De Valls à Macron, mode d’emploi pour rester au pouvoir

Vous êtes un gouvernement usé par cinq ans au pouvoir, décrédibilisé par vos multiples trahisons envers les électeurs et lâché par une grande bourgeoisie qui estime que vous n’êtes plus le meilleur cheval ?

Voici le mode d’emploi pour conserver le pouvoir : faites sortir votre plus jeune poulain 6 mois avant l’élection, laissez-le incarner “le renouveau” et “l’antisystème” pendant que vous vous trouvez un candidat fantoche que vous laissez tout seul comme un benêt. Une fois que votre poulain a su conquérir le cœur des électeurs de sa bonne bouille, provoquez le ralliement progressif (pas trop vite, il ne faut pas que ça soit trop flagrant) de l’ensemble du gouvernement. Le ministre de la Défense, des flopées de secrétaires d’Etat opportunistes, tous les hauts fonctionnaires… Et maintenant un premier ministre.

Et hop, si tout va bien, vous serez à nouveau au pouvoir en mai, sans traîner avec vous l’étiquette si embarrassante de “gauche” : désormais, avec Macron, vous serez “progressiste”, appellation qui permet de faire du libre-échange agressif en appelant cela de “l’ouverture sur le monde” (VS “le repli sur soi” des syndicalistes), qui permet de poursuivre votre oeuvre de destruction du droit du travail en expliquant que c’est une façon de promouvoir “l’autonomie et l’émancipation” et tout ira pour le mieux.

Sauf si dans les 26 prochains jours les citoyens prennent conscience de la supercherie et vous envoient bouler une bonne fois pour toute.

Macron ment au sujet de ses liens avec Drahi (SFR-BFM TV-Libération)

Le 21 mars dernier, le candidat d’En Marche a déclaré à nos confrères d’Explicite qu’il n’avait joué “aucun rôle” dans le rachat de SFR par Patrick Drahi. Il a prétendu n’avoir eu de contact avec lui que lorsqu’il a voulu s’approcher de Bouygues, et que donc tous les sous-entendus sur ses liens avec le propriétaire de BFM TV seraient diffamatoire. C’est un mensonge :

Lorsque Numericable, propriété de Patrick Drahi, a commencé ses démarches de rachat d’SFR, c’était en effet Arnaud Montebourg qui était ministre. Mais cela a traîné, précisément parce qu’il reprochait à Drahi son évasion fiscale (Il réside en Suisse, a une holding au Luxembourg et des actions à Guernesey). Mais il a quitté Bercy en août 2014, remplacé par Macron, qui fut quant à lui beaucoup plus arrangeant : le 28 octobre, Macron a “discrètement” donné son feu vert au rachat, sans tenir compte des réserves de son prédécesseur

Mais ce n’est pas la seule transaction qui unit les deux hommes : en octobre 2016, on apprenait qu’un des plus proches conseiller de Drahi, Bernard Mourad, quittait SFR pour devenir “conseiller spécial” d’Emmanuel Macron . Or, c’était lui qui avait chapeauté les négociations autour du rachat de SFR par Numericable.

Les liens entre Mourad et Macron d’un coté, Mourad et Drahi de l’autre, ne font aucun doute. Et il est donc tout à fait logique de se questionner sur le rapport du candidat d’En Marche avec une chaîne, BFM TV, qui appartient à un homme dans le parcours duquel il affirme désormais de façon mensongère qu’il n’a joué aucun rôle.

De l’Institut Montaigne à Patrick Drahi, les puissants soutiens d’Emmanuel Macron

Le récit. En marche ! est né du désir d’Emmanuel Macron de donner un nouveau cap à la France, pour la sortir des blocages et « rendre à l’ensemble des Français la place qui n’aurait jamais dû cesser d’être la leur : non pas dans le décor de la vie politique, mais en son cœur » (en-marche.fr). Pour ça, le mouvement compte sur les dons des dizaines de milliers d’adhérents et Macron va « s’endetter personnellement » pour financer sa candidature et « il pourrait tout perdre » (Closer, décembre 2016). Mais c’est le prix à payer pour être indépendant des chapelles et des vieux clivages.

