Du positionnement politique d’Emmanuel Macron

Les affaires du candidat Macron sont bien arrangées par les éditorialistes qui font semblant de s’interroger sur son positionnement « centre-gauche ou centre-droit ? » : il sort gagnant dans tous les cas : il se trouve dans la zone centrale de la rationalité (par opposition aux « extrêmes ») et pas trop à droite non plus pour représenter le progressisme (sociétal s’entend).

Pourtant cette soi-disant reconfiguration de « l’échiquier politique » qu’il mène en rassemblant « au-delà des clivages » (la liste de ses soutiens établie par Le Monde qui mériterait d’être actualisée) est en train de réaliser l’UMPS longtemps dénoncé par Marine Le Pen et donc de constituer un pôle extrême des idées politiques en France. Le Premier ministre Bernard Cazeneuve au bureau national du PS le 20 mars, cité par Le Canard, en a pris bonne note : « Si ce “ni-droite ni-gauche” venait à l’emporter, il ne resterait comme alternative que les extrêmes, notamment l’extrême droite ».

La représentation des idées politiques en forme de cercle ou de demi-cercle (qui a une Histoire) est bien commode pour l’esprit, mais surtout bien pratique pour les puissants qui accommodent leurs intérêts à la sauce centro-républicaine. Macron construit un pôle avec ces continuateurs d’un ordre établi profondément inégalitaire, en cela il est en fait un radical, un extrémiste, un fondamentaliste du libéralisme, qui veut perpétuer des logiques libérales néfastes (le développement du libre-échange au détriment de la planète, l’uberisation, l’affaiblissement du droit du travail, des services publics et de la Sécurité sociale), des logiques anti-démocratiques (à l’œuvre dans l’actuelle construction européenne), des logiques inhumaines vis-à-vis des demandeurs d’asile comme des Français les plus pauvres.

Alors est-ce que la rationalité, centrale si l’on veut (peu importe qu’on dessine un demi-cercle, une coquille d’escargot ou une crotte de chien), ce ne serait pas un pôle politique qui s’oppose à ces logiques pour proposer plus de redistribution et d’égalité ? Nous on pense que si.

Pour l’interdiction des sondages : En finir avec la politique des paris hippiques

« Et au second tour tu voteras quoi si on a Macron-Le Pen ? » – Cette question est récurrente, aussi bien devant la machine à café, en famille ou sur le plateau des journalistes les plus pointilleux. Ce 20 mars 2017, il y aurait deux faits acquis : que Marine Le Pen « sera à coup sûr au second tour », et qu’Emmanuel Macron « sera sans doute président de la République ». Ce n’est ni à la sympathie dégagée par la première ni au programme détaillé du second que l’on doit ce genre d’affirmations mais aux nombreux sondages qui viennent corroborer cette hypothèse, et ce de façon quotidienne. Or, si tout le monde est aussi sûr de l’ordre d’apparition des candidats sur nos écrans de télévision le 23 avril au soir, pourquoi ne pas tout simplement annuler le premier tour ? Une analyse critique pour une interdiction salutaire.

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« La politique je n’y connais rien »: Pourquoi la compétence politique n’existe pas

« Moi je n’y connais pas grand-chose en politique ». Qui n’a pas déjà entendu cette réaction de la part de parents, d’amis, de collègues, lorsqu’une discussion sur les grands problèmes du pays ou du monde est lancée ? Beaucoup de gens se censurent et s’estiment trop incompétents pour avoir un avis sur notre système économique, nos institutions, nos lois en général. Si l’on côtoie des gens diplômés ou des militants politiques, on entend également ce genre de constat mais pour les autres cette fois-ci : « les gens ne sont pas compétents » pour décider sur telle ou telle question, et il ne faudrait pas multiplier les référendums car non seulement nos concitoyens ne comprendraient pas toujours les enjeux mais en plus ils risqueraient d’y exprimer leurs plus bas instincts.

Il faut dire que nous sommes tous élevés avec l’idée que la politique est une affaire de grands esprits et que le peuple se trompe souvent. Notre classe politique nous le rappelle régulièrement : encore dernièrement, lorsque les citoyens britanniques ont voté pour la sortie de l’Union européenne (le brexit), une grande partie du personnel politique et des éditorialistes français s’est récriée d’une même voix : il ne fallait pas leur demander c’était bien trop sérieux ! Alain Minc, conseiller du pouvoir français depuis des décennies, a exprimé franchement le préjugé : « le Brexit, c’est la victoire des gens peu formés sur les gens éduqués ». Cette croyance en la supériorité de quelques-uns sur la masse est un argument massue pour notre élite, qui peut faire passer en force de nombreuses lois contre l’opinion de la majorité des gens sous prétexte que ceux-ci n’y connaîtraient rien et ne seraient pas aptes à penser le long terme. À Frustration, nous défendons depuis notre premier numéro l’idée que nous sommes tous à égalité face à la politique et que « les gens éduqués » ne sont en rien supérieurs aux « gens peu formés » pour prendre les décisions. Pour que ceux qui se sentent incompétents arrêtent de se censurer et qu’on cesse de suivre aveuglément les « gens cultivés » de tout bord, nous montrons ici que la compétence politique, ça n’existe pas.

