Les inégalités sociales face au risque industriel

17 février, une explosion dans une usine « soumise à autorisation administrative d’exploitation » à Dieppe. Des morts parmi les employés d’un sous-traitant qui intervenaient sur le site. Au-delà du drame, il faut rappeler que le risque industriel est très inégalement réparti dans la population. Dans le numéro 13 de Frustration (en kiosques et librairies vendredi prochain, 23/02), l’article « Polluer plus pour gagner plus ; Ce n’est pas à vous de culpabiliser sur l’état de la planète, c’est aux riches ! [rubrique Criminalité] » revient sur quelques idées reçues, notamment celle comme quoi : « Nous sommes tous égaux face aux désastres ». Beau mais complètement faux !

« Il existe également en France près de 700 sites industriels classés “Seveso”, c’est-à-dire des zones soumises à des réglementations strictes car potentiellement sujettes à des accidents industriels majeurs. Les deux tiers de la population résidant dans ces zones sont des habitants de zones urbaines sensibles. Autrement dit des quartiers en difficulté économique et sociale, confrontés plus qu’ailleurs au chômage et à des inégalités d’accès aux services publics. »

 

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La ruée vers l’or blanc

À en croire les grands médias, aujourd’hui la France part en vacances au ski. Pourtant ce n’est clairement pas le cas : une semaine de vacances pour une famille de 4 personnes dans les Alpes revient en moyenne à 3 600 euros, soit plus de trois mois de smic. Malgré la vision que les riches métropolitains imposent dans leurs médias et malgré la massification de ce tourisme, on est encore loin d’un loisir accessible au plus grand nombre.

Et faut-il souhaiter que ce loisir se développe ? Le réchauffement climatique est toujours plus visible et les pouvoirs publics continuent à aménager la montagne comme si de rien de rien n’était. Dans la station de Macron (La Mongie, Hautes-Pyrénées), pas moins de 29 canons à neige (« enneigeurs » comme on dit poliment) ont été installés avant la saison hivernale ! Et les saisonniers qui permettent que toute cette économie tourne ont un statut de misère. Alors faut-il maintenir sous perfusion d’argent public un secteur économique loin d’être d’intérêt public ?

Dans le numéro 13 de Frustration (en kiosques et librairies vendredi prochain, 23/02), nous avons enquêté sur les dégâts sociaux et écologiques de l’économie de l’or blanc dans les Pyrénées. Extrait.

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Être homosexuel·le en 2018, c’est toujours la merde

De la dépénalisation de l’homosexualité en 1981 à la légalisation des mariages entre personnes du même sexe en 2013, les dernières décennies ont permis aux femmes et hommes homosexuels vivant en France de n’être plus pourchassés ou limités dans leurs droits. Mais ces progrès politiques indéniables occultent trop souvent les conditions de vie réelles des 5 à 10 % de Français non-hétéros. Sur le plan économique, ils restent en moyenne moins bien payés que les hétéros ; sur le plan social, ils subissent encore des discriminations ou du mépris qui peuvent prendre des formes variées ; sur le plan psychique, ils sont surexposés au suicide et à la dépression. En 2018, l’homosexualité reste une caractéristique en contradiction avec la norme dominante qui associe masculinité et sexualité hétéro. Celles et ceux qui en sortent en payent toujours le prix. Cet article vise à raconter à celles et ceux qui ne le vivent pas ce qu’il se passe encore et ce qu’on pourrait changer et à celles et ceux qui ont connu ces étapes de contribuer à atténuer la haine de soi et la honte causées par ce qu’ils perçoivent encore, trop souvent, comme un terrible coup du sort. Il est extrait de notre enquête “en immersion” disponible en intégralité dans le numéro 13 de Frustration.

