Propagande autoritaire VS propagande « démocrate »

A droite, l’Obs légendait ainsi, en avril 2014, une des nombreuses photos où le président russe se la raconte : « Vladimir Poutine se livre régulièrement à des opérations de com’ visant à lui donner l’image d’un surhomme. », le tout accompagné d’une interview d’un chercheur expliquant les ressorts de la propagande de l’ogre du grand est.

A gauche, une brève dans le genre brosse à reluire auquel l’hebdomadaire nous a habitué depuis que son poulain est devenu président de la République : Quelques lignes, nul interview critique, et une légende dégoulinante de complaisance, qui nous explique que Macron « a encore donné de sa personne en revêtant un uniforme de pilote de l’armée de l’air, sous l’air amusé des militaires. Une com’ bien à lui. »

Une « com’ bien à lui », et non « une propagande classique pour les chefs d’Etat autoritaires, qui ressemble fort aux photos de Vladimir Poutine que nous vous montrions il y a trois ans et qui doit nous questionner sur Emmanuel Macron ».

Une telle différence de traitement n’a rien d’étonnant. Pour l’Obs, son éditocratie et ce qu’il reste de son lectorat, l’autoritarisme et la propagande c’est toujours l’Autre. C’est Poutine, c’est Marine Le Pen, c’est (car ils n’ont peur de rien) Jean-Luc Mélenchon. Pas un bourgeois bien rasé venu de leur camp.

Les brosses à reluire de l’Obs et leurs confrères ne sont que des démocrates de posture. Ils défendent la démocratie quand ça les arrange, pour discréditer un adversaire ou pour se mettre en scène, de temps en temps, dans le camp des gentils.

Pour nous, démocrates à plein temps, les simagrées de Macron sont autant de crachats lancés à la gueule du peuple qui n’a pas voté majoritairement pour lui, et les torchons du genre de l’Obs sont uniquement bon à allumer un barbecue ou faire sécher l’intérieur de chaussures détrempées par une trop longue manifestation sous la pluie. Une du genre que nous leur opposerons à tous ces enfoirés, et ce, dès septembre.

On préfère n’être « rien » avec vous que de « réussir » avec eux

Ainsi donc il faudrait devenir des gens qui « réussissent », ces fameux « entrepreneurs » qui « prennent des risques » pour « innover », par crainte de n’être « rien » ? N’inversons pas les choses Monsieur le président :

Qui prend des risques dans ce pays ? Des fils et filles à papa qui, pour pouvoir lancer leur « start up », sont dans l’écrasante majorité des héritiers ? Ces gens qui, une fois leur affaire montée, la vendent à Facebook ou Apple et récupèrent le pactole ? Ces gens qui, si leur affaire échoue, la mettront en dépôt de bilan et passeront à autre chose pendant que les travailleurs embarqués dans l’histoire se retrouveront sur le carreau ? (C’est ce qui est arrivé aux coursiers de Take Eat Easy qui se retrouvèrent sans job du jour au lendemain pendant que leurs ex-patrons partaient en vacances pour se remettre de leurs émotions: http://www.frustrationlarevue.fr/lesprit-coursier-contre-l…/)

Qui « innove » ? Des gens qui créent, comme les start uppers de la « Station F », de nouvelles applis et surtout de nouveaux besoins, nous ramenant sans cesse à notre appétit consumériste plutôt que de permettre à la société d’avancer dans un monde aux ressources limitées ?

Ceux qui prennent de gros risques dans ce pays sont les travailleurs qui bossent de nuit ou en horaires changeants, qui ruinent leur santé et risquent l’infarctus. Ce sont les travailleuses qui subissent le management par la terreur, « innovation » de bande d’enfoirés qu’il faudrait acclamé, et qui engendre burn out, dépression, souffrance au travail. Ce sont celles et ceux qui subissent le chômage et la précarité et qui tentent pourtant de continuer à se battre pour eux et leurs proches. Ce sont les migrants qui traversent la méditerranée pour se sauver de la guerre et de la misère. Pas les bourgeois qui ont tout depuis un siècle et qui veulent nous faire croire qu’ils en chient à cause de nous.

Ceux qui innovent ? Ce sont celles et ceux qui se demandent comment se débarrasser du règne des riches, de leur modèle économique socialement nuisible et écologiquement destructeur, et celles et ceux qui se demandent comment vivre de façon solidaire et écologiquement viable. Pas ceux qui veulent l’étendre à l’infini, au mépris de toute valeur et de toute réalité, pour leur poche et celles de leur classe.

