L’esprit coursier contre le capitalisme : quand les ex-coursiers de l’entreprise Take Eat Easy menacent l’uberisation du travail

On les croit souvent en concurrence, isolés les uns des autres, endormis par des entreprises qui leur promettaient le rêve de liberté des entrepreneurs tout en les rendant plus exploitables que les moins protégés des salariés. Dans les grandes villes de France, on peut les voir filer à toute vitesse, énorme sac cubique sur le dos, pour tenir leur temps de livraison. On peut parfois en voir cinq ou six affalés sur un banc, le vélo posé non loin d’eux, le smartphone à la main, en train de recharger leur batterie ou d’attendre un nouveau trajet. Les coursiers à vélo, auto-entrepreneurs et fiers de l’être, n’avaient sans doute pas l’air à la pointe du combat contre le libéralisme. Après tout, ce n’était pas eux qui débattaient à Nuit Debout et qui tenaient tête au pouvoir dans les cortèges des manifestations contre la loi Travail. Eh bien on se trompait. On avait sous-estimé leur (conscience de) classe et leur débrouillardise, et surtout leur sens de la solidarité. Pour cette fin d’année 2016, nous voulons vous raconter une histoire qui vous donnera foi en vos collègues et vos concitoyens et courage pour vos combats futurs : elle raconte la victoire de l’esprit coursier contre les combines du capitalisme 2.0 [Article extrait du n°8 de Frustration – “L’esprit coursier contre le capitalisme” – octobre 2016]

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#TouchePasAMonHeetch : la communication cynique d’une entreprise ubérisée

Quand une entreprise de l’ubérisation récupère les codes de la rébellion et instrumentalise la jeunesse populaire pour sauver ses profits

Nous faisons sans doute partie de la cible publicitaire définie par l’entreprise Heetch auprès de Facebook, Google et autres géants du web qui vendent à des entreprises les services de leur algorithme pour toucher une population spécifique. Grâce à ces techniques, l’entreprise Heetch envoie aux jeunes adultes urbains  que nous sommes une vidéo accompagnée du message suivant « Notre procès a lieu le 8 décembre et rien n’est plus fort que vos mots pour nous défendre. Faites entendre votre voix ! #TouchePasAMonHeetch ». La vidéo met en scène des jeunes de toute condition sociale et de toute couleur de peau, tous séduisants et avenants, en train de décrire les services que Heetch leur rend, notamment les ramener en banlieue lorsqu’ils font la fête en ville (Les images qu’on nous montre pourraient être celles d’une grande ville comme Paris ou Lyon). Leur voix est pleine d’empathie pour la plate-forme de chauffeurs privés, et leur ton est dur à l’égard de ceux qui s’en prennent à elle : les taxis – « un seul sur quatre accepte de me ramener en banlieue » et les pouvoirs publics – « Si l’État a un problème avec Heetch, j’suis en état de dire que j’ai un problème avec lui ». Une jeune femme va jusqu’à dire, d’un ton décidé « Heetch est un service d’intérêt public, je descendrai dans la rue s’il le faut ! ». La vidéo se termine sur le hashtag « #TouchePasAMonHeetch », directement inspiré du célèbre slogan du mouvement anti-raciste des années 1980 « Touche pas à mon pote ».

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