L’esprit coursier contre le capitalisme : quand les ex-coursiers de l’entreprise Take Eat Easy menacent l’uberisation du travail

On les croit souvent en concurrence, isolés les uns des autres, endormis par des entreprises qui leur promettaient le rêve de liberté des entrepreneurs tout en les rendant plus exploitables que les moins protégés des salariés. Dans les grandes villes de France, on peut les voir filer à toute vitesse, énorme sac cubique sur le dos, pour tenir leur temps de livraison. On peut parfois en voir cinq ou six affalés sur un banc, le vélo posé non loin d’eux, le smartphone à la main, en train de recharger leur batterie ou d’attendre un nouveau trajet. Les coursiers à vélo, auto-entrepreneurs et fiers de l’être, n’avaient sans doute pas l’air à la pointe du combat contre le libéralisme. Après tout, ce n’était pas eux qui débattaient à Nuit Debout et qui tenaient tête au pouvoir dans les cortèges des manifestations contre la loi Travail. Eh bien on se trompait. On avait sous-estimé leur (conscience de) classe et leur débrouillardise, et surtout leur sens de la solidarité. Pour cette fin d’année 2016, nous voulons vous raconter une histoire qui vous donnera foi en vos collègues et vos concitoyens et courage pour vos combats futurs : elle raconte la victoire de l’esprit coursier contre les combines du capitalisme 2.0 [Article extrait du n°8 de Frustration – “L’esprit coursier contre le capitalisme” – octobre 2016]

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De la laiterie à nos assiettes : enquête sur une agriculture prisonnière des grands groupes

La crise des producteurs du lait et leur conflit avec le groupe Lactalis n’a été qu’un épisode dans la descente aux enfers de l’agriculture française. Lors de ces crises, on entend parler de beaucoup de choses qu’il est difficile à comprendre : la fixation des prix, le rôle de la grande distribution, des divers intermédiaires. Les questions agricoles semblent techniques et pourtant on sent bien qu’il y a quelque chose qui cloche. Dans Frustration n°7, nous nous sommes penchés sur l’agriculture et nous avons décidé de faire un état des lieux de son fonctionnement et de sa crise, tout en cherchant les responsables. Nous diffusons cet extrait de notre enquête « Comment reprendre le pouvoir sur notre alimentation #2 : Enquête sur l’agriculture capitaliste sous perfusion », consacré à l’état de l’agriculture et les principales causes du drame écologique, social et économique qu’elle traverse. Sans surprise, les responsables ne sont ni les producteurs ni une seule entreprise : c’est toute la transformation capitaliste et néolibérale de l’agriculture qui est en train de rendre notre production de plus en plus absurde et dangereuse pour les agriculteurs, les consommateurs et les citoyens de France et du monde.

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SI NOUS NE VOULONS PAS DE LEUR MONDE, QUE VOULONS-NOUS ? – FRUSTRATION N°7

La loi Travail à laquelle s’opposent des centaines de milliers de personnes depuis trois mois n’a pas grand chose pour elle : des effets contre le chômage très discutables, une transgression évidente des grands principes du code du travail, une logique anti-sociale claire et le reniement des nos conquis sociaux les plus fondamentaux. Mais elle a un argument incontournable en sa faveur : dans ce monde concurrentiel et fonctionnant selon la logique du profit, elle est potentiellement indispensable.

Sauf ses milliers d’opposants et nous ne nous sommes pas contentés cette fois-ci de mener une guerre défensive, un combat d’arrière-garde. Nous sommes en train de dessiner les contours d’un monde où la loi Travail serait inutile. Mieux, un monde où la loi Travail figurerait dans la mémoire commune comme la dernière violence infligée au peuple par un ancien régime aux abois.

C’est pour contribuer à la critique du vieux monde et aux propositions pour le nouveau que nous avons réalisé ce numéro 7, dont nous avons la joie de vous annoncer la sortie le vendredi 17 juin. Plus long que d’ordinaire (56 pages), il contient :

UN EDITO : Et si 2016 était le début de la fin des mouvements sociaux défensifs ? Imparfaitement, en ordre dispersé et avec le côté laborieux des Nuit Debout, ne sommes-nous pas enfin en train de dessiner une alternative crédible et pragmatique au capitalisme ? – “En découdre pour reprendre le pouvoir” – 4ème de couverture et ici

UNE ENQUETE : Il y a un an, nous avions enquêté sur les industries agro-alimentaires, leur moyen de contrôle de l’information et de la législation pour nous empêcher d’y voir clair dans notre assiette. Nous avons récidivé sur ce thème en nous interrogeant sur l’agriculture. Comment un système qui nous coûte tant de subventions publiques peut-il aller aussi mal ? Car il est lui aussi à la merci de quelques grandes multinationales.- “Comment reprendre le pouvoir sur notre alimentation #2 – Enquête sur l’agriculture capitaliste sous perfusion” p. 39

UN DOSSIER : La loi Travail est décrite par les économistes comme une mesure incontournable dans le monde complexe qui nous entoure. Mais qui sont ces nouveaux grands prêtres qui nous prodiguent leurs prophéties ? Pour se désintoxiquer de leurs discours, nous donnons quelques conseils pour sortir du cercle infernal des lois économiques techniques qui nous échappent et pour revenir à une réflexion économique politique et démocratique. – “Repolitiser l’économie” p. 9

