. Pour son premier projet de loi de finances, le gouvernement a fait son choix : ce sera champagne !… pour les riches. Si le règne de François Hollande a été marqué par un nombre incalculable de renoncements et de faveurs au grand patronat du pays au détriment des salariés, celui d’Emmanuel Macron commence par une facture gigantesque pour l’État de cadeaux fiscaux divers aux plus riches de ce pays. Dans un document du 15 janvier 2018, c’est l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) qui l’affirme, chiffres à l’appui : “Les mesures nouvelles pour les ménages seraient en 2018 largement au bénéfice des 2 % de ménages du haut de la distribution des revenus, détenant l’essentiel du capital mobilier. Pour les ménages du bas de la distribution, les revalorisations en fin d’année des minima sociaux ne compensent pas les hausses de la fiscalité indirecte pour les ménages qui les subissent. Pour les « classes moyennes », ces mesures devraient avoir un impact net nul. Enfin, Les ménages situés au-dessus des « classes moyennes » mais en-dessous des 2 %” 

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EXPÉRIMENTATIONS : QUAND LE GOUVERNEMENT DÉROGE À LA LOI

Le gouvernement vient de reculer sur une expérimentation de publicité par marquage au sol qui avait lieu à Nantes et Bordeaux : pollution visuelle supplémentaire et surtout danger pour la sécurité routière. Et c’est bien pour ça que la publicité au sol est interdite. Alors qui l’a autorisée et comment ?

Il s’agit de France Expérimentation, « guichet unique » de la direction générale des entreprises (ministère de l’Économie) destiné à la « mise en place d’expérimentations réglementaires » afin de « stimuler l’innovation ». Les entreprises demandent à déroger à la loi pour un projet qui leur ouvrirait un nouveau marché économique et le ministère les autorise à expérimenter avant d’éventuellement adapter la loi à leur activité.

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Frustration n°12 : La chasse est ouverte

 

 

// SOMMAIRE

Dossier : la chasse est ouverte :

– PORTRAIT : Muriel Pénicaud, ministre à responsabilité limitée
– EN
QUÊTE : Permis de tuer Enquête sur la lutte du grand patronat contre la santé au travail
– TÉMOIGNAGES : Précaire labeur par ordonnances
– MACRONIE : Quand les Gracques portent Jupiter en triomphe Chez les idéologues du pouvoir

Et aussi…
– VOTRE ARGENT : Déficit commercial de la France Pourquoi les Rafale de M. Dassault et les ordonnances du Dr Macron n’y changeront rien
– LIVRES : Devenir entrepreneur de soi Le développement personnel, ou l’art de la soumission heureuse
– MOT-CLÉ : Prendre aux pauvres et en même temps… donner aux riches Macron parvient à réunir sa majorité sur un budget “équilibré”

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Bonne année de colère unificatrice

Bonne année à toutes nos lectrices et tous nos lecteurs fidèles ainsi qu’à celles et ceux qui nous suivent sur ce site !

Ce que l’on sait de l’année à venir c’est que le gouvernement va continuer à nous faire tous nous faire nous sentir de trop : trop coûteux pour les entreprises, trop difficiles à indemniser pour notre “modèle social à rénover”, trop compliqué à soigner, impossible à tous héberger ou accueillir.

Face à ça, on peut se souhaiter une année de citoyenneté offensive et décomplexée : nous avons des droits et personne ne nous fait l’aumône quand nous touchons le chômage où quand nous utilisons notre carte vitale. Nous cotisons, nous payons des impôts, ce modèle social a été mis en place par le peuple résistant de la Libération, et s’il va mal c’est parce qu’il est géré depuis trente ans par des bourgeois qui rêvent de sa disparition et l’objectif le plus rationnel reste toujours de leur en reprendre les rênes avant que ces gens insensibles ne détruisent tout.

Ne nous excusons pas de vouloir vivre bien, de ne pas travailler trop, de n’avoir rien à “créer” ou aucun “projet à monter”. Cette année, ne marchons pas selon les leçons et les aspirations de gens qui sont nés avec du capital à investir.

On peut se souhaiter une année de colère unificatrice, de solidarité face à toutes les tentatives de division des gens face aux riches. Face à ceux qui inventent des fortunes que toucheraient les migrants quand ils arrivent chez nous et qui ne s’intéressent guère au fait que Muriel Pénicaud ne va payer aucun ISF en 2018 grâce à la réforme qu’elle a elle-même soutenu. On n’est jamais mieux servi que par soi-même et c’est 60 000€ que la ministre va économiser.

60 000€ ! Et les centaines de milliers de nos patrons, les millions de nos financiers, les milliards des gens les plus riches du monde qui gagnent autant à 10 que la moitié de l’humanité.

Cette année encore il y aura des tempêtes, des canicules et des inondations : souhaitons que nous nous ne culpabilisions plus pour nos “petits gestes du quotidiens” que nous aurions fait ou pas fait, et que nous regardions du coté des géants de l’agriculture productiviste et de la classe dirigeante qui pollue allègrement, en toute décomplexion, tout en s’affichant régulièrement à des sommets mondiaux où la lutte contre le réchauffement climatique se porte comme le dernier bijou à la mode dans le gotha.

Bref, une année de plus où, comme nous le disions dans notre premier numéro lancé il y a trois ans, plutôt que de haïr le voisin, mépriser le pauvre, lyncher le migrant, il nous faudra détester le riche.