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Frustration n°13 : Osez l’égalité

SOMMAIRE :

– REPORTAGE : L’Assemblée nationale, zone de non-droit pour les femmes

« Est ce qu’elle a une culotte là-dessous ? », « Cotcotcotcodeq’ », « C’est qui cette nana ? », « mais qui va garder les enfants ? », « NVB suce son stylo très érotiquement », … Ceci est un panel, très succinct, des propos adressés à des femmes politiques, respectivement à Édith Cresson, Véronique Massoneau, Laurence Rossignol, Ségolène Royal, Najat Vallaud-Belkacem. Les médias ont effacé de la mémoire collective les auteurs de ces propos, seules restent en scène, avec cette misogynie qui leur colle aux basques, les femmes qui en ont été les victimes.

– TÉMOIGNAGES : Égalité femmes/hommes en entreprise, au rapport !

Les femmes représentent près de la moitié de la population active et sont toujours victimes de fortes inégalités dans les entreprises. Pourtant, l’objectif d’égalité entre hommes et femmes est affirmé, réaffirmé, la main sur le cœur par les gouvernements successifs. Il y en a même qui jurent en faire une grande cause nationale. Les employeurs aussi arguent œuvrer chaque jour davantage pour gommer les différences de traitement existantes. De nombreux textes ont été instaurés afin d’obtenir une égalité des chances et d’évolution dans la vie professionnelle. Malgré cela, la situation des femmes n’est toujours pas aussi simple et tranquille que celle des hommes. Alors, atteindre une véritable égalité femmes/hommes au travail, une volonté sincère ou de la poudre de perlimpinpin ?

– EN IMMERSION : Être homosexuel·le en 2018, c’est toujours la merde

De la dépénalisation de l’homosexualité en 1981 à la légalisation des mariages entre personnes du même sexe en 2013, les dernières décennies ont permis aux femmes et hommes homosexuels vivant en France de n’être plus pourchassés ou limités dans leurs droits. Mais ces progrès politiques indéniables occultent trop souvent les conditions de vie réelles des 5 à 10 % de Français non-hétéros. Sur le plan économique, ils restent en moyenne moins bien payés que les hétéros ; sur le plan social, ils subissent encore des discriminations ou du mépris qui peuvent prendre des formes variées ; sur le plan psychique, ils sont surexposés au suicide et à la dépression. En 2018, l’homosexualité reste une caractéristique en contradiction avec la norme dominante qui associe masculinité et sexualité hétéro. Celles et ceux qui en sortent en payent toujours le prix.

– HISTOIRE : Le passé est-il (forcément) sexiste ? Trois époques de l’histoire des femmes en Occident

D’un côté, on a parfois l’impression que le chemin vers l’égalité des sexes est un processus linéaire et acquis, presque automatique ; de l’autre, côté réac’, on entend que « les femmes n’incarnent pas le pouvoir » (dixit Zemmour) et que si leur « rôle traditionnel » doit les renvoyer aux fourneaux, ce n’est pas plus mal ! Dans un contexte où la question du rapport femmes-hommes est toujours plus d’actualité, il n’est sans doute pas inutile de prendre quelques siècles de recul et de revisiter trois périodes historiques charriant avec elles un certain nombre d’a priori sur la vie et le statut des femmes. Alors, le passé est-il (forcément) sexiste ?

– MACRONIE: Retour sur investissement. Ce qu’ont déjà gagné les soutiens et donateurs du candidat Macron

Lorsqu’il se lance dans la campagne présidentielle, l’ex-ministre de l’Économie n’a pas d’appareil partisan derrière lui. Pour atteindre les 16,7 millions d’euros qu’il a dépensés dans sa campagne victorieuse, il lui a fallu rassembler des fonds en un temps record. Pour cela, une équipe de « fundraising » a été créée à En Marche, chargée d’organiser une série d’événement avec des « gros donateurs », c’est-à-dire ceux qui donnent le maximum autorisé par la loi, 7 500 € par personne et par an. Des têtes de réseaux (surnommées dans les mails de son équipe, que Wikileaks a fait fuiter en juillet 2017, les « PP » pour « poisson pilote ») ont organisé en France mais aussi auprès des résidents français à l’étranger de nombreux dîners où chacun venait écouter le candidat et donnait un chèque en fonction du profit qu’il espérait tirer de son futur règne. Ces poissons pilotes et ces donateurs étaient en droit d’espérer, pour quelques milliers d’euros lâchés et des dîners organisés, faire gagner un président attentif à leurs intérêts, leurs obsessions et leurs rêves. Six mois après la victoire de leur poulain, leurs désirs ont tous été accomplis. de Paris à Bruxelles en passant par New York, retour sur ces réseaux et leurs récompenses.

