Appel : Un président à combattre

« Le renouveau », « le changement », « la rupture avec la politique traditionnelle », personne ne pouvait décemment plus y croire en voyant sur les plateaux de télévision le soir de son élection les soutiens d’Emmanuel Macron : Ségolène Royal, actuelle ministre de l’écologie, François Bayrou, ancien ministre et candidat centriste à plusieurs présidentielles ou encore Gérard Collomb, cumulard (sénateur, maire de Lyon et président de la métropole) sont de vénérables membres du « système » que le candidat prétendait combattre. On sait aussi depuis plusieurs semaines que l’ancien président de la République soutenait celui que les journalistes s’étaient plu à décrire comme un renégat flamboyant, qui avait trahi Hollande pour avoir son indépendance. Manuel Valls, le féroce Premier ministre de l’état d’urgence et de la répression du mouvement contre la loi Travail, est aussi devenu un fervent soutien de Macron, de telle sorte qu’on ne sait plus très bien ce qui distingue le gouvernement sortant de celui qui se prépare, à l’heure où nous écrivons ses lignes, à s’installer dans les hôtels particuliers lambrissés de la République française. Du coup, si nous avons finalement affaire à une rassurante continuité, pourquoi, dès le 8 mai, des manifestants se sont-ils rassemblés dans les grandes villes de France pour constituer un « front social » contre le président, avant même son intronisation ? Pourquoi ont-ils crié le slogan « Macron démission ! Un jour ça suffit ! » alors que son prédécesseur avait eu droit à un round d’observation ?

Parce qu’Emmanuel Macron n’est pas un simple héritier de François Hollande. Il est l’émanation de tout ce qui était antisocial, antidémocratique et autoritaire chez lui, et l’abandon de tout ce qui le rattachait fictivement à « la gauche ». Ce qu’il prévoit est la concrétisation violente et radicale de ce qui se faisait hypocritement et par petites touches sous la présidence de Hollande : la conversion de notre société au modèle néolibéral (baisses d’impôts massives sur le capital, réductions des cotisations sociales) et la destruction progressive de notre modèle social (flicage des chômeurs, réduction à marche forcée des déficits), sous prétexte de sa « nécessaire adaptation » aux enjeux contemporains. En réalité, c’est de son adaptation aux désirs des possédants qu’il s’agit et le nouveau président a d’ailleurs prévenu : il ira vite, pour ne pas connaître les mêmes déconvenues que ses prédécesseurs.

Ses opposants, qui sont déjà majoritaires dans la population, le savent. Et c’est pour cela qu’ils s’organisent, qu’ils manifestent préventivement, qu’ils diffusent, comme nous le faisons, le plus d’informations possibles sur le danger public que constitue ce nouveau président. C’est pourquoi, habités nous aussi par le sentiment d’urgence que provoque l’arrivée de cet homme investi du contentement des plus puissants, nous donnons à nos lecteurs des informations sur le premier projet du président, celui qu’il compte imposer dès cet été, et par ordonnances. Il s’agit de trois textes de loi relatifs au droit du travail, qui ont pour objectif de « simplifier la vie » des chefs d’entreprise et qui vont contribuer à dégrader nettement celle des salariés.

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Sortie du prochain numéro de Frustration

Le numéro 10 de Frustration est en cours de bouclage. Il sera tiré à 10 000 exemplaires et distribué en kiosques, Relay, librairies et maisons de presse partout en France.

Il vient acter de l’élection du président Macron en soulevant les points les plus dangereux de son programme, ceux contre lesquels il va falloir descendre dans la rue dès cet été, ne laissant aucun répit au nouveau président des riches.

Ce dixième numéro parle aussi de la privatisation de la SNCF, de la criminalité en col blanc à travers les délits d’initié, du processus de métropolisation qui creuse les inégalités territoriales, de la bonne conscience des classes supérieures à travers une nouvelle chronique « livres » et de nombreux autres sujets … il dresse donc le portrait d’un pays divisé, fragmenté, et inégalitaire, car si « la République est sauvée », ce n’est pas par autant qu’il y fait bon vivre, loin de là !

Mais comme chaque numéro de Frustration, il porte un message d’espoir : Si des intérêts particuliers et bien introduits ont pu nous amener dans cette situation, alors le retour en force d’une conscience de classe et populaire durant cette élection peut nous en faire sortir !