La réalité. Au moment où les statuts ont été déposés, le siège social d’En marche ! était situé au domicile personnel de Laurent Bigorgne, ex-numéro 2 de Sciences Po Paris et directeur des études de l’Institut Montaigne, think tank libéral présidé par les patrons du groupe Axa, Claude Bébéar puis Henri de Castries. Henri de Castries soutient Fillon, tandis que son adjoint Bigorgne soutient Macron. Mais ce n’est pas tout.

La Suite

Pour l’interdiction des sondages : En finir avec la politique des paris hippiques

« Et au second tour tu voteras quoi si on a Macron-Le Pen ? » – Cette question est récurrente, aussi bien devant la machine à café, en famille ou sur le plateau des journalistes les plus pointilleux. Ce 20 mars 2017, il y aurait deux faits acquis : que Marine Le Pen « sera à coup sûr au second tour », et qu’Emmanuel Macron « sera sans doute président de la République ». Ce n’est ni à la sympathie dégagée par la première ni au programme détaillé du second que l’on doit ce genre d’affirmations mais aux nombreux sondages qui viennent corroborer cette hypothèse, et ce de façon quotidienne. Or, si tout le monde est aussi sûr de l’ordre d’apparition des candidats sur nos écrans de télévision le 23 avril au soir, pourquoi ne pas tout simplement annuler le premier tour ? Une analyse critique pour une interdiction salutaire.

La Suite

Météo des neiges, télévision de riches : Enquête sur le monopole des classes supérieures sur la télévision

Chaque hiver, à partir de début décembre, la « météo des neiges » succède à la météo normale. Celle-ci est un incontournable des télés et radios, et sans doute la séquence où les spectateurs sont le plus attentifs. Quel temps fera-t-il demain chez nous, mais aussi la température la plus basse à Aurillac et le soleil en Corse, évidemment ! Ce programme, instructif sur le plan géographique, est aussi le plus égalitaire qui soit : même si nous n’avons pas tous un quotidien soumis aux aléas de la météo, tout le monde cherche à savoir quel temps il fera. Rien de tel avec la météo des neiges : tout aussi présente que le programme conventionnel, elle renseigne sur le niveau d’enneigement des pistes de ski en montagne, ciblant quatre à six stations par massif montagneux. Le raisonnement qui sous-tend la mise en place de ce programme doit sans doute être le suivant : c’est l’hiver, les vacances scolaires de Noël et de février, donc « les gens » partent au ski. L’été à la plage, l’hiver au ski, le printemps en Bretagne, non ? Eh bien non. Deux tiers des Français ne partent pas du tout en vacances l’hiver et seulement 8 % d’entre eux vont skier au moins une fois tous les deux ans. Et la moitié des effectifs de ces vacances sont cadres ou professions intellectuelles supérieures [1].

Alors pourquoi la météo des neiges est-elle programmée à une heure de grande écoute ? C’est parce que la télévision montre beaucoup plus de membres de la classe supérieure que de gens des classes populaires. On entend souvent dire que la télévision serait un organe de propagande du gouvernement ou le temple de la bêtise ou du consumérisme. Mais ce qui saute aux yeux d’abord c’est qu’elle fait des membres de la classe supérieure la référence obligée de tous les autres. Cette surreprésentation a des conséquences sur nos perceptions de la société – elles contribuent par exemple à notre méconnaissance des inégalités : ces couples de cadres avec trois enfants et une grande maison comme ceux du programme court « Parents mode d’emploi » sur France 2 deviennent la norme du « Français moyen » alors qu’ils font de fait partie des classes supérieures.

Mais cela a aussi des conséquences politiques : sur chaque sujet, ce sont d’abord des membres de la petite ou moyenne bourgeoisie qui s’expriment, donnant leur point de vue comme valant pour tous les autres et contribuant à valider certaines réformes et décrédibiliser certains mouvements sociaux. On interroge ainsi beaucoup plus souvent des entrepreneurs que des salariés pour parler des vertus d’un rétrécissement du code du Travail. Pourquoi cette domination des classes supérieures à la télévision et comment en sortir ?