– MOT-CLÉ : Fisc Wars : La guerre contre les fraudeurs du fisc freinée par le verrou de Bercy

« Je n’ai pas, je n’ai jamais eu de compte en Suisse, à aucun moment, et la réponse apportée aux autorités françaises par la Suisse, permettra, je l’espère, très vite, et le plus vite serait le mieux, d’en finir, avec ces saletés », déclarait l’ancien ministre délégué au Budget Jérôme Cahuzac en 2013, depuis condamné à trois ans de prison ferme et cinq ans d’inéligibilité en première instance pour fraude fiscale et blanchiment de fraude fiscale. En parallèle, la banque suisse Reyl, qui avait participé à cacher cet argent, et le banquier de Jérôme Cahuzac ont également été condamnés à respectivement 1,875 million et 375 000 euros d’amende. On pourrait penser que cette affaire serait emblématique de la faute morale et du mensonge maladif d’un seul homme, mais elle révèle l’absurdité d’un système dont l’une des pierres angulaires est ce que l’on appelle dans le jargon fiscal le « verrou de Bercy ». En réalité, le verrou de Bercy est bien plus qu’un simple cadenas institutionnel dans le processus de poursuites judiciaires pour fraude fiscale, il en est la clef de voûte.

– ENQUÊTE : La ruée vers l’or blanc. Enquête sur la fuite en avant d’un modèle touristique insensé

Pendant les fêtes de fin d’année, les télévisions nous ont abreuvés d’images volées d’un chef de l’État descendant tout sourire les pistes du Grand Tourmalet – le domaine skiable de la station de La Mongie (Hautes-Pyrénées) dont il est un habitué depuis son plus jeune âge – entouré de nombreux gardes du corps, s’arrêtant seulement pour confirmer qu’il fallait davantage contrôler les chômeurs. Il est bon de rappeler que les sports d’hiver sont un loisir que seuls 8 % de Français privilégiés peuvent s’offrir régulièrement. Alors pourquoi en parler dans Frustration ? Parce que les sports d’hiver, c’est aussi une économie, celle de l’ « or blanc » qui, durant des décennies d’exode rural, a certes limité les dégâts dans les vallées en sauvegardant de l’emploi local, mais au prix d’aménagements de tourisme de masse ruineux, incompatibles avec la sauvegarde d’un environnement sauvage et qui profitent finalement peu à l’économie locale et à ses travailleurs. La question qui se pose est : faut-il maintenir sous perfusion d’argent public un secteur économique loin d’être d’intérêt public ?

– CRIMINALITÉ : Polluer plus pour gagner plus. Ce n’est pas à vous de culpabiliser sur l’état de la planète, c’est aux riches !

Plus on est riche, plus on pollue. C’est ce que l’ONG britannique Oxfam a démontré dans un rapport intitulé « Inégalités extrêmes et émissions de CO2 » en 2015. Pourtant, à l’heure où le gratin international multiplie les déclarations de bonnes intentions environnementales et les confessions larmoyantes, les gouvernements occidentaux, à commencer par le gouvernement français, s’entêtent à répéter qu’il est question de prise de conscience individuelle. Et tant que l’on continue de dénoncer la paille dans l’œil du voisin, on ne regarde pas la poutre dans le sien. Habile. Mais les « petits gestes pour la planète » ne suffiront pas. C’est le pouvoir des très riches qu’il faut réduire. Et la neutralisation de leur pouvoir de nuire commence par comprendre comment ils nous enfoncent dans la crise écologique. Décryptage.

