Depuis quand le train n’est-il plus un service public ?

« Vivement que la SNCF soit mise en concurrence », voilà la rumeur qui s’élève dans les wagons dès que le train a un quart d’heure de retard. Les consommateurs intransigeants qui ont la haine du service public chevillée au corps vont être exaucés en 2020 pour le TGV et en 2023 pour les Intercités et TER quand d’autres compagnies, privées elles, pourront faire circuler leurs trains sur les rails de France, dont l’entretien restera évidemment à la charge du contribuable. Ce sera l’entrée en application des « paquets ferroviaires » (ensembles de directives européennes) devant assurer un accès « transparent et non discriminatoire » au réseau.

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Propagande autoritaire VS propagande “démocrate”

A droite, l’Obs légendait ainsi, en avril 2014, une des nombreuses photos où le président russe se la raconte : “Vladimir Poutine se livre régulièrement à des opérations de com’ visant à lui donner l’image d’un surhomme.”, le tout accompagné d’une interview d’un chercheur expliquant les ressorts de la propagande de l’ogre du grand est.

A gauche, une brève dans le genre brosse à reluire auquel l’hebdomadaire nous a habitué depuis que son poulain est devenu président de la République : Quelques lignes, nul interview critique, et une légende dégoulinante de complaisance, qui nous explique que Macron “a encore donné de sa personne en revêtant un uniforme de pilote de l’armée de l’air, sous l’air amusé des militaires. Une com’ bien à lui.”

Une “com’ bien à lui”, et non “une propagande classique pour les chefs d’Etat autoritaires, qui ressemble fort aux photos de Vladimir Poutine que nous vous montrions il y a trois ans et qui doit nous questionner sur Emmanuel Macron”.

Une telle différence de traitement n’a rien d’étonnant. Pour l’Obs, son éditocratie et ce qu’il reste de son lectorat, l’autoritarisme et la propagande c’est toujours l’Autre. C’est Poutine, c’est Marine Le Pen, c’est (car ils n’ont peur de rien) Jean-Luc Mélenchon. Pas un bourgeois bien rasé venu de leur camp.

Les brosses à reluire de l’Obs et leurs confrères ne sont que des démocrates de posture. Ils défendent la démocratie quand ça les arrange, pour discréditer un adversaire ou pour se mettre en scène, de temps en temps, dans le camp des gentils.

Pour nous, démocrates à plein temps, les simagrées de Macron sont autant de crachats lancés à la gueule du peuple qui n’a pas voté majoritairement pour lui, et les torchons du genre de l’Obs sont uniquement bon à allumer un barbecue ou faire sécher l’intérieur de chaussures détrempées par une trop longue manifestation sous la pluie. Une du genre que nous leur opposerons à tous ces enfoirés, et ce, dès septembre.

Le monde de bisounours de Muriel Pénicaud

 

A l’Assemblée Nationale, la ministre du travail a tenu à rassurer les députés insoumis qui dénonçaient un arbitraire plus grand dans les entreprises, au profit du patronat, grâce à la prochaine réforme du Code du travail : Mais enfin, l’entreprise est une “communauté humaine” avec un objectif de “progrès économique et social” enfin, pas un “lieu systématique de conflit” !

Les entreprises avec leurs morts accidentés du travail, leurs harceleurs, leurs burn out, leurs maladies professionnelles, leurs plans de licenciement, ont un objectif de “progrès économique et social” ? Aucun chef d’entreprise n’irait défendre sérieusement une chose pareille, car les patrons savent bien que leur objectif est de générer du profit pour les créanciers et les actionnaires. Alors pourquoi la ministre nous raconte-t-elle cette fable ?

Parce que les puissants adooorent se raconter des histoires sur leur domination, le plus souvent pour la nier : Nooon, il n’y a pas de domination masculine, d’ailleurs les hommes subissent le joug des femmes et des homosexuels, comme l’explique Zemmour. Nooon, il n’y a pas d’élus corrompus qui s’enrichissent sur notre dos, les députés peinent à épargner avec leur 7500€ net qui leur permet à peine de vivre. Nooon, il n’y a pas de domination dans l’entreprise, salariés et employeurs pratiquent le “dialogue social”, syndicats et patronat sont des “partenaires sociaux” et d’ailleurs il n’y a plus d’ouvriers, mais des “opérateurs”.

La classe bourgeoise peut compter sur un bataillon d’éditorialistes, de chroniqueurs et d'”experts” pour répéter ces idioties qui n’ont pas le moindre rapport avec la réalité, et traiter sans complexe les autres “d’idéologues” et de “manque de pragmatisme” quand ils parlent de lutte des classes.