Notre président a le pouvoir bien en main, mais sa légitimité est friable. Alors oui, « pour les riches, la fête continue », mais plus longtemps…

La légitimité friable de notre nouveau président


Le record de vote blanc et d’abstention fait d’Emmanuel Macron un président très mal élu, surtout si l’on considère qu’il était face au Front National, tant détesté en France. Quand on sait que 43% de ses électeurs disent l’avoir choisi pour faire barrage à Marine Le Pen, alors ce n’est que 25% des citoyens ayant le droit de vote qui ont adhéré à ses idées.

Maintenant, on aura beau se répéter ça, notre système politique centralisé et la bienveillance médiatique (le mot est faible) dont dispose le nouveau président font de lui un souverain aux prérogatives intactes. Ses soutiens et futurs ministres ont déjà beau jeu de dire sur les plateaux télés que « 65% des Français l’ont choisi ».

Alors que faire ? Résistez, comme nous l’avons fait sous Hollande et Sarkozy, face à un pouvoir central illégitime de fait car n’ayant pas besoin de l’assentiment du peuple pour pouvoir agir. Nous battre contre une réforme du code du travail qui va détruire des décennies de conquêtes sociales et achever la précarisation du salariat français. Dénoncer les accointances entre ce nouveau président des riches et le patronat français et européen. Espérer, encore et toujours, et construire un avenir meilleur, sans absurdité démocratique de ce genre et avec un pouvoir enfin rendu au peuple.

Votez Macron, bande de cons ! La « lutte antifasciste » des élites et la nôtre

« Abstention, piège à cons ». C’est le titre d’une énième tribune visant à « convaincre » les abstentionnistes de voter pour Emmanuel Macron, et qui se lamente :  « Que leur dire à ces malheureux inconscients si ce n’est les sommer de se ressaisir, si ce n’est leur répéter la parfaite dangerosité de leur raisonnement, si ce n’est leur mettre le nez dans le premier livre d’histoire venu afin de leur faire comprendre où ce genre de raisonnements nous conduit tout droit ? ». C’est une chronique signée d’un romancier sur le journal en ligne Slate.fr, et elle ressemble à toutes celles qui envahissent nos écrans, nos journaux et nos radios depuis le lendemain du premier tour des élections présidentielles. Ce phénomène de lutte contre l’abstention par l’injonction à voter n’est pas nouveau. Les Raphaël Enthoven et les Thomas Legrand n’ont pas attendu l’approche du second tour de l’élection présidentielle de 2017 pour cracher sur ceux qui ne se rendaient pas aux urnes. En effet, les membres de l’élite sont profondément contrariés par ce phénomène, principalement parce qu’ils sont incapables de le comprendre : eux qui aiment tant notre système politique, qui sont proches de celles et ceux qui en font partie, qui se divertissent des alternances (qui n’en sont pas) et des renouveaux (dans la continuité) ne comprennent donc pas qu’une bonne moitié de la population soit régulièrement tentée par la non-participation à ce qui lui semble être une mascarade qu’on lui demande de cautionner avec son bulletin de vote.

Mais cette fois-ci, éditorialistes, rédacteurs en chefs et chroniqueurs sont outrés par la possibilité même que des gens osent s’abstenir en masse dimanche 7 mai. Tous ceux qui ont fait passer un Macron à la base électorale très friable au premier tour en prônant le vote utile commencent à craindre que leur baudruche dégonfle brusquement. Cette masse informe et incomprise d’abstentionnistes pourrait bien gâcher leur fête, le plébiscite de leur candidat, celui que leurs titres font monter à coup de Unes depuis deux ans. Saint Macron, « la fusée Macron », « le renouveau Macron », « la surprise Macron », « la sensation Macron », l’habitué des couvertures de leurs magazines et de leur reportages, le mari de Brigitte, l’homme qui avait pour eux déjà gagné, car se retrouvant dans la configuration idéale : face à Marine Le Pen, celle-qui-sera-à-coup-sûr-au-second-tour-mais-qui-perdra-à-coup-sûr, ce qui présente donc « le scénario parfait dont le marché rêvait désespérément » (de l’extrême droite au deuxième tour, donc). Cette situation tant attendue, qui a permis à Macron et ses amis de fêter leur victoire avant même le second tour (et à L’Express de titrer en Une « IL A GAGNÉ son pari ») est en train d’être piétinée par toutes celles et ceux qui refusent de choisir entre cet ange tombé du ciel et l’incarnation de Belzébuth.

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Résultats du premier tour des élections présidentielles

Jeune prodige de la mondialisation heureuse VS marraine de l’identité honteuse. Le genre de fausse alternative foireuse contre lequel notre collectif s’est battu depuis 2013, et continuera de se battre.