– SPECTACLE : Blockbuster, un mash-up anti-élites

« Blockbuster », c’est le nom du mash-up joué par les comédiens liégeois du Collectif mensuel, qu’on peut voir ce printemps sur les planches de nombreux théâtres de France. Le concept du mash-up, c’est de détourner des films hollywoodiens en faisant un nouveau montage à base d’extraits de films avec doublage, musique et bruitage parodiques. Le mash-up le plus connu est sans doute celui réalisé par Michel Hazanavicius (OSS 177) dans les années 1990 : La Classe américaine (Le Grand Détournement). L’originalité du mash-up qui nous occupe, c’est qu’il est réalisé en direct sur scène.

– ET AUSSI : Nos actualités du semestre passé et la présentation de l’équipe de rédaction, qui a bien grandi (16 personnes ont travaillé à l’élaboration de ce numéro)

 

Sortie le 23 février 2018 en kiosque et librairie.

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Les 4 mensonges du gouvernement pour justifier sa réforme du Code du travail

Le gouvernement justifie ses ordonnances avec des arguments fallacieux et des mensonges éhontés. Hélas, il n’y a aucun « décodeur » du Monde ou d’ailleurs pour dissiper ces écrans de fumées, alors Frustration a du s’y coller :

  • « Cette réforme va réduire le chômage »

Déjà il y a trente ans, lorsque la droite a supprimé l’autorisation administrative de licenciement (c’est dur à imaginer mais à l’époque l’Inspection du travail vérifiait la véracité de chaque licenciement économique), les députés, experts et le père de Pierre Gattaz lui-même (Yvon Gattaz, qui dirigeait ce qui ne s’appelait pas encore MEDEF) disaient que faciliter le licenciement créerait des centaines de milliers d’emploi. Peine perdue, depuis, le chômage n’a fait qu’augmenter. Ce qui était faux il y a trente ans est encore faux aujourd’hui. La dernière étude sur les causes du renoncement à l’embauche montre que le Code du travail est loin d’être la première raison. Licencier est devenu bien facile ces dix dernières années, et la seule innovation qu’introduit l’actuelle réforme c’est qu’on pourra licencier pour de mauvaises raisons en sachant d’avance combien ça va nous coûter, si les salariés ont le temps de contester (car le délai de recours est réduit à 1 an, contre 30 ans avant 2008).

L’autre argument consiste à dire que « pour faire face à la mondialisation et la concurrence internationale », nos entreprises doivent être « compétitives », c’est-à-dire atteindre un prix du travail comparable à celui des pays dans lesquelles elles délocalisent souvent. Sauf que ces pays-là ne restent pas à rien faire, et pour rester les moins chers et les moins emmerdants, ils bradent ce qui leur reste de législation. C’est ainsi que la Roumanie examine cette semaine un projet de loi visant à éliminer quasiment intégralement les cotisations patronales, pour rester « compétitive ». On est vraiment obligé de jouer à ce petit jeu sans fin ?

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Sortie du n°12 “la chasse est ouverte”

Nous avons pris acte du désir d’Emmanuel Macron de rétablir la chasse à cour. C’est déplorable et ridicule. Mais il y a pire : il a lâché ses sbires sur les salariés, les chômeurs, les retraités, les étudiants, et toutes celles et ceux qui n’ont pas le bon goût d’être riche au point de payer l’ISF. Cela veut dire que beaucoup de monde subissent le cor de chasse macroniste, et que quelques-uns seulement participent à la curée.

Face à la gravité de ce à quoi nous assistons, nous avons fait un numéro presque entièrement thématique, consacré à la violence du président des riches. Nous y racontons le long combat du mouvement ouvrier pour la santé au travail, nous détruirons les justifications pour plus de flexibilité et moins d’impôt sur les riches et nous y dressons le portraits de ceux qui mènent cette mission anti-pauvres.

Comme d’habitude, il y aura un retour sur l’actualité de ces trois derniers mois, quelques chroniques franchement énervées et l’espoir d’une autre société possible (quelques titres ci-dessous).

