Merci à nos 62 abonnés et à nos lecteurs réguliers !

En quelques mois, 62 personnes ont choisi de recevoir chaque nouveau Frustration à sa sortie. Nous les en remercions chaleureusement car l’abonnement est pour une revue comme la nôtre un bon moyen d’assurer notre stabilité financière mais c’est aussi une vraie preuve de reconnaissance de la qualité de notre travail. De plus, les commandes web montrent qu’un grand nombre de lecteurs achètent chaque nouveau numéro de Frustration. Merci à tous pour votre fidélité et merci aussi à ceux qui achètent notre revue dans l’une des 40 librairies indépendantes avec qui nous travaillons. Il faut noter aussi que très régulièrement nos anciens numéros sont aussi lus et achetés : ainsi, chaque exemplaire finit par trouver un acquéreur et notre association ne fait pas moisir dans un coin le moindre exemplaire. On est loin des grosses publications magazines qui mettent en moyenne plus de la moitié de leur stock au pilon !

Une nouvelle à vous communiquer : puisque notre écriture et notre ligne semble plaire, et parce que nous avons vraiment pris goût à ce que nous avions commencé à faire comme une activité associative bénévole, nous souhaitons développer notre activité. Nous pensons en ce moment à créer une maison d’édition (au statut de coopérative, c’est important pour nous) afin d’augmenter le tirage de Frustration et publier des livres. Nous y réfléchissons cet été mais nous aimerions des livres qui ont les qualité de Frustration : une forte lisibilité, un format accessible, une ligne éditoriale exigeante. Et si un jour nous pouvions nous salarier avec notre travail, ça serait formidable, car cela nous dégagerait le temps dont nous manquons avec nos emplois à plein temps. Mais tout ça reste à voir. En attendant, si vous avez des conseils à nous donner pour ce projet, des idées de ce comment vous aimeriez voir Frustration évoluer, n’hésitez pas à nous contacter ! Une adresse mail : redaction@frustrationlarevue.fr 

La rédaction

Il n’y a pas de lézards mais il y a bien des capitalistes – Comment anti-complotistes et conspirationnistes empêchent la critique des élites

En mars dernier, le magazine Society bombardait les transports en commun de la couverture de son 27e numéro : un doigt accusateur pointé vers nous accompagné du titre : « Enquête : On vous ment ? Comment le complotisme est devenu l’idéologie dominante ». Ce titre alarmiste montre à quel point les « théories du complot » sont devenus l’objet de prédilection des journalistes mais aussi des politiques qui s’emploient à dénoncer leur multiplication. Le ministère de l’Éducation nationale a ainsi mis en place une série de mesures pour lutter contre leur diffusion dans les établissements scolaires. On apprend sur le site Internet dédié[1] que les enseignants doivent impérativement lutter contre tout discours qui décrirait le cours des événements dans le monde (attentats, guerres, mesures politiques, etc.) comme étant manipulé par un groupe caché d’individus. Cette dénonciation du complotisme a la vertu de lutter contre les explications racistes et simplificatrices des choses : on lutte ainsi contre la propension des jeunes à croire que derrière chaque attentat en France il y aurait « les juifs ». Le problème c’est qu’en luttant contre les explications les plus simplistes on élimine au passage des théories réalistes mais qui décrivent elles aussi quelque chose comme l’action concertée d’un groupe d’individus contre l’intérêt général. Ainsi, si l’on parle par exemple de l’action – pourtant avérée – des multinationales pour orienter la recherche scientifique ou les décisions politiques, on sera complotiste. Si l’on s’interroge sur les raisons véritables des interventions militaires occidentales, on sera complotiste. Si l’on dit que les grands bourgeois ont, en France, tout un tas de connexions politiques et administratives qui leur permettent de promouvoir leurs intérêts financiers et patrimoniaux, on « tombera dans la théorie du complot ». À la longue, cette stigmatisation du complotisme, en mettant dans le même panier des choses qui n’ont pourtant pas le même degré de réalité, discrédite toute critique des élites. Beaucoup trop de gens se retrouvent à devoir se taire plutôt que d’exprimer leur révolte face aux inégalités de pouvoir, pour ne pas être taxés de complotistes. Enseignants, journalistes, sociologues proposent des analyses épurées de toute critique des élites pour ne pas être stigmatisés et subir des sanctions. Comment en est-on arrivé là et comment s’en sortir ?

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