La Suite

A Londres et Bruxelles, Macron blanchit les exilés fiscaux

formal evening gown

Le 22 février dernier, Emmanuel Macron a fait un court séjour à Londres, pour « peaufiner sa stature internationale », nous dit Le Monde. Ce n’était pas son premier séjour dans la capitale britannique, puisqu’il y a aussi fait un tour en septembre, peu après l’annonce de sa candidature. Il s’est aussi rendu à Bruxelles et à New York. On a appris, au détour des articles, que chaque soirée dans ces métropoles avait été l’occasion de « dîner de levée de fond » pour le candidat. Son parti « en marche » a besoin d’argent et tous ceux qui veulent bien se délester d’au plus 16000€ (à raison de 7500€ par an pour un particulier, le maximum autorisé par la loi), sont les bienvenus. Mais pourquoi ne pas mener ce genre de réjouissance à Paris, où se concentrent pourtant de nombreuses fortunes qui pourraient à elles seules contribuer au financement de sa campagne ?

Parce qu’Emmanuel Macron est le favori de celles et ceux qui peuplent ces villes au delà de nos frontières pour payer moins d’impôt en France. A Londres, Macron est allé draguer les patrons de la « French Tech », label sympathique pour désigner celles et ceux qui ont fait le choix d’installer leur société en Angleterre, quasi paradis fiscal pour les entreprises, plutôt qu’en France. Macron les connaît bien car durant son passage au ministère de l’économie il a contribué à leur réhabilitation symbolique par la promotion du « French Tech Hub », le réseau de ces entreprises exilées, avec l’aide d’Albin Serviant, PDG d’Apartager.com, devenu depuis l’un de ses soutiens. Selon un fonctionnaire du ministère cité par les journalistes Marion L’Hour et Frédéric Says, Macron serait d’ailleurs parti avec les carnets d’adresses de la French Tech, dont les patrons se seraient vus relancés par leur ancien ministre bienfaiteur pour soutenir sa campagne.

Dans le cas de Bruxelles, les choses sont encore plus claires : Macron s’est rendu à Uccle, une banlieue huppée de la capitale, qui concentre une grande partie des exilés fiscaux français. Cette commune est jumelée à Neuilly-Sur-Seine, et se situe à moins de 2h de Paris en TGV. On peut donc mener ses affaires en France et être domicilié en Belgique pour éviter l’ISF.

C’est d’ailleurs devant des expatriés français à Londres que Macron a choisi d’annoncer sa « refonte » de l’ISF, qui sera supprimé pour sa partie financière (seuls les biens immobiliers resteraient dans l’assiette de l’ISF) parce qu’il « empêcherait d’investir dans les entreprises ». C’est un mensonge, puisque l’Impôt sur la Fortune est précisément dédié à orienter l’investissement des particuliers vers les PME et la recherche, largement déductible de cet impôt qui traque l’argent qui dort. Mais cela a certainement fait son effet sur ces nombreux exilés fiscaux qui, en faisant un chèque à Macron, achètent leur ticket de retour. Après son élection, l’impôt sur les sociétés comme sur le capital fondront comme neige au soleil, et plus besoin de prendre le Thalys et l’Eurostar pour aller bosser : Nos anciens exilés auront trouvé leur nouveau paradis fiscal : la France.

Quels projets politiques pour l’agriculture ? Trions le troupeau des candidats

Le Salon de l’Agriculture 2017 a ouvert ses portes samedi dernier. Plus de 3 000 animaux exposés, plus de 600 000 visiteurs attendus. La « Ferme France » est à nouveau en vitrine à Paris, les hommes politiques et candidats à l’élection se succèdent pour tapoter le cul de vaches et causer aux agriculteurs (la prime à celui qui restera le plus longtemps), les racines gauloises liées à la Terre et au Terroir sont vantées, c’est reparti pour un tour.

La Suite