C’est Frustration n°12 et ça arrivera chez vous ou chez votre marchand de journaux le 24 novembre !

Il est encore temps de vous abonner !
http://www.frustrationlarevue.fr/sabonner-a-frustration/

Pénicaud, DRH de “l’entreprise France”

Merci au lecteur qui nous a signalé ce congrès HR (pour “Human Resources”, une des expressions les plus dégoutantes du monde capitaliste) où, au programme des conférences plénières, nous retrouvons notre ministre du travail, devenue “DRH de l’entreprise France” !

Créée en 1906, ce qui s’appelait à l’époque le “ministère du travail et de la prévoyance sociale” faisait écho à l’agitation sociale très forte et contribuera notamment à la création du Code du Travail en 1910. Ce n’est donc pas un hasard si celle qui dirige la destruction du droit du travail, de ses conquêtes (les CHSCT, les Comités d’entreprise, l’inscription de la norme dans la loi…) se fasse sans honte appeler “DRH” plutôt que ministre du travail, elle qui a exercé ce poste dans le privé et qui vient en transposer les logiques à la tête du pays : Division des syndicats, manipulations des plus dociles, mensonges à répétition (“nous augmenterons les indemnités de licenciement de 25%” oui mais seulement sur les dix premières années d’ancienneté), pressions contre sa propre équipe.

Les députés macronistes font la même chose : Cette semaine ils ont un séminaire de formation avec au programme les débilités classiques que les grandes entreprises mettent en place pour abrutir leurs salariés : “teambuilding”, “brainstorming”, “co-working”… A quand des députés “augmentés”, comme le propose la seconde conférence, des robots qui votent les lois scélérates du gouvernement sans se tromper de boutons ?

Pénicaud et son armée de députés sont donc à la tête de leur entreprise, et c’est à grand coup de plans sociaux facilités et de désindustrialisation du pays qu’ils s’enrichiront tous sur notre dos, comme la ministre l’a fait sur celui des salariés de Danone.

Quant à nous, il serait temps d’aller occuper les bureaux de la direction et de déchirer quelques chemises…

Ordonnances réformant le Code du travail : Précariser, affaiblir, isoler

Hier, le gouvernement a rendu public le contenu des ordonnances de réforme du Code du travail. Voici une synthèse de ses principaux points :

1 – La fin de la limitation du nombre de CDD renouvelables (deux fois) et de leur durée (deux ans) : désormais, la loi ne fixe plus les règles d’usage du CDD, les branches professionnelles en décideront, secteur par secteur. Par exemple, on pourra décider que dans l’informatique ou le commerce, on pourra enchaîner 4 ou 5 CDD d’affilée, et qu’ils pourront durer 3 ou 4 ans. Précarité bonjour.

2 – L’introduction du CDI de chantier : jusqu’ici réservé au secteur du BTP, ce type de contrat est très confortable pour l’employeur : le salarié signe le fait qu’il pourra être licencié lorsque l’activité décruera. Ni les avantages du CDI (indemnités de licenciements), ni ceux du CDD (prime de précarité), le CDI de chantier est un rêve éveillé pour Gattaz et sa clique de patrons radicalisés.

3 – De nouvelles questions vont pouvoir être décidées entreprise par entreprise et plus par la convention collective (la branche) : les primes (ancienneté, treizième mois… des parts de salaires significatives) et l’agenda social, c’est-à-dire la fréquence des négociations à l’intérieur d’une entreprise. Cela s’ajoute aux points qui avaient été apportés par la loi El Khomri : temps de travail, organisation des congés, heures supplémentaires. Désormais, beaucoup de choses vont pouvoir se décider “au plus près du terrain” comme dit Macron.