Pourquoi ont-ils recours à un tel travestissement, quasi pathologique, de la réalité ? Pour pouvoir se regarder dans la glace, comme les dames patronnesses qui, dans “Germinal” de Zola, viennent visiter les corons et disent en repartant qu’après tout on y vit si bien, “de vraies maisons de poupée” ? On imagine que c’est un peu le cas pour Muriel Pénicaud, cette ancienne DRH qui a du se chanter des berceuses de cet acabit pour mener en toute bonne conscience le management agressif des grandes entreprises pour lesquelles elle a travaillé.

Mais il s’agit surtout d’une stratégie d’enfumage visant à améliorer le contrôle de la bourgeoisie sur nos vies, en niant ses modalités: Alors que le mouvement ouvrier a passé un siècle a mettre en mot la domination que chacun subissait dans son coin, les partisans du néolibéralisme veulent nous y ramener en invisibilisant la violence qu’elle constitue.

Cette stratégie a porté ses fruits durant plusieurs décennies, faisant croire aux Français qu’ils faisaient tous partie de la classe moyenne et que la souffrance au travail était affaire de névrose et d’anxiolytique plutôt que de conflit de classe et de réunion syndicale. Elle a été portée aux nues par Emmanuel Macron durant sa campagne, avec ses termes flous et anticonflictuels (la “société civile”, le “en même temps”…) et sa foutue bienveillance, qui cachait l’appétit de pouvoir de notre nouveau monarque.

Mais elle a vécu, et désormais ce genre de phrase passe au mieux pour une blague, au pire pour une insulte. Il est grand temps de faire cesser cette farce.

Comment des journalistes inventent la popularité de Macron

Devenu président à l’issu d’un second tour à l’abstention record, et gouvernant grâce à une majorité représentant à peine 17% du corps électoral, Macron ne connaît pas “l’état de grâce” qui permet traditionnellement aux présidents de la Vème de faire passer le gros de leurs réformes avant de devenir des monarques contestés et détestés. C’est bien embêtant, car en matière de réformes d’enfoirés, le président et ses amis ont prévu de nous sortir le grand jeu, et il va s’avérer compliqué si “les Français” ne font pas l’effort d’adhérer six mois à sa propagande. Heureusement, la presse est là pour prêter main forte. Le président n’est pas populaire ? Qu’à cela ne tienne, on va dire qu’il l’est quand même.

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On préfère n’être “rien” avec vous que de “réussir” avec eux

Ainsi donc il faudrait devenir des gens qui “réussissent”, ces fameux “entrepreneurs” qui “prennent des risques” pour “innover”, par crainte de n’être “rien” ? N’inversons pas les choses Monsieur le président :

Qui prend des risques dans ce pays ? Des fils et filles à papa qui, pour pouvoir lancer leur “start up”, sont dans l’écrasante majorité des héritiers ? Ces gens qui, une fois leur affaire montée, la vendent à Facebook ou Apple et récupèrent le pactole ? Ces gens qui, si leur affaire échoue, la mettront en dépôt de bilan et passeront à autre chose pendant que les travailleurs embarqués dans l’histoire se retrouveront sur le carreau ? (C’est ce qui est arrivé aux coursiers de Take Eat Easy qui se retrouvèrent sans job du jour au lendemain pendant que leurs ex-patrons partaient en vacances pour se remettre de leurs émotions: https://www.frustrationlarevue.fr/lesprit-coursier-contre-l…/)

Qui “innove” ? Des gens qui créent, comme les start uppers de la “Station F”, de nouvelles applis et surtout de nouveaux besoins, nous ramenant sans cesse à notre appétit consumériste plutôt que de permettre à la société d’avancer dans un monde aux ressources limitées ?

Ceux qui prennent de gros risques dans ce pays sont les travailleurs qui bossent de nuit ou en horaires changeants, qui ruinent leur santé et risquent l’infarctus. Ce sont les travailleuses qui subissent le management par la terreur, “innovation” de bande d’enfoirés qu’il faudrait acclamé, et qui engendre burn out, dépression, souffrance au travail. Ce sont celles et ceux qui subissent le chômage et la précarité et qui tentent pourtant de continuer à se battre pour eux et leurs proches. Ce sont les migrants qui traversent la méditerranée pour se sauver de la guerre et de la misère. Pas les bourgeois qui ont tout depuis un siècle et qui veulent nous faire croire qu’ils en chient à cause de nous.

Ceux qui innovent ? Ce sont celles et ceux qui se demandent comment se débarrasser du règne des riches, de leur modèle économique socialement nuisible et écologiquement destructeur, et celles et ceux qui se demandent comment vivre de façon solidaire et écologiquement viable. Pas ceux qui veulent l’étendre à l’infini, au mépris de toute valeur et de toute réalité, pour leur poche et celles de leur classe.

Se faire traiter de “rien” par des gens aussi mesquins et nuisibles, c’est un compliment.