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Pour qui travaille Michel Sapin ?

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Michel Sapin est un ministre important du gouvernement de Manuel Valls. Il a été ministre du Travail, puis des Finances et des Comptes publics, attributions auxquelles s’est ajoutée, fin août, l’Économie. Il est à ce titre un chantre de l’austérité et de la prudence budgétaire, incitant les Français à se serrer la ceinture. Or, ce régime a nettement profité aux grandes entreprises, qui ont quant à elles bénéficié des largesses budgétaires et du laxisme réglementaire du gouvernement. Michel Sapin s’est particulièrement illustré dans cette bienveillance générale à l’égard du secteur privé : de sa promotion du Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) à sa réalisation d’une loi très molle contre la fraude fiscale (« Sapin 2 »), en passant par son refus de réclamer à Apple les impôts que le géant américain devait à la France, il est devenu de plus en plus évident que l’action du ministre de l’Économie et des Finances ne jouait pas en faveur de la majorité des citoyens. Si Michel Sapin ne travaille pas pour nous, pour qui travaille-t-il donc ?

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C’est aux citoyens de décider de la paix ou de la guerre – Reprendre notre défense aux élites

Depuis une décennie désormais Sarkozy puis Hollande ont adopté une approche particulièrement guerrière en matière de politique étrangère. C’est cette politique qui expose aujourd’hui les citoyens français. Au nom d’un prétendu devoir d’ingérence face à des dictateurs qui oppriment leurs peuples, nos gouvernants ont envoyé l’armée française éliminer Kadhafi puis s’enferrer dans le bourbier irakien issu des interventions américaines. La plupart des analystes s’accordent a minima pour considérer que le Gouvernement ne suit aucune ligne stratégique claire en la matière. Alors pourquoi continuer là-dedans ? Les journalistes aiment raconter que nos présidents l’ont fait pour grappiller des points de popularité. Ce serait vraiment prendre les gens pour des idiots, et d’ailleurs ça ne marche pas. Les élites font d’abord la guerre pour des intêrets financiers bien compris : ceux des entreprises d’armements et des grands groupes en général. Voici un extrait de notre article « Reprendre notre sécurité en main », issu du n°6 de Frustration.

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Reprendre notre sécurité en main : Pourquoi il ne faut pas faire confiance aux élites pour assurer notre sécurité

Vous aussi vous les voyez, ces incohérences qui se multiplient, ces gouvernants qui disent tout faire pour protéger le pays mais qui jouent encore à faire des mesures électoralistes après le massacre de 130 personnes en plein Paris ? Vous aussi vous trouvez ça louche que notre pays soit « en guerre » mais que nos gouvernants organisent la vente de milliers d’avions de chasse et d’armes de tout type au monde entier, y compris aux alliés de nos agresseurs ? Vous aussi vous ne savez pas ce que ça veut dire quand le Premier ministre nous dit de nous « tenir prêts » à une nouvelle attaque terroriste mais qu’il ne nous donne ni informations ni moyens pour nous défendre ? Il nous semble que nous avons raison de ne pas faire confiance, en ces temps troublés, à l’élite qui nous gouverne. Nous avons réfléchi à des pistes concrètes pour que nous reprenions notre sécurité en main.

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Le capitalisme en ligne : Internet n’est pas encore la démocratie rêvée

Cette année, nous avons appris par Michel Sapin, ministre des Finances, que déclarer ses revenus en ligne aux impôts allait – sans doute – devenir obligatoire en 2016. En 2014, pourtant, ce n’étaient que 13 millions de foyers sur les 37 millions de déclarants qui ont préféré Internet à la déclaration papier. Un chiffre en augmentation par rapport aux années précédentes, certes, mais qui nous assure que nous sommes encore loin de la techno-utopie qui voudrait que « tout le monde soit sur Internet ». Une utopie qui va même plus loin, puisque beaucoup vantent les mérites démocratiques du nouveau média : « Internet est le lieu de la démocratie par excellence : du plus pauvre au plus riche, tout le monde y a accès ». Internet irait même jusqu’à permettre aux plus modestes et inconnus de s’enrichir et de trouver un public. Cette position, tenue par quelques observateurs (on les appelle les « web optimistes ») et beaucoup d’autres utilisateurs d’Internet, est plus que discutable. En décembre 2014, l’agence chargée des statistiques officielles de l’Union européenne, Eurostat, a publié une étude dont le résultat est éloquent : 12 % des français interrogés affirmaient n’avoir jamais utilisé Internet de leur vie. Et si l’Internet d’aujourd’hui était le lieu dédié non pas à la démocratie mais au capitalisme des plus traditionnels ?