4 – Et comment toutes ces questions vont-elles être décidées ? Par le “dialogue social”, qui est encore plus “facilité” : Par exemple, dans les entreprises de moins de 50 salariés (95 % des entreprises françaises), on pourra désormais se passer de délégué syndical pour négocier ces points. Les syndicats c’est sooo ringard. À la place, un délégué du personnel sans organisation, sans formation et tout seul comme un con pourra “dialoguer” avec le patron pour fixer les conditions de vie de ses collègues. Vous vous souvenez d’Alexis Tsipras qui “dialogue” seul avec l’UE, le FMI et la BCE ? Ben c’est pareil.

5 – Mais pour dialoguer, quoi de mieux qu’un petit référendum à l’initiative du patron ? Ce sera désormais possible dans les entreprises de moins de 20 salariés, sans délégué du personnel, parce qu’on est entre copains et qu’on peut se parler. Imaginez comme dans votre entreprise de 15 salariés un référendum par bulletin secret va vous protéger si vous dites non au patron. Mais d’ailleurs, pourquoi vous diriez non ? La lutte des classes est terminée a dit Pénicaud ce matin sur France Inter, on est tous des copains.

6 – On est tellement des copains et les patrons sont tellement nos amis (même quand ils se font une plus-value d’un million d’euros sur un plan de licenciement, n’est-ce pas Muriel) qu’on n’a plus besoin de CHSCT, cette instance représentative chargée de l’hygiène, de la sécurité et de la prévention des risques dans les entreprises de plus de 50 salariés : on veille les uns sur les autres, donc cet organe pensé suite aux grandes catastrophes minières du début du 20e siècle sera fusionné avec les comités d’entreprises et les délégués syndicaux. Tous ces interlocuteurs différents pour “dialoguer” ce n’est pas bien pratique, et pourquoi tous ces contre-pouvoirs ? Tout se passe bien maintenant, même si sur l’année 2015 on comptait encore 552 morts au travail.

7 – Mais Macron n’aime pas le mot de “pénibilité”, comme il le disait au MEDEF pendant sa campagne : le compte pénibilité, dispositif qui permettait aux salariés qui travaillaient dans des conditions portant atteinte à leur santé de partir plus tôt à la retraite et de faire l’objet d’un soin particulier sera remplacé par un “compte professionnel de prévention”, tellement plus joli comme terme. Ce nouveau compte ne donnera plus droit à la retraite d’office : il faudra se faire reconnaître une maladie professionnelle pour y avoir droit. Autant partir malade pour profiter de sa chimio. Et comme les patrons de l’industrie chimique et du BTP sont nos meilleurs amis, les critères d’exposition à des substances chimiques, de port de charges lourdes, de postures pénibles ou d’exposition à des vibrations mécaniques sont retirés de la liste qui définit la pénibilité au travail. Oh ça va les chochottes !

8 – Cerise sur le gâteau de cette loi scélérate, les “incertitudes” du patron qui avait peur d’embaucher car il ne savait pas d’avance ce que lui coûterait le fait de virer quelqu’un sans raison seront levées : désormais, grâce à la barémisation des indemnités prud’homales en cas de licenciement abusif, un patron pourra savoir d’avance ce qu’il lui coûtera de virer Jean-Louis parce qu’il est trop gros, Fabien parce qu’il conteste trop, Ludivine parce qu’elle est moche. Merci qui ?

Rarement un tel crachat rempli de mauvaise foi et de fausse naïveté aura été balancé à la tronche du salariat français et de toutes celles et ceux qui n’ont pas la chance d’être patron. Ce torrent de boue qui s’abat sur nous, et qui se traduira par notre affaiblissement, notre précarisation et notre isolement au travail doit faire l’objet d’une réponse.

Manifestez et faites manifester les 12 et 23 septembre.

Frustration n°11 : Première manche du macronisme : 1-0 pour les riches

 

Chères lectrices, chers lecteurs,

Le 25 août est sorti notre numéro d’automne ! Tiré à 10 000 exemplaires, il est disponible dans toutes les villes de France, en kiosque, maison de presse et Relay (Pour trouver le plus proche de chez vous, entrez votre code postal sur ce lien : http://web2store.mlp.fr/produit.aspx…)

En attendant que la colère du peuple ne monte et que les centrales syndicales sortent de leur torpeur coupable, ce numéro a été écrit pendant la première manche du règne de Macron, celle où notre camp a enregistré déjà nombre de défaites, et où celui des riches s’est vu récompensé de son soutien sans faille au candidat heureux de cette année électorale.