Se faire traiter de « rien » par des gens aussi mesquins et nuisibles, c’est un compliment.

L’intelligence supérieure de Macron, un mythe de plus

La pâmoison médiatique et politique autour d’Emmanuel Macron s’est reposée sur plusieurs mensonges, comme l’extrême « nouveauté » de son programme ou son originalité radicale. Ces points ne tiennent pas la route deux minutes puisqu’une réforme telle que celle du Code du travail n’est que l’aboutissement d’un processus durable de remise en cause du modèle social français depuis trente ans, remise en cause dont Macron n’a clairement pas la paternité.

L’autre mythe régulièrement utilisé par l’appareil propagandesque du président (composé du parlement, de l’Elysée, de l’Obs, de l’Express et de BFM et France Info, on s’excuse auprès de ceux qu’on oublie) est celui qui affirme que le monarque est dotée d’une intelligence supérieure, caractérisée par une finesse ultime et un grand sens de la nuance et prouvé par son service d’assistant auprès du « grand philosophe Paul Ricoeur ».

On nous raconte souvent que cette intelligence se nicherait par exemple dans la pensée du « en même temps » : En même temps de droite, en même temps de gauche, en même temps intime, en même temps people, en même temps pour les patrons, en même temps pour les salariés.

Or, plutôt qu’un signe d’intelligence, ces éléments de discours sont un signe de bêtise : La bêtise des bourgeois qui pensent que la société se résume à la lecture technocratique qu’ils en font, aux mythes auxquels ils sont biberonés depuis leur enfance (« Les Français aiment avoir un chef »), et qu’elle peut être gérée « comme une entreprise », parce que composé d’une masse d’individus aux intérêts convergent.

Cette pensée simpliste, naïve et signe des bourgeois qui aiment voir le monde de la façon la plus avantageuse pour leurs intérêts se traduit de plus en plus ouvertement dans une politique autoritaire, butée et acharnée, celle d’une classe supérieure qui veut restaurer ses droits au mépris des conséquences pour les pauvres et précaires, et dont la grandeur d’âme tolère qu’on prive des migrants d’eau potable.

L’Elysée doit savoir que cela commence à se voir, et le président a tout intérêt à ne plus l’ouvrir pendant que ses ministres feront le sale boulot de mettre la société au pas.

De notre côté, refusons le mythe de l’intelligence des puissants : c’est à leur bêtise et à leur égoïsme que nous devons la violence de la société actuelle, et tous ces amateurs de dîners à la table des puissants en sont responsables, qu’ils soient énarques, polytechnicien, diplômés en philosophie ou médaillé Fields.

 

Programme Young Leaders : incubateur d’oligarchie pour Macron et ses amis

Ces derniers mois, Macron a fait plusieurs voyages emblématiques aux États-Unis. Dès le début de l’année 2016, Emmanuel Macron passe ses troupes et ses soutiens en revue, de l’autre côté de l’Atlantique. Alors ministre de l’Économie, il passe notamment par Las Vegas. Cet événement organisé par Business France, dont l’ancienne présidente est aujourd’hui ministre du Travail, a mené à des perquisitions mardi 20 juin 2017 au siège du groupe publicitaire Havas et de l’agence nationale Business France sur ordre de l’Inspection Générale des Finances, dans le cadre d’une enquête préliminaire pour « favoritisme, complicité et recel de favoritisme ». Quasiment un an plus tard, Emmanuel Macron, cette fois candidat officiel, visite New York car « la démocratie n’a pas de prix, mais elle a un coût. » Entre deux levées de fonds traditionnelles aux sommes astronomiques, Emmanuel Macron participe à un petit déjeuner anodin mais fondamental pourtant passé quelque peu inaperçu dans la presse française. Un article de Libération daté du 6 décembre 2016 nous indique sans plus d’analyse que Macron y a rencontré « une trentaine d’invités de la French-American Foundation lors d’un petit-déjeuner au Links Club de l’Upper East Side, un club de gentlemen golfeurs traditionnellement issus de l’ancienne élite bancaire de la ville. Emmanuel Macron est un « Young Leader » de la French-American Foundation, promotion 2012. »

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Derrière le cool Macron, les élites conservatrices et libérales

Samedi, La République En Marche était venu se faire « pinkwasher » à la Marche des Fiertés. Ce terme désigne la façon dont des institutions ou des Etats utilisent la cause homosexuelle pour se donner un coté tolérant et ouvert d’esprit et masquer ainsi la violence de leurs politiques. C’est ainsi que l’Etat d’Israël utilise la réputation « gay-friendly » de Tel Aviv pour gommer le martyre qu’il fait subir aux Palestiniens, et que le président Macron s’est exprimé hier en faveur des droits homosexuels, alors qu’il s’apprête à précariser durablement l’ensemble de la population (homosexuels compris, bien entendu).