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La preuve que nous ne sommes pas en démocratie

On s’apprête à installer un champ d’éoliennes sur la crête du bois qui domine ma maison. Que puis-je faire ? Demander des comptes au maire. Problème, c’est lui et son conseil municipal qui ont voté toutes les autorisations préalables à l’installation des éoliennes.

Je pensais partir à la retraite à 60 ans. Finalement ce sera à 62 ans. M’a-t-on consulté pour cette décision grave ? Non. On n’a pas écouté non plus le refus des millions de personnes qui ont manifesté le 12 octobre 2010 (entre 1,23 et 3,5 millions de Français étaient dans les rues).

Nous avons souvent l’impression que les décisions importantes pour notre vie quotidienne se prennent sans nous. Nous ne comprenons pas pourquoi, car on nous apprend depuis la plus tendre enfance que nous avons la chance de vivre en démocratie et que nous avons le devoir de voter parce que nos ancêtres se sont battus, à la Révolution française, pour qu’on ait cette possibilité. Le vote serait si essentiel à la démocratie que certains pensent aujourd’hui à le rendre obligatoire pour lutter contre l’abstention.

Nous élisons donc des responsables qui gouvernent pour nous, quitte à prendre des décisions contraignantes (comme les champs d’éoliennes ou l’âge de la retraite) pour le bien de l’ensemble de la société, l’ « intérêt général » (ici la transition énergétique et les solutions à trouver contre le vieillissement de la population).

Au point que les hommes politiques, qui définissent ce qu’est l’intérêt général en gouvernant, ne reconnaissent plus à « leurs » électeurs la capacité de juger de leur propre situation et de décider pour eux-mêmes. En 2012, le candidat Hollande nous répétait qu’il avait « le devoir de dire la vérité aux Français », comme si nous ne pouvions pas comprendre les problèmes et réfléchir à des solutions et que seuls les hommes politiques étaient investis de cette qualité : connaître la France. Il nous traitait comme des voteurs et non en tant que citoyens.

Alors on regarde les élections en attendant que soit dévoilé le visage du nouveau président, comme on attend de connaître le titre du film qui décrochera la Palme d’or au Festival de Cannes. On attend le renouvellement d’un pouvoir qui est loin, là-bas, dans un palais, mais qui prend pourtant des décisions en notre nom à tous. C’est donc cela la démocratie ?

Nous, on a décidé qu’on allait rassembler ici un faisceau de preuves pour faire la démonstration mathématique que non, nous ne sommes pas en démocratie. Le pouvoir actuel se nomme lui-même « démocratie ». Il a accaparé le mot à son profit (« dans nos démocraties occidentales »). Mais il est le contraire. Attention, le contraire de la démocratie, ce n’est pas une dictature militaire. Le contraire de la démocratie, c’est quand ce n’est pas le peuple (le plus grand nombre de la population) qui exerce le pouvoir. Et aujourd’hui, on est dans ce cas. En voici la preuve.

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Vivent les abstentionnistes !

Au premier tour des élections régionales, un Français sur deux s’est abstenu. En ajoutant les votes blancs et nuls, et ceux qui ne se sont pas inscrits, 58 % des gens n’ont pas voté pour les partis en lice. Durant l’entre-deux tours, ces millions de personnes, dont nous faisons partie, ont été insultés sur les réseaux sociaux, condamnés par une grande partie des chroniqueurs radios et des éditorialistes de la presse écrite, quand ils n’étaient pas décrits comme une masse perdue et qu’il fallait ramener vers la lumière de la démocratie. Mais qui tient le plus à la démocratie ? Ceux qui se méfient des partis politiques, de leurs alliances, leurs guerres de postes, leurs fausses promesses et beaux discours ? Ou ceux qui soutiennent encore et toujours qu’on a bien de la chance de pouvoir voter pour nos chefs ? Dans la période sombre que nous vivons, où les élites économiques gagnent chaque jour du terrain, où le peuple perd chaque mois des revenus et des droits, l’abstention est le seul signe d’espoir, le signe que le peuple n’est pas dupe du jeu malsain qui se joue contre lui. Pas étonnant que de plus en plus de citoyens soient tentés par l’abstention, et qu’une bonne partie de ceux qui votent encore ne le fasse plus qu’à reculons.

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L’Union Européenne déteste la démocratie : détestons l’Union Européenne

Lundi matin le réveil fut rude.  Nous apprenions que le gouvernement grec avait accepté les « réformes » demandées par les ministres des Finances européens, au sein de l’ « Eurogroupe », à commencer par le sinistre ministre allemand, Wolfang Schaüble, un défenseur fanatique de l’ordre capitaliste. C’est une terrible déconvenue pour ceux qui se soucient du sort du peuple grec. Avant de tirer les conclusions qui s’imposent, résumons ce qu’il s’est passé ces deux dernières semaines :

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