 

// SOMMAIRE

Poursuivant notre projet de mise en mots des expériences individuelles et collectives de frustration face à l’injustice et à l’hypocrisie de notre société faussement démocratique et où chacun aurait soit disant sa chance à saisir, nous avons réunit pour ce numéro une équipe de 13 personnes, rédactrices, illustrateurs, relectrices, éditeurs, pour :

– DRESSER LE PORTRAIT DE LA FAMILLE MULLIEZ : Ce clan familial possède la majeure partie des enseignes de distribution française, et se pare de la vertu et du patriotisme dont le patronat français bien de chez nous aime se targuer. La réalité est pourtant tout autre.

– EN FINIR AVEC LE MYTHE DE LA “RÉVOLUTION TECHNOLOGIQUE” qui exigerait qu’on renonce à notre droit du travail : Depuis qu’il est clair que la casse du Code du travail ne crée pas d’emploi (puisqu’on la pratique en vain depuis plus de 20 ans), le nouvel argument massue pour justifier les régressions actuelles est que “le numérique voudrait ça”. De Fillon à Hamon, cette idée reçue a fait son chemin et il est plus que temps de lui tordre le cou.

– DÉMONTRER QUE L’ORGANISATION DES JEUX OLYMPIQUES A PARIS EST UNE CATASTROPHE : Un nouveau souffle pour notre pays ? Une chance pour la région parisienne ? Des milliers de création d’emploi ? Que dalle : les JO sont un très bon plan pour générer des profits pour les grandes entreprises et mettre au pas des villes entières. Ils doivent être combattus sans relâche.

– ALLER A LA RENCONTRE DES JEUNES EUROCRATES stagiaires à Bruxelles, et réaliser que leur europhile béate et naïve se double d’une défiance certaine pour les peuples européens et d’une conception pour le moins pauvre de la démocratie, obstacle au grand rêve européen. Une élite formée à nous mépriser.

– REVENIR SUR L’AFFAIRE TAPIE-LAGARDE, ce long feuilleton auquel on ne comprend rien car nos médias sont rarement fichus de nous l’expliquer clairement. C’est chose faite dans cette chronique judiciaire limpide qui nous rappelle comment la ministre des finances et actuelle directrice du FMI a fait perdre au contribuable des millions d’euros. Un crime impuni

– POURSUIVRE LA RÉFLEXION SUR NOTRE MODE D’ALIMENTATION avec deux interviews : L’une sur la notion de désobéissance alimentaire ou comment renoncer aux plats surgelés pour retrouver sa souveraineté, l’autre sur l’aide à l’installation des paysans et la promotion d’une agriculture respectueuse de l’environnement et de notre santé. Les œufs contaminés ne sont pas notre seul horizon.

– MAIS AUSSI : Revenir sur l’Histoire de la fonction présidentielle et se rendre compte que non, les Français n’ont pas “toujours eu besoin” d’un homme fort qu’on met en scène, s’intéresser à la façon dont des artistes cherchent à mettre en valeur la “France d’en bas” sans trop chercher à creuser les causes de l’exploitation et de la misère, décrire ce que compte faire le gouvernement de notre système social, à travers une explication de nos fiches de paie et enquêter sur le programme “young leaders”, une sorte de camp d’été américain pour forger une oligarchie soudée et où sont passés notamment Macron et Villani, la “team rocket” du capitalisme français.

Ce numéro compte plus d’articles et a rassemblé une équipe plus grande que tous les numéros précédents. Il vise à emmener nos lecteurs toujours plus loin dans l’appréhension du conflit de classe dans lequel nous évoluons, et il est destiné à tous les publics : Nous continuons à exercer une vigilance constante sur la lisibilité de nos articles, dont la lecture ne réclame aucun prérequis en terme de références littéraires, de connaissance d’un petit milieu militant ou intellectuel, de positionnement politique gravé dans le marbre. A Frustration, les portes de la critique sociale sont ouvertes à tout-e-s !