Macron joue sur une image « ouverte » et « progressiste », et pourtant il a accueilli dans son gouvernement des ministres ayant été des opposants actifs à l’ouverture du mariage aux couples homosexuels tandis que LREM a investi un député qui n’hésitait pas à qualifier l’homosexualité d’ « abomination », rien que ça.

Pendant ce temps, le ministre de l’Intérieur est allé à Calais se borner à envoyer davantage de police et s’est montré sans pitié avec les associations d’aide aux réfugiés, leur demandant, selon Libération, d’aller « déployer leur savoir-faire ailleurs ».

Le « progressisme » de la République En Marche et de notre président, ce n’est que de la gueule. Business is business, et pour exécuter sa mission principale qui consiste à satisfaire les appétits boursiers de notre élite financière, Macron s’entoure de toute personne efficace, se souciant guère de leurs opinions et de leurs idéaux.

La tolérance, l’ouverture d’esprit, la bienveillance, tout cela ne sont qu’éléments marketing pour faire passer la pilule d’un règne violent et répressif.

Le parlement de la bourgeoisie : Portraits de la République en Marche dans les Hautes-Pyrénées.

Les candidats de La République en marche ! dans les Hautes-Pyrénées sont représentatifs des ambitions du nouveau parti politique : une alliance d’élus expérimentés et de petits nouveaux de la « société civile ». Représentatifs aussi car des proches de Macron dans ce département où le président situe une partie de ses origines, puisqu’il a passé quelques étés à Bagnères-de-Bigorre chez ses grands-parents et qu’il se rend régulièrement à La Mongie, l’une des stations les plus huppées des Pyrénées, pour skier. Représentatifs enfin car on retrouve précisément les mêmes biais de ce renouvellement qu’à l’échelle nationale, des politicards (comme Gérard Collomb) et une définition bien arrangeante d’une « société civile » qui correspond en réalité la prise en mains des affaires politiques par une classe supérieure qui a décidé de ne plus déléguer à la classe politique la casse du modèle social hérité des luttes du XXe siècle et la culture de ses propres intérêts qu’elle peut faire elle-même. Portraits.

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« Je veux protéger les travailleurs » ou le mythe de la « flexisécurité » de Macron

Pour relativiser le caractère néolibéral du programme de Macron, éditorialistes, partisans et commentateurs divers soulignent que, s’il souhaite flexibiliser le droit du travail, il compte aussi apporter des « protections nouvelles » pour accompagner cette évolution. Ce serait la « flexisécurité », un modèle social régulièrement évoqué et dont on attribue l’origine aux pays nordiques. Il est en effet en vigueur au Danemark et repose sur deux piliers : le contrat de travail est plus flexible (on peut licencier plus facilement) mais en contrepartie, le système d’assurance-chômage est très avantageux, puisqu’il s’élève à 90 % du salaire des trois derniers mois avant le départ. Les syndicats sont en outre très impliqués dans la définition des conditions de travail par branche, et ils sont forts, puisque 70 % des salariés danois sont syndiqués contre 11% en France. Ce système est coûteux et cela explique pourquoi le taux de prélèvements obligatoires du Danemark est le plus élevé d’Europe : 50,8 % du PIB environ, contre 47,9 % en France ou 39,5 % en Allemagne.

Hormis pour l’aspect « flexi », Macron aspire à l’inverse du modèle danois : d’abord, il ne prévoit en aucun cas une hausse des indemnités chômage. Au contraire, l’étatisation de l’assurance-chômage et son universalisation, qu’il nous vend comme une « protection nouvelle », s’accompagneront très probablement d’une baisse générale de leur montant (car beaucoup plus de monde en dépendra et ce qu’un chômeur touchera pourrait ne plus être lié à son niveau de cotisation). Cette étatisation contribuera aussi à réduire le rôle des organisations salariales, qui n’en seront plus les gestionnaires, et leurs moyens financiers. Les conditions de travail seront définies par entreprise avec la possibilité de contourner la négociation syndicale. En outre, la fusion des instances de représentation des salariés ne risque pas de donner plus de poids et d’intérêt à l’engagement syndical.

