Jean-Charles Naouri : parcours d’un capitaliste « de gauche »

 Jean-Charles Naouri est l’ancien directeur de cabinet du ministre des Finances du gouvernement socialiste de 1982 à 1986 et il est défini comme l’ « architecte principal de la dérégulation des marchés financiers » par… Wikipédia. Aujourd’hui, le brave homme est à la tête du groupe Casino (Leader Price, Monoprix, Casino) qui vend de la nourriture industrielle dangereuse pour la santé en exploitant les agriculteurs et les petits commerçants en France et dans le monde. Comme beaucoup d’autres, il est coupable d’avoir pris à la collectivité pour donner au secteur privé et, au passage, s’en mettre plein les poches. Portrait d’un homme clef du triomphe contemporain de l’oligarchie française.

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Les riches à l’assaut des côtes. Petits arrangement avec la loi Littoral

On réservait autrefois le nom de « 50 pas du roi » à la bande littorale que s’octroyait le souverain pour se défendre des incursions ennemies et d’où les particuliers étaient interdits de séjour. Au 16ème siècle, toujours préoccupé par la défense du territoire, l’État français définit un statut privilégié pour ses côtes qu’il déclare inaliénables et inviolables. Aujourd’hui, ce ne sont plus des troupes ennemies qui menacent de débarquer mais toute une faune nouvelle qui a envahi le littoral : promoteurs immobiliers, retraités privilégiés, bourgeois en résidence d’été, hôteliers et plagistes en tout genre se bousculent sur le sable et les galets. Pour se protéger des dégâts de l’urbanisation effrénée, la France s’est pourtant dotée d’une loi Littoral encadrant fortement le développement des activités économiques et touristiques sur ses côtes. Mais, outre ses insuffisances de départ, cette loi affronte l’opposition des nombreux exploitants et souffre d’une application irrégulière. Surtout, elle ne peut contrecarrer les phénomènes de ségrégation spatiale qui voient les riches s’approprier certaines portions du littoral, excluant les plus modestes du fait de l’augmentation des prix de l’immobilier. En revenant sur son historique et ses manquements actuels, on peut utilement rappeler les dangers qui pèsent sur cette législation protectrice du littoral dont plusieurs bilans récents pointent le dépeçage progressif entrepris par les lobbies économiques et les politiques qui les soutiennent. L’attractivité du littoral met en lumière des luttes territoriales qui reposent la question de l’extension du domaine public et des limites de l’appropriation privée des espaces communs.

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Les nouveaux domestiques: Comment la nouvelle économie numérique dresse les consommateurs contre les salariés

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« Le client est roi » était le mot d’ordre du nouveau management dans les années 90. Au nom de cet impératif, vendeurs, guichetiers ou encore hôtes d’accueil devaient se montrer souriants, prévenants, et mettre de côté leurs affects, encaissant sans broncher les humeurs de leurs clients. Du côté des consommateurs, on peut désormais se sentir un peu fier d’avoir pu négocier un smartphone avec son forfait, d’avoir réservé un billet d’avion à prix cassé, et, lorsqu’un produit est estampillé « satisfait ou remboursé ! », le fait de savoir qu’on pourra toujours gueuler en cas de déconvenue est presque une satisfaction (même si l’on sait qu’on n’en aura jamais le temps). Peu à peu, ces dernières décennies, il est devenu plus courant d’entendre quelqu’un se vanter d’avoir remis en place un vendeur de téléphone mobile pas assez réactif plutôt que d’avoir tenu tête à son patron. Car le « client roi » a créé le salarié soumis. Or, cela ne va pas s’arranger, car une nouvelle vague de management par la vénération du consommateur est en train de se mettre en place à mesure que l’économie du client roi se déplace sur Internet.

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Solidaires ! La Loi du marché de Stéphane Brizé et Discount de Louis-Julien Petit : deux manières de mettre en scène les travailleurs au cinéma

vignette 5Cinq mois séparent la sortie au cinéma de deux films qui se jouent (tout ou partie) au sein d’un supermarché, côté salariés. Quand en janvier 2015 sortait Discount de Louis-Julien Petit, c’est en mai de la même année qu’apparaissait sur les écrans La Loi du marché de Stéphane Brizé. Deux films, donc, qui mettent en scène un monde que l’on voit encore trop rarement au cinéma : le travail. Alors que La Loi du marché nous présente le salarié en crise comme isolé, victime individuelle d’un monde cruel qui ne vaut pas qu’on se batte pour lui, le premier met en scène la solidarité d’un collectif qui, sans naïveté, croit qu’on peut et doit faire des choses pour les autres.

Pour lire ce qui suit, il n’est pas nécessaire d’avoir vu les films en question. Tout (on l’espère du moins !) est clarifié. Ce qui suit n’est pas non plus une critique « ciné » visant à donner ou non l’envie de se jeter sur le coffret « 3 films de Stéphane Brizé avec Vincent Lindon. » Loin de là.

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Qui veut la peau du Code du travail ? – Le plan des élites pour une société sans salariés

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Le retentissant « rapport Combrexelle », remis au Premier ministre début septembre, constitue la tête de gondole des attaques récentes dont est victime le Code du travail. L’un des derniers nés parmi de nombreuses publications qui, sans surprise, fournissent aux gouvernements successifs les conclusions qu’ils souhaitent : il faut injecter plus de flexibilité dans le droit du travail. Le rapport Combrexelle évoque notamment « l’économie digitale dont les responsables soulignent, de façon récurrente, l’inadaptation, voire l’archaïsme, de notre droit du travail au regard des spécificités de ce secteur en pleine révolution. » Par conséquent, il préconise d’adapter le droit du travail au mode de fonctionnement du secteur économique du numérique en donnant « aux chefs d’entreprise en pointe dans l’économie digitale la responsabilité, avec leurs salariés et syndicats, d’innover en la matière et d’inventer, à titre expérimental et dérogatoire, de nouveaux modes de relations sociales. » Pourtant les start-ups numériques veulent des travailleurs corvéables à merci, que le client n’aperçoit même pas, bien à l’abri derrière son smartphone. Serait-ce donc cela l’avenir que nos gouvernants souhaitent pour nous ?

Cet article est extrait du n°5 de Frustration « Tous domestiques : le plan des élites pour une société sans salariés », disponible au format électronique, en librairie et en commande web.

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