Une pensée heureuse pour les 19.5% de la France Insoumise, score jamais atteint par un mouvement critique du libéralisme depuis des décennies, et premier chez les 18-25 ans : la possibilité d’une résistance acharnée contre les ordonnances antisociales du président Macron.

Frustration sur Public Sénat

Lundi 27 mars, notre co-rédacteur en chef était invité de Public Sénat pour réagir au thème de l’abstention grandissante. Il défend dans cet extrait l’idée que notre système politique n’est pas à proprement parlé démocratique, et que l’affaire Fillon relève la monopolisation de la décision publique par une oligarchie qui n’a aucune idée du monde dans lequel la plupart des gens vit. L’émission est disponible en intégralité ici.

Frustration dans Le Monde Diplomatique

Dans son numéro d’avril, le Monde Diplomatique a recensé le numéro 9 de Frustration :

« L’élite — « le mot désigne un groupe qui a ses clubs, ses écoles, ses restaurants et ses fêtes » — existe. Laquelle détient le pouvoir en France ? Également : enquête sur le monopole des classes supérieures à la télévision. (N° 9, printemps, trimestriel, 4,90 euros. — Paris.) »

De Valls à Macron, mode d’emploi pour rester au pouvoir

Vous êtes un gouvernement usé par cinq ans au pouvoir, décrédibilisé par vos multiples trahisons envers les électeurs et lâché par une grande bourgeoisie qui estime que vous n’êtes plus le meilleur cheval ?

Voici le mode d’emploi pour conserver le pouvoir : faites sortir votre plus jeune poulain 6 mois avant l’élection, laissez-le incarner « le renouveau » et « l’antisystème » pendant que vous vous trouvez un candidat fantoche que vous laissez tout seul comme un benêt. Une fois que votre poulain a su conquérir le cœur des électeurs de sa bonne bouille, provoquez le ralliement progressif (pas trop vite, il ne faut pas que ça soit trop flagrant) de l’ensemble du gouvernement. Le ministre de la Défense, des flopées de secrétaires d’Etat opportunistes, tous les hauts fonctionnaires… Et maintenant un premier ministre.

Et hop, si tout va bien, vous serez à nouveau au pouvoir en mai, sans traîner avec vous l’étiquette si embarrassante de « gauche » : désormais, avec Macron, vous serez « progressiste », appellation qui permet de faire du libre-échange agressif en appelant cela de « l’ouverture sur le monde » (VS « le repli sur soi » des syndicalistes), qui permet de poursuivre votre oeuvre de destruction du droit du travail en expliquant que c’est une façon de promouvoir « l’autonomie et l’émancipation » et tout ira pour le mieux.

Sauf si dans les 26 prochains jours les citoyens prennent conscience de la supercherie et vous envoient bouler une bonne fois pour toute.

Macron ment au sujet de ses liens avec Drahi (SFR-BFM TV-Libération)

Le 21 mars dernier, le candidat d’En Marche a déclaré à nos confrères d’Explicite qu’il n’avait joué « aucun rôle » dans le rachat de SFR par Patrick Drahi. Il a prétendu n’avoir eu de contact avec lui que lorsqu’il a voulu s’approcher de Bouygues, et que donc tous les sous-entendus sur ses liens avec le propriétaire de BFM TV seraient diffamatoire. C’est un mensonge :

Lorsque Numericable, propriété de Patrick Drahi, a commencé ses démarches de rachat d’SFR, c’était en effet Arnaud Montebourg qui était ministre. Mais cela a traîné, précisément parce qu’il reprochait à Drahi son évasion fiscale (Il réside en Suisse, a une holding au Luxembourg et des actions à Guernesey). Mais il a quitté Bercy en août 2014, remplacé par Macron, qui fut quant à lui beaucoup plus arrangeant : le 28 octobre, Macron a « discrètement » donné son feu vert au rachat, sans tenir compte des réserves de son prédécesseur

Mais ce n’est pas la seule transaction qui unit les deux hommes : en octobre 2016, on apprenait qu’un des plus proches conseiller de Drahi, Bernard Mourad, quittait SFR pour devenir « conseiller spécial » d’Emmanuel Macron . Or, c’était lui qui avait chapeauté les négociations autour du rachat de SFR par Numericable.

Les liens entre Mourad et Macron d’un coté, Mourad et Drahi de l’autre, ne font aucun doute. Et il est donc tout à fait logique de se questionner sur le rapport du candidat d’En Marche avec une chaîne, BFM TV, qui appartient à un homme dans le parcours duquel il affirme désormais de façon mensongère qu’il n’a joué aucun rôle.