Le programme d’Emmanuel Macron n’instaure donc nulle protection nouvelle pour les salariés (il instaure le chômage pour les indépendants et les chefs d’entreprise, c’est cela qui est nouveau). Il est donc erroné de dire qu’il a quelque rapport que ce soit avec la « flexisécurité » à la danoise.


Mise au point issue de notre numéro 10 :

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Macron donneur de leçons mais pollueur

Macron donne des leçons de pollution à Trump en anglais et pourtant c’est bien sa loi qui en 2015 a relancé le transport routier de passagers en France, un transport hyper-polluant sous prétexte de donner pouvoir d’achat alors que le tout-TGV creuse la dette du rail et empêche d’investir dans les Intercités, pour que ces messieurs-dames aillent plus vite se faire dorer la pilule sur la côte, servis par un barista dans un TGV décoré par Christian Lacroix, sur une ligne qui enrichit Vinci. Alors on dit merci qui ? Merci Macron !

Petit extrait de notre article « Depuis quand le train n’est-il plus un service public ? » (Frustration #10) :

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ATTENTION LECTEURS, MÉFIEZ-VOUS DES MÉDIAS RUSSES !

Pour la première fois, le président Macron a pris une position ferme sur la question du pluralisme des médias et de leur transformation en outils de propagande. Sputnik et Russia Today, médias russes en France, ont été pointés du doigt par le chef de l’Etat pendant sa conférence de presse avec Poutine (un véritable coût de génie géopolitique cette affaire soit dit en passant, recevoir un dictateur à Versailles, quelle audace, quelle clairvoyance !) : Selon lui, ils « ont été des organes d’influence durant cette campagne et ont à plusieurs reprises produit des contre-vérités infamantes sur [s]a personne ».

Bien envoyé ! Car ce genre de choses n’arrive JAMAIS en France, nos médias sont pluralistes, ne sont pas DU TOUT des organes d’influence (« Faites ce que vous voulez mais votez Macron », Une de Libération pendant l’entre-deux tours), ils ne produisent JAMAIS des contre-vérités infamantes sur un candidat (« Mélenchon veut faire une alliance militaire avec le Vénézuela » « Mélenchon est pour Bachar Al Assad et soutient les massacres en Syrie » « Poutou s’habille super mal ») et ils sont dotés d’une ETHIQUE qui les empêche de faire de la mise en scène de la vie privée d’un candidat un sujet digne d’intérêt.

Mais surtout ils sont CRITIQUES et ne passent pas leur temps à prendre au pied de la lettre les énoncés et les mensonges proférés par le président de la république.

 

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La politique de la poignée de main : Le virilisme au service du néolibéralisme

La poignée de main de Macron à Trump, longuement commentée par des journalistes de pouvoir au bord de l’orgasme face à leur fantasme présidentiel ultime, la grande taille du premier ministre, dont le coach de boxe fait le tour des reporter extasiés, l’ex-Manif pour tous ministre des comptes publics, Gérald Darmanin ou encore l’indulgence du porte-parole du gouvernement à l’égard des humiliations homophobes de Cyril Hanouna sont autant de signes de l’époque viriliste où nous entrons avec l’arrivée de notre nouveau monarque : Les hommes alpha sont au pouvoir, ils font des sports de mecs, ils serrent la main comme des vrais mecs, ils cautionnent le mépris des pédés comme des vrais mecs.

Mais surtout, ils sont admirés par une troupe de courtisans qui relatent leurs exploits de cour de récré pour remplir leurs chroniques et leurs « éditoriaux géopolitiques » d’un vide viril qui masque la réalité de la poursuite de l’asservissement de notre pays et de sa classe politique aux intérêts de la classe des riches.

Combien d’heures passées à commenter la poignée de main de Macron pour combien de minutes à parler du report de la taxation des transactions financières (un pourcentage infinitésimal des transactions folles qui ravagent notre planète) réclamé par la France ? En projet depuis 2011, cette taxe (dite « Tobin ») devait être enfin mise en vigueur lundi 22 mai et le pays du caïd Macron et du boxeur Philippe l’a annulé. Bruno Le Maire, le ministre de l’économie, y est défavorable, et Macron candidat était en mode « ni-ni ». L’argument de son entourage est simple, habituel chez notre classe politique : Il ne faudrait pas « décourager les investisseurs » et il faut leur offrir des conditions favorables.

Voici la réalité du virilisme de nos vrais mecs au pouvoir : faible avec les forts, carpette devant « les investisseurs », complice du renoncement de leur propre Etat à réguler un système financier dangereux et économiquement destructeur.