Frustration n°12 : La chasse est ouverte

 

 

// SOMMAIRE

Dossier : la chasse est ouverte :

– PORTRAIT : Muriel Pénicaud, ministre à responsabilité limitée
– EN
QUÊTE : Permis de tuer Enquête sur la lutte du grand patronat contre la santé au travail
– TÉMOIGNAGES : Précaire labeur par ordonnances
– MACRONIE : Quand les Gracques portent Jupiter en triomphe Chez les idéologues du pouvoir

Et aussi…
– VOTRE ARGENT : Déficit commercial de la France Pourquoi les Rafale de M. Dassault et les ordonnances du Dr Macron n’y changeront rien
– LIVRES : Devenir entrepreneur de soi Le développement personnel, ou l’art de la soumission heureuse
– MOT-CLÉ : Prendre aux pauvres et en même temps… donner aux riches Macron parvient à réunir sa majorité sur un budget “équilibré”

 

// ÉDITO

Le cœur sec et le portefeuille plein

« Vous n’avez pas le monopole du cœur » : cette célèbre tirade politicienne date d’un temps révolu, celui où un homme politique de droite, pourtant figure majeure des années fric, tenait tout de même à avoir l’air d’un humaniste doté d’une sensibilité sociale. Depuis, les choses ont bien changé, et la classe dirigeante de cette fin 2017 semble se contrefoutre de ce que vivent les gens, du moment que les riches vont bien.

Regardez avec quelle décomplexion les ministres et députés de Macron donnent la chasse : ils prennent aux pauvres pour donner aux très riches, affaiblissent le système de santé et précarisent les salariés en se moquant bien des conséquences sur leurs vies. Les gens devraient déjà être contents d’avoir un travail, alors pourquoi chipoter sur les conditions dans lesquelles ils le font ? Ceux qui n’en ont pas seront d’ailleurs les prochains sur la liste des crasses gouvernementales : une grande réforme de l’assurance-chômage est prévue pour 2018, afin de fliquer encore davantage ceux que plusieurs membres de la majorité traitent de privilégiés, qui « partent en vacances aux Bahamas avec leurs allocs », rien que ça.

Certains cadres et grands patrons pensent sans doute sincèrement que contrôler davantage les chômeurs et faciliter le licenciement des salariés va créer de l’emploi digne de ce nom, ou qu’exonérer les riches de leurs impôts va les pousser à « investir davantage », mais il est plus facile d’adhérer à ces fumisteries lorsqu’on peut en récolter le fruit sans en subir les conséquences. Chômeurs, salariés, retraités ou fonctionnaires, eux, en prennent successivement pour leur grade, car chaque semaine apporte son lot d’insultes et d’attaques. Et, alors que chaque loi est un crachat à notre visage, les manifestations ne font pas le plein, et l’heure de la révolte n’a clairement pas sonné.

Beaucoup d’entre nous attendent une réaction syndicale qui ne viendra sans doute jamais : « la base » est souvent trop occupée à empêcher que le « dialogue social au plus près du terrain » ne prive leurs collègues de tous leurs droits. Quant aux directions confédérales, leur attentisme et leur désunion sont incompréhensibles, quand on sait que l’une des conséquences des ordonnances est la possibilité de négocier sans syndicats et la fin du tribunal des prud’hommes à cause de la barémisation des indemnités qu’ils accordent. Pourquoi une aussi faible réaction envers ceux qui vous détruisent ? Seule l’opposition parlementaire insoumise, elle aussi injuriée en permanence, garde le cap.

« Le président est légitime », nous dit-on. Peut-être, mais ce qu’il fait ne l’est clairement pas, et il nous semble que quelques chemises arrachées, quelques œufs lancés sur des voitures gouvernementales ne seraient pas surprenants. Car franchement, personne ne croit dans les vertus thérapeutiques des ordonnances du docteur Macron. Alors que nous reste-t-il ? Le calme avant la tempête, l’espoir que les choses changent et la colère qui monte, légitime et nécessaire, contre ceux qui ont le portefeuille qui se remplit et le cœur qui s’assèche.

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