UN TEMOIGNAGE : A Nuit Debout Paris, la commission économie politique a tenté de rendre le débat économique accessible à tous. Gràce à des règles de fonctionnement strictes et une recherche acharné de l’accessibilité elle a pu montrer que même en économie le collectif pouvait raisonner mieux que l’individu.  – “Une soirée ordinaire à la commission économie politique de Nuit Debout Paris” p. 21
UN REPORTAGE : Et si on redonnait le pouvoir de décision aux salariés plutôt qu’aux actionnaires ? C’est ce qui se pratique dans les entreprises coopératives. Loin d’être folklorique, ce secteur permet d’illustrer ce que serait en actes une économie non-capitaliste et ce que cela change au quotidien de travailler dans une coopérative. Nous sommes allés voir ce que cela donnait dans une grande librairie de centre-ville reprise par ses salariés.- “Sur le chemin du collectif. Quelques heures avec des sociétaires de la librairie les Volcans à Clermont Ferrand” p. 31

UNE MISE AU POINT : En voulant combattre le développement des théories du complot sur internet dans les écoles, le gouvernement tente au passage de rendre impossible la critique des élites. Il peut s’appuyer sur des chercheurs soit disant “neutres” mais qui ne le sont pas vraiment. Lorsque les élites complotent, que faire si l’on ne veut pas tomber dans le complotisme ? – “Il n’y a pas de lézards mais il y a bien des capitalistes ! Comment complotistes et anti-complotistes empêchent la critique des élites” – p. 1

 

FRUSTRATION N°7, 56 pages, 4€70

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Perdu au supermarché : Comment reprendre le pouvoir sur notre alimentation ?

Désormais, presque tout le monde fait ses courses au supermarché. On y trouve tout au même endroit, de l’alimentaire à l’électroménager en passant par les produits culturels. Le supermarché nous fait gagner du temps et la nourriture déjà préparée nous facilite l’élaboration de nos repas. Tout est plus simple, que l’on trouve ces endroits déprimants ou non. La diversité des marques présentes dans un supermarché masque en revanche le fait que, depuis 30 ans, moins d’une dizaine de multinationales contrôlent le plus gros de la production de denrées alimentaires que nous consommons quotidiennement, et les rares études en la matière nous montrent qu’elles provoquent obésité, dépendance au sucre et au gras. En France, la moitié des adultes sont en surcharge pondérale et 1 sur 6 est obèse (étude nationale nutrition santé[1]).

Les classes sociales ne sont pas à égalité devant le phénomène. L’obésité est deux fois plus répandue chez les ouvriers et employés que chez les cadres, selon un rapport de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM)[2]. Or, être en surpoids est source de discrimination, de mauvaise santé et de mortalité précoce. Le développement de maladies cardio-vasculaires, devenues la deuxième cause de décès en France, est un phénomène qui accompagne cette augmentation du surpoids. Le gouvernement écrit des petits messages en bas des publicités, enjoignant les gens à « bouger », alors que ça ne compense pas le mal qui est fait par une nourriture trop grasse et trop sucrée, comme l’ont montré récemment trois chercheurs anglais dans le British Journal of Sports Medicine[3]. Ça revient donc à dire que les « gros » sont responsables de leur malheur et que l’industrie agro-alimentaire n’y est pour rien.

Bien manger devient une source de distinction sociale, un luxe, et pendant ce temps la publicité exalte la minceur à longueur d’affiche. Un nouveau business a émergé pour nous vendre du sain et du bio, parfois simples branches de ces mêmes industries qui nous intoxiquent donc d’une main et nous soignent de l’autre pour beaucoup plus cher.

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Scandale Volkswagen : On ne peut pas attendre du capitalisme qu’il soit moral ou écologique.

Scandale Volkswagen : On ne peut ni attendre du capitalisme qu’il soit écolo, ni qu’il soit moral. Journalistes, politiques et “experts” qui nous affirment le contraire sont soit très malhonnêtes, soit de gros gros naïfs !

Dans un débat entre un économiste “de gauche” (Alternatives économiques) et un économiste “libéral” (citant à foison le technocrate Jean Tirole), ce matin sur France Inter​, nous pouvions entendre les deux idioties classiques qu’on nous sort en cas de “scandâaale” de ce genre :

1) Position “libérale” : “il faut de la déontologie, il faut dire aux patrons d’être moins méchant et plus “verts”. Le patron de VW est en cause personnellement” : Cette position nous prend pour des crétins ignorants du fonctionnement de l’économie de marché, où l’objectif est de rémunérer ses actionnaires, pas de planter des arbres ou d’être “gentil”.

2) Positions “sociale-démocrate” : “il faut plus de régulation, que les États et la “société civile” aient leur mot à dire pour contrôler ça” : Cette position “bisounours” oublie que les entreprises qu’on souhaite “réguler” sont des monstres financiers, désormais plus riches que les États, dont les dirigeants possèdent journaux et chaines de télé, envoient des milliers de lobbyistes tapiner au parlement européen, et ont pour eux une foule de politiques près à se faire graisser la patte. Même des allemands prétendument vertueux et rigoureux.

Les grandes entreprises du capitalisme contemporain sont trop puissantes pour être “régulées” et encore moins “moralisées”. On n’aurait jamais du laisser des intérêts privés être aussi tentaculaires, et la seule solution pour remettre de la morale dans l’économie mondiale et sauver la planète serait de décapiter ces cartels et de les ramener sous contrôle démocratique.