 

// ÉDITO

« Faire revenir les riches » : pour quoi faire ? 

Dès l’automne, le gouvernement compte mettre en oeuvre sa réforme de la fiscalité des grandes entreprises et des grandes fortunes. « Flat tax » de 30 % sur tous les revenus du capital, y compris ceux qui étaient jusqu’alors taxés à plus de 50 %, suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune sur le patrimoine financier des ménages, fin de la taxation des hauts salaires des professions financières comme courtier ou trader… Si l’on ajoute à cela un Code du travail qui rend d’immenses pouvoirs aux chefs d’entreprise, l’organisation des Jeux olympiques à Paris en 2024 pour permettre aux groupes de BTP de construire des infrastructures inutiles et aux agents immobiliers de spéculer, c’est un immense tapis rouge que le gouvernement déroule aux pieds des riches, Français comme étrangers, résidents comme exilés fiscaux.

Dernier acte cet été, la majorité parlementaire a voté contre une proposition des députés de l’opposition insoumise, soutenue par tous les autres, qui consistait en la suppression du « verrou de Bercy » : ce système qui permet au ministre des Finances de choisir quel fraudeur fiscal ira devant la justice et avec quel autre il trouvera un arrangement à l’amiable. Voici le genre de « moralisation de la vie publique » que nous offre le gouvernement du « renouveau ».

Ces décisions constituent des œillades appuyées à tous ces évadés, expats et autres riches citoyens qui attendaient de l’autre côté de nos frontières que la France en finisse pour de bon avec son foutu modèle social et fiscal qui les empêchait d’agir chez nous comme ils agissent à la City ou au Bengladesh. Ces troupes de nantis massés dans les pays voisins – comme la famille Mulliez qui vit à une rue d’une frontière franco-belge qui n’existe plus que pour le fisc – attendent la restauration de leurs privilèges, comme le faisaient les aristocrates français exilés après 1789.

Macron rembourse sa dette envers l’oligarchie qui lui a organisé des dîners de soutien à Londres, New York ou Bruxelles et a fait rouler tous ses médias pour les beaux yeux de son champion. Grâce à lui, ces riches auront leur revanche : Paris va pouvoir détrôner Londres comme paradis des traders, le droit du travail français sera aussi flexible que les indemnités d’un chômeur allemand et nous pourrons concurrencer les États-Unis par notre taux croissant d’inégalités sociales.

Et tout ça pour quoi ? Pourquoi faire « revenir les riches » (alors même que la majorité d’entre eux n’étaient pas partis) ? Pour qu’ils puissent continuer à « investir », à nous enfumer de leur lobbying et à défigurer nos campagnes de leurs zones commerciales ? Pour qu’ils continuent à nous asphyxier de leurs coups de génie marketing, montrant un standard de vie que l’immense majorité n’atteindra jamais ?

Pour notre part, nous rêvons de l’inverse : si les riches veulent tant investir chez nous, qu’ils respectent nos vies et qu’ils payent leurs impôts. Sinon, ciao !

 

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Frustration n°11 en préparation

Vendredi soir, nous avons tenu notre réunion de rédaction en préparation du n°11 de Frustration. Ce numéro de combat sortira fin août, pour accompagner par des enquêtes et des argumentaires la nécessaire offensive contre les immenses reculs dans lesquels le gouvernement veut nous entraîner.

De nouvelles et nouveaux contributeurs sont venues en renfort pour ce nouveau numéro, et l’équipe s’élargit de personnes qui ont décidé de faire de leurs frustrations des articles pour Frustration.

Vous aussi n’hésitez pas à nous envoyer des propositions d’articles, sous la forme d’un court résumé d’une demi-page, à l’adresse suivante : redaction@frustrationlarevue.fr